LA FORGE DU CATHOLICISME
La France n'est pas cléricale; les élections Tont prouvé. N'est-il pas étrange que^ dans un pays généralement considéré comme le dernier rempart du jésuitisme, Tinfluence du clergé ne soit parvenue à introduire dans le Sénat et dans la Chambre des députés ni un évèque, ni un curé? Il est très-évident que si les prêtres avaient compté sur la bienveillance des populations, ils n'auraient pas hésité un seul instant à demander au suffrage universel la justification de leur politique. S'ils ne Tont pas fait, c'est parce qu'ils sentent que le pays n'est pas avec eux. Cet aveu tacite d'une impopularité qui a grandi avec leurs succès, pendant ces dernières années, est l'un des plus graves. enseignements de l'histoire contemporaine. Le cléricalisme pèse, comme un cauchemar, sur la civilisation ; et tous les amis de la liberté doivent accueillir avec une noble satisfaction tous les échecs que lui inflige le bon sens d'un peuple que ses voisins ont calomnié au point de lui attribuer le triste rôle de représenter dans le monde moderne les prétentions du moyen âge. Cependant^ ne nous hfttons pas trop de triompher. Il en est de la vie des peuples comme de celle des individus : quand une épreuve est surmontée, il en surgit aussitôt d'autres qui la font oublier, de sorte que le succès, en nous conviant au repos, pourrait nous être plus nuisible que les revers. Assuré-* ment, la France n'est pas disposée à passer sous les fourches caudines du clergé; mais est-elle tout à fait émancipée?
On a quelquefois le tort de juger des sentiments de la France, en ma*tière religieuse, d'après quelques grands centres. Sans doute, les popu« lations ouvrières de Paris, de Lyon, de Marseille, de Bordeaux et autres Tilles très-importantes, sont profondément émancipées de l'Église. Leur émancipation va même jusqu'à la haine du prêtre et, par la haine du prêtre, jusqu'au mépris de toute idée religieuse ; Dieu n'est pas popu* laire. Il faut bien le reconnaître, le malheur de la religion, c'est d'être soutenue, dans un but politique, par des hommes peu clairvoyants qui n'aiment pas le peuple et combattent l'œuvre de la Révolution. Il n'est donc pas étonnant que le peuple, dont l'instruction est trop incomplète pour qu'il puisse faire exactement la part des responsabilités, confonde dans une môme réprobation et la Divinité et ceux qui la représentent. Les classes dirigeantes, d'ailleurs, ont-elles plus de perspicacité et, quoique plus cultivées, n'écoutent-elles pas bien souvent la voix de la passion encore plus que celle de la raison ? Mais les ouvriers ne sont pas toute la France. Dans un pays où le suffrage universel est souverain , il faut compter avec tous les citoyens, avec le paysan, le boutiquier, le petit propriétaire, aussi bien qu'avec le prolétaire de Belleville ou le
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journaliste des boulevards. Pour faire de bonne politique, il importe de ne dédaigner aucun des membres du corps social. Or la province est plus attachée au catholicisme qu'on ne le pense, en général^ dans certains cercles politiques.
Le dogme» nous le constatons, est usé. La foi naïve de nos pères a dis» paru pour ne plus revenir. Les mystères et les symboles du culte romain ne répondent plus à des besoins profonds et, chose étrange, on ren* contre, à chaque instant, de prétendus fidèles qui admettent en bloc les doctrines enseignées par le prêtre ; interrogez-les sur chacune d'elles? iis vous les sacrifient toutes, sauf à rentrer aussitôt après dans le giron, parTefret d'une vieille habitude. C'est un phénomène psychologique trèsdigne d'attention. Il prouve que, sous cette couche de préjugés, il y a, à une petite profondeur, une incrédulité latente, que Ton s'avoue parfois et qui n'est môme pas incompatible avec le fanatisme : car les croyances les plus discréditées, tant qu'elles ne sont pas remplacées par d'autres croyances^ se soulèvent par moments, comme un esclave avili qui se venge, par des brutalités sans nom, du mépris dont on l'accable. Le paysan lui-môme, le paysan que Ton juge abêti, soumis, obéissant, prend quelquefois à l'égard de TÉglise des libertés singulières. Et pourtant, s'il n'est pas clérical, il est encore moins libre penseur. Use moque souvent du prêtre, il ne serait guère disposé à s'imposer pour lui des sacrifices d'argent, les plus pénibles de tous, et il ne peut se passer de son ministère. Il n'est ni croyant ni pratiquant : mais il tient à l'Église dans laquelle il est né.
