L'OPPORTUNISME
Comme tant d'autres mots improvisés de la langue politique, et maniés au gré des passions, le mot opportunisme reçoit deux sens bien différents ; et cependant il semble, à les bien formuler , qu'on devrait cesser de disputer de la pensée qu'ils expriment. Si, en effet, le premier précepte de la méthode opportuniste est d'avoir égard aux possibilités dans ce qu'on entreprend, et de choisir le temps et les moyens de réussir^ on ne voit pas comment un homme raisonnable pourrait objecter à cette méthode. Sans doute, celui qui a réfléchi profondément à la puissance des habitudes chez une nation vieillie, à la force solidaire des mœurs, à l'inefficacité de certaines résolutions violentes et au danger des réactions (1), apportera plus de scrupule qu'un autre k étudier les conditions des réformes politiques et sociales, et à peser les possibles, les probables, avant d'essayer de changer des pensées individuelles en réalités d'ordre général. Mais le plus irréfléchi et le plus téméraire avouera bien que l'opportunité est chose sérieuse, et qu'il est facile de tout perdre en pro* cédant inopportunément. Si au contraire la méthode opportuniste est celle qu'on prête à des gens qui, soit mauvaise foi, soit faiblesse et timidité extrême, paraissent invariablement voués à ne trouver jamais le moment venu et le temps opportun pour réaliser ce qu'ils ont eux-mêmes jugé et déclaré jusie et bon, qui voudra s'avouer opportuniste?
Aujourd'hui toute personne impartiale, étrangère à notre nation, par exemple^ augure au premier coup d'œil jeté sur l'état de nos partis, sur notre constitution^ et sur le personnel d'une administration fatalement imposée par des précédents Tésol\ii\o\m?L\Tes et conventionnels {2\ un effet certain de la précipiUtion oîi pourraient s'abandonner les républicains et de leurs exigences en fait de «vraie république » et de réformes radi*
(1) Voy6£ l'article sur V Habitude et les révolutions y n* AO.
(2) On a parfaitement le droit d'appeler la chambre de 1871 ane Convention , et conventionnel le r^me dont nous sommes sortis par la constitution de 1875, attendu que le gouvernement de la défense nationale n'ayant été ni prétendu être un régime légal, et n'ayant pu Imposer ni conditions ni limites a l'assemblée élue pendant rinva.si9n, en dchor»
CaiT. PHILUi. V -^ Al
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cales immédiates. Ce serait de rejeter dans l'incertitude un ordre légal qu'il a été très-difficile d'obtenir et qu'il est très-dangereux de perdre. En mettant les choses au point que, de nouvc^au, les imaginations se vissent balancées entre les coups d'Etat et les révolutions, sans autre perspective, on rentrerait fatalement dans la carrière des aventures. Or, en présence du péril extérieur, on ne peut envisager sans trembler les conséquences d'une prolongation de cet état d'instabilité politique de Ja France qui a déjà précipité quatre générations successives dans des crises d'une extrême gravité.
Les passions aveugles des conservateurs, encore plus aujourd'hui que celles des politiciens attachés aux traditions révolutionnaires^ tendent incessamment à sortir de l'ordre légal notre unique garantie. Ces derniers ont le tort grave de voir dans la constitution de 1875 non la constitution^ chose nécessaire, infiniment respectable, mais simplement une constitution qui leur déplaît, et ils accusent de faiblesse, quand ce n'est pas de trahison, les opportunistes, qui craignent plus qu'eux de tout mettre au hasard en apportant une ardeur intempestive à des revendications ou à des tentatives de réformes profondes, qu'on ne voit point possibilité de faire aboutir immédiatement et par le jeu régulier de nos institutions. De leur côté, les faux conservateurs, révolutionnaires à rebours, raillent insolemment les républicains sages de leur timidité forcée, et les somment d'agir, comme s'ils avaient le droit de compter sur ces fautes de leurs adversaires, si souvent renouvelées dans le cours de l'histoire de la révolution, auxquelles la réaction a dû de triompher autant de fois, finalement, qu'elle a paru terrassée pour jamais à la suite de chaque grand ébranlement. Ces sommations dérisoires, ce rappel impudent des révolutionnaires à leur propre méthode, l'espoir si ouvertement fondé sur leurs fautes accoutumées, sur leurs violences qu'on invoque, devraient au moins leur ouvrir l'esprit à l'enseignement de l'expérience et leur apprendre l'utilité des tempéraments en politique.
