‹ Critique philosophiqueChapitre 101 sur 164 · LB MANIFESTE DE VICTOR HUQO SN FAVEUB DB LA SBRBIE · texte numérisé non relu

LB MANIFESTE DE VICTOR HUQO SN FAVEUB DB LA SBRBIE

tradictioos. Aux religions d*autoriié qui « fraternisent d'une bible à l'autre, b cherchant à nous ressaisir et à nous envelopper de ténèbres» H nous faut opposer la révélation intérieure de Timpératif catégorique dans toute sa pleine et féconde lumière. Il faut que la civilisation se complète ou que la barbarie envahisse tout. Pourquoi? Parce que Tavénement de la démocratie et TafTaiblissement des traditions ne permettent plus à la raison d'État et à la morale de rester enfermées dans leurs anciennes limites. Leurs domaines respectifs cessant d'être séparés, comme ils Tétaient autrefois, elles vont de l'un à l'autre ; tandis que la loi morale tend à s'imposer aux rapports politiques, les maximes de la raison d'État descendent aux relations de l'ordre domestique et économique. Des règles générales et uniformes pour toutes les parties de l'activité humaine sont ainsi devenues logiquement nécessaires. La moralité privée ne peut plus aujourd'hui, comme autrefois, se conserver par l'ignorance et l'inconséquence, à l'abri de la corruption, pendant que la raison d'État continue de régner dans Tordre politique et d'en bannir la conscience.

a Nous apprenons aux gouvernements d'Europe ceci, c'est que TEurope est solidaire, c'est que tout ce qui se fait en Europe est fait par l'Europe, c'est que, s'il existe un gouvernement béte fauve, il doit être traité en bête fauve ; c'est qu'à Theure qu'il est, tout près de nous, sous nos yeux, on massacre, on incendie, on pille, on extermine, on égorge les pères et les mères» on vend les petites filles et les petits garçons... ; c'est qu'on ouvre les femmes grosses pour leur tuer les enfants dans les entrailles, c'est qu'il y a dans les places publiques des tas de squelettes des femmes ayant la trace de Téventrement... c'est que tout cela est horrible, c'est qu'il suffirait d'un geste des gouvernements d'Europe pour l'empêcher, et que les sauvages qui commettent ces forfaits sont effrayants, et que les civilisés qui les laissent commettre sont épouvantables

(( Mais on nous dit : Vous oubliez qu'il y a des questions. Assassiner un homme est un crime, assassiner un peuple est une question. Chaque gouvernement a sa question : la Russie a Gonstantinople, l'Angleterre a l'Inde, la France a la Prusse, la Prusse a la France.

» Nous répondons :

» L'humanité aussi a sa question, et cette question, la voici : elle est . plus grande que TInde, TAngleterre et la Russie : c'est le petit enfant dans le ventre de sa mère.

1 Remplaçons les questions politiques par la question humaine. »

Qui n'admirerait cet appel à l'Europe ? Malheureusement TEurope ne peut Tentendre, par la raison toute simple qu'il n'y a pas d'Europe.

106 LB KAMIFBSTE DE VICTOR H0eO EN FAVEUR DE LA SERBIE.

L'Europe est une expression géographique. Les individualités eollectives qu'elle renferme n'ont pas encore passé de l'état de nature à l'état civil. Il n'y a pas de contrat social des nations européennes. Elles se tiennent constamment en défiance les unes des autres, en défense les unes contre les autres; et cela est naturel, parce qu^aucune d'elles n'ayant renoncé à s'agrandir, à l'occasion, par voie de conquête au détriment de ses voisines, chacune d'elles sait très-bien que dans sa propre force, soigneusement conservée et accrue, est la meilleure et la plus sûre de ses garanties contre les ambitions des autres. Bt supposé qu'il y en ait une résolue à pratiquer sincèrement la justice, elle ne pourrait, elle seule, changer le système des rapports internationaux; n'ayant pas de réciprocité à espérer, elle serait, elle aussi, obligée, comme les autres, à la défiance et aux mesures défensives. C'est ce qui fait qu'il y a « des questions politiques ». Dans une Europe profondément divisée de croyances, dépassions et d'intérêts, où le droit de conquête, admis par les gouvernements et les peuples, est toujours à redouter, il est impossible qu'on ne voie pas derrière « la question humaine» apparaître «les questions politiques » . L'Europe est trop éloignée des sentiments de paix et de solidarité pour être capable d'une action collective déterminée uniquement par la question humaine. On a lieu de craindre que l'humanité ne serve de prétexte à des ingérences et à des interventions dont le véritable but serait manaçant pour la liberté générale. De là le principe de non-intervention, principe d'une justice étroite et négative, qui appartient à ce qu'on peqt appelés la morale de guerre, mais dont on aurait grand tort de s'écarter tant que l'état de la oonscieqce européenne ne permettra pas d'établir et de maintenir un système plus compliqué et plus parfait do garanties, une organisation vraiment positive de la justice et de la paix internationales.