Le catholicisme, quoique discrédité, a pour lui bien des chances, et, parmi les plus grandes, nous comptons le scepticisme de notre génération. L'incrédulité contemporaine, qui fait sa faiblesse, fait aussi sa force. Les libres penseurs^ assez émancipés pour ne pas croire au catéchisme et pratiquer, n'ont pas assez de religion pour changer de religion et, dupes et complices à la fois, s'imaginant naïvement qu'un dogme réfuté par la science est devenu inoffensif, ne se doutant pas que les Églises vieillies conservent, dans leur décrépitude, une puissance d'inertie qui rend leur déclin aussi redoutable que leur prospérité, ne comprenant pas l'absolue nécessité^ pour combattre efficacement le cléricalisme, de l'abandonner, non pas individuellement, mais avec toute sa famille, ils contribuent, par cette aveugle insouciance, à perpétuer la domination d'un parti justement exécré. L'Église papiste a ce rare bonheur d'être soutenue par ses plus ardents ennemis qui, tout en la détestant, ne songent pas à se séparer d'elle, soit pour vivre complélement en dehors de son organisation, soit pour entrer avec leurs enfants dans une Église libérale.
Ce dernier moyen serait le plus dangereux pour le catholicisme. L'école positiviste est dans la plus étrange illusion lorsqu'elle prétend que les
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tetigiôtii nées pendant l'enfàncë de l^huttiàniU répondent a des besoini intérieurs (|ue les progrès de la scicnoe et dô l'irtdustfîe tendent à fairs dispai^attre. Les religions se transforment ou s'en voht; lA religion reste pour satisfaire des aspirations que la philosophie (Contient ou rectifiei âans qu'il ëoit en son pouvoir de les anéantir. Dnns tous les iempSi et quel que soit son degré de culiure intellectuelle et morale, rbommemal^ beureuxy attristé, ayant soif de yérité et de protection* brlsei'a les bar« tiéres du monde tisible pour chercher dans une patrie meilleure la Réponse à des problèmes qui le tourmentent» L'Église papiste répond, très-grossièrement sans doute, à ce besoin inextinguible de l'âmehu* maine, et la libre pensée, en {renversant les doctrines anciennes sans lei remplacer, accomplit une œuvre nécessaire^ mais trop insuffisante pour n'être pas dangereuse. Toutes des doctrines mortes restent dans TAma de notre génération comme des cadavres dont la putréfaction est uo danger pour le$ corps sains et robustes.
Le papisme, admirablement servi par l'indifférence de notre généra* tion, trouvé encore dans sa longue existence une sourôe de vitalité. La routine est reine du monde; Si les institutions croulaient dès que les croyances sur lesquelles elles reposent ont été ruinées par la critique^ il y a longtemps que le catholicisme devrait appartenir à l'histoire ; mais quand elles n'ont plus l'élan et la fécondité de la jeunesse, elles peuvent se traîner pendant des siècles dans une sorte de sénilité vigoureuse, en attendant qu'elles Soient emportées par l'une de ces tempêtes qui pu^ rident le monde en le bouleversant. L'Église papiste, chacun le sent^ malgré ses efforts pour ressaisir une société qui la repousse, ne continue à vivre que parce qu'elle vit depuis longtemps. L'homme est ainsi fait: il a beaucoup de peine ft se détacher des vieilles traditions, même lors** ((u'il les dénigre, et la plupart de ceux qui affectent des allures indépen* dantes sont, bieh souvent & leur insu, retenus dans une Église, h laquelle ils ne croient plus, par cette seule considération qti'elle fut l'Église de leurs pères. Gétséralement, et à moins d'être un de ces esprits cultivée qui se suffisent à eux-mêmes, il faut, pout* sortir d'une religion, en avoir une autre qui puisse vous recueillir, de même qu'il serait imprudetitde déménager sans avoir fait choix d'un nouveau domicile ; sinon, on rentre toujours, tôt ou tard, dans celle de son enfance, non pas qu'on l'aime^ mais parce que, en l'absence d'une meilleure, on est obligé de se contenter de celle qui existe. Aussi, toilt en condamnant l'inconséquence des libres penseurs, ne faut-il pas trop s'en étonner.
