‹ CritiquesChapitre 9 sur 31 · MC · texte numérisé non relu

MC

. ia,«aft, meme en amitié, décernait au vain- '

• .queur ynp magniBque épît,«, et AénUsait et

. . ^^'J^'npeusesrnen^gi7les.Cétkit‘donc moins : liour Racine lè moment de quitter

a ^ne ou r^entissait son nom ; il y avait lieu ‘

^ lemnement,-bien plus,q„>au dé^

ftit^Me tout^-fa.t pure de ces l)ouderies mes- .e juines auxquelles on ^ essayé de la rapporter Depuis quelque temps, et lé premier feu de

*age, la première ferveur de l’esprit et des ^

• ! r* »e souvenir de son enfance, ^

> ses maîtres, de sa tante religieuse à Port-

• Hbyal, avait ressaisi .le cœur de Racine, et la . comparaison involontaire, qui s^établissait en ' ,ui entre sa paisible satisfaction d’autrefois et , . sa gloire présente, si amère et si titniblée, ne ■ . pouvait que le ramener au regret d’une vie réguliere. ^tte-pen^ée secrète qui le travaillait . perce déjà dans la préface Phèdre, et dut le , soutenir, plus qu’on ne croit, dans l’analyse

' ^rtueL .

d uiuiairfe qui iiiaudiHe mal et s’y livre Son

RACINE

l5» ■ . ^ < KAUNE. •■‘■4V

' propt^«i^|aBurJui‘%xplïqi)ait celui de Phèdre, et «i l’on suppose, <^mine il est assez -vra^ioq- •* blable, que ce qui le retenait mal^r^ lui au théâtre était quelque attache amouf«use dbdt U avait peiné k se- dépouiller , la re^inblance ^ devient plus intime et peut aider à'falre cont- * prendre tout ce qu’il a mis en cet^ circonstance * de déchirant’, de réel lemenU senti et de plus •particulier qu’à l’ordinaire dans les œml^ts dé '

cette passion. Quoi qu’il en soit^le bût hioral de Phèdre est hors de doute; le grand Arnaülâ %

ne put s’enCtpécher liii-méme d^ le reconnaître, et ainsii'ut presque vérifié le mot de Tautair « qui espérait, au moyen de cette pièce, récoo- ^ » cilier la tragédie avec quantité*de personnes •

N célèbres par leur piété et pan leur doctrinei » • Toutefois , en s’enfonçanudavantage dans ses réflexions de réforme, Racine jugea qil^il était plus prudent et plus conséquent de renoncer ^ ail théâtre, et il en sortit avec courage,^ mais, ^ sans 'trop d’efforts. Il se maria*, se réconcilia avec Port-Royal, se prépara dan& la vie domestique à ses devoirs de père , et, comme le roi le , nomma à cette époque historiographe ainsi q«(r> Boileau , il ne négligea pas non pkls sds deyoirs -

Googlcji

UApNE

«niistorienj »cet effet, il conunepça p«r /aine • une espècife d’extrait c^u tra^ de Lucien Sur ifi . mJfue/t décrire Vhistotm^ eVs’àpplM[ua à la Itcturç de M^rai, de Vit|o(|ô Siri et autre».

D’après le peu qu'on vient de lire sur lé ca- «^^jietère, les mœurs et les (labitudes d’esprit de . Racin^, if serait déjà«aiSé deprésumef les qualité» êt les défauts essentiels de son œuvrev jde prévoir ce qu’il a pu atteindre, et en mécne . tepips ce qui a dû lui Manquer. KJd grand art de combinaisqp,<un calcul exact d’agencement, une construction lente et successive, plutôt*'

« que cette fo’rce de conception, simple et féconde,

’ 4tii agit simultanément et par voie de cristallisation autour depliisieùrs centres dans fes>ioer- .veaux^ naturellement dramatiques; de la présence d’esprit dans les dioindres détails; . une * singulière adresse à no dévideé qu’un seul ^1 üpis; de l’habifeté pour élaguer p^itôt que de la pnissance pour étreindre; une* science ingénieuse d’in^oduire* ét d’éconduire ses personnages ; parfois la situation capitale éludée , soit par un récit pompeux , soit par l’absence rmptivée du iémoin le plui embarrassant; <et de même dans les caractères, riqn de divergeant

