Lévv
quand elles sont crevées! Or, celle d'Arsène Houssaye Ta été par le bec d'une plume qui n'a pas eu pour cela besoin d'appuyer.
Mais si nous ne revenons pas sur le mérite, historique ou littéraire, d'un livre qui ne peut plus être loué que par Janin, — et ddinsV Artiste, encore! — nous voulons, du moins, parler de son succès, s'il en a un, comme dit la musette, et l'expliquer par Voltaire lui-même, qui suffit tout seul pour l'expliquer.
Voltaire, en effet, suffît seul, — et ceci, entendezle bien ! n'est un éloge pour personne, ni pour ceux qui le vantent et marquent de son nom des livres que sans son nom on ne lirait pas, ni pour Voltaire lui-même, qu'on n'appelle que Boi aujourd'hui, et qu'on appellerait Dieu si Ton avait du cœur! Voltaire étant donné, avec tout ce qu'il est et tout ce que nous sommes, Voltaire, résumant à lui seul tant de choses vivantes qu'il a créées, que nous n'avons pas eu la force d'arracher de nous et de faire mourir, explique profondément les admirations qu'il excite, — ou plutôt il ne les explique pas. Nous y avons bien réfléchi, et cette réflexion nous effraye. Ce n'est pas, croyez-le ! quand on sait embrasser d'un trait Voltaire et le
XIX* siècle, que la grandeur de son succès étonne t mais, le croira-t-on ? malgré les livres idolâtres, le& livres écrits d'à genoux, la tête dans la poussière, ou dans la position d'Alberoni devant Vendôme, c'est la petitesse de ce succès !
Nous allons donc donner une leçon d'admiration à Arsène Houssaye. Il n'a pas assez loué son héros. Il n'a pas compris que son livre, qu'il croyait être une justice, une reconnaissance et à la fois tous les sentiments prosternés, n'était pas en proportion réelle avec cet homme d'ubiquité, cet homme qu'on retrouve partout et qui s'appelle Voltaire. Il n'a pas compris qu'à part même le talent de l'exécution il ratait une apothéose. Il croyait avoir beaucoup fait — lui,. le pipeau du xviii« siècle, — en s'improvisant une gravité inaccoutumée et en sacrant, sans rire, le roi Voltaire avec un vieux pot de pommade de la marquise de Pompadour. Eh bien, ce n'était point assez I Comme tous les écrivains actuels qui ont parlé avec enthousiasme de Voltaire (et ils sont nombreux), Houssaye n'a pas dit le mot suprême, l'éloge suprême, auquel strictement, pour ceux qui l'aiment. Voltaire a droit.
Qu'on le sache bien ! Il n'y a que deux manières de parler de Voltaire. Ou l'on est son ennemi, ou on ne l'est pas; et quand on ne l'est pas on est à lui san& réserve, sans honte et sans tiédeur ; car cet homme, qui a tant de camplices dans nos cœurs et dans no&
esprits, ne nous les prend pas à moitié. Positivement, il les possède. Or, s'il les possède, ce n'est plus Roi qu'il faut l'appeler : qui dit Roi des Esprits dit Dieu même; et alors on peut demander pourquoi donc ce Dieu des Esprits souille encore de ses restes une église chrétienne, et pourquoi ses adeptes et ses disciples, en cotisant leurs admirations et leurs œuvres, ne lui élèvent pas un monument?
C'est que ses disciples lui ressemblent, à ce poltron hardi; c'est que, s'ils osent beaucoup, ils n'osent pas tout encore; c'est que, s'il s'agissait par trop de lui, il s'agirait d'eux ! Successeurs de cet Alexandre spirituel du xviii' siècle, ils ne se sont guères partagé que sa perruque, entre tous, mais ils ont tous, sans l'avoir partagé, son genre de courage. Ne nous y trompons pas! les admirateurs de Voltaire ne sont, après tout, rien de plus que les exécuteurs de son testament de putréfaction, et c'est ce qu'il ne faut pas oublier quand ils parlent si haut de leurs admirations littéraires. Tartufes attendris, qui se contiennent encore au moment où ils se fâchent le plus, ils font des concessions moins à la pudeur qu'à la prudence, dans l'intérêt de leurs idées bien plus que dans celui de leur idole.