« Disons-le, quoi qu'on fasse, l'avenir sera. Tout le sert, même les criraes. Serviteurs effroyables...

» L'avenir est un cjieu traîné par des tigres. »

On peut remarquer ici sous la forme d'une proposition identique l'affirmation du progrès nécessaire. L'avenir, pour le poêle, c'est le droit, c'est la justice pleinement réalisée. « L'avenir sera » veut dire : le droit, la justice sera. Cette synonymie des mots avenir et juBtiee vient des écoles progressistes, qui ont habitué les esprits à identifier l'idéal moral avec la réalité future. Saint-Simon et ses disciples soutenaient que l'âge d'or est nécessairement devant nous et qu'on y va népessairement. Cette idée, étrangère à la raison du xviir siècle, est entrée dans les habitudes intellectuelles et dans le langage du xix*. C'est une idole de théâtre devenue une idole de forum. Il serait temps jde s'en affranchir

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et de voir dans le progrès et dans la justice un avenir simplement possible et conditionnel. Il serait temps aussi de mettre en doute les services que peuvent rendre les crimes au progrès et à la justice. Le bien peut, il est vrai, quelquefois nattre du mal, par la réaction que l'excès du mal provoque dans les consciences, et le goût de l'antithèse incline naturellement le pofite à donner une grande place dans sa pensée à ce mode révolutionnaire flu tfiomphe du droit. Hais la production du bien par la féconflité du bien mômd me parait beaucoup plus constante et plus sûre. Je vois, hélas I que l'avenir est traîné par des tigres; j'aimerais mieux le voir traîné par des bétos apprivoisées, domestiquées, de mœurs pacifiques; j'aurais plus de foi en ses attributs divins.

c Gc qui se passe en Serbie démontre la nécessité des Éfats-Uni^ d'Burope. Qu'aux gouvernements désunis succèdent les peuples unis. Finissons-en aveo les empires meurtriers. Muselons les ftinatismes et les despotismes. Brisons les glaives, valets des superstitions, et les dogmes qui ont le sabre au poing. Plus de guerres, plus de massacres, plus à^ carnages; libre pensée, libre échange, fraternité. Est-ce (]onc si difficile, la paix? La République d'Burope, la fédération continentale, il n'y u pas d'autre réalité politique que celle-là. Les raisonnements le constatent, les événements aussi. Sur cette réalité, qui est une nécessité, tous les philosophes sont d'accord et aujourd'hui les bourreaux joignent

leur démonstration i la démonstration des philosophes Ce que les

atrocités de Serbie mettent hors de doute, c'est qu'il &ut à l'Europe une nationalité européenne, un gouvernement un, un immense arbitrage fraternel, la démocratie en paix avec elle-même, toutes les nations sœurs ayant pour cité et pour chef-lieu Paris, c'est*à-dire la liberté ayant pour capitale la lumière. En un mot les États-Unis d'Europe. C'est là le but, c'est là le port. »

Ce qui se passe en Serbie montre clairement, comme le dit éloquemment le poôte. la misérable imperfection de la civilisation politique de l'Europe. Ce qui se passe en Serbie doit faire sentir vivement le défaut et le besoin d'un droit européen sanctionné par une force européenne, d'un droit européen qui renferme en certaines limites et soumette à certaines conditions ^exercice de la souveraineté de chaque État. Mais de ce qu'un tel progrès serait bien nécessaire^ c'est-à-dîre d'une extrême importanoe, il ne suit malheureusement pas qu'il soit nécessaire^ c -est-àdire qu'il ne puisse manquer d'être accontpli. Les États-Unis d'Europe sont le but, le port : je l'accorde. Mais que ce but, ce port est éloigné de nous! Que d'obstacles à surmonter pour l'atleindrel M. Victor Hugo le contemple à travers une ardente aspiration qui le rapproche de ses yeux. Il le voit si grand, qu'il le voit fout près; il le voit si près, il le