'i6* ■* . • RAOIfE. , ' ^ •

ni 'd’excentrique; les parties {jècessoii'espfts antécédens peii cqmmodessiippriniés;et pour- î tant rien de trftp rîu ni de trop monotone ;tnats deux ou *trdis Qiiancés assorties sur un fonds simple; — puis au milieu de tout cela une passion qu’on n’a pas -vu naître, doQt le flot arrî^^*. déjà gonflé, mollement écumeiix, et (]pi vous- * ehtraîne comme le Courant blanchi d’uiÆ belle eau : voilà le drame de Racine. Et si l’on des- ^cendait à son «tyle et I l’harmonie de sa sification, on y suivrait des'beautés du même •'ordre restreintes aux mêmes ligiites et des variations de ton, mélodieuses sans doute, mais ». * dans l’échelle d’une seule octave. Quelques ië-’ * marques; à j>ropos de'Britaiinicus, préciseront “notre pensée et la justifieront si , dans ces ter- ■mes généraux, elle ^mblait un pet ténféraire.

Il s’agit du premier crijpe de Néron, de ceini par lequel il échappe d’abord à l’autorité (|e sa •mère et' de «es gouverneurs. Dans Tacite» Bri- .^tanniciis est un jeune* homme de quatorze à ’ .

f quinze ans, doux, spirituel et triste. Un jour,

‘ au milieu d’un festin; Néron ivre, pour le f rendre ridicule, le for<^ du chanter ; Rritahmeus se mit à chanter une chanson dans laquiHe

p, ^ RACINE. » • 653

H était fait allusion à sa propi-e tf^tinéc si précaiijp et à l’héritage paternel dont on l’avait dépouillé; çt au lieu de rir^et de- se moquer, les convives émus, moins dissimulés qu^ l’ordinaire parce ({u’ils^étaieot ivres, avaient marqué haiilèment leur œmpassion. Pour Néroii, iout pur flp sang qu’il est encore, son naturel féroce gronde depuis long-temps en son âme, et n’épie que l’occasion de se déchaîner; il a déjà essayé d’unpoison lent contre Britanilicus. . La débauche l’a saisi : iFest soiq)çonné d’avoir souillé l’adolescence. de sa fhtdre victime; il n^iige wn epou^ Octavie pour la courtisane Acté. Sénèque a prêté son ministère à cette honteuse intrigue ; Agrippine s’est révoltée’ d’ab«rd, puis a fini par embrasser *son fils et par liiioffrir sa maison pour les rendez-vous. Agrîp- ■pine, mère, fille, sœur et veuve d’empereursi, % homicide, incestueuse prostituée à tf«» affranohis; n’a d’aufre crainte que devoir son fils hii échapper avec le pouvoir. Xellê est la situation d’esprit des trois personnages principaux au momoat où Bacinê commence sa pièce. Qu’a-t-il fait? 11 est allé d’abord au plus simple, il a tcié ses acteurs; fiurrbus l’a dispensé de Sénèque,

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et Marcisaedtf Pallas. Othon et Sénécion,7et(/7êir. voluptueux qiii le f>erdent^ sont à peine qpra- .mes dans un endroit. H rapQoQte (laîis sa pr^ fiace un mot sanglant de Tacite sur Agrippine : {^uœ cunctis malœ^dominàlionU cupidinibtts fia^rans^ hahebaUin partiBus Palt&nfem^ et U ajoute : «Je ne dis q'uece mot d’Agrippilie^ car ü ' » y aurait trop de choses à en dire.-C’est elleque ^ » je mé suis surtout efforcé de bien exprimer,

