PELISSON ET D'OLIVET
Ce serait véritablement un beau sujet à traiter que rhistoire hardiment conçue de TAcadémie française. Quelle que fût l'opinion à laquelle on appartiendrait, soit qu'on fût pour la règle, l'autorité et la tradition dans les lettres, soit, au contraire, qu'on adoptât le système de l'indépendance sans limites et de l'individualité à tous crins, il y aurait dans l'histoire de l'Académie, de cette institution d'un grand homme qui porta en toutes choses le sentiment d'un ordre impérieux, oui ! il y aurait un grand intérêt à exploiter. Mais il ne faudrait pas en faire un petit... Il y aurait,
1. Histoire de l'Académie française, avec une introduction, des éclaircissements et des notes, par Ch.-L. Livet {Pays, 3 novembre 1858).
dans un pareil ouvrage, un regard profond et détaillé à porter sur les travaux d'ensemble de cette corporation littéraire à qui on avait donné la langue à garder, et sur le mérite de chacun des esprits qui à toute époque la composèrent.
Et ce n'est pas tout. Il y aurait de plus encore le jugement à prononcer sur les diverses attitudes de l'Académie, sur ses influences, et aussi, car elle en a eu parfois, sur ses prétentions. Cadre heureux et tout fait d'une histoire officielle de la littérature, l'histoire de l'Académie française serait plus qu'une histoire. Elle devrait être de la critique en dernier ressort, appliquée intrépidement aux œuvres consacrées contre lesquelles l'inscription en faux, quand elle se prouve, peut toujours venir. Et, en effet, il n'est pas plus inviolable que l'autre, le Livre d'or de l'Académie, de cette aristocratie constituée des intelligences d'une époque ! Sur ses feuilles héraldiques il y a place pour la rature, quand on a la main assez juste et assez ferme pour l'y tracer.
Si Livet avait eu quelque généreuse initiative, telle est l'histoire de l'Académie qu'il nous eût donnée. Avant d'ouvrir les deux gros volumes qu'il publie (1), nous ne le connaissions pas ; mais c'est une bonne prévention, en faveur d'un homme, qu'une obscurité qui permet de tout supposer à une imagination bien-