108 ÉCLAIRCISSEMENT TOVCHAIIT DECX OBJËCTIOlfS

juge si accessible^ qu'il appelle naïvement réalité cet idéal. Il ne veut pas arrêter son regard sur les difficultés. Elles sont cependant considérables. Difficulté de prolonger, autant que cela est nécessaire pour préparer les solutions désirées, la paix de fait actuelle, menacée par les antagonismes de races autant que par les rivalités traditionnelles des gouvernements. Difficulté de fonder l'État libre, la République en chaque pays, c'est-à-dire de faire adopter et appliquer par toutes les nations européennes les mêmes principes de légitimité gouvernementale, de droit politique et administratif. Difficulté d'établir une association positive d'États, une République de Républiques, c'est-à-dire d'obtenir de tous les États européens réchange d'une partie de leur souveraineté propre contre une participation commune à une souveraineté européenne. M. Victor Hugo témoigne lui-môme, sans s'en rendre compte, de cette dernière difficulté^ lorsquMl s'avise de choisir Paris pour cheflieu de la fédération continentale. Il aurait pu laisser ce choix au premier Congrès des États européens. 11 aurait dû comprendre qu'ailleurs qu'en France on n'avait pas les mômes raisons que lui de le trouver naturel. Mais quoi I il est Français et Parisien : il s'est laissé aller à son patriotisme. 11 n'a pas songé un seul instant que les Anglais avaient Londres à proposer, les Allemands Berlin, les Autrichiens Vienne, les Russes Pétersbourg ou Moscou, les Italiens Rome; que les nations sœurs et leurs capitales ne pouvaient être que médiocrement flattées dans leur vanité, aussi légitime que la nôtre, de céder le pas à la France et à Paris; que Tidée des États-Unis d'Europe ne sera jamais réalisée, si chaque patriotisme, voulant la tourner à sa satisfaction et à son avantage, fait tout ce qu'il faut pour la rendre blessante ou suspecte aux autres patriotismes. F. Pillon.

ÉCLAIRCISSEMENT TOUCHANT DEUX OBJECTIONS A LA METHODE GRiTiciSTE PAR LA RevuB de la philosophiéposttive.

Les Essais de critique générale de M. Renouvier ont été l'objet d'une appréciation sommaire dans \dL Revue de la philosophie po«ifive(n^ de juilletaoût 1876). Nous n'avons nulle envie de discuter les jugements que ses opinions philosophiques dictent à l'auteur de cet article; mais il nous est bien permis de relever deux points sur lesquels le critique positiviste a manifestement pris le change.

« 11 n'y a de faux que ce qui est logiquement contradictoire, ou, si l'on veut mieux, tout ce qui n'est pas contraire à la logique est, sinon

 LA MÉTHODS GRITICISTE. 109

vrai, du moins probable, tel est le principe fondamental qui sert de base à toutes les recherches de M. Renouvier. i> Pour imputer de la sorte à un logicien de profession la confusion de la possibilité logique et de la possibilité physique, ou fondée sur Texpérience, il faudrait des textes formels ou d'autres preuves. Il n'en est allégué d'aucune espèce. Ainsi donc M. Renouvier croirait, par exemple, que si un corps est abandonné à la pesanteur et ne rencontre aucun obstacle dans sa chute aérienne, ce corps devra probablement s'arrêter avant d'atteindre le sol? II est certain qu'un tel arrêt n'est pas « logiquement contradictoire » ou « contraire à la logique». En vérité, avant de prêtet à un philosophe à qui l'on ne refuse pas absolument le sens commun un « principe fondamental 0 servant a de base à toutes ses recherches » et gros de telles énormités, il conviendrait d'y penser un peu et de se demander si Ton a bien compris.