• et -ma tragédie n’est pas itu>ins la disgrâce a d’Agrippine.que la fborf de Britannicus.» £t malgréee dessin formel de Tauteiir, le caract^ d’Agrippine nest exprimé (pi’iqopar&itement; . comme il fallait intéressier à sa disgrâce, .ses pins odieux vices sont rejetésdansrombre;^elle'de- ▼ien t un person nage pen réel, vague , inex pliqué, lyie manière de'mère tendre et jalouse ; il n’fest plus guère question de ses adultères et de s^ meurtres qu’en<alhision , à ^'usage de ceux qu» ont lu l’histoire dans l^acite. Ehfin', à la pja^ d’ Acté, intervient Ja romanesque Junie. Néron amoureux n’est plus que le rival passiônné de Britannicus, et les c^és hi'deuz du<tigite disr paraissent, ou sont touchés délicatement à la rencontre. Que dire du dénouement? de Junie

' ir

BâCCfE

vestales, et placée sous la protee; .* t^n da peuple , commêTsf le peuplé protégeait quelqu’un sous N^ron? Mais coiqu’on a droit

• Amout de rtprtltj^r à Racine , c’est d’avoir ^istrait aux'ynix la s^éèÜé'du festin. Britann|- «us.e^ à table, on lui V|rs| à boire; quelqu’un

e#le.se» deûu^tiqoÀ goûte le breuvage» comme fest la eoutuiiiq, tant''oif est en garde- contre jui ci’ipiq* mais Néron a tout prévu ; le breuvage 8 est trouvé trop chaud, il faut y^veyser de l’eaU froide pour le rafraîchir^ pt c’est cette eau froide qu’on a êu'l^*soîû (fem^itentaer. ^’^et est soudain; ce poiSon tue siy l^eùre,

- et Locuste a été charg^é de lè‘ préparer lel, sous peine de mort. Soit, dédain pour ces dredina-' tances , soit dffîcnl^ de les e’xprimer en ver? , ^ Bacibe les a obligées dans le récit de Burrkas;

• il ie boéne'à rendre l’effet moral dé l’erapoison- ■ nemeht surles spectateurs^ et^lyr réussit; mais bn doitavouer que mfme sur ce 'point il a rabattu de la brièveté ’incisiye, de' la concision ^datante de Tacite: Trop souvent, lorsqu’il teaduit Taü^te , 'comme lorsqu’il traduit la Bi- ^ ble, Racine se fraie une route entre Tés quali-

• tés ektrémes des originaux, et garde pnidem-

iS6

RAGHIE

ment le milieu de la chaussée, sans approcher^ des bords d’où l’on voît .le précipice*. Kous ciserons tout à rtieuae le fait pour ce qui concerne la èible; nous n’en èitérons qu’un, exell-* pie relativement à lUcite. Agrippine, dans ‘sa belle invective con^e^éf on, s’éérie, q^eti’un côté l’oii entendra /a fille Se Gef/rtanicits* 'àe\a.\x\xe le fils dEhobàrbus^ ;ik. • W

'Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhns, “

' Qui, tous deîuç de rexil n-ippelés par moi-mééie,

IHirtanent i mès yetix l’autorité suprême. ' ‘ • a

•Or Tadite dit : Audiretur hinc Germahici fi-* •fii ydebUis rursus Burrh{u et exsul Seijteca', trjmçd sçilicet ^nu et projèssùrid Unguâ, geueris humani*re^imen expostuianles. Radn^ a évidemmenf reculé devant l’énergi^ué. insulte de maùfed école adressée à Sénèque rt celle de manchot 'et dp mMilÀ adressée à Burrhus-, et son Agrippine n’acch^e pas ces pédagogues de vouloir régenter .le monde. En général, tous les défauts dû style de Racine pro^^iennent cette pudeur de goût qu’on a fl-op exaltée en, ^ lui , et qui parfois le laisse en de<i du bien>'

baginb;