Pour eux, le voltairianisme, qu'il faut conserver et faire fleurir, importe bien plus que Voltaire! Sans le voltairianisme et la libr^e pensée, peut-être même les plus badauds parmi les admirateurs à fond de train du Roi Voltaire ne s'abuseraient pas complètement sur le compte de ce caméléon moral, âme desséchée, jalouse de gloire, qui cracha sur la figure de quiconque le suivit ou le précéda, et qui se serait pris en exécration s'il se fût rencontré sur son propre chemin lui-même; lâche pour tout braver, brave au milieu des lâches, grand dans les petites questions, petit dans les grandes; qui réduisit tout à rien pour être quelque chose, et qui grimpa, comme un écureuil, jusqu'à la gloire, en passant par tous les degrés du mépris I
Car tel il fut, Voltaire, cet homme qu'on nous vante, et, comme l'a prouvé un des critiques du livre de Houssaye, qu'on ne lit déjà plus, même pour le vanter. On n'en a pas besoin, du reste. Il est dans 1 air, il est dans le sang de la génération actuelle. Nous l'avons respiré, on ne sait à quelle heure de notre vie tant cette impression est profonde et vit profondément en nous. Lui, qu'il serait infâme de mettre aux mains de l'enfance, que toute femme
laissera tomber des siennes, et dont le vieillard à cheveux blancs rougira d'avoir eu le goût... autrefois, n'en a pas moins mis sur l'esprit du temps qui a suivi le sien une empreinte qu'une moitié de siècle, avec deux Bonaparte et un Joseph de Maistre, n'a pas pu encore effacerl Nous sommes tous plus ou moins marqués quelque part de son V honteux. Aujourd'hui plus que jamais, cet homme, dont on n'oserait peutêtre pas dresser et signer le symbole, on lui refait une domination par une admiration rampante et rusée.
Voltaire revient, dit-on; il sort de son tombeau! Le mot est inexact : Voltaire n'était pas mort; il n'a jamais été parti. Certes! il y a de bonnes raisons pour qu'il soit longtemps populaire. N'a-t-il pas rassemblé, ce Protée de l'Enfer, sous sa houlette diabolique, toute cette race de béliers à qui l'admiration de l'esprit fort sert d'esprit?... S'il ne plaisait qu'aux spirituels! Mais ce grand seigneur de lintelligence exerce, sur ceux qui n'en ont pas, la fascination qu'ont pour les révolutionnaires les grands seigneurs qui ont tralii leur cause et qui se sont donnés à la Révolution. Voltaire est particulièrement le séducteur des imbécilles, l'empoisonneur des gens malsains, et l'Esprit Saint de la canaille. Si les coquins ont un parti, il doit jurer par ce grand homme!
Et d'ailleurs soyons juste! il a créé la libre 2:>ensée, et voilà encore un troupeau. Ce joujou bruyant et dont on ne fait rien qu'un indécent usage, la libre
pensée, qu'on nous donne pour une philosophie et qui n'est le plus souvent qu'une lassitude anticipée d'une réflexion éteinte, la libre pensée, cette ennemie de la pensée vraie, qu'elle repousse parce que la pensée vraie oblige, comme la noblesse, et dont elle se débarrasse dans le sérail des sept péchés capitaux, voilà surtout l'œuvre' de Voltaire : Hœc facit olia Voltariusl On â beaucoup parlé, sur ce vieux thème que n'ont pas chanté les phraseurs, de l'activité imprimée par la philosophie à l'esprit humain; mais le caractère particulier de l'action et de l'influence de Voltaire, c'est précisément d'avoir, avec de la légèreté et de l'ironie, dispensé atout jamais l'esprit humain d'activité et de recherche.
