V administration de la commTme
La commune possède des institutions publiques de plusieurs genres, et plus ou moins importantes ou nombreuses, selon sa propre importance. Elle doit donc entretenir une bourse commune — on dit un budget — avec les contributions des particuliers, et se donner des magistrats pour l'administration de ses intérêts. Mais une commune n'étant pas isolée, et faisant partie d'une autre communauté plus vaste qui est YÉtaty dont on parlera au chapitre suivant, et qui réunit un grand nombre de communes sous les mêmes lois, il se trouve qu'une commune est liée et obligée en beaucoup de choses, et n'exerce sa liberté que dans un domaine limité par la loi générale. Ses magistrats sont donc assujettis à certaines conditions, tant pour être nommés que dans les fonctions qu'ils exercent, et pour plusieurs desquelles ils sont responsables à l'État. Au reste, le domaine
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de la compétence et des libertés communales varie avec les pays et les temps, selon la manière dont se modifie la constitution d'une nation.
Le citoyen d'une commune a, comme le membre d'une association quelle qu'elle soit, des droits et des devoirs. Ses droits en tous temps portent sur sa sécurité et sa liberté, quant à la personne, à l'habitation, à la profession, à la propriété — au moins dans la mesure où l'État laisse la commune pourvoir elle-même à toutes ces sortes de garanties. Les devoirs correspondants consistent dans le payement des taxes locales et dans l'acte de contribuer de sa personne aux services demandés par la communauté.
Dans les États qui laissent aux citoyens des libertés communales sérieuses, les magistrats communaux — municipaux, ainsi qu'on a coutume aussi de les appeler — sont électifs. Dans ce cas, c'est un droit pour les citoyens de la commune, et c'est aussi un devoir pour eux de participer aux élections. Us doivent s'informer activement des candidats les plus méritants, et chacun faire tout ce qui dépend de lui, sans injustice s'entend^ pour contribuer à la nomination de celui qu'il a choisi.
S'il est vrai que chaque famille a à s'occuper d*elle-môme et de son bien, il n'est pas moins évident que certains résultats ne peuvent être obtenus que par l'association des familles entre elles, telle qu'elle est dans une commune. Nous citerons les ponts, les routes, les lieux publies de récréation et de promenade, les écoles^ les hospices et hôpitaux, et les institutions protectrices de la propriété, de la santé et de la vie, dans les grandes agglomérations d'hommes. Gomment même un petit village irait-il bien, si chaque habitant n'avait jamais h voir qu'à son intérêt particulier. Il est arrivé plus d'une fois que des personnes préoccupées d'un intérêt public se sont réunies pour construire à frais communs des ponts, entretenir des chemins^ faire garder leurs champs. Ces personnes ont dû nécessairement exiger un payement en travail ou en monnaie de ceux qui voulaient avoir part aux bénéfices de l'entreprise. Les dépenses communales et les taxes locales ne s'expliquent pas autrement quand c'est une commune permanente et formée de tous les habitants qui se charge des œuvres ou fondations de toute nature auxquelles il est avantageux d'appliquer un effort commun.
Les gens mal intentionnés ou qui réfléchissent peu se plaignent des taxes locales, les nomment a une honte >, etc., etc. Ils tâchent au moins d'en éluder le payement tant qu'ils peuvent. Mais ces mêmes individus, quand il leur faut une école pour leurs eufacits, un hôpital pour leurs parents^ un marché pour leurs marchandises, sont les plus empressés à recourir aux établissements publics : ils les trouvent trop petits^ trop peu nombreux et mal commodes. Mais les hommes d'un bon esprit doivent s'estimer heureux de contribuer pour les sommes requises. Ils auraient honte de ne pas payer leur écot. Est-ce qu'à moins d'être fou, quand on veut éclairer son appartement on pense à se faire fournir d'huile ou de
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gaz par fes autres? Pourtaat, ea quoi cela dillere-t-il de Téclairage des rues? Celui qui se sert des rues doit payer sa part de la dépense qu'elles exigent.
De même que chacun, dans son ménage, est obligé de calculer les recettes et les dépenses, de tenir la caisse, d'aviser aux achats, aux réparations, etc., de même dans une commune il faut que Ton confie les devoirs équivalents à certaines personnes : maires, adjoints, conseillers, inspecteurs de travaux, percepteurs de contributions. Parmi ces offices, de quelque manière d'ailleurs qu'il y soit pourvu^ il peut y en avoir de payés par Fhonneur, c'est-è-dire ne comportant pas pour ceux qui les occupent une autre rétribution que celle de l'estime e ^ du respect de leurs concitoyens, outre la satisfaction intérieure du devoir rempli. Dans d'autres cas, la nature de l'office ou les charges dont il est accompagné requièrent absolument une compensation pécuniaire. Ne nous en plaignons pas, car toute peine mérite salaire. Songeons aussi qu'avec une administration insuffisante ou un mauvais contrôle, l'intérêt public est en danger. Il y a économie à payer un service nécessaire.
Il n'est que strictement juste que la personne qui paye sa part de contributions ait son droit de vote pour l'emploi que les fonds doivent recevoir; et son droit d'enquête sur les dépenses faites. Aussi est-ce le fond des libertés communales. Mais naturellement un tel contrôle ne peut pas toujours être exercé directement. C'est presque toujours d'une manière indirecte, et par des personnes que tous avez choisies et qui ont votre confiance, que se prendront les décisions et que la surveillance s'exercera. Dans les élections pour les offices publics, votre devoir sacré est de voter non pas pour celui qui est le plus votre ami, ou pour un homme de votre communion religieuse, ou de votre coterie, mais pour le plus habile et la meilleure tête parmi ceux que vous savez bien intentionnés, respectueux des droits de tous, et maître de son temps pour s'occuper des intérêts de la commune. Il arrive souvent que des personnes sont inresties de fonctions électives, uniquement parce qu'elles sont d'un certain parti, quoique impropres aux devoirs qui leur sont ainsi imposés. C'est une vraie démence : vous n'appelez pas un architecte pour raccommoder vos pendules, même quand vous le croiriez capable de construire un palais, et de plus votre meilleur ami.
(A suivre,)
THE FORTNIGHTLY REVJEW Edited by John Morley (London, Chapman and Hall, 493, Piccadilly).