Britanniç/if', Phèdr^^ J tkalie y tri^édie ic^ maine, grecque et bibiique^ce sont là les trois glands titres, dramatiques de Racine et sous lesquels viennent se ranger ses autres cbefs« d’oeuvre. Nous nous sommes déjà expliqué syr notre admiration pour Phèdre; pourtant > on ne peut se le dissimuler aujourd’hui, cette pièce est*encore moins dans les mœurs gre»' qu^ que Britannicus’àvsift les ihœurs romainesJ Hippo^e amoureux ressemble encore moins à-rSippolyte chasseur, favori de Diane, Néqmi amoureux an îféron de Tacite; Phèdre reine-mère et régente pour son fils, à la*mp'rt supposée de son époux, oomppnse amplçme^ Junie protégée par le peuple et mise auxfye^ tÿles. Euripide luiiinéihe laisse beaucoup sans doute à desirer poür la vérité; il a^déj^ le sens supérieur des traditions mytliôlogiqu^ que possédaient si profondétaent Eschyle .rt Sophocle ; mais du moins chez lui on embraise tout un ordre de choses ; le paysage, la. religion, les rites, les souvenirs de famille, constituent ■un /qnd de réalité qui fixe et repose Vesprh. ÇhezUaci/re tout ce qui n’est pas Phèdre et sa passion échappe • et fuit " I» triste ”Ai4cie I W '

HAONB.

PaUantides, les gventur^ div«rs^jiie Thésée,

sa descente aux enfers, soif départ d’Athènes,

ses démêlés avec Neptune, laissçntà peine traoe

dans notre mémoire. En regardant de près, on y

verrait des contradictions; Racine admet d’iine

part la version de Plutarque , qui suppose qtiç

Thésée, au lieu de descendre aux enfers, avait

été-simplement retenu prisonni^ par un roi fh^

Thrace dontil'aèéit vouitf ravir la femme p^ur

son ami Pirithoûs, et d’autre part il fait 'dire à

Phèdre: , >

[*aime, non point tel que Tonf vu le« enferi... ^

Dan\ Euripide, Vénus apparaît en personne et^ se venge; dans Racine, V^nus tout entière à sa proie attachée n’esf qu’imé* a'dmifable métaJ» phnre. Ra<:ine a quelquefois laissé à Euripide^ . des détails de couleur qui eussent été aussi des traits de passion : * • ,

f Oieax I qne ae sms-je asaise à l'ombrè' des forêts ! Qiiaad.povrai-je, au travers d’uae noble poussière,

, fitlivre 4e loin an ehar fuyant dans la carrière ? ^

dit la -Phèdre de Racine. Dans Euripide, ce

luau.

mpiMMmeait est bflMioouppkis prolongé ; Phè-

iire voudrait d'àbc«d se désaltérerà reaupore des fontaines et f’étendre à l’omlne def(^ pliers; puis elle, s’écrie qu'oir la ço^dnise stir ' .

• la montagne t dans les forêts dp pinsv où les

chiens chasseiit le cprf, et «pi’elle veut lapoet

iodard thessalién ÿ enfin elle désire ràrène sq»

«fée de Limna^ où s’exercent les coursiers rapides; et la nourrice . qui, k ohaqu« souhait, l’a inlerroniipie, lui dit enfin i a Quelle est .a donc cette nouvelle fantaisie? .Vous étie*'

» tcnit à l’heure sur la montagne, à la pour-

• suite des cerfs, et maintenant vous-^voilà V

•» éprise du gymnase et des exercices des clio-

» vaux ! Il faut envoyer consulter l’orade-... s

Au' troûiètae acte , au moment où Thésée , '

qu’on croyait mort, arrive, et quand Phèdre,

QËnone^et Hippoiy te sont en présence, Phèdre ne trouve rién de mieux que de s’enfuir en s’écriant :

» • ’ * ’ ^ Je ne dois désormais songer qu’à me cacher;

c’est imiter l’art ingénieux de,Timan«he, qui, •

k l’instant solennel , voila .la télé d’Agantem-

flOO •

iuaii£.

A Tout œci nous conduirait, si nous i’osisqs, à conclure avec Corneille que Racine avait un bien ^lus grand talent pour }a poésie en général que 'pour le théâtre en particulier, et à soupçonner que s’il fut dramatique en temps, e’est que son temps était peu dramatique; mais que probablement, s’il avait vécu de nos jours, son génie se serait deipréférence ouvert u«e autre voie. La vietde retraite, de ménage et d’étude, qu’il ment)^pendatit lés douze années de sa maturité la plus entièk>e,« semblerait confirmer notre conjedtune. Corneille aussi essaya pendant, quelques aimées de renoncer au théâtre) mais quoique déjà sur le décbnÿ il n’y put tenir, et rentra bientôt dans l’arène^ Rien de cette impatience ni de cette dilBculté à se contenir ne parait avoir troublé le long silence de Racine. Il écrivait l’histoire de Port-Royal , celle des campagnes du roi, prononçait deux ou trois discours d’académie, et s’exerçait à traduire quelques hymnes d’église. Madame de Maiiiteuon le tira de 6011 inaction, vers i68d, en lui demandant une pièce pour Saint-Cyr; de là le. réveil en .sursaut de Racine, à l’âge do quarante-huit

