‹ CritiquesChapitre 3 sur 31 · V - -, , Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant · texte numérisé non relu

V - -, , Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant

^ - V*.;— Qü’est-ce, je le demandé, qu’un iW/jcrel qui

^ y- -, » passe de bouche en bouche et s’accroît en mar-

. chant ? Ailleurs Boileau dira ;

' Inveulee des resaorts qui puissent m’stt.-icher,

tr*.

■Si

BOUCAU.. .

• commel si l’on attachait avec des ressorts. Il .appellera Alexandre ce VAngeli\ comme si l'Angelivfou de roi , était réellement/ un fou privé de raison ; il fera monter la trop courte beauté sur des patins, ccimme si une ' beauté pouvait être longue ou courte. Encore UA coup , chez Boileau , la métaphore évidemment ne surgit presque jamais une , eutiérei,'- ' indivisible- et. tout armée: il là compose , -il üachèveà plusieurs reprises; il la fabrique avec labeur , qt l’on aperçoit la trace des soudures. A cela près, et nos réserves une fois posées , personne plus que nous ne rend hommage à cette multitude de traits lins et solides, de descriptions artistément faites, à cette moquerie tempérée, à ce mordant sans fiel, à cette causerie mêlée, d’agrément et de. sérieux, qu’on trouve dans les bonnes pages de Boileau. Il nous est impossible pourtant de ne pas préférer le style de Régnier ou de Molière.

Que si maintenant on nous oppose qu’il ..n’était pas bespin de tant de détours pour énon- * cer sur Boileau une opinion si peu neuve et que bien des gens partagent au fond nous rappellerons qu’eu^tbut ceci nous n’avons pré-

3o , . r ■ ■ BOILEAU ^ •

tendu rien inventer ; que nous avons seulement voulu rafraîchir en notre esprit “les idées que , le nom de Boileau réveille ; remettre ce célèbre personnage en place, dans son siècle,, avec ses mérites et ses imperfections, et revoir sans préjugés ^ de près à la fois et à distance,, le correct,, l’élégant, l’ingénieux rédactéur d’un code poé-' tique abrogél ' ji' . • .,* >5 ^

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MADAÎIIE i)E SÉVIGNÉ.

Les critiques, et particulièrement les étrangers, qui, dans ces derniers temps, ont jugé avec le plus de sévérité nos deux siècles littéraires, se sont accordés ^ reconnaître que ce qui y dominait, ce qui s’y réfléchissait en mille façons, ce qui leur donnait le plus d’éclat et d'orne-' ment, c’était l’esprit de conversation et de société, l’entente du monde et des hommes, l’intelligence vive et déliée des convenances et des ridicules , l’ingénieuse délicatesse des sentimens, la grâce , le piquant, la politesse achevée du langage. Et en effet c’est bien là, avec les réserves que chacun fait, et deux ou trois noms -coiprae ceux de Bossuet et de Montesquieu • ' ï • ^ ■

Sa MADAME DE SÉVIGNÉ.

qu’on sous-entend, c’est là, jusqu’en 1789'eti- < viron, le caractère distinctif, le trait marquant de la littérature française entre les autres litté- ,

• ratures d’Europe. Cette gloire, dont on a presque fait un reproche à notre nation , est assez féconde et assez belle pour ([u*i sait l’entendre ’ • et l’interpréter.

Au commencement du xvii® siècle , notre civilisation , et partant notre langue et notre littérature n’avaient rien de mûr ni d’assuré.

L Europe , au sortir des troubles religieux et à travers les phases de la guerre de trente ans , enfantait laborieusement un* ordre poliijqiuci nouveau ; la France à l’intérieur épuisait son . reste de discordes civiles. A la cour , quelques salons,quelques/'ue//e.f de beaux-esprits étaient . déjà de mode; mais rien n’y germait encore de grand et d’original, et l’on y vivait à satiété sur les romans espagnols, sur les sonnets et ks pastorales d’Italie. Ce ne fut qu’après Richelieu,* , après la Fronde, sous la Reine-Mère et Mazarihj • • que , tout d’un coup , du milieu des fiètes de Saint-Mandé et de Vaux, des salons de l’hôtel de Ram^uillet et des antichambres du jeune^ •

