I.AFONTAHtÊ
'diivec un pyètCAl’instii\ct cün)UHi.^Lidbntaiae.
i:e qui’ est vrai' jusqu’ici de presque tous no^t poètes, excepté Molière et peut-être Gorneille;
I jpe qui est vrai de Marot, de Rortsai’tl , de Régnier, de , Malher-be , de^Roileau, de Racine et d’André Chénier, l*èst aussi de Lafontaine :
, lorsqu’on a ^parcouru ses divers mérites, il faut ajouter que c'est encore par le style cju il vau^ k ftiieux. Chez Molière au contraire, •chez Dante, Shakspeare et Millon, le style égale jp l’invention sans doute, mais ne la dépasse pas; la* manière de, dire y réfléchit le fond, sans, l’éclipser. Quant à la’façon de I^fontaine, elle . est trop connue et^trop bien analysée ailleurs j, pour que j’essaie 'd’y revéniri Qu’il me suffise de faire repaarquer qu’il y entre line propoïk. tiÔn assez grande de fadeurs galantes et de faux goût pastoral, que nous blâmerions dans \ Saiut-Evremond'et Voiture, mais que nous^ aimons ici; C’est qu’en effet ces fadeurs et ce. .ffaux goût n’en sont plus, do moment qu’ils* •■but passé sous cette plume enchanteresse î et ‘ qu’ils se sont rajeunis de tout le ^charme cfalentour. laf^ntaine manque un peu de souffle ; e^-de suite dans ses compositions; il a, chemin
^ LSkFüMTAlML
faùiiut, deü ilutructious iréquei\ttis qui luir son style et dévier sa pensée; Ses vei-s délicieux, 'en découlant comme un ruisseau^ sommeillent parfois, ou s’égarent, et ne ^ tiennent plus; mais cela même constitue uitf manière, et il en est d(? cette manière comme de .toutes celles des hommes de génie ; ce, qui ^ autre part serait indifférent ou mauvais, y devient un trait de caractère, omnne grâce pi>
V qualité. ^
La conversion de madame de la Sablière, que .Lafontaine n’etit pas le courage 4’imiter, avait laissé notre poète assez '’désiKUvré et solitaire.
11 continuait de loger chef cette dame; niais elle ne réunissait |)lus la même compagnie qü'autrefois, et elle s’absentait fréqucinmcul pour visiter des pauvres ou des malades. C’<»t alors surtout q.u’il se livra , pour se désennuyer, à la société du prince deContietdeMM. deVeodùnie dont on sait les mœurs, et que, sans rien ^ peixire au fond du coté de l’esprit, il exposa aux ^ regards de tous une vieillesse cynique et disso Itib, mal déguisée sous les ruses d'Anacrèou- Maucroix, Racine et .ses vrais amis s’affligeaieut' de ces déréglenieiis sans excii.se; Va iistère Hoir
LAFONTAIftF. i»6
leauaVàlt cessé de le voir. Saint-Evreinond, qui cherchait à l’attii-er eu Angleterre, auprès de lâ' <luchesse de Mazarin, relÇtit de la courtisane Ninon une lettre où elle lui disait : « J’ai su ■ que vous souhaitiez l.afolïtaine en Angleteri'e; i on n’en, jouit gu^ à Paris; sa tè^ll^est bieii.
I) affaibljp. C’est le destin des poètes : le Tass<*
J» et Lucrèce l’ont éprouvé, /e doute qu’il y ait » du philtre amoureux jwur ^fontaine , il n’a » guère aiméde femmes quiHt eussent pu faim* t la dépense; » La tète de Uifontaine ne baissaitpas^ comme lecrôyart Ninon; maisttqu’ellè dit *du philtre amoureux et des sales amours n’est que trop v« ai : il touchait souvent de l’.abbé de Chaulieu des gratifications dont il faisait un singtilier et tristelîsage. Pair bonheur, ungjennè',, femme riche et belle, madame dUervart , s’at- Ikcha au poète, lui offrit l’attrait de sa maison,' et devint pour lui, à force de soins et de pré» venances, une autre La Sablièrej A là mort de cette dame, elle recueillit le vieillard , et l’environna d’amitié jusqu’au dernier monienjlj, -C’est chez elle que l’auteur de /omnr/ê , touché enfin de repentir, revêtit le cilicc qui lie lé^.. quitta plus: Les dé^ils de cettq pénitence soiij
LAFONTAlUf. .