BrgrïîJed-iîy

RACPfE.

ans; une nouvellé et immense carrière parcourue en <leiix pas : Fsther pour son coup d’essai",- Athalie pour son coup de maître. Ces deux ouvrages si soudains, si imprévus, si difïérens des antres, ne démentent-ils pas notre opinion sur Racine? n ‘échappent-ils pas, ‘aux cfiticpies générales que nous avons' hasardées sur son œuvre?

Racine, dans les sujets hébretix , es't bien aiifrenu’iit à son aise que dans les sujets grecs et romains. Nourri des livres sacrés, partageant les croyances du peuple de Dieu, il se tient 'strictement au récit de l’Écriture, ne se croit: pas obligé de mêler l’autorité d’Aristote à l’ac- "tion, ni surtout de placer' au cœur de son drame une intrigue amoureuse; (et l’amour est de toutes les choses humaines celle quif . s’appuyant sur une base élertœlle, varie le plus dans SOS formes selon les temps, et par conséquent induit le plus en erreur, le poète). Toutehns, malgré la parenté des religions et la communauté <J^ certaines croyances., il y a dan^ le judaïsme un élément k part, intime, primitif, oriental, qu’il ira^iorte de saUir ‘et de mettre en saillie, sous p^ine d’étre pAlc et in- .

RAaNE.

fidèle, même avec tm air d’exactitude; et (jet élément radical, si bien compris de Bossuet dans sa Politique sacrée, de M. de Maistre éti' tous ses'écrits, et du peintre Martin dans son art, n’était guère, accessible au poète’doux et tendre qui ne' voyait l’ancien Testament qa’à

Samuel que saint Paul. Commençons par l’architecture du Temple dans Athalie : chex les Hébreux, tout était figure, symbole, et l’importance des formes se rattachait à l’esprit de la loi. Mais d’abord je cherche vainement dans Racine ce temple merveilleux bâti par Salo-* mon, tout en marbre, en cèdre, revêtu de lalues d’or, reluisant de chérubins et de palmes; ' je suis dans le vestibule , et je ne vois pas les deux fameuses colonnes de bronze de dix-huit coudées de haut, qui se nomment, l’une Ja~ ehin, XAatru Jiooz ; je ne vois ni la mer d’ai- ' rain, ni les dou^e bœufs 4'airain, ni les lions; je ne devine |>as dans le tabernacle ces chérubins de bois d’olivier > hauts de dix coudées, < qui enveloppent l’arche dé leurs ailes. La scène , se' passe sous un péristile grec un peu nu, et je mç sens- déjà .moins disposé à admettre 1^'

■RACINF..

sacrifice de sang, et l’iininolation par le cou- ’teau sacré , que si le poète m’àvait transporté . dans ce temple Colossal où Salomon,' le premier jour, égorgea pour 'hostips pacifiques vingt-deux mille bœufs et cent vingt mille brebis. Des reproches analogues peuvent s’adresser àux caractères et aux discours des personj nages'. ]..’idôlatrie monstrueux de Tyr et de Sidon devait 'être opposée au culte de Jeho- • vahj dans la personne de Mathan, qui,'*sians cela, n’est qu’un mauvais prêtre, débitant d’abstraites maximes; j’aurais voulu entrevoir, grâce à lui, ces temples impurs de Baal,

. OÙ siégeaient, sur de ricltes rarre.mx, ♦ Cent idoles de jaspe aux têtes do taureaux;

Où, sans lever jamais leurs têtes colossales.

Veillaient, assis en cercle, et se regardait tous.

Des dieux d’airain posant leurs mains sur leurs genoux.