Nous avons dit que le catholicisme trouve dans le scepticisme de notre génê^ation un appui réel ; l'espèce de minorité intellectuelle dans laquelle on se platt à maintenir la femme n'est-elle pas aussi pour lui une force? La femme, dans notre pays, est le plus grand obstacle àl'avénemeilt de la liberté. C'est grftce à son dOncouré que lé prêtre, chassé
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f»ôur AÎtisI dife de la ramillê par l'indiffërëhce ou rhôstilité de rhOinmei j rentre eh vainqueur par l'éducation de Tenfant. La femme françaiMi dont la grâce et \^ charme ne sauraient être contesléSi manque^ en gé^ néral, des qualités solides qui fotit d'une épouse la vraie compagne dé son mari et d'une mère l'institutrice de ses enfants. L'Église, spéculant sur son infériorité, lui donne une éducation superficielle^ et nos démo* crates, qtii se croient très-aviëés^ font le jeu de leurs ennemis^ en négligeant son instruction^ sous le prétexte frivole que la femme est un être inférieur et que la religion n'est bonne que pour elle et les en« fanU. Cette opinion est tellemetit accréditée, que Ton évite devant les femmes, comme parfaitement déplacéei toute conversation sérieuse* Presque toujours, après dttier ou dans les salons, les hommes font bande à part, soit pour fumer, soit pour causer de leurs affiires, de^leurs plai^ siirs ou des péripéties de la politique, tatidis que les femmesi restées seules, ne parlent guère que du ménage, des modes nouvelles ou des chroniques locales. Il est très-rare qu'elles agitent, dans leurs conver* salions, des questions d'inii^rét général. La politique^ la religion ne les passionnent que par leurs petits côlési ceux qui touchent à des intérêts fle Caste du de coterie. Les principes leur sont & peu près inconnus. Il est possible que l'origine de cette tendance exagérée au particularisme soit, en partie, dans leut* organisation physique et intellectuelle ; mais puisque l'on rencontre, dans certains pays, des femmes très-supérieures à ce type, pourquoi la responsabilité de cette incapacité ne retombe* rait-elle pas un peu sur l'homme qui fait les lois et néglige à ce point de fornîer l'esprit et la Conscience de la mère de ses enfants. La femme française, maintenant si routinière, même lorsqu'elle n'est pas fonoière* meut croyante^ ne sera arrachée que par une instruction plus complète h la domination de l'Église. On parle beaucoup de réformes dans renseignement Que ne parle-t-on surtout de la création de l'enseignement des filles ! Le prêtre vous tient par la femme ; ayet donc l'habileté de vous défendre contre lui par elle. Mais pour adopter cette tactique^ il faudrait respecter la femme; malheureusement, on ne fait que l'aduler, et Ton sait que l'adulation est Tune des formes du dédain. Ignore-t-on que l'épouse et la mère ont une énorme influence dans la famille et» parla famille, dans le monde ? Parce qu'elles n'ont pas le droit de voter ou de parler à la tribune et dans les clubs, s'imagine- t-on qu'elles n'ont aucune part dans le gouvernement des peuples? Cet homme qui va déposer un bulletin dans l'urne, qui prononce un discours, émet un avis dans le conseil des ministres ou prend une grave résolution de laquelle dépend l'avenir d'une nation, je veux croire qu'il ne s'est pas directe*» ment inspiré de la femme; il n'a pas d'elle une assex haute opinion* Mais cet homme a un caractère, et ses jugements, ses mobiles^ où les prenâ*-il I Assurément^ ce n*est pas dans une partie réservée de sea
