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DE LA RÉNOVATION RELIGIEUSE

Est-il raisonnable de parier de rénovation religieuse dans un pays ftiissi désabusé que la France? Un grand nombre de bons esprits, justement affligés des excès du papisme et de sa persévérance i exploiter la sottise humaine avec ses pèlerinages, ses miracles, ses solennités tapageuses, persuadés d'ailleurs que les masses, trop ignorantes pour se réfugier dans la philosophie, sont incapables de se détacher d'une ï^ise peu respectée, tant qu'on ne leur offre pas une Église meilleure, ces esprits généreux, inquiets, ne voient de salut quedao^ l'avènement d'une religion libérale. Qui ne voudrait avoir le privilège de soulever un coin du voile qui nous cache l'avenir t Toutes nos conversations sont remplies de prophéties; nous avons une insatiable curiosité de savoir ce qui arrivera ; le présent n'est rien pour nous et l'avenir est comme la tombe, il reste impénétrable.

La redoutable question qui épouvante les esprits libéraux est celle de la destinée du papisme. Voilà une puissante Église, admirablement oi^nisée, servie par la fortune et l'audace, ayant le prestige d'une longue tradition, seule en mesure de répondre aux besoins spirituels de nos populations, puisqu'il n'y a pas pour le moment d'autre l^lise qui puisse rivaliser d'influence avec elle ; cette Église forme un État dans l'État, elle jouit de privilèges que la justice condamne et que nos mœurs encore fort arriérées tolèrent, et cette Église, enhardie bien plus qu^apaisée par les concessions, parce qu'elle y voit le signe de sa force et de la crainte qu'elle inspire, est en lutte ouverte avec la société moderne, de sorte que dans ce duel, où chacun des adversaires combat pour sa vie, il faut que l'un des deux périsse.

Certains démocrates se rassurent à la pensée que le progrès ne peut pas ne pas se faire, en dépit de toutes les oppositions, comme si l'humanité marchait vers Tidéal, même lorsqu'elle s'en éloigne. Ce fatalisme optimiste est la négation de la liberté, car il ne tient pas compte de ceUe opinion, commandée par la morale, que les peuples, non moins que les individus, ont la responsabilité de leurs actes et qu'il dépend d'eux, selon le bon ou le mauvais emploi qu'ils auront fisiit de leurs facultés, de s'élever ou de descendre. Nous ne voyons pas pourquoi la France, dégénérée par sa faute, ne ferait pas comme l'Espagne? N'a-t-on pas vu des nations dépérir, après une civilisation très-brillante et se parer, dans leur décrépitude, des lambeaux de leur passé? Le danger clérical n'est point évité pour toujours ; c'est un abtme que la France côtoiera longtemps; puisse-t-elle ne pas s'y engloutir I

Elle a eu le malheur, dont elle soulRre depuis plus de quatre-vingts

HB IA KÉROTATim BUIGOEIISB. 2SS

ans, défaire sa révolution politique avant la révolution religieuse. Quelque idée que l'on se fasse de l'avenir des religions» fût-on persuadé, comme les positivistes, que les cultes, délaissés un jour par les gens éclairés, ne serviront plus d'abri qu'aux 'esprits faibles, il faudrait être bien peu observateur pour ne pas remarquer dans notre société, malgré le scepticisme, qu'elle affiche, avec plus de forfanterie que de conviction, la puissance très-réelle de l'Église. N'6st-<ce pas elle qui enseigne, eu l'absi&ice d'une autre institution, la morale, la charité, la haute dignité de la nature humaine ? Ëlleles enseigne très*mal; elle ne cherche pas à former des hommes libres, respectant les institutions de leur pays, de sorte qu'elle entretient, dans les profondeurs de notre existence nationale, des.dissentiments qu'une étincelle peut faire éclater. La puissance.de l'Église pour faire l'éducation d'un peuple étant indéniable et les institutions n'étant solides que lorsqu'elles s'appuient sur les mœurs, nul doute que la tranquillité de la France n'eût été plus assurée, si elle avait rompu, en temps opportun, avec l'Église du moyen &ge, pour se rattacher, comme l'Angleterre ou rAllemagne^ à l'une des formes du protestantisme. Alors elle eût conquis son unité> unité qu'elle possède dans son administration, et non dans son caractère.