11 est vrai que le zèle excessif a son excuse dans le spectacle scandaleux, si souvent donné en France, des palinodies ministérielles, de la conversion des vieux libéraux à la routine, au système de la plus immobile et banale autorité, du moment qu'elle est remise en leurs mains pures et fidèles. Les ajournements indéfinis démoralisent l'opinion, et on ne saurait se dissimuler le danger qu'il y a, sous une république, à laisser croire au peuple que les institutions libres ne peuvent rien pour sqn bien-être. Une telle persuasion le conduit toujours à l'indifférence
de tout pacte politique antérieur, cette assemblée a réuni de nécessité touA les pouvoirs. KUe en a usé comme il lui a plu, très-mal, et nous a transmis, en même temps que la constitution obtenue à grand'peine, des autorités consUtuées dont il n*est maintenant ni légitime ni sage de provoquer le changement, û ce n*est dans les formes et suivaM les règles établies.
oa aa césarisme. Mais les révolutions aussi, en se répétant, favorisent rindiflérence et tendent ft présenter le césarisme soit comme suite fatale de l'anarchie, soit même comme un moyen d'améliorations populaires que la funeste alternative des révolutions et des réactions interdit d'atteindre. Et après tout, n'est-ce pas au fond l'état men-* tal du peuple lui-même, son ignorance, son inertie, les revirements à craindre de Topinion, qui justifient les timidités de l'opportunisme t La politique opportuniste des républicains qui touchent au pouvoir à un moment donné n'est-elle pas de la prudence la plus élémentaire^ quand ils n'ont pas simplement à consulter leurs convictions ou leurs vœux, quand les suites probables de leurs résolutions ne leur appartiennent point, quand ce n'est ni d'etix seuls ni principalement d'euit que dépendent les décisions qu'on leur demande T
Et que peuvent-ils réellement? Une nation tnftre {»our la vie politique, après qu'elle a choisi de son mieux àeç mandataires, s'honore^ rait elle-même ![en continuant à led honorer de sa confiance. Bile doit leur laisser Tappréciation des possibles et la mesure de leur propre puissance^ dont on ne saurait avoir au dehors qu'une idée très*impar* faite et souvent trompeuse. Ils ont été nommés précisément pour étudier et résoudre, au mieux des circonstances, des questions complexes dont les éléments échappent nécessairement à la vue de la plupart des électeurs. Mais, dit-on, on a nommé les députés sur leurs professions de foi^ dans un élan de Topinion auquel il était impossible de se tromper^ et qui leur trace clairement leur devoir. Et ils sont la majorité. Que ne marchent-ils? Voilà qui est bientôt dit. Mais les électeurs leuront^ils donné aussi le mandat d'agir sans tenir compte de la constitution et des pouvoirs associés à leur pouvoir? Leur ont*ils prescrit de l^iférer seuls à tout risque^ de déclarer la guerre à un autre corps de i'fitat, à un pou* voir exécutif qui par son origine et sa durée envtioppe le leur^ d'exposer la nation h des crises dont ils jugent les effets redoutables^ enfin de «marcher dans leur force et dans leur liberté», sans se mettre en peine ni des limites forcées de leur action, ni des craintes à concevoir sur les dispositions des parties lourdes de la natiODi et des inspirations mômes du suffrage universel, dont il appartient à d'autres qu'eux de mettre en mouvement la machine incertaine, à des moments qu'ils ne choisiront pas?