c Voyez, dit ailleurs l'auteur de l'article, voyez où en arrive M. Renou** vier. Il discute, dans plusieurs chapitres de son deuxième Essaie la possibilité de l'existence de plusieurs divinités et d'une sorte de transmigration de l'âme humaine, qui, en se perpétuant, devient immortelle. Il trouve que ces hypothèses sont admissibles parce qu'elles ne sont pas contradictoires avec les exigences de la logique. Soit, mais comment se fait-il que, dans son premier Essai, il ait dit^ et toujours au nom de la même critique infaillible^ que « les représentations seules peuvent con- D stituer des sujets, au moins tels qu'il nous est possible de les concevoir, » et que dès lors les choses en soi n'existent pas... quand je dis » n'existent pas, j'entends pour la connaissance au moins possible. S'il » est une autre existence, en la négligeant, que négligeons-nous? » On a beau être fort logicien et critique méticuleux, on n'évite pas ces contradictions si l'on se contente de puiser les données dans les ressources de son propre esprit. »

A quoi bon se plaindre de ce que les hypothèses examinées dans les EssaiSy SLUSsi bien que les motifs de probabilité qu'on peut faire valoir en leur faveur, sont inexactement représentés ici|; ou encore de ce qu'on attribue des prétentions d'infaillibilité à celle de toutes les doctrines de ce temps qui mérite le moins une pareille accusation ? Il faudrait exposer cette doctrine, et cela ne se peut incidemment. Mais le reproche de contradiction peut se lever d'un mot. L'auteur de l'article n'a point fait attention à la distinction entre l'existence en soi et les existences, soit données soit concevables, dans l'ordre des phénomènes, conformément aux lois de l'expérience et de l'entendement. La première est celle que le criticisme prétend exclure de la connaissance. Les autres sont celles que nous sommes capables de définir, les unes connues, les autres possibles ou h connaître; car nous ne connaissons pas tout, et les positivistes le savent bien.

110 PfiTIt tftAtTÉ DK KORALE.

À l'usage dès écoles PRIHAIKES LAÎQtES

SECONDE PARTIE : MORALE DES ADULTES

— àUÎTfc —

PRÉCEPTES

Ne rapportez pas tout a vous dans votre IlfTÉRIECRi COMME SI LES AUTRBS PERSONNES AVAIENT A SUPPRIMER LEURS PASSIONS NATURELLES ET LEURS VOLONTÉS POUR SE RENDRE LES INSTRUMENTA DE VOTRE UNIQUE SATISFACTION.

Ce que L'AI^FECTION K'oBTlESDRÂlt PEUT-ÊTRE PAS DE VOUS A L'ÉGARD DES

personnes avec lesquelles vous vivez, îiari ou femme, très -particulièrement, que le respect et votre propre utiuté vous l*imposent.

Ne prenez jamais a honte, mais tenez a grand honneur de réparer la

FAUTE commise, d'oFFRIR LES EXCUSES DUES El DE REVENIR SUR LES EXIGENCES I1I7U8TE8.

III. Bonté. — L^homme bon est celui qui (iésire aux autres tous les biens possibles et qui prouve par ses actes la sincérité de ses sentiments.

La bonté a le même sens que l'affection ou amour de Tbomme pour ses semblables) et» comme cette affection, elle a des degrés qui suivent orditiairement ceux de Tintimité des personnes et dépendent de la nature de leurs relations.

Le respect dont nous pouvons nous imposer la loi dans nos relations nous dicte Souvent les mêmes manières d*êtré ou d*àgir auxquelles nous serions conduits par une bonté naturelle dont nous ne Sommes pas les maîtres. Il arrive de là que Tobservatiori dii respect est un chemin de l'affection : de celle que nous nous attirons par une conduite respectueuse etjuste, et puis de celle que nous éprouvons en retour, ou dont nous avons pris l'habitude de remplir les devoirs*

Parlons donc ici de la bonté» comme s'il était en notre puissance d'avoir bon cœur, puisque tout au moins il est eh ilotre puissance d'agir comme les personnes de bon c<ÊUr*

Celui qui n'a pas la disposition affectueuse doit apprendre à se gou* verhet*. Son devoir est de constamment s'observer, de supprimer toutes manifestations d'entêtement, i^ suffisance et d'esprit quet-elleur, et de

PBTIT TRAlTâ DE MORALE. lit

reconiialtre sans difûcnlté ses torts, s*il arrite qu*il ait été trop Tif. Souvent aussi c'est par l'effet d*aiie espèce d'inertie que nous manquons les occasions d*ôtre agréables ft autrui, tl faut étouffeb ce sentiment de paresse, et s^estimer doublement satisfaits quaiid on a pu s*empl6yer à rendre les autres heureux, travaillons sérieusement à nous faire soumis à nous-mêmes. Soyons sûrs que la fin récompensera nos efforts.

