‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 33 sur 144 · LE DROIT DE LÉTAT EN MATIÈRE MORALE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE LÉTAT EN MATIÈRE MORALE

EÉPONSE A M. EUG. RÉVEILLAUD.

Un journal qui appartient à Torthodoxie protestante, le Signal, a bien voulu consacrer à mon récent article sur les élections (1) une longue et sérieuse étude de M. Eug. Réveillaud (2). Il m'a paru que cette étude mérite d'être signalée aux lecteurs de la Critiqibe philosophique. Ce n'est pas seulement pour la parfaite sincérité de l'auteur, son vigoureux accent d'individualisme, la netteté de ses conclusions. C'est surtout parce que cette plume protestante exprime une opinion qui, confuse ou arrêtée, instinctive ou explicite , se retrouve chez quelques-uns de nos amis de toutes les confessions, et, je le dis à regret, chez quelques-uns des meilleurs, de ceux que leur esprit de sagesse, de mesure, leur élévation, leur expérience semblaient marquer pour prendre et tenir la direction de la grande œuvre libérale. M. Réveillaud, M. de Pressensé et les frères de leur petit cercle ne sont pas les seuls à s'alarmer de sentir la vie politique prendre une orientation de plus en plus décisive et aggressive à rencontre de l'esprit de Rome. D'autres qu'eux, sans se tourner ouvertement contre nous, disent ou pensent que nous allons trop loin pour eux et que leur place n'est plus dans nos rangs. Ils se retirent de l'œuvre commune et la suivent d'un regard attristé et sévère dans ce qu'ils jugent sa déviation.

Cette attitude surprendra moins celui qui sait combien en France la liberté est jeune, combien ses mœurs sont encore rares et débiles, combien notre terrible passé historique nous a désarmés de ce qui soutient un peuple dans TefiTort de l'émancipation, à quel point il a mutilé chez nous l'opinion publique, même celle d'en haut, du vrai sérieux, de la vrai hardiesse, de la faculté d'envisager résolument les graves responsabilités de la vie morale, à quel point enfin et pour tout dire d'un mot, le poison catholique s'est inextricablement mêlé au plus pur sang de nos veines. Rien n'est si

(1} Vo^ez lâ Critique philosophique^ nM5 de Tannée 1885.

Çt) Vojez le Signal, n*' du 30 janvier, do 6 février, du 13 février et do 20 février 1886. (15, rue Qairaut, Batignollea- Paris).

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