C'est au peuple de faire par sa constance que ses vœux puissent un jour se réaliser, et c'est à ses représentants de lui conserver la mesure de libertés dont il est maintenant en possession ; s'ils ne peuvent accroître de beaucoup cette mesure, au moins de ne pas mettre lanation en danger de perdre ses plus sûres garanties. On oublie toujours, et l'on s'exalte en espérances renaissantes et puériles, pour ne pas voir que la France* terre de combat entre la coutume et la révolution, adversaires égale-*
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ment violents, n'a nulle issue certaine à attendre des oscillations qui, de génération en génération, Tentralnent à des actes de destruction inefficace et puis de reconstruction sans durée. Les fautes d'un parti deviennent les causes du succès temporaire d'un autre, et ces alternatives doivent inévitablement se prolonger jusqu'à l'épuisement commun qui livrera toutes choses à des maîtres définitifs, à moins qu'on n'use des ménagements voulus pour assurer k la troisième république les conditions d'un gouvernement stable, n importe de remarquer que, de 78 années, comptées de 1792 à 1870, il en est 67 qui appartiennent à des gouvernements que les républicains ont à marquer de noir dans leurs annales, et 11 seulement, durant lesquelles ils ont joui d'un pouvoir violemment disputé, paralysé d'ailleurs par diverses causes, et qu'on n'a jamais pu dire vraiment constitué* C'est donc à une constitution sérieuse qu'il faut viser: la tftche est assez grande, et les résultats, si elle était une fois accomplie, seraient immenses, quelque opinion qu'on dût avoir de la constitution sous laquelle on parviendrait à la stabilité. De tous les gouvernements qui occupent ces trois quarts de siècle, celui qui a le plus vécu a dépassé de peu dix-huit ans de règne, trois autres ne les ont pas atteints. Chacune des quatre monarchies, il est permis de le croire, avait en soi les éléments nécessaires et les ressources pour prolonger son existence: elles ont toutes péri par accident, à la suite de leurs crimes ou de leurs fautes, mais enfin leur durée n'a guère été que la durée d'une demigénération, telle qu'on les compte en moyenne dans la chronologia II est très-probable que le prochain régime qui saura s'éltendre sur une ou deux générations entières possédera l'avenir. C'est le bénéfice que la sagesse peut seule assurer à la république. Et quant aux plus oonsidéraMes des réformes qu'on a pu se promettre de son établissement, la république ne peut nous les donner, et ensuite nous les conserver, qu'autant qu'elle-même aura de suffisantes garanties pour sa conservation, et que la vie politique démocratique sera entrée dans les habitudes de toutes les classes de la nation. Cela est élémentaire.
Il faut d'abord atteindre sans encombre l'échéance constitutionnelle de 1880, puisque de cette année seulement doit dater pour nous une république entièrement affranchie, avec une administration issue de son fonctionnement normal et sans aucune clause d'exception. Que tous les bons citoyens aient donc les yeux fixés d'avance sur cette époque en quelque sorte climatérique^ et sur les élections qui doivent la précéder, et qui décideront, par les choix qui seront faits, tant de sénateurs que de députés, des modifications à apporter, dans une assemblée nationale, aux articles les plus mal inspirés de la constitution. Mais cette date même de la révision, à laquelle il faut penser sans cesse, il est bon d'éviter de la faire sonner trop haut, et bien inutilement. Souvenons-nous d'une autre date, celle de 1852, tant annoncée et tant prônée, dont le
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jonr ne vint jamais, parce qu'un parti , peu sage alors, l'avait remplie de menaees, et dressée en épouvantail devant des conservateurs conster- Bés^ qui n'étaient déjà que trop disposés à favoriser un usurpateur et an tyran quel qu'il pût être. Une nation qui se dit majeure devrait user de plus de prudence et de calcul dans ses manifestations, et raisonner plus froidement ses espérances.