toucbans; Laf<>ntaiii(' la consacra publiquement ■ par une traduction à\\ Dies Irœ , qu’il Int à l’Académie , et il Uvait form^^ le dessein de paraphraser les Psaumes avant de mourir. Mais à part le refroidissShient de la maladie et de l^âge, o^l^eut douter queiftette tàcl\e, t;uit de fois essayée par des poètes repentans^ eût été possible à I.âfontaine ou même à tout autre
d’alors. A cettfe époque de croyancesjrégnantes at traditionnelleipb’étaient les sens d’ordinaire,
et noti la raison, qui égaraient; on ava4 été libertin,, on se faisait dévot; on n’avait. point passé par l’orgueil- philosophique ni par l’impiété sèche; ohnes’était pas attaçdé longuement ^dans les régions dii doute ; on ne s’était pas ^ senti maiutefois défaillir à la poursuite de la vérité. Lesserischarmaient l’âmepour eux-inémeS^ . '-et non comme une distraction étourdissante • et fougueuse, non par ennui et désespoir. Puis, quand on avait épuisé les désordres, les erreurs, et qu’on revenait à la vérité suprême, on trou- • • vait un asile tout préparé, un confessionnal, un oratoire, un cilice qui matait là chail;; i et l’on n’était pas, comme de nos jours, pour-
uivi encore, jusqu’au sein <rune-foi
kague-
.* ■ Piqitized b-yiCoo^il'. j
^ LAFO»TAJUSE.
. Ht, « V -
ment renai^nte, p^r dos dout^ effra^ans,*. d’éternelles obscurités et un abîme sans cesse ouvert : — je me trompe ; il y eut un homme aTors qui prouva tout cela, et il^manqua en • devenir fou : cetbougmi^, c’était Pascal. ,
RACliNE.
JT, V-
:« ■ - ' ''rt-
1 liCS grands poètesj les poètes de génie, In-
* dépeiidamment des genres, et sans faire accep-'* tion de leur nature lyrique, épique ou dramatique, peuvent se rapporter à deux familles glorieuses, qui, depuis bien des siècles, s’en-
• treinèlent et sc détrônent tour à tour, se disputent la préeminenee en renommée, et entre lesquelles, selon les teinpf?? l’admiration dfes liomines s’est inégalement répartie. Les poètes > primitifs, fondateurs, originaux sans mélange, nés <reux-méines et fils de leurs œuvres, Homère, Pindare, Eschyle, Dante et Sha*kspeare, sont qucl(|uetbis sacrifiés , préférés le plus sou- .
RACINE. ng
vent , toujours opposés aux génies studieux , polis y dociieSÿ essendellement éducables et per> fectibles des époques moyennes. Horace , Vir- t
gile, le Tasw, senties che£i les plus brilians de cette famille secondaire, réputée, et avec raison , inférieure à son aînée, mais d'ordinaire mieux comprise de tous , plus accessible et plus chérie. Parmi nous. Corneille et Molière s’en détachent par plus d’un côté. Boileau et Racine y appartiennent tout*à>£ait et la décorent, surtout Racine, le plus merveilleux, le plus accompli en ce genre, le plus vénéré de nos poètes. C’est le propre des écrivains de cet ordre d’avoir pour eux la presque unanimité des suffrages, tandis que leurs illustres adversaires qui, plus hauts qu’eux en mérite, les dominent même en gloire, sont à chaque siècle remis en question par une certaine classe de critiques. Cette diOérencc' de renommée est une conséquence nécessaire de celle des talens. Les uns, véritablement prédestinés et divins, naissent avec leur lot , ne s’occupent guère à le grossir grain à grain 'en cette vie, mais le dispensent avec profiMÎon et comme à pleines mains en leurs œuvres; car leur trésor est inépuisable au-de-
liAGirrK.