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ftme où ne pénètrent ni les influences du dehors, ni les suggestions de sa conscience telle qu'elle s'est formée lentement sous la pression des traditions nationales, de TÉglise, du cercle, de la vie de famille, du tempérament, de la première éducation. Il pense, il agit comme un homme, et non comme une abstraction. Croit-on que la mère de cet homme n'est pour rien dans la formation de son caractère? En suppo* sant, ce qui est probable, qu'elle ne s'est jamais occupée méthodiquement de son éducation, n'est-il pas vrai que l'éducation des enfants se fdit surtout par l'exemple des parents, de mille manières, partout, k table, à la promenade, par les conseils, les reproches, les conversations, les expressions de physionomie, les gestes, les intonations, et que si cette femme est frivole, esclave du prêtre, ennemie de la liberté et de la civilisation moderne, elle communique à son fils sa faiblesse, au plus grand préjudice de la société? N'est-il pas vrai que Tenfant, placé entre une mère dévote et un père voltairien, grandit dans le mensonge et, vieux, blasé, décrépit avant l'Âge, n'apporte dans la vie publique aucune de ces qualités d'indépendance et d'initiative persévérante qui font le citoyen I Sans doute, il répudiera de bonne heure les doctrines de son catéchisme ; mais ce qu'il ne pourra pas facilement rejeter, c'est sa constitution morale. Il aura pitié de sa mère, il détestera le prêtre, il conservera sous une autre forme leur esprit. La plupart de nos démocrates ne sont-ils pas des ultramontains retournés? Et l'épouse ? Quelle influence saine, morale, veut-on qu'elle exerce sur son mari ? La femme sait arriver à ses fins, sans qu'il y paraisse. Elle a le génie de la séduction, de la tendresse, de la ruse, de l'intimidation même. Elle sait circonvenir, attendre le moment favorable, dresser ses batteries de longue main, se laisacr battre pour revenir de plus belle à la charge. Elle gagne par la lassitude ce qu'elle ne pourrait obtenir par la persuasion. Quelle finesse pour mettre en avant les questions d'intérêt, de clientèle, de rivalité, d'amour-propre, d'influence locale ! Ce n'est pas impunément que l'époux ou le fils vivent avec une femme médiocre» Le catholicisme dispose par celle-ci d'une puissance énorme, et il faut tout l'aveuglement de nos libres-penseurs pour ne pas comprendre que l'instruction de la femme est le premier besoin de la démocratie.
A cette influence délétère il tant en ajouter une autre, celle de la bourgeoisie. La bourgeoisie, qui fut jadis libérale, esidevenue très-conservatrice, principalement parce qu'elle est très-sceptique. On va à la messe, on reçoit souvent monsieur le curé, on envoie son flis au séminaire, on maudit la Révolution, on fréquente un cercle réactionnaire, on s'effraie de l'émancipation du peuple, et l'on est bien pensant. On a de grands vices ; mais comme on les abrite sous le tabernacle ou derrière le Saint-Sacrement, le inal, paratt-il, est beaucoup moindre, la^ religioa a ce malheur , parfois irréparable , d'être soutenue par des
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bommes qui ne la font respecter ni par la noblesse de leur caractère, ni par la sincérité de leurs convictions. Ces hommes disposent, par la fortune, de l'influence sociale. Que de gens^ ouvriers, artisans, négociants, sortiraient du catholicisme, pour se rattacher à i^ne Église dont ils ne craignent pas, dans les conversations particulières, de vanter la supériorité^ s'ils n'étaient retenus par ropinimr, trèsH>ppressive et gênante, surtout dans les petites villes, où Ton ne peut rien faire sans être constamment épié par les curieux ou les malveillants. Les riches tiennent en leurs mains de nombreux intérêts, et bien souvent l'homme du peuple ne pourrait, sans se compromettre, mettre dans sa conduite toute rindépendance qu'il prodigue dans ses paroles. De cette manière, TÉ* glise papiste prolonge son existence et semble même, par moments, accroître sa domination; mais la foi n'anime plus ce vaste corps.
En résumé la France n'est pas cléricale; elle ne veut plus de la domination des prêtres. Le dogme est profondément atteint; mais Tinstitation a conservé du prestige, étant soutenue par l'indifférence de notre génération, Timpuissance de la libre pensée, l'antiquité des traditions, le concours de la femme et le scepticisme conservateur des classes dirigeantes.