L'opportunisme a donc pour lui, nous croyons Tavoir montré, ce qu'en morale on appelle Vintérét bien entendu^ et, en religion^ la sagesse mondaine^ sans laquelle la sainteté même ne fait point ses affaires. L'opportunisme est aussi, ccnnme on l'a dit, la politique expérimentale, ou encore — on a pu ajouter ce mot pour lui concilier la faveur de tous ceux qui ont entendu vanter les mérites de la méthode d'observation dans les sciences -* la politique sdentifique. Faut-il entendre par là que l'of^iHrtunisme est une politique purement empirique et sans prin-* cipes? Ce serait une grave erreur. U n'y a pas de science sans principes. Les savants qui prétendraient le contraire oublient la logique qui guide et règle l'observation, l'esprit qui l'interprète, les vérités qui enveloppent l'expérience et la rendent possible. En politique, il est encore plus défendu de perdre de vue les principes. Un bas intrigant, un ambitieux sans moralité, seuls le peuvent; pour tout autre, l'opportunisme est un choix de moyens pour faire triompher les principes, et non point un prétexte pour les perdre de vue ; et on ne pourrait, sans la plus grande injustice, accuser les républicains de manquer d'un but noble et élevé, ou penser que tout ce qu'on a tâché de choisir d'honnêtes gens pour être les mandataires de la démocratie, n'est qu'un ramas de vils spéculateurs en popularité, exclusivement occupés du soin de placer, d'enrichir leurs amis et leurs proches. Si quelqu'un croit cela, pourquoi prend-il la peine de voter, et qu'espère-t-il d'une nation à ce point corrompue?
On a pourtant coutume d'opposer l'opportunisme aux principes, et Ton parle de Vinflexibilité des principes^ comme si l'on devait se faire de cette inflexibilité même un principe les dominant tous, les condamnant à périr s'il se retire. Mais ce n'est là qu'une équivoque. Qu'est-ce, en effet, que l'inflexibilité 7 Est-ce, ainsi qu'on le comprend trop souvent, un violent parti pris de n'admettre aucune transaction avec des adversaires qui sont au même titre que nous une partie de la nation^ et qui ont comme nous leurs passions, leurs intérêts, leurs croyances, leurs principes? Est-ce la volonté de tout risquer pour tout avoir? Est-ce la chevalerie des absolus redresseurs de torts, résignés à ne remporter de leurs expéditions que des défaites et une aggravation de maux pour ceux qu'ils prétendent secourir? En ce cas, ce n'est pas la paix sociale que cherchent les inflexibles, c'est la guerre à perpétuité qu'ils déclarent. Les principes éternels du droit ne l'emportent pas en un jour ; une so-
ciétô humaine ne se règle point dans l'unité de l'idée^ ni dans Taccord spontané d'une commune bonne volo^té» ni par une simple obéis-* sance aux mieux inspirés du peuple. Si cette société est démocratique, il faut que toutes les voix soient comptées, et comn^e les ?oix ne sont en fait ni concordantes, ni constantes, il est inévitable que toute œuvre constitutionnelle et législative procède d'une suite de transactions* Autrement, encore une fois^ a'est la guerre ; rinftexibilité d'une religion ou d'un parti, ainsi comprise, est le principe d'une guerre religieuse, d'une guerre civile en quelque sorte immanente.
Mais il y a une inflexibilité différente de celle des politiques mtraruigennts; elle consiste à ne perdre jamais de vue les principes, en transigeant autant qu'il le faut sur les faits et dans les contrats. On ne saurait ériger en précepte absolu pour les individus, quelle que soit leur puissance, la réalisation de Tidéal social, puisque cette réalisation ne dé* pend d'eux que pour une faible part, et que mille liens de solidarité les entourent. Mais le précepte impossible est remplacé par des règles dans lesquelles se retrouve encore le devoir en toute s^ pureté. La première nous prescrit d'avoir les yeux constamment fixés sur l'idéal, et de ne jamais permettre que les faits quels qu'ils puissent être, avec ou sans notre consentement, altèrent ou obscurcissent la pensée de ce qui doit ôtre, au jugement de la conscience. La seconde règle est une suite de celle qui nous impose Tobservation rigoureuse de la loi morale^ en tout ce qui dépend de nous; ellepous commande, en ce qui ne dépend pas exclusivement de nous, de conformer le fait à l'idéal mUimt que <^/a ett possible, c'est-à-dire autant qu'en conscience nous le jugeons possible. L'intervention de la conscience est inévitable daps les jugements de possibilité ou d'utilité que comporte toute décision de l'ordre politique.