dans. Ils fontÿ sans trop s’inquiéter ni-sè rendit compte de leurs moyens de faire; ils ne se replient pas à' chaque heure de veille sur euxmémes ; ils ne rétournent pas la tête en arrière à ciiaqiie instant pour mesurer la route qu’ils ont parcourue et calculer celle qu(i letir reste ; mais ils marchent à grandes journées sans* se lasser ni se contenter jamais. Des changemens secrets s’accomplissent en eux , an sein de leur génie, et quelquefois le transforment ; ils subissent ces changemens comme des lois, sans s’y mêler, sans y aider artificiellement, pas plus que l’homme ne hâte le temps où ses cheveux blanchissent) l’oiseau la mue de son plumage, ou l’arbre les changemens de conleim de ses feuilles aux diverses saisons; et, procédant ainsi d’après de giandés lois intérieures et -une puissante donnée originelle, ils arrivent à laisser trace de leur force en des
œuvres sublimes, mdmmientales, d'un ordre réel et stable sous une iri'égularité apparente comme dans la nature, d’ailleurs entrecoupées d’accidens , hérissées de cimes, creusées de profondeurs : voilà pour les uns. Iæs autres ont besoin de naître en ries circonstances pro-
KAanR.
fSt
pices^-d’'ètre cultivés 'par l’éducation et de mûrir'au soleil; ils se développent lentemëBtj sciemment, se fécondent par l’étude et s’acœuchcnt eux-méme» avec att. Us montent par degrés ^Iparcourent les intervalles et ne s’élancost pas au but du premier bond ; leur génie grandit avec le tempii et s’édifie coitune un palais auquel o» ajouterait chaqtie année une assise; ils ont de longues heures de réflexion et dê silerrce durant lesquelles ils s’arrêtent pour réviser leur plaii'tet délibérer r aussi l’édilice; si jamaisil se tenniné, est-il d’unecOnception savante, noble, lucide, admirable, d’une harmonie qni d’abord saisit- l’oeil, et d’une exécution achevée. Pour le comprendre, l’es- ^rh du spectateur découvre sans peine et monte avec'une sorte d’orgueil paisible l’échelle d’idées par laquelle a passé le génie de l’artiste. Or, suivant une remarque très-fine et très-juste du' père Tournemine, on n’admire jamais dàrts un auteur que les qualités dont on a le germe et la racine en soi. D’où il suit que, dans les ouvrages des esprits supérieurs, il est undégrfe relatif où chaque esprit inférieur s’élève, mais qu’il ne franchit pas, et d’6ù il juge l’ehsem-
RAcme:
ble comme il peut. C’t^st presque comme pour les familles de plantes étagées sur les Clordil* liêrès, et qui ne dépassent jamais une certaine hauteur, ou plutôt c’est comme pour, lesfamilles d’oiseaux dont l’essor dans l’àir est
fixé à une certaine limite. Que si maintenant,, à la hauteur relative où telle famille d’esprits peut s’élever dans rintelligenc% d’un poème, il ne se rencontre pas une qualité correspondante qui soit comme une pierre où metll'e le pied , comme une plate-forme, d’où l’on contemple, tout le paysage; s’il y a là un roc à pic, un V» torrent, un abîme, qu’adviendra-t-il alors?
I^es èsprits qui n’auront trouvé où poser leur
vol s’en reviendront comme la colombe del’ar- '
che, sans même rapporter le rameau d’oir*^ vier. — Je suis à Versailles, du côté dô ja^•^ din , et je monté le grand escalier; l’haleine me manque au milieu et je m’arrête; mais du > moins je vois de là en face de moi la ligne du
château , ses ailes ,,et j’en apprécie déjà la régularité, tandis que si je gravis sur les bords ^ du Rhin quelque sentier tournant qui grimpe à un donjon gothique', et que je m’arrête d’é> puisement à mi-côte , il pourra, se faire qu’un
JÜ — '
RACmE; ,i3
mouvemenl dè terrain , un arbre, un Kuissen, me dérobe la vue toi|t entière C’est là l'image vraie des deux poésies. La poésie racinienne est construite de telle sorte, qu’à ttnife hauteur il se rencontre des degrés et des point» d’appui avec perspective pour les infirmes; l’œuvre de Shakspeare a l’accès plus rude, M l’œil ne l’embrasse pas de tout point: itous ath vons de fort bdhuét^ gens qui ont sué pour y aborder, et qu , après s’étre heurté la vue sur quelqùe butte ou sur quelque, bruyère, sont revenus en jurant de bonne foi qu’il u’y avait rien là haut; mais, a peine redescendus en plaine, la noaudite^ tour enchantée leur appaiaissait de nouveau dans son lointain, mille fois plus importune aux. pauvres gens que né l’était à BoileaA celle de Montlhéry'i
•Se» njurs, dont le sommet te dérobe à U vue, ...
