‹ Critique philosophiqueChapitre 6 sur 164 · UNE LETTRE DE H. ÀC0UA · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE H. ÀC0UA

comme Bastiat, résulter du mouvement de ces libertés une harmonie spontanée et fatale? II y aurait beaucoup d'illusion dans cet optimisme. Affirmons la liberté, soit; mais sans repousser comme illégitime toute intervention directe ou indirecte de l'État dans les rapports économiques, sans aller à ce qu'on appelle en Angleterre le nihilisme adminis* traUr. La liberté ne prend un caractère moral que si sa sphère d'action est déterminée et limitée parla loi de justice. Or c'est TÉtat, produit d'une association de consciences, qui a charge d'appliquer et d'imposer la loi de justice à tous les genres de rapports.

Question de la politique pratique. — M. Acollas se prononce carrément contre la politique des transactions, où il voit la désertion des principes. Désertion des principes! Quels . principes? Les principes de qui? M. Acollas, on l'a vu, a ses principes, qui ne sont pas ceux de M. Louis Blanc. H. Naquet a sans doute aussi les siens, qui diffèrent de ceux de H. Louis Blanc et de ceux de M. Acollas. Nous avons, de notre côté, nos principes, qui repoussent l'unité d'assemblée et l'amendement Grévy et qui admettent et exigent deux chambres, l'une émanée du suffit'age universel direct, l'autre élue par le suffrage universel indirect. Le moyen de suivre ces principes contradictoires? Le moyen de se rapprocher des ans, sans s'éloigner des autres? 11 serait par trop plaisant que M. Acollas reprochât à M. Gambetta et à ses amis d'avoir déserté les principes de H. Louis Blanc, la métaphysique démocratique indivisibi liste, et que M. Louis Blanc fit un crime à ceux qui ont voté la Constitution de n'avoir pas tenu compte des principes de M. Acollas sur le gouvernement direct Que M. Acollas nous permette de le lui dire : sa lettre est la réduction à l'absurde de la politique d'intransigeance.

Qu'on ne vienne pas ici parler d'habileté, de ruses, de voies tortueuses, de finesse génoise. Ceux qui jettent ces mots finesse génoise comme une injure à l'homme d'État que le parti républicain a enfin rencontré, devraient bien nous montrer les beaux résultats qu'a produits depuis quatre-vingts ans la furie française^ la furie révolutionnaire invariablement suivie de la fbrie réactionnaire. Mais, pour juger la politique des transactions, nous n'entendons pas nous placer sur le terrain de l'utile. La politique des transactions est, selon nous^ la seule politique morale, parce que c'est la seule qui puisse se fonder sur le suffrage universel en le respectant^ parce que c'est la seule que comporte un régime de libre discussion, parce que c'est la seule qui répudie la violence et qui soit compatible avec la paix des partis et des classes.

F. PiLLON.

iiinLiiOGRit.piiiK;

Du PLAISIR ET DE LA DOULEUB, par Francisque BùuiHiêr, 1865, in-i2. — Théorie scientiFlûVB DE LA SENSIBILITÉ, par Léon DumonU 1B75, ia<8. — Le rire dans la vie et DANS L'ART, psr Vklùr Courdaveaux^ 1875. Un yoL in-12 (Didier, éditeur).

Nous n'arrivons qu'aujourd'hui à la partie du traité de la sensibilité de M. Léon Dumont qui motive^ en apparence du moins, le titre de c théorie scientifique» qu*îl a donné à son ouvrage ; nos articles précédents (1) ayant eu trait exclusivement à la métaphysique et à l'esthétique du beau. Nous rapprocherons cette fois la doctrine de l'auteur de celle de M. Francisque Bouillier qui avait publié antérieurement un travail remarqué sur le même sujet, et de l'opinion exprimée plus récemment par M. Courdaveaux dans un intéressant petit livre qui touche aux mêmes questions en attaquant ceUe de toutes dont le caractère est le plus mixte.