On peut résumer, d'une part, la nécessité, de l'autre^ le devoir, dans les termes suivants (1) :
a 1^ Passer du droit positif au droit rationnel, ou du moins s'approcher du droit rationnel, avec les ménagements voulus par les faits acquis, faits qui ont introduit dans le droit positif des éléments de justice, éléments que le droit rationnel ne peut méconnaître; 2® choisir entre tous les moyens propres à donner satisfacticm & des nécessités existantes, et, en un mot, parmi les actes oi\ continueront à se marquer Véiat de guerre et les applications du principe de défense, ceux qui s'éloigneront le moins de la justice pure et seront les plus favorables au progrès vers y étal de raison et de paix,
(i) Sctsnre de la moraisj pu G. lenoiiviep, t. I, p. 509. — > U» Uvmes d* « tetde guerre d et de a principe de défense », qu'on remarquera dans ce passage, sont employés avec un ^ens très-général, et pour désigner un ensemble de conditions de lutte, et de droits et devoirs dérivés de la lutte, dans une seelétd qti n'est point parvenue à l'état normal de raison, de justiço ^t da paix, e'es^l^dire en toute société donnée jusqu'à ce jour.
» Sons Tun comme sous Tatitre point de vne, il faudrait pouvoir obtenir le consentement actuel des membres de la société, ou le supposer suffisamment certain, et présumer avec juste raison leur suffisante aptitude à vouloir avec constance ce qu'ils veulent, et à supporter avec constance les conséquences des résolutions adoptées. C'est 4ans ces conditions que réside la p<mibiUté de tout moyen à employer pour la réalisation d'un idéal quelconque au sein d'une société donnée. Nous pouvons appeler les moyens possibles, ainsi eatendus, des moyens tMeg, L'utilité sera donc la convenance d'un moyen en tant que réellement propre à faire atteindre la fin : réellement, eu égard aux faits et i la situation morale des hommes qui ont à intervenir dans TeraplcH de ce moyen, et non pas seulement suivant Tappréciaticm d'un agent seul qui ne consulte que la raison et ce qui devrait être. Ainsi le jugement d'utilité, contrairement au pur jugement moral, a à s'enquérir des suites probables des actes on des mesures prises, et celui qui le porte doit notamment se demander si le but manqué par suite d'une erreur sur les faits, ou d'une conviction trop individuelle et d'une précipitation passionnée, ou ^nAn d'une déci^ fiion qu'il ne lui appartenait point de prendre seul, ne rendra pas plus lent et plus difficile que jamais le progrès qu'il avait à cceur de réaliser.
» Le jugement d'uUlité est essentiellement pratique. On doit éviter en le portant un écneil que ne comporterait jamais un jugement de théorie, je veux dire l'excès dans l'applioation du principe même sur lequel il se fonde. Une préoccupation exagérée de la puissance des habitudeS) une disposition à trop croire tes hommes irrévocablement attachés à celles qu'ils se sont faites, à les croire aussi trop dénués de bonne volonté, enfin t'extréme défiance de ce foe peuvent les efforts indivi* duels auraient pour effet de rendre toute réforme impeosible, tandis que Texpérienôe constate le<Aangement des bommes «etdea choses etl'effio cacité d'une action personnelle résolue. 11 ne faut donc pas ici moins de courage que de prudence chez l'agent, et In ferme vision de l'idéal doit s'allier à là fipoide considération des réalités. »
L'opportunisme ainsi compris et pratiqué est la eenciiiation de l'idéal et du réel, de la morale pure et des faits nécessaires, dans lacons^ence d'un homme qui ne peut ni ne veut se soustraire à la solidarité du monde social et de l'histoire. Il y a beaucoup d'aveuglement à l'opposer à la politique des principes, k moins de prendre pour principe la revendication du droit absolu par chacun, comme chacun l'entend, ce qui serait la guerre universelle, sans trêve et même sans droit des gens, La paix publique et les constitutions sont des contrats, et les contrats sont des transactions intervenues en temps opportuns, avec des clauses opportunes. Loin de les interdire, la morale les commande, et TopportuniMne est ainsi la vraie politique des principes pratique» et la seule conforme à la morale» iUmeiiim.
2SS DB LA tiiamktM» lAMIBOSB.
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