FRANÇAIS
Je remarque dans les Chroniques parisiennes de Sainte-Beuve une vue singulièrement juste sur l'évolution et la transformation du catholicisme en France. Gela a été écrit en 18i!i3. Gela était vrai à Tépoque ; combien plus aujourd'hui ! Gomme Tobservation du judicieux critique a été bien conûrmée par Thistoire contemporaine de l'Église I
Le fait essentiel de la religion en France, depuis une douzaine d'années, c'est l'abolitionf évidente et complète du gallicanisme : cette grande religion vraiment française n'est plus. Qa'était-elle? Autour des trois ou quatre points de droit qui constituaient la jurisprudence gallicane, il s'était formé, à l'abri des parlements et de l'ancienne université, une sorte d'esprit religieux^ modéré, assez libre, tout à fait tempéré, dans lequel de beaux génies avaient pu vivre et qui convenait aux raisons droites et modestes. On était soumis, on était croyant, et l'on discutait pourtant, on critiquait et on rejetait dans une certaine mesure. On n'était ni fanatique ni superstitieux, tout en restant bon catholique. Vous voyez bien que je retrace un peu un idéal dont on s'approchait pourtant à ces époques de Bossuet^ de Bourdaloue, de Nicole^ de l'abbé Fleurt/y de Massillon, Les jésuites sages, comme Bourdaloue, étaient eux-mômes gagnés par cet esprit, par cet air général qu'on respirait. La Révolution a brisé ces conditions. L'abbé Frayssinous vient de mourir le dernier des gallicans et le plus airaibli ; mais il en était encore. Aujourd'hui, sans parlements, sans université comme corps distinct et indépendant, n'ayant que le seul conseil d'Etat pour les points d'administration gallicane, il n'y a plus rien de tel que le gallicanisme et il ne se reformera jamais. La raison ou la foi vont au delà. Tune à la philosophie du siècle, l'autre à Tullramontanisme. Les doctrines de Bonald, de Lamennais, surtout de Joseph de Haistre, ont prévalu chez les croyants catholiques, chez les jeunes. Le jésuitisme et le catholicisme en France ne sont plus guère distincts et le seront de moins en moins.
Le gallicanisme, le plus noble fils du catholicisme, est mort avant son père, lequel dans sa caducité est resté opiniâtrement Gdèle à ses principes. Les grandes institutions sont telles, et leur principe primordial persiste, use bien des biais et reparaît le même jusqu'à extinction.
Un catholique éclairé^ qui sortait de France, était tout étonné du catholicisme