Vous rappelez-vous le signor Pococuranle, dans l'afïreux roman de Candide?... Eh bien. Voltaire a inventé aussi le pococurantisme philosophique, et il l'a nommé la sagesse ! Véritable machine pneumatique, qui a fait le vide dans le cerveau de l'homme. Avant lui, on se moquait du scepticisme. Hume était presque ridicule. Après lui, le scepticisme fut respecté. La plaisanterie, la commode plaisanterie, qui ne répond à rien et qui rit, domina l'univers. Il n'y eut plus de questions dans ce monde; il les avait supprimées pour se dispenser de les résoudre. Quel bon débarras pour les sots!
Et les sots ont été bien reconnaissants! Ils ont été fidèles à la gloire de Voltaire. Ils ne Tont pas faite, mais ils l'ont soutenue. Ils ont le dos bon ; ils l'ont portée. Il y a bien dans l'arche de cette gloire, çà et là, quelques hommes d'esprit, pour les orner, aux encoignures, mais ceux qui en soutiennent le lourd entablement, ce sont vraiment les sotsi les sots, aux tètes dures et pressées I et c'est la meilleure raison de croire à la puissance actuelle et future de Voltaire. Il a les sots! Avec les corrompus de l'esprit, il a les innocents de la bêtise, — s'il y a, dans le monde de la chute, des imbécilles qui puissent se croire, en sûreté de conscience, parfaitement innocents!
Et c'est pour cela que sur cette question de Voltaire posée hier, posée aujourd'hui, et que, n'en doutez pas! on posera encore d'ici longtemps, les gens d'esprit, qui voient de plus haut que leur esprit même, doivent se montrer implacables, inexorables, in- Qexibles. Hélas! nous l'avons dit déjà : ils portent la flèche barbelée de cet homme au milieu du cœur, cette flèche dont on aime la blessure.
Eh bien, ils doivent se l'arracher!
Qu'on nous permette un dernier mot. Depuis quel-
que temps il est une tendance déplorable qui se précise parmi nous et qui prouve à quel point l'homme est lâche pour ce qui lui plaît. Les hommes qui sentent le mieux le mal, l'inépuisable mal que fait Voltaire, répugnent à le traiter comme il le mérite, ce roi des élégances empestées. Le cœur, non, mais l'esprit — l'esprit qui fait de si mauvaises choses quand il est seul! — leur défaille contre ce monstre défausse lumière, à qui rien n'a défailli contre Dieu, et qui fit oublier une fois dans toute sa vie au grand de Maistre, monté ce jour-là à la hauteur d'un courroux de prophète, que le mépris est la colère du gentilhomme.
Il va bien, son clapier! C'est-à-dire qu'il va trop ! Il croît, il multiplie, il fourmille et frétille. Chaque jour nous sommes envahis par des générations nouvelles de Jean-Jeannot, fils de Jean-Jacques. Mais ces enfants, perdus ou trouvés, d'un tel père n'en sont pas pour cela (qu'on nous passe le mot !) de plus fameux lapins ! Il y en a, dans ce clapier, de toute espèce, de tout poil et de toute catégorie. Voulez-vous seulement les compter?
D'abord, voici la grande portée des philosophes purs, des faiseurs de sociétés comme leur propre père, la portée pesante des Saint-Simon, des Charles
1. Jean-Jacques Rousseau et son clapier [Réveil, 14 août 1858).
Fourier, des Cabet, des Proudhon, des Pierre Leroux.
Puis celle des Sismondi, des Louis Blanc, des Blanqui, — l'affreuse ventrée des économistes, — et la non moins horrible des hommes politiques, des Ledru-Rollin et des Mazzini!
Enfin il y a la portée des vrais brouteurs de thym, la portée des artistes, comme George Sand, à laquelle il faut en ajouter une autre tardivement arrivée, tardivement aperçue, mais charmante, celle des philologues comme Renan, laquelle commence à dresser de si jolies oreilles en faisant sa cour à TAurore.