MADAME DE SÉVIGNÉ. , roi, sortirent, comme par miracle, trois esprits excellens, trois génies diversemcntdoiiés, mai» , . tous les trois d’un goût naïf et pur, d’une par- ’ faite simplicité, d’une abondance heui'eiisc, nourris des grâces et des délicatesses indigènes, et destinés à ouvrir un âge brillant de gloire ' où nul ne les a surpassés. Molière, Lafontaine . * >t, et madame de Sévigné appartiennent à une génération littéraire,. qui précéda celle dont Racine et Boileau furent les chefs, et ils se distinguent de ces derniers par divers ti’aits qui tiennent à la fois à la nature de leurs génies et à la date de leur venue. ,On sent que, par tournure d’esprit comme par position, ils sont bien plus voisins delaFranced’avantLouis XIV, de la vieille langue et du vieil esprit français; qu’ils y ont été bien plus mêlés par leur éducation et leurs lectures^, et que , s’ils sont moins appréciés des étrangers que certains écrivains postérieurs , ils le doivent précisément à cé qu'il y a de plus, intime, de plus indéfinissable et de plus charmant pour nous dans leur accent et leur manière.

Si donc aujourd’hui., et avec raison , l’on s’attache à réviser et à femettre en question

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-. 34 ' MADAME DE .SÉVICNK. ‘ , -• '

. "beaucoup de jugemens rédigés , U y a (pielque vingt ans, par les professeurs d’ Athénée; si l’on déclare im|)itoyableiuent la guerre à - beaucoup de renommées surfaites, on ncs;mraiteii revanch(î trop vénérer et trop maintenir''

*. ces écrivains inmiortcls, qui, les premiers, ont donné à la littérature française son caractère d’originalité, et lui ontassuré jusqu’ici une physionomie unique entre toutes les littératures. Molière a tiré du spectacle de la vie, du ‘ jeu animé des travers , des vices et des ridicules humains, tout ce qui se peut concevoir de plus , • ’ fort et de plus haut en poésie. Lafontaine et madame de Sévigné, sur une scène moins large, ont eu un sentiment si fin et si vrai des • , choses et de là vie de leur temps, chacun à .««i manière, Lafontaine plus rapproché de la na- ' ture, madame de Sévigné plus mêlée à la société; et ce sentiment exquis , ils l’ont telle- • ment exprimé au vif dans leurs écrits, qu’ils set* trouvent placés sans. effort à côté et fort peu . au-ilessous de leur illusti’e contemporain. Nous n’avons en ce moment à parler que de ma- ,* dame de Sévigné; il semble qu’on ait tout dit sur elle; les détails , en ejïp.t sont à- peu près

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épuisés; mais nous croyons quelle a été jus- . qu’ici envisagée trop isoléuicnt j comme on avait fait long-twnps ponr.l.iafontaine, avec lequel elle a tant de ressemblance. Aujôurd’hui qu’en s’éloignant de nous, la société, dont ellçT^ représente la face la plus brillante, se dessine ' *" * •..

nettement à nos veux dans son erisemblé , il r*

• . est plus aisé, en iiiérae temps que cela devient • plus nécessaire , d’assigner à madame de .Sévi- ^ gné son rang, son importance et ses rapports.

C’estsans doute faute d’avoir fait ces remarque» et de s'être rendu compte de la différence des temps, que plusieurs esprits distingués de nos jours paraissent assez- pohés à juger avec autant de. légèreté que de rigueur un des plus délicieux génies qui aient existé. Nous serions-" heureux sj cet article aidait k dissiper quelquesunes de ces pi-éventions injustes.

On a beaucoup flétri les excès de Xvt'Règénce ; mais avant la régente de Philippe d’Orléans, il . y en eut une autre , non moins dissolue , non ^ 'v ' * ^

moins licencieuse , et plus atroce eiicore par la cruauté qui s’ÿ mêlait; espèce de transition hideuse entre les débnrdeinens d’Henri Tlf etcên^de l.otiis XV» l,es iilanvaises merurs de la

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3(> MA.I)ABfR DE SÉVIGNE.