Le grand-prêtre est beau, noblg et terrible j mais on le conçoit plus terrible encore et plus inexorable, pour le ministre d’un dieu de colère. Quand il arme lés Jévites , et qii’il leur rappelle que leurs ancêtres, à la, voix de Moïse,

rt\CINEv

ont autrefois' massacré leurs frères ( « Voici ce , que dit le Seigneur, Dieu d’Israël : «Que cha- » que homme place son glaive sur sa cuisse, et » que chacun tue son frère, son ami, et celui » qui lui est le plus proche. l.es enfans de liévi » firent ce que Moïse avait ordonné. »'), il délaie ce verset en périphrases évasives : • •

Ne descendez- TOUS pas de ces fameux lévites, ‘ , '

Qur, lorsqu’au dieu du Nil le volage Israël '

, Rendit d.ins le désert un culte criminel, >■

Ue leurs plus chers parens saintement homicides, ‘-i. Consacrèrent leurs mains, dans le sang des porfides^ 7- Et par ce hoble exploit vous acquirent I^onnenr' D’étre'teuls employés aux autels du .Seigneur. .

En somme, est une œtivre imposante'

i, d’eusenlble, et par beaucoup d’eifdroits magnifique, tnaift non |ws si cqni|)lète , ni si désespérante qu’on a bien voulu croiro. Racine n’y a pas ^ijénétré l’essence niêmfe de la poésie *’ hébraïqye 'orientale ; il y marche sans cesse avec pfécatiliou , entre le naïf <du sublime et le ,

• naïf du gracieux, 'et s’interdit, soigiieusementN Tun et l’autre. Il ne Hit pas coimne l,.amartine :

' “îl " .

• R)lkClPIK

' Û<iat n’èüfit plus, Üieii ni\pparuti je .rit '

.Adonai vêtu de gloire et d’épouvante;

Les bords éblouissans’de sa ro^e flottante

Remplissaient Je sacré' parvis. .v

• *'s*r "Vi* • * " •

s-|Si:Drs séraphins debout sur des lusrcfaes d’ivoire - ’Se voilaient devant lui de six ailes de feux;

Volant de l’un à l'autre, ils se disaient 'entre eux :

&int, 'saint, saint, le Seigneur, le Dieu , le roi des dieuxl J*'. ' Toute la terre est pleine de sa gloire ! > • „ >

,I| ne (lirait pas dans ses diœtirs, quand il fiait ^ parler lUinpie voluptuei*» :

. ' Ainsi qn’on choisit nne rose . . .

J. Dans les guirlandes de Sarons,

■ ' \ Cboûissch nne vierge éelose ”». ' * Parmi las Us’ de, vos vallons : ' • '

Énivres-voùs de son haleine'.

Écartes ses tresses d’ébène,

* GoAtes les fruits de sa beauté,

é ' Vives", aimes, c’est la sagcue : ■ .

'■ Hors le plaisir et la tendresse ' -

^ Tout est mensonge et vanité. •

li ne dirait pas davantage.:

' ; O tombeau) VOUS êtes mou père;

, 4 . Kt je dis ^uif vers de la terre : ,

4 «. ^ Vpus êtes ii'ta mère et mes sséurs.

lâ 4 ' *RA(TOE. . , . ^

jX’avouerai-je? Esther, avec ses douceurs chômantes et ^ aimables peintures, Æ’i/Aer, moins ,

dramatique qu'Jthalie, et qui vise moins haut, me semble plus complète en soi', et ne, laisser 'rieii à désirer. Il est vrai que ce gracieux épisode de la Bible s’encadre entre deux événemens étranges, dont Racine se garde de dire un seul mot, à savofr, le somptueux festin tl’As- ^ silérus, qui dura cent quatre-vingts jours, et le massacre que firent le» Juifs de leurs ennemjs, et -qui dura. deux jours entieis,W là. prière formelle de la Juive Esther. A cela près, ou plutôt même à cause de l’omissi^ Ce délicieux

* poème , si parfait d’ensemble, si rempli de pu-

• deur.'de soupirs et d’onction pieüse, me s^ble le fruit le plus naturel qu’ait porté le génie de Racine. C’est l’épanchement le plus pu?, la

’ plainte la plus enchanteresse de cette âme ten- 'dfê qui ne savait assister à la prise d’h^iit d une novice sans se noyer dans les larmes , et dont madame de Maintenon écrivait : « Racine, qui -."veut pleurer, viendra â la profession' de la ft’sceur lalie. » Vers ce même temps, iFcom- ‘ , posa pour S^int-Cyr quatre cantiques spirituels qui sontiu nombre de^ ses plus beaux ouvra-.