Demandons-nous d'abord quelle idée on doit se faire de la sensibilité. Ne con* sultons pas & cet égard l'acception littéraire du mot. M. Bouillier a manifestement tort (p. 25) de citer Bossu 3t ou Fénelon à l'appui de la définition d'un vocable de psychologie. Nous ne voudrions pas davantage invoquerDiderot et son siècle, quoi* qu'on pût à bien plus juste titre s*adresser en ceci à des auteurs qui ne sont pas ceux de M. Bouillier. Les écrivains, chose très-naturelle^ ont marqué une forte tendance à dénommer le Sf^nsible et la sensibilité à* a^^rès des impressions de Tâme affectée passionnellement, de préférence aux impressions externes qu'ils n'ont pas si souvent occasion d'envisager à part des passions. Ce qui louche les passions est d'un intérêt plus commun que ce qui n'exprime que de pures représentations. Mais il n'est pas moins vrai que si l'on regarde à la force de Tétymologie qui relie entre eux tous les termes provenus du radical sens (sensiLs)j aussi bien qu'à l'ensemble des emplois des mots de cette origine dans les livres des philosophes, on est obligé de convenir que ce qui est semible^ ce n'est pas seulement ce qui nous afifecte comme plaisir ou douleur, mais aussi ce qui nous aborde en tant que représentation étrangère et souvent indifférente : les simples impressions du toucher, les sons, les odeurs, les couleurs, etc. Interne ou externe qae soit la forme du sens'd>le, les idées de réceptivité; de causalité, de passivité y sont les plus liées de toutes, et le premier caractère de la sensibilité est son rapport à Texpérience, à des données de l'expérience qu'on ne fait pas mais qu'on subit» même quand elles font corps avec les propriétés du sujet qui les reçoit.

Telle n'est pas la manière de voir de M. Bouillier : « dans notre langue psychologique, dit-il, la sensibilité ne sera rien déplus et rien de moim que la faculté d'éprouver du plaisir et de la douleur. » Ainsi une surface ^colorée sera mal nommée un objet sensible, il ne sera pas correct de dire que nous sentons le contact d'un corps, et sentir une odeur ne sera chose admissible que parce qu'il peut arriver que cette odeur soit agréable ou désagréable. Il est vrai que M. Bouillier

(1) Yoyes les n^' 15, 30 et 48 de la Critique philosophique^ quatrième année.

n'admet pas qu*il y en ait (Vindifféreates (p. H5 sq.) ; en quoi il est réfuté par M. Dumont {Théorie seieniifiquey p. 97). Ce parti pris d'exclure de la sensibilité me grande partie du sensibleeiles sensations proprement dites est bien arbiiraire, pour ne pas employer de terme plus dur.

Après avoir exclu la sensation, M. Bouilller exclut autant qu il le peut la pure réceptivité ; car il place « le principe de la sensibilité dans celte activité, essentielle qui est le fond même de notre nature » (p. 28 et 92). Si cette formule n*avait d'autre bot que de revendiquer un exercice quelconque de l'activité du sujet sensible^ au sein même des sensations, et pour leur donner la forme qui les lui rend accessibles, elle serait irréprochable à nos yeux. Hais ce n'est point cela, et nous Tenons de dire qu'il ne s'agit pas des sensations. L*auteur ne fait donc aucune réserve en faveur du caractère réceptif des sentiments primordiaux du plaisir et de la douleur — il n'en introduit une que pour distinguer le désir de la volonté ainsi qu'on s'en fait un devoir dans son école — * cet auteur se met sur la penie don ne sait quel subjectivisme outré dont il ne s'est peut-être pas bien rendu compte à Ini-mème.