Sur la cime d'un roc s'alongent dans la nue; , ^
t» Il hui toul dire. Si Us su|>irieiirs , les génies à /ne, ne prêtent pas pied à divers degrés siu esprils inférUtin . iis en portent tao peu la peine, et ne dislingitent pas eux-nénies les dilTéreiices ^éiévatioa entre ces cs|>rilt estimables qu'ils voient d’en haut loua ,®"nfc*d»s dans b plaine au mâne niveau de terre.
RÂcnte:!
Et, {tréteqUint de loin. leur objet cnnuyt‘*>x,4p'>
Du p.'it&s^nt qui le» fuit semblent suivre les yeux. g| '
Mais itous laisserons pour aujourd’hui la tour de Moiitlbéry et l’aeuvre de Stiakspearè, et nous^ essaierons de monter, après tant d’autres adorateurs, quelques-uns des degrés, glissans dé-l sosmais à :force d'étre usés i, qui mènent au temple en marbre de Racine. ^ i; Racine, ué en iGSg* à la Ferté-Milou,fut or-<pheliu dès l’âge le plus tendre. Sa mërè, hllç. d’uh procureur' du rdîjdes datte etüofiéte'à Vit^ Uirs-Côtterets , et son p^,ioo|itrùlèur dti'^grc-i nier à sel de la Ferté-Milon', mouriirfept à ^eti d’intenèalle' de* itevips iF/nn Ide . l’autre. i Agé de quatre ans, ilfutconfiéaiixsoinsdesttn grdiidpère maternel, qui le mit très-jeime an boll^ge de Beauvais; et à la mqrt du vieillarJ, il passa à Port-Hoyal-des-Champs', où sa gréiKl’mère et une de ses tantes s’^étaient retirées. C’est' de' là que datent les premiers détails intéressans qui nous aient été transmis sur l’enfance du poète. Il en vint rapidement à lire tous les auteurs grecs dans le texte; il en fmsait des .{extraits , les annotait de sa main, les apprenait par ewur.
HACIKE.
(•étaient luui a tuur Hiitai'qtie, le Banquet, de. ^Platon, saint Basila, Pindare, oti, aux heures perdues, tfiéagène et ÇharicUè. li décélait vléjà sa nature discrète j innocente et rêveuse par de longues promenades; up livre à la main (et qu il ne lisait pas toujours^^ clans ces belles ^ solitudes clqnt il ressentait les douceurs jusqu aux larmes. Son talent naissant s’exerçait dcsîlors à traduire en vers français les hymnes touchantes du Bréviaire, qu’il a retravaillées . depuis; mais il se complai^it surtout à célébrer ■ Port-Royal , le paysage^ jf^étâng,' (e| jat*dins et les prairies. Cçs productions de Jeiuiesse que nousposs^ons attestent un sentiment vrai sous l’inexpérienpe extrçiue et 'la faiblesse de l’ej^ pression et de la couleur; avec un peu d’attention, on y clémêle ep quelc^ues endroits comme un écho lointain, comme un préliidp, cçpfus des choeurs mélodieux d'Fsther ; ;
Je vois cc ‘cloilre vénér.ible
Ces benux lienx du' ciel bien aimés, ' '
. ' Qui de cent temples anUnés • ' ! >u • Cacbènt la richesse adorable. ' '!
C’est dans oe chaste paradis . , t.i |>
;■ Que règne, eu un trône de lys,
' ÏJl, ..ï l 4 ..«J».. -. i.
RAOHE.
La rirgiaité laiote;
Ce*t U que isiUe anges mortels D’une étemelle plainte Gémissent au pied des autels.
Sacrés palais de rinnocence,
, Astres viTans, chœurs glorieux,
Qui faites voir de nouveaux cienx.
Dans ces demeures de silence,
Non , ma plume n’entreprend pas ‘
De tracer ici vos combats, >
' Vos jeAnes et vos veilles ;
n faut , pour en bien révérer Les augustes merveilles,
' Et les taire et les adorer. .
H quitta Port-Royal après trois ans de séjour , et vint £ûre sa logiqné^ti collège dUarcour à Paris. impressions pieuses et sévères qu’il avait reçues de ses premiers maîtres s’affaiblfrent par degrés dans îe monde nouveau où il se trouva entraîné. Ses liaisons avec des jeunes gens aimables et dissqiés, avec l’abbé Levasseur, avec Lafontaine qu’U connut dûs ce temps là, le mirent plus que jamais en go^ de poésie, de romans et de théâtre. Il faisait des sonnets galans en se cachant de Fort-Royal et des jan-
RACim.