tigue , qui avaient couvé sous Henri 1 V et Richelieu, se réveillèrent, n’étant plus comprimées. ■‘ La débauche alors était tout aussi monstrueuse quelle àvaitétéau tenipsdes//j/^/jo/w, ou qu’elle ^ fut plus tard au temps des roués; mais ce qui rapproche cette époque du xvn’ siècle et la distingue du xviii'', c’est surtout l’assassinat, l’empoisonnement, ces habitudes italiennes dties aux Médicis; c’est la fureur insensée des duels, héritage des guerres civiles. Telle apparaît au lecteur impartial la régence d’Anne d* \utriche; tel est le fond ténébreux et sanglant sur lequel se ^dessina, un beau matin, la Fronde, qu’on est convenu d’appeler une plaisanterie à main armée.\A conduite des femmes d’alors, Jcs plus distinguées par leur naissance, leur beauté et leur esprit, semble fabuleuse, et l’on aurait besoin de croire que les historiens les ont calomniées. Mais , comme un excès amène tou- . jours son contraire, le petit nombre de celles qui échappèrent à la corruption se jetèrent dans la métaphysique sentimentale et se firent ■ précieuses; de là l’hôtel de Rambouillet. Ce fut l’asile des bonnes mœurs au sein de la haute . société. Quant au bon goût, il y trouva son

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-lé ,

WAHAME I)E SÉVIONÉ. ^ ‘ 3?

compteà la longue, puisque madame de Sévigué ■ en sortit.

Mademoiselle Marie de Rabutin-Chantal , née 'en i6a(), était fille du baron de Chantal, duelliste effréné, qui» un jour de Pâques, quitta la sainte table pour aller servir de second au ,

■fameux comte de Bouteville. Elevée par son oncle, le bon abbé de Coulanges, elle avait de bonne heure reçu une instruction solide, et'* A ^

appris, sous lessoinsdeClmpelain etde Ménage, . '-Ij

le latin, i’italien et l’espagnol. A dix-huit ans, 7 ^ *^12

elle avait épousé le marquis de Sévigné, assez •peu digne d’elle, et qui, après l’avoir beaucoup • , négligée, fut tué dans un duel, en i65i. Ma- dame de Sévigné, libre à cet âge, avec un fils et une fille , ne songea pas à se remarier. Elle i .

' aimait à la folie ses enfans , surtout sa fille ; les autres passions lui restèrent toujours incon- ' ‘nues. C’était une blonde rieuse, nullement .•sensuelle, fort enjouée et badine; les éclairs de son esprit passaient et reluisaient dans ses . priinclleschaugcaiites,et, comme elle le ditelle- ' . même, dans .ses paupières bicarrées. Elit? se fit précieuse; elle alla dans le monde, aimée, re- ■' cherchée, courtisée, semant autour d’elle deS •

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SIT’ , ^ÏADAME' ÜE ffiViGNÉ.' (■' ^fesioris mafliptirenses auxquelles elle ne j>re-^ nait pas trop garde,, et conscu vaiit .généreuse-' ment pour amis ceux même dont glle ncxoulait ' pàs pour amans. Son cousin Bussy, .son maître Ménagé, le prince de Conti, frère du gi-and. Condé, le surin tendant Fouquet, perd i ren t leu rs srtuj)irs auprès (L’clle; tnais elle demeura invio-* feblement fidèle à ce dernier dans sa di-sgrâce, et, quaiîS elle raconte le procès du surintenÿ dant à M. de Pomponne, il faut voir avec quel attendrissenientelle parle de /ibtrecAerma/Aew-^ rei/jc. Jeune enepre et belle sans prétention , elle' »’était mise dans le monde sur le pied d’aimer ^ fille, et ne voulait d’autre bonheur que celui de la produire et île la voir briller. Mademoiselle ^de Sévfgné figurait, dès i663 , dans les brillaus . ballets de Versailles , et le poète officiel , qui^ tenaitalors à la cour la place que Racine et Boileau prirent à partir de i672,Benserade, fit plus’ d’ün madrigal en l’honneur de cefte berbère etdé cette nymphe, qu’une mère idolâtre appe-. lait la plus jolie fille de France. En 1 669 , M. de Grignan l’obtinten mariage, et, seize moisaprès, il l’emmena en Provence, où il commandatt comme ^lieutenant -généraU durant l’absence

MADAME UE SÉVIGüfc ,?|9 ■

deM.deVendôine. Désormais séparée de sa .tille, qu’elle ne revit j)lus qu’i iiégaleinent après des intervalles toujourslongs, M»*-' deSévignéchercla