Le papisme, tel qu'il se montre dans son épanouisseme.nt morbide, sera-t-il, après un délai dont il est impossible de prévoir la durée, amoindri, exténué, et verrons-nous des Églises nouvelles prendre sa place dans les sympathies de la majorité ?

En ce moment, aucun grave symptôme iie fait pressentir une rénovation religieuse. Les rares individus qui, surtout dans les grandes villes oti l'on a beaucoup moins à redouter la pression de l'opinion^ ab^n-' donnent le papisme, en faisant bénir leurs mariages par des p^teurs, avec l'intention de fonder des familles protestantes, ces individus sont des exemples isolés dont on ne peut tirer des pronostics sur l'avenir d'une nation. Ce qui rend une rénovation religieuse peu probable, c'est le manque de foi. Pour éprouver le besoin de changer de religion, il faut avoir de la religion. La lèpre de l'indifférence a gagné toutes les classes de la société. Le papisme, par ses doctrines contraires à la.raison, par son paganisme pompeux et grossier^ par son syllabus, a tué la foi dans l'àme de ce peuple qui ne croit plus, même lorsqu'il pratique encore. Chacun porte avec soi des doctrines usées, discréditées, que l'on garde par habitude et dont (m se moque par vanité, pour ne pas paraître crédule. Les ennemis du papisme s'en réjouissent : cette joie serait justifiée, si l'Église réprouvée était seule atteinte; malheureusement c'est Tàme môme de notre génération qui est appauvrie; on dirait uneespètce ^'anémie spirituelle.

A ce manque de foi vient se joindre la passion de l'unité. Les Américains, les Anglais, trouvent naturel que des individus, unis par une foi

23ft jm Lk itoOVAVIOH ABUSIBU8B.

commune, fondent des Églises qm disparaissent parfois avec l'homme éminent qui les a organisées ; ils ne s'étonnent pas que dans une même famille, le père, la mère, les enfants, tous libres, fréquentent des cultes diflférents. Cette diversité est un signe de vie; en France, elle serait un scandale. Notre peuple ne comprend et ne vénère la religion que sous la forme imposante d'une seule Église, immuable dans ses dogmes, avec un chef suprême, et le reproche tant de fois adressé aux protestants et que ceux-ci, gâtés par le voisinage du catholicisme, n'ont pas toujours su accepter comme un éloge, le reproche de varier, est k ses yeux le plus grave. Nous sommes centralisateurs en religion comme en politique* Nous avons été si peu habitués à faire nos afiledres nous-mêmes» que nous trouvons infiniment plus aisé d'en laisser la direction à des fonctionnaires gagés pour nous épargner cet ennui. L'amour de l'unité n'est chez nous que de la paresse ; disons mieux, il est de Tincrédulité.

