PROPOSITION RELATIVE A LA FÊTE RÉPUBLICAINE DU 22 SEPTEMBRE
d*élaborer le programme de cetle fôte de façon à satisfaire à la fois aux sentiments républicains et aux instincts esthétii|ues du peuple de Paris; 3^ une somme de cent mille francs sera affectée aux frais de la solennité du 22 septembre 1876 et imputée sur le fonds libre de 1876.
Signé : L. Âsseline, Cadet, Yves-Guyot, Lafont^ deHeredia, Bonnet Duverdier, Deberle, etc.
La proposition, rédigée et motivée dans les termes qu'on vient de lire, fait honneur à ceux qui Tout signée. Nous applaudissons, quant à nous, à l'initiative prise par M. Asseline, parce qu'elle a posé, d'un coup, devant l'opinion publique, avec l'autorité qui s'attache à l'exercice d'un mandat populaire, trois questions importantes : l^la question des fêtes publiques laïques ; 2'' la question des libertés communales; 3° enfin, la question spéciale de la fête républicaine du 22 septembre.
Question des fêtes publiques laïques, — L'établissement de fêtes civiques et laïques dans les diverses communes de France est le complément naturel et nécessaire d^m système d'éducation civique et laïque. Un changement d'institutions reste superficiel et stérile, s'il reste un simple produit de Tintelligence, s'il ne descend et ne pénètre dans la sphère des sentiments et des passions. Les fêtes sont les manifestations de la vie passionnelle d'un peuple. Tout républicain doit comprendre l'intérêt qu'il ya à ne point abandonner complètement les manifestations de ce genre à une religion telle que le papisme. Tout républicain doit désirer et demander que la Commune, en ces manifestations, cesse d'être confondue avec la paroisse. Pour que la Commune cesse d'être confondue avec la paroisse, il faut qu'elle puisse librement se créer des habitudes et des traditions distinctes des habitudes et des traditions paroissiales.
Question des libertés communales, — La proposition de M. Asseline ne pouvait être votée parce qu'elle était illégale. Mais la constatation de celte illégalité n'est peut-être pas inutile. Montrant ce qui nous manque en liberté municipale, elle semble très-propre à faire sentir le besoin d'une nouvelle loi sur les attributions des conseils communaux. Est-il concevable que les citoyens de la Commune n'aient pas le droit d'établir et de régler par leurs mandataires la fôte de la Commune? En quoi ce droit peut-il être dangereux? En quoi menace-t-il l'Etat? Ne voit-on pas que, dans l'exercice de ce droit, l'autorité communale pourrait et devrait être renfermée par la loi dans les limites qu'exige le respect des principes de morale et de droit public sur lesquels repose la société républicaine? Et quelle garantie peut-on vouloir de plus?
Question de la fête républicaine du 22 septembre. — Le 22 septembre est l'anniversaire du jour où, pour la première fois, la République, c'est-àdire la véritable Légitimité, fut proclamée en France. Le 22 septembre est
QUELOUES MOTS SUR LA CONCEPTION aELIGIEUSE DE M. FAUYBTT. 51
une grande date au point de vue de la morale rationnelle et juridique. C^est aussi une grande date pour le patriotisme français; car l'Assemblée française qui, le 22 septembre 1792, proclama la République, sut la défendre contre les monarchies et aristocraties européennes. Le choix de cette date par M. Asseline et ses amis est donc pleinement justifié. On nous permettra de rappeler que la Critique philosophique a depuis longtemps exposé les raisons qui la recommandent et qui doivent lui faire accorder la préférence. Une de ces raisons, que nous regrettons de ne pas trouver dans les considérants de la proposition Asseline, c'est que le 22 septembre n'est pas une date de journée révolutionnaire, une date de violence insurreclionnelie, de guerre civile. Nous tenons, et d'une conviction très-ferme, que les seuls jours historiques à fêter sont ceux qui rappellent les actes réfléchis delà Révolution^ les actes de l'autorité légitime du Peuple. F. Pillon.