, uneconsoiationàsesennuisdansunecoriespon-

dance de tous les instans , qui dura jusqu’à sa , mort ('en i6q5 ), et tjui comprend 1 espace de vingt-sept années, sauf les lacunes qui tiennent ’r aux réunions passjigères de la. mère et de la . fille. Avant cette sépai-ation de 1671 , on n’a de madame de iSévigné qu’un assez petit nombre de lettres adress«'‘es à sou cousiu Bussy , et d’autres à M. de Pomponne sur le piocès^de Fou-

quet.Cen’estaôncqu’àdaterdecetteépoqueque

l’on sait parfaitementsa vie privée, seshabitutles, . ses lectures, et jusqu’aux oioindres mouveiuens de la société où elle vit et dont elle est l’ànie.

Et d’abord, dès les premières pages dé celte correspondance, nous nous trouvons dans un tout autre monde que celui de la Fronde et dç la Régence; nous reconnaissons que ce qu ou appelle la société française est enfin constitué, •^ns iloute (et, au défaut, des nombreux mémoires du temps, les anecdotes racontées par , madame d<* Sévigiié elle-mérne en feraient foi .sans doute/d’liorribles désordres, des orgit^

4o MADAME DE SËfiGIfÉ.v

grossières se transmettent encore parmi cette jeune noblesse à laquelle I^ouis XIV impose ’i ; pour prix de sa faveur la dignité, la politesse et l’élégance ; sans doute , sous cette superücie ; . brillante et cette dorure de carrousel, il y arbien assez de vices pour déborder de nouveau ' . ' ‘ en une autre régence j surtout quand le bigo-tisnie d’une fin de règne lesaura fait fermenter. '

Mais au moins les convenances sont observées} /

^ l’opinion commence à flétrir ce qui est ignoble *et crapuleux. De'plusj en même temps que !€? * désordre et la brutalité ont perdu en scandale, la décence et le bel esprit ont gagné en simplU cité. La qualification de précieuse a passé de * ‘ .

mode; on se souvient encore, en souriant, de •

d’avoir été, mais on ne l’eSt plus. On ne disserte point, comme autrefois, à perte de vue, sur le sonnet de Job ou d’Urauie, sur la carte de 7'e/i* dre , ou sur le caractère du Romain i mais on cause; on cause nouvelles de cour, souvenirs ,

du siège de Paris ou de la guerre de Guyennej M. le Cardinal de Retz raconte ses voyages,

M. de la Rochefoucauld moralise, madame de Lafayettefait desréflexions de cœur,et madame' , de Sévigné les interrompt tous pour citer un mot

Digilized by Cpo^ :

MADAME DE SÉVIGMÉ. ‘41

ô/é sa 611e, une espièglerie de soii 61s, une distraction du bon d’Hacqueville ou de M. de Braiicas.Nous avons peine, en tSag, avec nos habitudes d’occupations positives, à nous re^' présenter 6dèlement cette vie de loisir et de

tant de choses sont tour à tour amenées sur la scène que nous n’avons pas trop de tous nos instans pour les regarder et les saisir. Les journées pour nous se passent en études, les’ soirées en discussions sérietises; de conversa- 'tions à l’amiable, de causeries, peu ou point. La noble société de nos jours , qui a conservé le plus de ces habitudes oisives des deux derniers siècles, semble ne l’avoir pu qu’à la condition de rester étrangère aux mœurs et aux idées d’à-présent. A l’époque dont nousparlons,loin d’ètre un obstacle à suivre le mouvement littéraire, relïgieux ou politique, ce genre de vie était le plus propre à l’observer ; il suf6sait de regaixler quelquefois du coin de l’oéil et sans bouger de sa chaise, et puis l’on pouvait, le reste du temps, vaquer à ses goûts et à ses amis. La conversation d’ailleurs n’était pas encore devenue , «cdmoie au xvinr siècle^ dans salons ou-

4a ■ MADAME IW SÉVIGNB.

verts SOUS la présidence de l'’ontenelle,UDC oc- . " cupation, une aflaire, nue prétention; on n’y." ' ' visait pas nécessairement au ti-ait; l’étalage géo- ' • métrique, philosophique et sentimental- n’y émit pas de rigueur. Mais on y causjiit tle soi, des autres, de peu ou de rien. C’étaient, comme»'