n devait infailliblement arriver qu'en rompant le lien qui unit, dans la sensibilité, les sensations avec une classe essentielle de sentiments de plaisir et de peine, M. Bouillier établit d'autre part une sorte de rapport d'identité entre ces sentiments et les passions. Il se réclame sur ce point de Jouffroy, de Damiron et Je M. Frank (p. 26) : JopfTroy définit la sensibilité : et celte susceptibilité d'être aifecté péni- » blement ou agréablement par toutes les causes intérieures on extérieures et de ft réagir vers elle (sic ou vers elles ?) par des mouvements d'amour ou de haine, B de désir ou d'espérance, qui sont le principe de toutes les passions. » M. Damiron définit de la même façon la sensibilité dans son Cours (iepsyc^o/ogi^, M. Franck» dans son excellent article du Dictionnaire des sciences philosophiques^, lui donne aussi la même signification (1). Ainsi c<es auteurs ont négligé,, parmi les objets Immédiats de Insensibilité, ces représentations sensibles spécifiques qu'on nomme des sons, des couleurs, des odeurs, etc., qui sont imposées au moi par sa nature, sans quMI y puisse rien changer, et qui ne sont nullement définies en eyes-mênes par les mouvements dont elles procèdent extérieurement ; et d'une autre part il leur a plu de mettre en lieu et place des sensations, les émotions et les passions, qui sont marquées du triple caractère : 4' de ne pas s'oiïrir comme objets dss sens, 2? de se rapporter, comme à des fins à éviter ou è poursuivre, autre autres dn moins, aux impressions beaucoup mieux nommées de la sensibilité, les plaisirs et les peines physiques; S** d'être souvent soumises à l'empire direct ou indirect de la volonté. — Il est difficile, on en conviendra, de manquer d'une façon plus choquante aux constantes analogies du langage et aux exigences les plus simples d'une dassifieation.

A parler correctement, les plaisirs et les douleurs sont en premier lieu des sensations spécifiques, tout comme les couleurs, excepté qu'ils se rapportent à noue d'one autre manière et se localisent moins distinctement dans l'espace. En-

(i) M. Franck n'a pourtant pas été tout à fait si catégorique dans l'exclusion des pures représentations sensibles externes. 8e8 explications manquent de netteté à cet égard.

&0 BIBUOeEAFHIE.

suite, des plaisirs et des douleurs s'attachent à d'autres de nos sensations» quoiqu'ils s'en distinguent et souvent s'en séparent. Enfin, en tant que nous sommes atteints agréablement ou désagréablement par toutes les impressiona possibles, et même absolument par tout ce qui peut tomber sous notre conscience, noos appelons encore cela avoir du plaisir ou de la peine, éprouver une jouissance ou une douleur. Et comme ce qui est agréable ou désagréable, en ce sens général, est en d'autres termes ce qui cause joie ou tristesse, provoque le désir ou l'aversion, Tespérance ou la crainte, on voit le passage naturel de la notion de ce qui est sensible à la notioç, quoique bien différente, de ce qui est passionnel. Tous les plai^ sirs, toutes les douleurs, à commencer par ceux que notre organisation nous rend le plus sensibles, mettent nos passions en jeu ; delà vient que la sensation et la passion, envisagées à la racine commune d'une satisfaction éprouvée, puis recherchée, ou d'une peine reçue, puis repoussée, se prêtent un moment à la même dénomination ; mais ce n'est pas une raison pourjconfondre des modes de sensibilité avec des modes de passion, sauf en cette acception universelle où le sentùnent s'entend de tout ce qui nous affiocte et de tout ce que nous sommes avec conscience. Il fout évidemment sortir de là pour le moindre essai de classification qu'on veuille tenter. Mais laissons cette question de nomencbture, tout essentielle qu'elle est, et yo^om quelle idée on se feit du plaisir et de la douleur, ainsi confondus avec la passion qui poursuit l'un et qui liiit l'autre. Ge sera naturellement l'idée qui convient à la passion elle-même. M. Bouillier part du principe de la persévérance dans tétrSf ou conservation de soi de Spinosa, il identifie ce principe avec celui de l'inclination universelle au bien, de Malebranche et, recouvrant le tout d'une espèce de formule confuse et mal écrite de Joufiroy sur l'amour de soi, conclut, sans autre effort d'analyse : « Cette tendance fondamentale à persévérer dans l'être, ou cet amour essentiel de soi, voilà d'où nous vient tout plaisir, comme aussi toute douleur. Il y a pUisir, toutes les fois que l'activité de l'âmé s'exerce librement, dans le sens des voies de notre nature, ou bien lorsqu'elle triomphe des obstacles qui lui étaient opposés. Il y a douleur^ au contraire, toutes les fois que ce même effort est empêché, comprimé, arrêté par quelque obstacle du dedans ou du dehors. Tous les modes de notre activité sans exception, soit ceux de l'activité motrice et vitale, soit ceux de l'activité intellectuelle et volontaire, sont nécessairement accompagnés de plaisir ou de douleur, selon qu'ils s'exercent conformément à ce graiid but de la conservation et du développement de notre être, ou selon qu'ils échouent vaincus et impuissants d (p. 32}... a Le plaisir et la douleur, dans l'ordre intellectuel et moral comme dans l'ordre physique, se ramènent toujours soit à un développement soit à une restriction ou un empêchement de l'actirité essentielle et des*développements de l'être » (p. 50). « La joie et la tristesse ne sont que le plaisir et la douleur combinés avec un élément intellectuel > (p. ^9). Après avoir ensuite introduit la distinction ancienne des plaisirs réfléchis^ qui suivent l'exercice de la volonté, et des plaisirs prévenants qm la précèdent et reconnu des jouissances attachées au développement des puissances intellectuelles, M. Bouillier finit par cette définition des passions (p. 4 50) : « Les passions sont ces mêmes amours (savoir les jouissances de tout genre dont il a parlé) ces mêmes amours, naturels ou libres, prévenants ou réfléchis qui, dans certains hommes et non pas