Chose étrange! Gomme ces gens dont les résolutions sont violentes parce que leur caractère est faible, le Français passe, sans ménagements, de Tultramontanisme à Tirréligion la plus absolue. Il prend ses bottes de sept lieues et va d'un bond du pape à Voltaire. Encore un obstacle à la rénovation religieuse. On ne sort du catholicisme que pour entrer dans le néant Quel est Tidéal catholique? C'est le fidèle soumis à Tautorité de l'Église, ne pensant plus par lui-même, remplaçant sa conscience par celle de son directeur. Et l'idéal protestant? N'est^^ pas le croyant qui, faisant usage de sa raison, arrive à des convictions personnelles ? Cet idéal semble identique à celui du libre penseur, avec cette différence que le protestant se rattache à une Église et prend la Bible, librement interprétée, pour règle de sa foi, tandis que le libre penseur vit en dehors de tous les cultes. Ajoutons que s'il y a parmi les libres penseurs des athées, il y a aussi, et plus nombreuses qu'on ne pensct des âmes profondément religieuses qui ne restent dans leur isolement que parce qu'elles ne trouvent pas toujours dans les Églises établies une digne satisfaction de leurs besoins spirituels. Mais l'idéal catholique ou protestant ne se réalise que ches un nombre fort restreint d'individus. Il y a beaucoup de catholiques qui sont protestants et beaucoup de protestants qui sont catholiques, sans le savoir. N'y a-t-il pas des libres penseurs qui, pour employer un terme usité, ne sont ni libres ni penseurs 1 Le diocèse de la libre pensée a, lui aussi, ses moutons de Panurge, ses ftmatiques ignorants, ses dévots bornés et déprimés qui jurent par Auguste Comte ou Proudhon avec iâ même intrépidité que d'autres par le Saint-Père ou la Bible. Cette masse incrédule, sans direction morale, sans idéal, pense-t-on qu'il soit bon pour elle d'être rejetée dans le vide ! Et pourtant, c'est cette malheureuse tendance à voler d'un extrême h l'autre qui trouble le jugement des Français en matière religieuse.

m u ftfiionTie]! Bwsisinqk 285

n j a plus, La société ne se compose pas de héfos» Les gens capables de s'élever à la sablimité du martyre sont rares ei, sans vouloir rabaisser la nature hnn^aine, ne peut-on pas avancer que la plupart des hommes, tout en aimant teurs idées, ne seraient guère disposés k se sacrifier» de aang-froidy pour elles? L'instinct du dévouement et de la résistance ne se réveille ijue dans les circonstances extraordinaires oii r&me exaltée est d'fiutant plus courageuse qu'elle pense moins au danger. Ce qu'il y a de moins commun, c'est le courage calme» réfléchi, voulu. C6lui-là« il ne faut pas teop y compter. Prenons l'bumanité telle qu'elle est et, dans l'estimation de ses qualités, ne lui en attribuons pas qui lui man*quent. Les idées n'avancent qu'autant qu'elles sont poussées par des passions. Tant qu'un parti, eût-il cent fois raison, a eontre lui les inté^ rets, son heure n'est pas venue. Gomment, par exemple, le pix>testan« tisme feraiMl des progrès dans notre pays, malgré les sympathies dont il est honoré par des esprits émioents ? Où sont, en ce moment, les passions populaires dont il puisse se servir pour étendre sa propagande? Que l'on se représente, dans une de nos petites villes, un boui^eois, un fonctionnaire, un artisan se convertissant au protestantisme. Quel scandale I Que de calomnies I L'artisan perdra une partie de sa clientèle, le fonctionnaire sera mal vu de ses supérieurs et le bourgeois se brouillera avec un certain nombre de ses connaissances. Il serait beau, sans doute, et moral de braver l'opinion, au risque de se compromettre, mais l'homme pousse rarement l'amour des principes jusqu'à ce désintéressement, à moins qu'il ne soit excité et en nombreuse compagnie. On attend presque toi^ours pour agir que le voisin ait pris les devants, et comme le voisin est très^prudent, la mort nous surprend ordinairement au milieu des plus excellentes intentions. Tout cela prouve que le catho* licisme, s'il avait moins de foveurs à distribuer, n'aurait pas autant d'amis.