RAapn£. 1^7

ges. Il' y en a deux d’après saint Paul, tjue Ra- ^ cioe traite comme il a déjà fait Tacite et la Bible, c’est-à-dire en l’enveloppant de ^suavité et de nombre, mais en l’affaiblissant quelquefois. Il est à regretter qu’il n’ait pas poussé phis loin ■ cette espèce de composition religieuse , et que, dans les huit dernières années qui sui-' .virent ^//laùe fil n’ait pas fini par jeter avec • originalité <j[uelquès-uns des^ntimens personnels, tendres, passionnés, fervens, que recédait son cœur, Certains passages des lettres à * son fils aîné, alors attaché à l’ambassade de Hollande, font l'éver une poésie intérieure et pé- •nétrante qu’il n’a épanchée nulle 'part, dont il a contenu en lui, durant des années, les délices incessamment' prètesà déborder, ou qu’il a seulement répandue dans la prière, aux pièrls de Dieu, avec les larmes dont il était plein. La poèsiç alors, qui faisait partie delà littérature , se distinguait tellement de la vie, que rien ne hunenait de l’une à l’autre ; que l’idée même ne venait (>as de les joindreV et qu’une fois consacré aux soins iloraestiqnès , aux senthnens de ^ père , aux devoirs de paroissien ,'on avait élevé , une muraille infranchissable entre les et

üoL Au reste, comme nul sentiment pi'ofuntln’est stérile en nous , il arrivait que cette prié- ^ i

sie rentrée et sans issue était dans la vie comme

tm partum secret qui se mêlait aux. moindres actions, aux moindres paroles, y transpirait par une voie insensible et leur communiquait l,une bonne odeur de tiiérite et dè vertu : c’esi •. le cas de Racine,' c’est l’effet que. nous cause aujourd’hui la lecture de ses lettrés à son fils,* déjü homme-et lancé dans le monde, lettres simples et paternelles, écrites au coin du feu, k côté de la mèrt;, au milieu des six autres en- x fans, empreintes à chaque ligne d’une tendresse grave et’ d’une douceur austère, et dûtes réprimandes sur le style, les conseils d’é- ‘ viter les répétitions de mots et les locutions dé la Gazette de Hollande., se mêlent naïvement • aux préceptes de’conduite et aux avertissemens chrétiens : « Vous avez eu quelque raisoij d’at- » dibuer l’heureux succès de votre vôyage,

» par un si mauvais temps, aux prières qnon a a faites pou^voiis. Je compte tes miennes

• pour rien; mais votre mère et vos petites » soeurs priaient tous les jours Dieu qu’il vou^

• préservât de tout accident, et on faisait la .

aAOUK.-

» uiéiuvchoücàPort-Koyal.«Kt plus Ins: «M. de

^ l^rcy m’a appris que vous (^tiez dans la

v (iazeUe de ^oUahde: si j,® l’avais su, je l’au''

», pis fait acheter pour la lire à vos petites soeurs

s qui vous croiraient devenu unhoiuraedocoiif

a séquerriCË. d On Voit que madame Racine soih

gquit toujours à sou fils absent, e% que’, cliaqfiu

fois qu’on servait quelque chose d’un peu bon

sui;' la table, elle ne pouvait s’eutpècher de dire:

^ Racme en aurait volontiers mangé. ■ Un àiiii

qui revenait de Hollande; M. de Bonnac, ap»*

porta à la famille des uouv.elli^ du fils chért>i

PD l’accabla de questions, et ses réponses ftM

rent toutes satisfaisantes :« Mais je n’ai osé ^

» écrit l’excellent père, lui demander si vous

B pensiez un' pou au bon Dieu, et j’ai eu peur

■ que. la réponse ne fût pas telle que je l’aiu^is

«souhaitée.* L’événement domestique' le plus'

^important des dernières années de Racine est

la profes^oiî que fit à Melun sa fille cadette^.