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dans tous, qui, a certains moments de l'existeace, et non dans le cours entier de k vie, sous l'empire d*excilations redoublées du dehors et du dedans, arrivent à un àegré eitraordînaîre de Tiyacité et d*exaltation, » Une définition générale des pasaoBs où ne sont mentionnés que les amours ou attraits, sans indication de leurs coatraires^ où Ton fait dépendre la notion de passion et de l'homme particulier qui éproofe une passion, et du moment où il réprouve, et enfin d'un degré d'excitation et Bon pas d'un autre degré, est d'une teUe inanité, dénote ches l'auteur une infinnité philosophique si irrémédiable qu'il n'j a pas lieu d'insister ; mais il fut s'arrêter sur la théorie que des philosophes de j^usieurs temps et de plufliears écoles ont exposée plus ou moins clairement, avec des variantes, et qui attache le plaisir au développement de l'être.

Noa-seolement cette théorie ne reçoit, chez M. BouiUier, que l'appui d'argumests vagues, non-senlement cet écrivain ayant à montrer que le plaisir n'est que 0^ se borne k constater que le plaisir est, en tek et tels cas qu'il énumère, Ué àeàa; mais on doit même dire que la prétention des cas contraires n'est pas sa plfls grande leuite, et qu'il lui est arrivé de les apercevoir et de les signaler sans panllreae douter de la contradiction. Ici nous pouyons abriter notre jugement, pour cenx qui le trouveraient trop sévère, derrière la critique de M. Gourdaveaux. n s'agit du sentiment agréable en tant que lié au beau et au bien moral, et c'est M. CoordaTeaux qui parle (Dulrtre,lp. 147) :

t Noos avons vu, dit M. Bonillier, que le plaisir causé par les objets beaux dé- » pend de la vérité des rapports que notre esprit y découvre et qu'il ramène à

> l'onîté. »

» Mais en quoi a consisté cette démonstration antérieure? Bn la déclaration que voici :

t Nous pensons que les objets qui offrent une certaine diverâté de caractères

> liés entre enx^ qui unissent la variété à l'unité, sont ceux qui nous charment le

> plus, parce qu'iU occupent davantage l'esprit. De là sans doute, au moins en » partie^ le sentiment agréable que produisent dans nos ftmes les objets beaux, a

> La démonstration de l'auteur se réduit donc'à l'oubli de la réserve formelle eoBlenne dans la dernière phrase.

0 Snr le sentiment du bien, son procédé est plus simple encore s'il est possible, car il consiste k réduire ce sentiment à la conscience de notre élévation ou de notre dégradation morale, qui donne lieu naturellement à des plaisirs et à des peina égoïstes; sans que l'écrivain ait même l'air de se souvenir des cas nomhreox où notre jugement, avec les sentiments qui l'accompagnent, porte non pas aor nos actes, mais sur ceux d'autrui.