Nous avons insisté sur les raisons qui nous font douter de la rénovation religieuse, à courte échéance. BîsUoe à dire que nous la croyons impossible I Aisurément non. Dans ces dernières années, le conflit entre r^ise et l'État est devenu plus aigu, une vive lumière s'est faite sur les prétentions de l'ennemi ; l'État, bien averti, n'a plus qu'à se défendre» Si la victoire des libéraux n'est pas œrtainei elle est du moins probable. Le papisme, dans cette guerre, joue son avenir. Il aspûe au pouvoir et la France, toutes les fois qu*elie est appelée à manifester sa volonté, proclame nettement qu'elle ne vent à aucun prix de la domination des prêtres. Répudiés par le pays, ceux-ci ne s'avoueront pas vaincns. Il n'est pas croyable que oette formidable institution, accoutumée à jouir de tant de privilèges, se laisse tranquillement user par des lois habiles. Il est vrai que le papisme, avec une adresse qui fait plus d'hiMineur à ses aptitudes politiques qu'à sa moralité, sett siVuNNmpUr amr cireon-

2S6 DB tk BéNOVATÎON BBUGIEUSE.

Stances, se faire doux et humble quand il ne peut être terrible^ et miner le terrain sous les pas des imprudents qui se laissent prendre à ses doléances et qui se plaisent à le couvrir du manteau libéral. Mais jamais» depuis la Révolution, le dissentiment entre TÉglise et la société moderaie ne s'était aussi fortement accusé; il arrive toujours un mcMnent où les partis, après avoir longtemps vécu dans une lutte sourde, presque inavouée, n'hésitent plus à se dresser frémissants l'un contre l'autre, et c'est alors que le dénoùment se précipite.

Si le parti libéral conquiert la majorité dans le Sénat, s^il se maintient au pouvoir assez longtemps pour faire une œuvre suivie; s'il ne froisse l'opinion des petites villes et des campagnes par aucune fausse manœu* vre ; si la paix et la prospérité durent sous son administration, que pourra le cléricalisme contre la popularité d'un gouvernement ayant le double privilège d'être établi et de garantir la sécurité des intérêts? Toutes ses entreprises contre la civilisation moderne ne serviront qu'à le discréditer toujours davantage; l'opinion publique, ne voyant dans les cléricaux que des perturbateurs, peut-être même, selon les événe* ments, des ennemis de la France, des émigrés à l'intérieur^ se révoltera contre eux; les passions s'allumeront et il ne serait pas impossible que la haine d'un parti anti national ne détachât de l'Église papiste un grand nombre d'individus, pour les jeter dans le protestantisme ou dans des Églises plus récentes. Nous pourrions citer tel village où le despotisme d'un curé bilieux a fini par lui aliéner la majorité de ses paroissiens qui ont réclamé le ministère d'un pasteur. Peut-on savoir ce dont le peuple est capable, quand il est surexcité? Ce qui domine chez lui, c'est Tinstinct, c'est le sentiment; tant que ses passions ne sont pas vivement remuées, il reste stationnaire, surtout quand il s'agit d'un changement de religion, en un temps d'indifférence comme le nêtre.

Quoi qu'il arrive, et c'est une considération importante, en supposant que le progrès se fasse au détriment du papisme, dans le sens démocratique et libéral, il ne faut pas rêver une grande Église, englobant tout un peuple ; mais des Églises plus ou moins nombreuses, plus ou moins étendues, séparées de l'État, et, en dehors d'elles, une masse très-considérable de libres-penseurs. A moins que nous ne rétrogradions, l'avenir n'appartient plus aux religions officielles.

Assisterons-nous à la chute du papisme? Qui oserait le prévoir? Il est vrai que nous avons vu déjà des miracles, et des miracles plus authentiques que ceux de Lourdes. Qu'est-ce donc que l'acclimatation de la république en France, avec le concours de l'Assemblée la plus monarchique qui fût jamais, et grâce à la modération d'un parti jugé intraitable, qu'est-ce que cette révolution dans l'âme d'un peufde, si ce n'est le fait le plus étrange, le plus étonnant, le plus inoui, le plus merveilleux qui se puisse imaginer? Nous, les contemporains, qui faisons