Le catholicisme est pour notre démocratie un danger très-considérable et, parce que nous avons un gouvernement républicain, gardonsnous de croire que notre tâche est simplifiée. Nous ne craignons pas que l'Eglise papiste, fût-elle encore plus puissamment armée, anéantisse l'œuvre de 89, La France est essentiellement démocratique ; l'égalité n'existe pas seulement dans le Code, elle est dans nos mœurs et le jour où l'on essayerait de ressusciter les privilèges aristocratiques, le paysan qui ne bénit pas la Révolution autant qu'il le de.Yrait, parce qu'il en ignore l'histoire tout en profitant de ses bienfaits, le paysan serait le premier à s'insurger. Mais il s'agit surtout de fonder la liberté dans notre pays, et cette entreprise est très-ardue, car, si le catholicisme peut vivre avec la République, il ne se résignera à la liberté qu'après avoir osé contre elle toutes les armes dont il dispose. Il est à craindre qu'il ne soit favorisé, dans cette criminelle tentative, par certains vices de la démocratie française. .
Notre démocratie a des qualités réelles ; mais elle a un défaut qui« malheureusement, compense ses qualités : elle n'est pas libérale. L'explication en est, hélas ! trop facile. L'Église papiste est restée, dans notre pays bouleversé et démoralisé par tant de révolutions, la seule école de morale. Supprimez le catéchisme, à quoi se réduit l'éducation proprement dite dans les villages et même dans les villes? Si le prêtre n'était chargé de faire l'instruction religieuse, presque tous les enfants vi* vraientdans laplusgrossière ignorance des grandb intérêtsde l'Âme. Triste cooditioo pour notre société 1 Car le prêtre, même le mieuj^ intentionné^
ÎBi LÀ Foadfi Btr cÀTHOUciSnifli
obligé, par sa îjrofession ou par son devoir, d'enseigner sur I6 monde et la destinée hamaine des préceples directement contraires à la conscience, pervertit i*Âme des enfants, en les façonnant à Tobéissance passive peu compatible avec la dignité du citoyen. A ses yeux, de toutes les vertus, ta plus belle, c'est la soumission à l'aulorité de TËglise : la rébellion est plus qu'une erreur, elle est un crime. La plupart des enfants, dès qu'ils commencent à raisonner, échappent sons crise à cette tutelle minu^ tieuse et accablante que le clergé aurait Tambilion d'étendre à totis les actes. Ce qu'il y a de grave» c'est que l'Ame, profondément viciée par cette éducation, a contracté la funeste habitude d'abdiquer en des matières oh l'exercice de la liberté est Tindispensfiable condition de la santé spirituelle. La démocratie française est la fille naturelle du catholicisme; elle n'aime pas son père qui se refuse à la reconnaître; pourtant^ aux yeux de tout observateur impartial, la ressemblance est frappante. Ne manquons-nous pas, en effet, d'initiative I Ne sommes-nous pas enclins à placer dans les gouvernements qui se succèdent, une confiance excès-» sive, comme s'ils étaient institués polir nous dispenser de faire nos affaires nous-méme? N'est-il pas évident que nous sommes trop dépourvus du besoin de nous associer, de former des groupes coopératifs^ de nous occuper en détail^ et non d'une manière vague et générale, des intérêts de la commune ou du département I S'il s'agit d'une vaste entreprise, comme une souscription pour les victimes de Tinondatiob, l'intervention du gouvernement n'en garantit-elle pas seule le succès, tandis que l'initiative d'un groupe de citoyens, fussent-ils les plus populairesi avorterait infailliblement, n'ayant pas la consécration oflScielleT Chose étrange ! le régime parlementaire, par ses contradictions et ses bévues» a discrédité le pouvoir. Les intérêts du pays ont été si souvent sacrifiés aux intérêts des partis I Aristote a dit que la loi est l'intelligence sans la passion. Ne pourrait-on pas dire d'un grand nombre de nos lois qu'elles sont la passion sans l'intelligence, lois de réaction et de haine dont le parti maltraité poursuit l'abrogatioti^ avant