» Poor couronner le tout enfin, ce livre si aristotélicien» — ceci est une flatterie — «se termine par cette déclaration (p. 448) que nous abrégeons:

> Outre le plaisir inhérent au simple fait de l'activité intellectuelle, il y a une

> alfeetiOB agréable on désagréable produite par les objets mêmes ; et cette afi fedion couvre aux yeux de la plupart des gens le plaisir de percevoir pour percevoir, de se souvenir pour se souvenir. »

a L'aven fidt honneur à la sincérité de M. Bonillier. mais que reste^t^l après hnde fat ttéorie d'Ariftom et de Hamilton?»

lik BIBLIOGRAPHIE.

vues que HamiltoDy qa'il ;a plaisir toutes les fois que rensemble de forces qui constitue le moi se trouve augmenté, sans que cette augmentation soit assez considérable pour produire un mouvement de dissociation de ces mêmes forces ; il y a peine, au contraire^ lorsque cette quantité de forces se trouve diminuée. » Nais ce n'est point là exprimer les mêmes vues que Hamilton ; c'est en exprimer de toutes contraires. Assurément, Hamilton a entendu comme Aristote que le plaisir est dans l'acte, c'est-à-dire dans la dépense même des forces et non pas dans l'accumulation qui se fait^de ces forces dans l'organisme.

Pour bien comprendre la thèse nouvelle de M. Dumont, il fout se rappeler sa métaphysique. Elle se résume à considérer les phénomènes comme des forces qui se transforment incessamment au sein d'une substance unique du monde, et ne font que changer d'aspect quand elles arrivent mécaniquement ou physiquement du dehors^ entrent dans un sujet, s*y produisent en forme de sensations, sentiments, etc., en ressortent enfin en guise de volontés, et, de nouveau, d'actions physiques et mécaniques. Appuyé sur cette notion vague et essentiellement métaphysique de la force qui est tout et qui fait tout, notion à laquelle il arrive par une obscure induction à perte de vue de quelques lois physiques très-déterminées — c'est cela qu'il appelle un résultat des études récentes ^ M. Dumont trouve une satisfaction pour son esprit de théoricien à considérer l'état de plaisir ou de peine du sujet sensible comme l'équivalent du stock augmenté ou diminué des énergies « emmaganisées 9 dans un organisme.

Les passages suivants donneront une idée de ce système, et de la nature de ses applications. Ils font d'ailleurs beaucoup d'honneur à [la puissance spéculative de l'auteur, et ce n'est pas nous qui protesterons contre^la méthode phénoméniste qni s'accuse dans le premier. La confusion de toutes les espèces de forces y et la réduction de l'homme ou de l'animal à un pur mécanisme, pur anneau intermédiaire de phénomènes tous et toujours indissolubles^ sont des points sur lesquels nous nous sommes assez expliqués ailleurs :

« La doctrine des sensations élémentaires et de l'équivalence des forces conduit à envisager l'univers comme un ensemble de sensations, et le moi comme un groupe particulier de mouvements et de sensations venant du dehors, s'organisent en nous, se modifiant les uns les autres, et, en dernier lieu, restitués au dehors. Les qualités des corps seraient, hors de nous, analogues sinon semblables à ce qu'elles sont en nous ; le monde serait à peu près tel qu'il paraît être au vulgaire; le sens commun aurait raison contre la philosophie, et ce ne serait point la première fois.

» La conscience du plaisir et de la douleur suit nécessairement la conscience des sensations. Si la conscience est partout oà il y a force, même dans le monde inorganique, nous devrons admettre également que le plaisir et la douleur existent dans toute la nature et accompagnent tous les faits.

9 Les sentiments individuels de plaisir ou de peine sont déterminés, de même que les groupes et séries de sensations, par la continuité et discontinuité des forces élémentaires. Il peut donc y avoir, même dans un seul orgamsme, une multitude de centres inconscients les uns aux autres, dont les plaisirs et les souffrances peuvent rester complètement ignorés du centre intelligent et cérébral qui s'ap-

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pelle le moi. Quant aux modes de plaisir et de peine qui sont sentis par le moi» leur intensité dépend nécessairement de la perfection de la communication neryease entre le système cérébro-spinal et les cellules lésées ou excitées. Si les relations sont intimes, la diminution ou Faugmentâtion de force qui engendrent les MDliments sont TiToment senties par le centre conscient ; si au contraire ces relations n'existent qu*è un foible degré» le sentiment, bien que très-aigu peut-être dans la cellule considérée en elle*mème, n'arrive que yague et confus an cer* TCan... » (p. 113).