^ dit madame de Sévigné, des conversations in-f ■ finies • Après le dîner, éciât-clle quelque part » à sji fille, nous all/imes causer dans les plus ' ’■

• agréables bois du monde nous y fûmes jus- '

. «qu’à six heures dans plusieurs sortes de ton- . •

Kversations si bonnes, si tendres, si aimables , '

*.si obligeanteset poué vouset pour moijque.**^mJ en suis pénétrée. « Au milieu de ce mouve-^ ment de société’si facile et si siinple , si ca|)ricieux et si g.'aeieusement animé, ime visite,:, ' ' i

une lettre reçue, insigniliante au fond , était ' ' i •» un évènementauquel on prenaitplai.sir,et dont on se faisait part avec empressement. l.a*s plus petites choses tiraient-du prix (K: la manière et

de la forme; c’était de l’art que sans s’en aper- ,cevoir et négligemment l’on mettait jusque V. dans la vie. Qu’on seTap|>elle la visite de ma- dame de Chaulnes aux Rochers, On a beau-* qoup dit que maduiue -de lïU-vigné soignait ui- , .

. ‘ »,?ih . -V * * •, ■i..-'? .

MAÜA!WiF. Dt SÉVIONE.' ùè.'

‘ npii5èinent ses lettres, et qu’eu les écrivant

'‘elle songeait, sinon à la postérité, du moins

- an monde d’alors dont elle recherchait lesul-

fragei Cela est faux; le temps de Voiture et de

Bal/uc était déjà loin. Elle écrit d’ordinaire an . ' ’

^’ourant delà plume, et le plus de choses qu’elle * •

peut ; et quand l’heure presse , à peine si elle ^

' relit. «En vérité, dit-elle, il faut un peu entre w

. oamis laisser trotter, les phimés comme elles

«veulent: la mienne a toujours la bride sur le

B cou. » Mais il y a des jotii’s où elle a plus de •

temps et où elle sç sent davantage en humeur ;

alors, tout naturelleuient , elle soigtie, elle ar-

. range , elle compost: à peu près autant tpie l.a-

fontainepoii^ne de ses fables: ainsi, la lettre à

Bussy sur le mariage de Madeuioisellé; ainsi la

* lettre à M.deCoulangessurce pauvrePicartl qui i*

est renvoyé pour n’avoir pas voulu faner. Ces -

sortes de lettres , brillantes de fonne et d’art,

et où il n’y avait pas trop de-jietits seci*ets ni de médisances, faisaient bruit dans la société, . • et chacun.désirait les lire. « Je ne veux pas ou- . ' «blier ce qui m’est arrivé ce matin écrit ma- *

"dame de Coulanges à son amie; on m’a dit:^ » Madame , voilà un laquais de madame de

^44 'MADAME DE SÉVlGNÉ.’

«Thiaiigcs; j’ili ordonné qu’oii le fit entrer. Vbi- »ci ce qu’il avait à me dire : Madame, c’est de- » la part de madame de Thianges , qui vous prie »de lui envoyer la lettre (lu cheval de madaume de Sévigné et celle de la prairie. J’ai dit '' U au laquais que je les porterais à sa mai* . w tresse , et je m’en suis défaite. Vos lettres »font tout le bruit qu’ell(5S méritent, comme «vous voyez; il est certain qu’elles sontdéli- • » ci(‘uses, et vous étt» comme vos lettres. » Les • correspondances avaient donc alors, comme les conversations, une grande importance; mais on ne les composait ni les unes ni les autres; seulement on s’y livrait de tout son esprit et de toute son âme. Madame de Sévigné loue continuellement sa fille sur ses lettres:

« Vous avez des pensées et des tirades incom- B parables. » Et tJle raconte qu’elle eh lit par-t • ci ptu -là certains endroits choisis aux. gens qui en sont dignes; « quelquefois j’en donne aussi » une petite part à madame de Villars, mais n elle s’attaclie aux tendresses, et. les larmes » lui en viennent aux yeux. »

Si on a contesté à madame de Sévigné la naïveté de ses lettres, on ue lui a pas moins coutes-

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