‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 34 sur 144 · LE DROIT DE L'ÉTAT EN MATIÈRE MORALE · texte numérisé non relu

LE DROIT DE L'ÉTAT EN MATIÈRE MORALE

rare, quand on ya au fond des choses, parmi nos libéraux, j'entends parmi les plus avancés comme parmi les plus modérés, que le grand parti-pris anticlérical. Or c'est là, je n'hésite pas à le dire, la première condition pour prétendre aujourd'hui prendre une part efficace à la direction de la France républicaine. Sur cette vieille terre si disputée, les deux étemels adversaires, Tesprit de servitude et l'esprit de liberté sont encore une fois en présence, engagés dans une lutte dont aucun artifice de langage ni même de politique ne pourrait dissimuler l'ftpreté et la solennité. Les dernières élections, à défaut d'autre avantage, ont du moins eu celui de faire éclater ce combat à tous les yeux et de mettre tous les esprits sincères en demeure de prendre parti. Et c'est vraiment ici ou jamais le cas de répéter que ceux-là qui ne seront pas pour nous seront contre nous, que tout ce qui nous fera défaut de sympathie et de concours sera autant de gagné pour l'ennemi. >

Le seul étonnement, c'est de surprendre ces signes de défiance ou d'hostilité chez des hommes appartenant aux minorités religieuses. Que ceux qui ont eu tout à soufTrir et qui ont encore tout à redouter de la prépondérance catholique, qui sont assurés de rentrer demain dans l'esclavage si la lutte tourne contre nous, que ceux-là soient des premiers à prendre alarme en voyant la liberté s'armer contre l'influence papiste et prétendre la réduire à la portion congrue, voilà qui sans doute paraît fait pour étonner et attrister. De qui eût-on attendu l'approbation, le concours sans réserve, voire la reconnaissance, sinon de ceux dont la sécurité, dont la vie sont au prix de la défaite romaine?

Rendons ce témoignage à ces adversaires inattendus, que leur opposition à Tœuvre de laïcisation nationale, pour sévèrement qu'elle mérite d'être jugée par ailleurs, fait du moins honneur à leur générosité. Esclaves et persécutés d'hier, ils sont pénétrés de l'esprit de l'évangile jusqu'à réclamer plus haut que les autres l'entière indépendance de leurs oppresseurs i Cet esprit moderne qui les a tirés des bûchers et des cachots pour les appeler au grand soleil de l'égalité, ils poussent l'impartialité, le pardon des injures passées, le courageux mépris des craintes pour Tavenir, jusqu'à surveiller avec jalousie chaque pas qu'il fait contre VEglise de l'oppression, jusqu'à dénoncer ftprement chacun de ses progrès comme un excès de pouvoir aujourd'hui et un danger pour demain.

Êtes-vous tenté de sourire, de ne voir là que naïveté, duperie? Il y en a sans doute. Mais qu'il ne vous échappe pas à quel degré le principe même de cet aveuglement est précieux et respectable. Ce n'est rien moins queresprit^e la Réforme, que cette sève incompressible d'individualisme, la soif d'autonomie, le besoin, plus impérieux que tous les avis de la prudence, de vivre à ses risques et périls, sans 8'id>riter d'aucun protection-

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