«Si la matière n'est que de la force, si nos organes doivent être considérés comme des cohésions ou systèmes de forces élémentaires, ^la conservation de la rie dépend évidemment de l'action et de la réaction mutuelles de toutes ces forces. Quand par un accident quelconque, Tune d'elles vient h être détachée du système, une certaine quantité de réaction fait subitement[défaut pour les forces qui étaient immédiatement en relation avec elle et pour l'ensemble de l'organisme. Il en résulte une déperdition d'énergie ; car les éléments ne peuvent plus trouver, dans la réaction qui manque, la compensation à la dépense d'action qui néanmoins doit continuer tout en prenant un autre cours. -^ Cette diminution de force est la cause de toutes les souffrances que nous éprouvons dans les cas de lésion, et ces peines sont celles auxquelles on donne le nom de douleurs^ dans le sens strict du mot., m (p. 439). Pour asseoir la partie de ce système qui contient une assertion positive, il (faudrait démontrer que dans les cas de lésions, blessures^ iQioxicalioo, et., survenues à l'organisme il y a déperdition, et non pas augmentation de forces. L'auteur ne parait pas s'être préoccupé d'en donner la preuve» C'est qu'il croit qu'une hypothèse est valable à la simple condition d*être possible, n croit même qu'elle n'a pas besoin d'expliquer tous les faits connus. C'est ainsi qne, Stuart Mill ayant objecté & la théorie de Hamilton l'existence de sensati<fti8 dé« sagréables du goût dans des cas où rien n'indique un empêchement ou une gêne quelconque à Taction des organes, M. Dumont soutient (p. 65) que ce serait à l'adversaire de la théorie de prouver qu'il n'y a point de gêne, et non pas à l'auteur de l'hypothèse de montrer qu'il y en a. Cette prétention est scientifiquement iaacceptable.

Cette déperdition de forces, qui est loin d'être démontrée dans les phénomènes premiers et immédiats des lésions physiques, l'auteur en transporte l'hypothèse aux plaiârs et peines des passions, et sa métaphysique lui permet de prêter un sens littéral et scientifique à des explications qui, bonnes ou mauvaises, ne seraient jamais pour nous que métaphoriques, symboliques (p. 1^6) :

« Les peines que cause l'impossibilité de satisfaire nos désirs, nos instincts, nos penchants, tiennent également à un manque de réaction. Tout désir est la direction de notre activité vers un certain but; lorsque le désir est satisfait, cette actinté s'exerce sur l'objet du désir, elle le modifie en lui communiquant une certaine quantité de force, et en même temps nous recevons de cet objet une réaction, une autre quantité de force qui fait compensation à notre dépense, ou même l'excède. Mais quand le désir n'est pas satisfait, la réaction fait défaut et notre activité est forcée de chercher un autre emploi, le plus souvent dans la sphère de Tincoascience; la diminution de force qui en résulte pour la conscience s'accom-

U% BIBUOGRAPUIË.

pagne d'un état do souffrance que Ton appelle chagriu. » Suit une explication des divers pliénomënes passionnels, ingénieusement tirée de ce point de vue, maïs sur laquelle il nous est impossible de nous arrêter, forcés que nous sommes de nous borner aux généralités. Nous ne citerons plus qu'un seul passage, en vue de montrer Jusqu'oà Tauteur pousse Tassimilation des forces morales aux produits matériels de Torganisme. Il s'agit de Tennui et du rapide envahissement de la vieillesse chez les hommes qui se retirent des affaires et se consument dans F inoccupation. (( L'oxydation des matériaux fournis par le nutrition devient imparfaite ; les forces qui auparavant' se consommaient en travail, soit dans la sphère de la conscience, soit en dehors, commencent à se transformer en acide urique, gravelle, pierre, cataracte, ossifications et tout ce qui rattache à l'incrustation sénile. Les forces que rindividu n'emploie pas, les matériaux qu'il ne brûle pas complètement, se re^ tooment contre lui-même, et si la vie s'use par les excès, elle s'abrège aussi par l'inertie i» (p. 166).