qu elles soient promulguées! Et cependant, malgré Ce mépris dans lequel entre une bonne part de l'esprit gaulois et frondeur de nos pères, nous avons un si vif besoin d'être dirigés, que notre plus grand malheur serait de ne pas sentir la main du gouvernement, toujours prête k nous sauver. Très-désabusés des traditions religieuses^ il semble que nous avons conservé le fétichisme politique. Le pouvoir centrai est chargé de nous dispenser toutes sortes de faveurs; aussi longtemps qu'il réussit dans cette cduvra surnaturelle, nous l'exaltons; mais dès que la chance commence à s'épuiser, son prestige décline, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans Une révolulion, de laquelle éori aussitôt^ aux adolaoïations de la foule, un nouveau fétiche, condamné à la même destinée. Nos révolutions sont rarement des innovations et c'est pour ëëltt ^u'Uti splUtuel roâianeier a pu dit ë î
LA fQlkCït bu GHRIBTTAKlSkk. 88i
< Plas Qa change, )[)lUs c'est toujours la mfttte dhosë. • L'un des tvàits les plus fortettient accusés de notre caractère rtational^ ti^est ce rëco(]^s incessant au gouvernement Nous croyons à la magie des institutions, à lapuistsance providerltielle deTadministr^iiion; de soHe que notre libé* ralisme superficiel, intermittent, Iracassier, n'est le plus souvent que la révolte contre un pouvoir qui nous a déçu, parce que nous avions trop attendu de lui.
Des considérations qui précèdent il résulte : que, si la France n'est pas cléricale, elle tient encore au catholicisme par des liens très-nombreux, non pas qu'elle ait la foi, mais peut-èlre parce qu'elle n^a pas de foi. Notre démocratie, quoique Irès-éttiârlcipée àcertains égards, n'a pas, par l'effet d'une mauvaise éducation, le tempérament libéral. Or la prospérité morale d'un peuple se juge d'après les libertés dont il est digne ; le despotisme, fût-il accompagné de tous les raffinements du luxe et du plus puissant déploiement d'activité dans toutes les branches de l'arty de l'industrie ou du commerce, est la décadence et mène à la ruine. Il s'agit, pour hous^ de devenir une nation libre. Malheureuse^ ment, nous avons à lutter contre l'ennemi redoutable dont nous venons de caractériser la fbrce. La grande préoccupation de nos hommes d'État doit être de contenir le catholicistne^ sans rieh faire qui puisse lui don-^ ner le prestige de la pôraéctition. NepdHons pas encore de la séparation de rÉgli^e et de l'État; il faut la prépare^; tnais les esprits ne sont pas mûrs pour cette réforoie radicale. Le jour où le paysan serait obligé de salarier son curé qu'il n'aime guère et dont il ne peut se pas.'^er, il s6 révolterait contre la loi, et le clergé, habile à profiter de dette malà* dresse, se posant en victime et intét^essant à son sort des populations ignorantes, se referait une popularité dont on verrait l'effet dans de prochaines élections. Toute mesure imprudente contre le catholicisme tournerait très-certainement à l'avantage du cléricalisme.
Le meilleur moyen^ le seul, pourrions-nous dire, de le combattre avec efficacité^ c'est de réformer renseignement à tous ses degrés; c'est de créer une éducation nationale, l'Etat ayant le droit d'enseigner une morale, par la raison très-simple que le code et la Constitution reposent sur des principes que Tcm peut traduire en préceptes pour former l'âme de la jeunesse ; c'est de refondre l'administration pour écarter tous les hauts fonctionnaires notoirement entachés de cléricalisme, c'est d'encourager l'initiative individuelle ou locale par une décenlralisation progressive; c'est, en un mot, de donner à la France toutes les libertés nécessaires. Le gourernement^ par ces réformés, qui auraient l'avantage d'ôtre populaires en relevant le pays, pren^ drail le beau rôle et fournirait aux cléricaux l'occasion de se mettre dans leur tort, aux yeux des masses, toUles les fols qu'ils Voudraient ^test^i» «oDirë des loi» équitables, cOhttii^aies HUk tiHiicipes dé 69» et