DK Là RilfOVATlOll RELIGIEUSE. 237

cette histoire» nous nous modifions avec les événements, et de même que Ton ne saisit guère les lentes transformations opérées par le temps dans la physionomie des personnes que Ton voit tous les jours, nous devenons presque insensibles à ces grands changements de l'humanité s'accomplissant sous nos yeux. C'est seulement à distance que Ton peut en contempler la majesté. L'histoire que nous oublions le plus facilement, c'est la plus récente, celle dont nous sommes les acteurs. Plus tard, ces souvenirs se détacheront et le vieillard les retrouvera plus vifs qu'aux jours de sa jeunesse. Si nous avons assisté^ pendant ces dehiières années^ en politique, à l'une des évolutions les plus considérables de Tbisloire, pourquoi la génération prochaine n'aurait-elle pas, en religion, le même spectacle? La préparation ne se fait-elle pas dans ce domaine comme elle s'est faite dans l'autre? Les vieilles divinités ne sont-elles pas malades? L'Église de la majorité, malgré ses pompes, ne cache-t-elle pas, sous les somptueuses draperies dont la foule est dupe, un corps usé? Ne voyons-nous pas dans notre pays l'élite des penseurs, des savants, des poètes, des historiens, en un mot, tous ceux qui comptent, s'éloi* gner d'elle et, en rabandonnant> lui enlever la force morale? Évidemment, parmi ces hommes, il en est, et des plus autorisés, qui sont hostiles à toutes les religions; mais il y en a d'autres, non moins compétents, qui ne le sont pas. Dans le peuple, que de bonnes âmes droites et généreuses qui soupirent après une nourriture plus saine I Les athées prédi* sant la ruine de tons les cultes ressemblent aux sectaires qui voient des yeux de la foi leur petite église s'étendre sur le monde entier. Les fanatiques de toutes les religions, ceux de la chapelle positiviste non moins que les autres, prenant leurs désirs pour des réalités, ne peuvent conce« voir que tous les hommes ne soient pas constitués comme eux. Cette illusion empêche bien des gens de rendre justice aux besoins religieux de leurs semblables et même de les constater. Nous observons que la religion perd du terrain, surtout parce qu'elle est mal représentée; mais nous observons aussi que le sentiment religieux reste au fond des âmes, et nous croyons qu'il faudrait peu de chose pour le raviver.

C'est pourquoi nous devons désirer, dans l'intérêt de tous, que les hommes d'État chargés de soutenir vigoureusement la guerre contre le cléricalisme, lorsque la République n'aura plus à combattre pour son existence, comprennent la puissance légitime de la religion. Il est à craindre qu'ils ne s'appliquent exclusivement à mater une église gênante et que la lutte contre un culte ne les rende injustes qontre tous. Ce serait un malheur et une maladresse ; car ils s'exposeraient à froisser des susceptibilités profondément respectables, et à étouffer la concurrence ecclésiastique, plus redoutable pour le papisme que la pression administrative. L'Étajt laïque a le droit de se défendre contre l'ultramontanisme ; il est moralement autorisé, si les mœurs publiques le permet-