Une conduite bontie et amicale peut n'en rencontrer qu'une ingrate et mauTaise eti retour. Mais le manque de reconiiaissance ne doit rien ôter du contentement de celui qui a bien agi. Des semences de courtoisie ci de bonté que Vous répandez autour de Vôuâ, une partie seulement germera peut-être dans le cœiir d*autrui, mais Taulre partie fructifiera toujours dans le vôtre.

Ne rendez pas le mal pour le mal, à moins que vous n'ayez à vous défendre contre une agression violente. En rendant, au contraire, le bien pour le mal, vous obtenez ce double résultat de vous sentir meilleur, et en effet vous l'ôtes, et de prendre le moyen, et le seul qu'il y ait, d'amener à de meilleurs sentiments ceux que les mauvais procédés ne peuvent qu'irriter davantage. Sans doute il en est qu'on ne contient finalement que par la crainte, et il est bon, dans ce cas, que vous y recouriez ; mais alors même, il vaut mieux et pour voiis et pour eux qu'ils sentent que vous ne leur voulez point du mal gratuitement et que la vengeaUce n'est pas le sentiment qui vous atiime.

La bonté doit se répandre dans le cetcle le plus large de l'humanité, humanité ^ c'est le nom même qu'elle porte dans plusieurs de ses applications. MaU dans le cercle de la famille, il faut la regarder comme une disposition nécessaire du cœur. Si, dans une famille, chacun suit sa volôaté et ne pense qu'à soi, la vie à l'intérieur est insupportable : ce ne sont que plaintes et récriminations, luttes, querelles; la rancune etl'enfie remplissent d'aifiertamé les heures et les jours. Et quand bien même chacun, en s'attachant à réclamer rigoureusement son droit en chaque chose, croirait de bonne foi respecter ce qui est le droit strict chez l'autre^ cette tension perpétuelle et ce dur calcul (dans lequel on est d'ailleurs fort sujet à commettre des erreurs) serait tout ce qu'il y a de pluâ contraire à la sympathie et à la bonne humeur sans lesquelles il n*y a ni contentement ni charme autour du foyer.

U est beau de voir l'amour et la bonté régner, et recouvrir en apparence la jnstice. Chacun alors cherche à aller au-deveot des désirs des autres pour faire son possible à les contenter. 11 sait, en même temps, que les autres sont vis-à-vis de lui dans de semblables dispositions^ et s'il éprouve quelque désagrément il le prend en bonne part, se disant qu'il n'y a point eu mauvaise intention ou qu'on n*a pu l'empêcher. D'ailleurs ceux qui l'aiment l'aident à supporter son chagrin. Les plus lourds fardeaux deviennent ainsi tolérablU.

La bonté se fait aisément connaître à Texpression des yeux et an son de la voix. De bonnes personnes entre elles, le mari et la femme entre eux» doivent donc se marquer leur amitié par des manières amies^ en paroles, en regards, en attitudes. Celui ou celle qui sont tentés de parler durement ou avec brusquerie, ou d*accompagner leurs paroles de regards durs, doivent lutter contre cette mauvaise disposition, et s'en vouloir à eux-mêmes quand ils se laissent tomber dans une si vilaine erreur. La moindre bagatelle, une fleur ou un verre d'eau, acqmèrent du prix si on les offre dans un esprit amical. Une bonne parole trouve toujours une bonne place. Les marques d'amitié sont les rayons de soleil de la vie de famille.

Vous devriez être bons, comme vous devriez être justes, par intérêt, si vous ne pouviez l'être d'une manière différente et meilleure , car il est exactement vrai qu*tm exceUent moyen de travailler à notre bonheiar est de nous occuper du i)onheur des autres^ Et l'égoïste et le méchant sont les premières victimes de leur caractère. (A suivre.)

JOURNAL DES ÉCONOMISTES

Revue mensuelle de la science économique et de la statistique; rédacteur en chef : M. Joseph Gamierj membre de l'Institut.

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