âgée de dix-huit aus; il parle à son fil^^detla.

cérémonie , et en raconte les détails à sa vieille * - «

tante, qui vivait toujours à PurtUtoyal } fl n’avait cessé de sangloter pendant tout l’office : ainsi, de coepr brisé, des trésors ^làunpqr.

170 RACINE

des effusions iiiexpriiiiabies s’échappaient par ces sanglots; c’était comme l’huile versée du vase de Marie. FéneJon lui écrivit exprès pour

le consoler. Avec cette facilité excessive aux

émotions, et cette sensibilité plus vive, plus inquiète de jour en jour, on explique l'effet raoitel quecausa à Racinele mot de Louis XIV, . et ce dernier coup qui le tua; mais il, était auparavant, ^et depuis long-temps, malade du mal de poésie : seulement, vers la fini cette prédisposition inconnue avait dégénéré en une sorte d’hydropisie lente qui dissolvait ses humeurs, et le livrait sans l’essort au moindre choc. Il mourut en 1699, dans sa soixantième année, vénéré et pleuré de tous, comblé de gloire, mais laissant, il faut le dii'C, une postérité littéraire peu virile, et bien intentionnée plutôt que capable : ce furent les Bollin, lesd’Olivet en critique , les Duché et les Campistron au théâtre , les Jean-Baptiste et les Racine fils dans le poème et dans l’ode. Depuis ce temps jusqu’au nôtre, et à travers toutes les variations de goût, la renommée de Racine a subsisté sans atteinte , et a constamment reçu des hommages {inanimés, justes au fond , et mérités en

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tant qu’hommages , bien que parfois très-peu intèlligens dans les motifs. Des critiques^ sans portée ont abusé du droit dé le citer pour modèle, et l’ont trop souvent proposé à l’imitation par ses qualités les plus inférietires; mais, pour qui sait le comprendre, il a suffisamment , dans son œuvre et dans sa vie, de quoi se faire à jamais admirèr cotnme grand poète, et chérir comme ami de cœur.

• Racine /ut dramatique sans tloute, mais îl le fut dans un genre qui l’était peu. Eii d’autres temps, en des temps comme les nôtres, où les proportion^ du drame doivent être si diffé- , çentes de cb qu’elles étaient alors, qd’aurait-U fait? Eût-il également tenté le 'théâtre? Son génie, naturellepiept recueilli- et' paisible , eut-il suffi à cette intensité d’action que ré- , clame notre curiosité •blasée}' à cette vérité ‘ ' , . réelle dans les mœurs et dans les caractères * qui 'devient indispensable après une époque de grande' révolution ; à cette philosophie supé- , . rieure qui doune à tout cela un -sens, et fait de l’action autre chose qu’un imbroglio , de

RAONE.

1« coureur historique autre chose' qu’un badi-^ geonage? Eiit-i]*étb de. force et d’humeur ii mener toutes ces parties- de front, à les maintenir en présence et en harmonie , à les uflir , il les enchaîner sous une forme indissoluble et Yîvante; à les fondre l’une dans l’autre au feu des passions ? N’eut-il pas trouvé plus simple et plus conforme 'à sa nature de i-etirer tout d’abord la passion du milieu de ces embarras étrangers dans lesquels elle aurait pu se perdre comme dans le sable, en s’y versant; de la faire rentrer en son lit pour n’en plus sortir, et de suivre, solitaire, le cours harmonieux de cette

grande et belle élégie , dont Esther Bérénice sont les plus limpides, les plus transparens réservoirs ? C’est là une délicate question, sur laquelle on ne peut exprimer que des conjectures; j’ai hasardé la' mienne; elle n’a rien d’irrévérent pour le génie de Racine. M. Êtiemie, dans son discours de réception à l’Académie , ■. déclare qu’il admire Molière bien* plus comme philosophe que comme poète. Je ne suis pas sur ce point de l’avis'de M. Étienne, et dans Molière la qualité de poète ne me parait inférieure à aucune autre ; mais je me garderai bien

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