238 I^ U AiROVATlOtl ftEIlGiBtISE.

tenty k réduire par la force au droit commun un parti qui est âissez impudent pour se dire persécuté, quand il n*a pas le pouvoir d'être persécuteur; mais il doit la plus entière liberté de réunion et d*association, dans les limites exigées par Tintérôt commun, à toutes les Églises dont les principes ne sont pas incompatibles avec le Gode. Par cette politique sainement libérale^ ferme avec prudence contre les adversaires de l'Ë* tat, indulgente pour les cultes émancipés, on affaiblirait le papisme de manière à le tendre impuissant Que faire en attendant cet avenir si ardemment désiré t Il s'agit d'abord de bien voter. Il ne suffit pas qu*un candidat soit ré^ publicain; il faut qu'il soit libéral, il faut qu'il accepte résolument les principes de 8d, la laïcité de l'enseignement, Tabolition progressive de tous les privilèges ecclésiastiques. Il importe de ûe pas oublier que le seul titre de républicain n'est pas une garantie suffisante, et qu'il y a, notamment au Sénats des républicains très-décidés à soutenir la Constitution, qui secondent par leurs votes les pires ennemis de la liberté. Ces politiques hybrides, il est urgent de les éloigner. Dans la grande guerre qui se prépare entre Tultramontanisme et l'État^ la victoire de la démocratie libérale ne sera décisive que si le suffrage universel bien avisé envoie dans nos deux Assemblées une majorité compacte, écrasante d'hommes animés de l'esprit moderne. Puisque la force du cléricalisme vient en grande partie de ce qu'il a pu combler de faveurs ses amis, il est certain que le jour o& il n'occupera plus toutes les avenues des ministères, les courtisans de la fortune s'adresseront à de plus influents. Croit-on que cette foule de magistrats^ de fonctionnaires, de bourgeois, de mandarins qui vont à l'église, en prenant bien soin d'être vus, ont le cœur très-épris de la divinité? Il peut s'en rencontrer dans le nombre qui trouvent leur intérêt à être pieux, sans que leur sincérité mérite d'être suspectée. Ces heureuses coïncidences, quelques rares, ne sont pas impossibles. Mais la plupart déserteront dès qu'ils s'apercevront que la victoire capricieuse s'est décidément attachée à un autre drapeau.

Ce n'est pas tout cependant de bien voter ; car la politique a ses flux et ses reflux, et tant que l'institution papiste reste debout, avec sa masse imposante, le danger est ajourné, il n'a pas disparu. Rien n'égale la confiance de nos bons démocrates, si ce n^est leur aveuglement. Au café, à l'atelier, dans les banquets commémoratifs, dans les réunions électorales, ils manifestent avec véhémence la haine dont ils poursuivent le prêtre. La logique, si elle était de ce monde, la droiture, Hutérêt de la démocratie» la moralité publique voudraient que les libres-penseurs abandonnassent complètement une Église qu'ils déclarent dangereuse, it cependant le prêtre bémt leurs mariages, baptise leurs enfants, conf 3sse leurs femmes, fait l'éducation de leurs fiUes et de leurs garçoùs en

DB tA RÉNOVATIOR BSUeiBlISB. 239

attendant qu'il leur administre les derniers sacrements à Theure de la mort. Ils ne réfléchissent pas que le seul moyen de se débarrasser d'un clergé c'est de démontrer son inutilité en se passant de lui. Ont-ils peur de se compromettre? Pour beaucoup d'entre eux c'est le cas* Mais parmi ces dupes, il en est qui pourraient ne pas Tètre tans courir de graves dangers. S'ils ne rompent pas définitivement^ c'est par indolence, pour ne pas froisser l'opinion, parce qu'ils ne veulent pas se donner la peine de réagir. Et ces républicains débonnaires sont très-40uvent des hommes fort intelligents, des professeurs, des magistrats, des journalistes, des députés, de riches propriétaires, des gens qui n'auraient rien à perdre en étant honndtes. Si le peuple, toujours porté à imiter les grands, voyait des hommes justement considérés, haut placés, instruits, vivre et mourir sans les sacrements de l'Église, il en viendrait à ne plus se scandaliser d'un mariage ou d'un enterrement civils^ et le jour où rintervention du prêtre dans les circonstances les plus graves ne serait plus jugée indispensable, le papisme toucherait à sa fin. Selon nous, il vaudrait mieux protester contre lui, en adhérant à une Église libérale. Pour prendre cette résolution il faudrait avoir des convictions religieuses, et comme nous professons avant tout le culte de la franchise, nous trouvons plus moral que Ton se passe d'Église, quand on n'éprouve pas le besoin d'en adopter une. Chacun est libre : la conscience de l'athée n^est pas moins inviolable que celte du chrétien. Les amis de la religion, qui ne sont pas toujours ceux de la tolérance, n'oublient que trop souvent cette vérité élémentaire. Mais si l'homme irréligieux a le droit incontestable de bannir le prêtre de sa vie et de sa famille, il n'a pas celui d'être hypocrite et lâche. Il l'est en observant des usages dont il parle avec irrévérence. Sa seule excuse c'est d'être assez ingénu pour ne pas se douter du mal qu'il fait à ses propres idées.