Il faut maintenant conclure, et notre conclusion doit porter sur TafCrmation fondamentale de M. Dumont : savoir, que le plaisir accompagne, non la dépense de force, comme l'a cru Hamiltoo, mais «le fait même de son arrivée au sein de la conscience. » Or, suivant l'auteur lui-même, et c'est d'ailleurs ce qu'il serait difficile de contester, « l'accomplissement de toute fonction s'accompagne d'une dépense qui, au delà de certaines limites, devient destructive des organes, et par conséquent pénible» (p. 71). Ceci admis, nous remarquerons que dans le cas de la nutrition, le plus important probablement qu'on puisse examiner pour appré» cier ceUe théorie, l'augmentation des forces, telle que tout le monde l'entend, est le résultat de la digestion et de l'assimilation des aliments. Si M. Dumont comprend autrement l'arrivée et Temmagasinement des forces disponibles de l'économie, il nous doit, pour éclaircir ce point, d'autres explications que celles que nous trouvons dans son livre. Or tous les préliminaires de la fonction réparatrice des forces, chez les animaux les plus sensibles, sont des dépenses de forces : la chasse d'à* bord, puis la préhension de la proie, la mastication, la déglutition; et tous ces préliminaires sont des plaisirs, dont les plus vifs se manifestent avant que le sujet ait pu recevoir aucun accroissement de forces et pendant qu'il en perd. Le sommeil de la digestion commence pour l'animal, là où devrait commencer le plaisir, selon la théorie. 11 se peut que le plaisir, à ce moment, soit pour les centres organiques dont nous ne partageons pas la conscience : il n'est toujours pas pour nous ; et ces centres eux-mêmes, s'ils l'éprouvent, cornooe le croit rauteur» se trouvant précisément alors en état de travail, doivent à ce qu'il semble employer leurs forces disponibles avant d'en avoir acquis de nouvelles.

Après la fonction de nutrition vient la fonction essentielle pourl'cspèce; l'union des sexes. Ici encore nous voyons une grande déperdition de forces, et qui cette fois ne laisse pas après elle un instrument deréparaiion pour l'individu. Or le plus intense de tous les plaisirs est lié pour l'individu à cette incomparable dépense de vie. Il l'est même, quoique affaibli ou modifié dans sa nature, à la simple imagination de cette dépense et à la poursuite des moyens de la faire, sans qu'on puisse voir

eomment cette imagination ajouterait le moindre élément à la somme de nos forces effectives dont elle sollicite remploi.

0 Comment, demande M. Gourdaveaux, à qui nous empruntons le fond de cette objection capitale, comment le plaisir d*agir serait-il le plaisir d'augmenter sa force, quand la dépense commence avec Taction elle-même ? Accumulez tout ce que vous voudrez de vapeur dans une chaudière, la déperdition de vapeur commencera sitôt que la machine se mettra à marcher o {Du rire^ p. 279).

Si la théorie qui met le plaisir dans l'acquisition de la force, et non dans sa dépense, est insoutenable en cette partie fon<Jamentale des plaisirs des sens, efleTest à plus forte raison et demeure sans appui, pour tout ce qni concerne les passions et les sentiments moraux*. Il est visible, en effet, qu'elle est suggérée par des considérations de l'ordre physique et mécanique et ne peut emprunter à Tordre pasdonnel aucun argument direct, mais seulement y cfaercber des applications et des analogies.

Nous aurons encore à nous occuper de la théorie du rire, dont M. Diimont a ^t une étnde approfondie. Noos retrouverons là Fintéresfant ouvrage de M. Cour* daveanx.

JOURNAL DES ÉCONOMISTES

Revue de la science économique et de la statistique; rédacteur en chef: M. Jo$epk Gamier, membre de l'Institut.

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