UNE ANCIENNE CONTROVERSE SUR LES REFUS DE SÉPULTURE RELIGIEUSE
Un philosophe chrétien, Bordas-Demoulin, s'exprimait, en 1831, dans les termes suivants, sur le changement apparent qui venait de se produire, après la révolution de Juillet, dans la politique cléricale et sur le libéralisme effréné, presque révolutionnaire, qui semblait, à cette époque, animer la secte ultramontaine.
« Tant que la faction ultramontaine a cru pouvoir s'emparer du gouvernement et s'en servir pour relever sa sanglante domination, nlle n'a cessé de porter l'autorité civile dans les affaires ecclésiastiques, de solliciter Tabolition de la liberté des cultes^ et môme de toute iiberlc, el le rétablissement de l'intolérance et du pouvoir absolu, comme condition essentielle de l'existence du christianisme et de l'État. Mais depuis la révolution de Juillet, où elle a perdu Tespérance d'envahir le pouvoir, ce n'est, au contraire, que dans la tolérance et la liberté civile les plus illimitées qu'elle voit le salut de la religion et de la société. La charte de 1830, quoique plus large que celle de 1814, ne l'est point encore assez. La faction étouffe dans cette enceinte. Pour vivre, il ne lui faut rien moins que la ruine de tout gouvernement el l'indépendance des sauvages. Elle se flatte, dans cette anarchie universelle, de capter les .esprits et de les rejeter sous le joug, et dût-elle bouleverser le monde, couvrir la patrie de débris et de sang, que lui importe, pourvu qu'elle règne (1)?»
Le jugement était dur, venant, non d'un libre penseur, mais d'un esprit sincèrement el fermement attaché au christianisme catholique. Voici en quelles circonstances il était émis. Il y avait à cctlo époque comme aujourd'hui une question des enterrements qui divisait les esprits : ce n'était pas celle des enterrements civils, c'était celle dos
(1) Gazette des écoies (n* du 19 juin 1841). — Cet article a été reproduit dans le? Essais sur la réforme catholique y par Bordas-Demoulin et F. Huet fPariSîChamerot 185G. p. A25).