Quant aux libres^penseurs religieux, que les excàs du catholicisme révoltent, pourquoi ne se font-ils pas protestants, ou si le protestantisme leur parait trop arriéré, pourquoi ne prennent-ils pas l'initiative de nouvelles associations religieuses, comme celles qui ont été fondées récemment en Angleterre? Toutes les entreprises honnêtes ayant un but de relèvement individuel et social nous inspirent du respect, même lorsque nous doutons de leurs succès. Le protestantisme, parce qu'il a une tradition, une histoire de plusieurs siècles, et qu'il conserve, avec des interprétations diverses, la grande autorité de Jésus, est certainement plus apte que des Églises récentes à faire de nombreux prosélytes. Malheureusement l'intolérance des orthodoxes, qui avec la connivence du gouvernement de combat ont fait subir au parti libéral une véritable persécution, a jeté sur cette noble Église un discrédit dont elle ne se relèvera que par un franc retour à la justice et à la liberté. Il est & désirer que le protestantisme se pacifie pour être prêt au moment suprême de

2&0 DE LA RfNOVATKW aELIGIEUSE.

la crise à recueillir les naufragés du papisme. Déjà la voix des hopimes éminents proclame dans des brochures et dans les journaux les bienfaits d'une religion libérale. Leur voix se perd daifs le bruit de nos agitations politiques ; mais cette semence, emportée on ne sait où par le vent, n'est pas perdue, à moins qu'elle ne trouve dans la sottise et la perversité des hommes un terrain trop ingrat pour y germer. Cependant comme le devoir est plus clair que l'avenir^ il faut accomplir son devoir, môme lorsqu'on n'a pas grande confiance dans l'avenir. Si des hommes intelligents, honorés, entraient dans l'Eglise réformée avec leurs enfants, cet exemple, sans devenir immédiatement contagieux, formerait Topinion et produirait plus tard des résultats considérables.

Alfred Benezecb.

THE FORTNIGHTLY REVIEW Edited by John Morley (London, Ghapman and Hall^ 4 93, Piccadilly).

SOMMAlfiE DU NUMÉRO DE SEPTEMBRE 1876

La Turquie en Europe, ^w Albert HuJUon. — La cruauté pour les animaux, par Jonathan Uutchinson. —, Uà mot sur la bonne fraternité, par Octania HilL — Robespierre (seconde partie), par John Morley» — Le livre de la propriété foncière irlandaise, par W. O^ConnàrHùtris, — Lord Fairfax à Colchester, par Cléments B. Markham. — Le digeste de la Loi des preuves de M, Stephen, par Frederick Pollock. — Affaires intérieures et étrangères.

LA RÉFORME ÉCONOMIQUE

SOMEAtRE DU NUMÉRO 0U l** NOVEMBRE 1876

La Marine marchande de l'Angleterre (3"« article — /In), pw Edmond Barhier. — Le Phylloxéra (1" article), par Brunfaut. -— La Codification des lois rurales (!''' article), par VaUerres, — Le rapport de M. Gambetta et la Réforme fiscale, par Yves Guyot. — L'Institut national agronomique, par Chorks Terrier.

Le rédaeteur-gérant : F« Pilion*

tAKZS, — .-MPaillEAIB SB X. UàHTIHXT, ROB MIORORi t

5»« INNEK. 16 NOVEMBRE 1876. N« è2

POLITIQUE, SCIENTIFIQUE, LITTÉRAIRE

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