Tous, en effet, ces fourmillants et ces frétillants dans le champ de la pensée^ comme ils disent agréablement, procèdent de Jean-Jacques et en sont sortis. Ils n'existeraient pas sans Jean-Jacques. C'est lui qui leur a réellement donné leur place au soleil. Quels qu'ils soient, impuissants ou funestes, — et cela ne s'exclut point, hélas 1 au contraire ! ils l'ont bien prouvé! — ils sont tous les bâtards du génie de Jean- Jacques. Mais ceux-là, s'il avait pu les connaître, il n'eût pas voulu les étouffer I
Certes ! l'individualisme était dans le monde avant Jean-Jacques Rousseau, et cette poudre-là, il ne l'a
pas inventée. L'anarchie de l'orgueil humain se date du même jour que la chute. Dans ce monde chrétien qui l'avait dompté, une ^possession d'Etal avait été, bien avant Rousseau, octroyée à l'individualisme ; et c'est un autre homme que Rousseau, c'était Descartes, qui avait fait le coup, lorsqu'il avait mis dans sa philosophie le Cogilo, ergo siim : « Je pense, donc je suis », dont il répondra devant Dieu I Seulement, de même que celui qui achève un homme est plus coupable que celui qui a commencé de le frapper, Rousseau acheva le mal commencé par Descartes, et le Traité de la Mélhodeîut complété par le Contrat social. Descartes, ce Robinson de la pensée, qui fait le désert dans lïntelligence pour s'y retrouver, fut continué effroyablement, et jusqu'à l'absurdité, par un autre Robinson sans patrie, sans principes, — la patrie de l'esprit, — échoué à Paris chez les encyclopédistes, qui lui appliquèrent le droit d'aubaine et s'en firent une de ses écrits. Eh bien, c'est ce Contrat social qui est tout Rousseau et sa descendance! c'est ce Contrat^ l'emphythéose du xix^ siècle, hors duquel il n'y a de salut philosophique pour personne parmi ceux qui s'appellent de lalibre pensée, mais que nous appelons, nous, de la très servile; c'est ce Contrat social que nous demandons la permission d'analyser en quelques mots. On verra le peu qu'il faut de largeur à l'erreur pour tenir tant d'esprits sous son ombre.
Jean-Jacques, dans son Contrat social, commence par se moquer de l'histoire d'Adam, qu'il ose comparera Robinson lui-même. Voici ce texte ricaneur ; c'est le rire de Voltaire, avec des dents noires :
« Je n'ai rien dit du roi Adam, ni de l'empereur Noé, père des trois grands monarques qui se partagèrent l'univers, comme firent les enfants de Saturne, qu'on a cru reconnaître en eux. J'espère qu'on me saura gré de ma modération, car, descendant directement de l'un de ces princes, et peut-être de la branche ainée, que sais-je si, par la vérification des titres, je ne me trouverais pas le roi légitime du genre humain ? Quoi qu'il en soit, on ne peut disconvenir qu'Adam n'ait été souverain du monde, comme Robinson de son île, tant qu'il en fut le seul habitant ; et ce qu'il y avait de commode dans cet empire était que le monarque, assuré sur son trône, n'avait à craindre ni rébellions, ni guerre, ni conspirateurs. »
Telle est la froide bouffonnerie qui ouvre le Contrat social. A peine l'a-t-il risquée que le railleur d'Adam en invente dix mille d'une seule fois, après le refroidissement de la terre en fusion de Buffon, d'abord essayés, puis réussis. Dix mille Adams, ni plus ni
moins, nés où?... Sous les champignons ou dessus? Dans les forêts ou dans l'humus en fermentation ? Immergeant un beau matin, après combien d'années ! de la putréfaction et de la moisissure de la terre ? Ou encore sortant d'un œuf; — et l'œuf lui-même, d'où sort-il ?... Mais ceci est obscur ! passons.
Toujours est-il qu'une fois créés, ce fut un événement superbe! Ces dix mille Adams se donnèrent, spontanément, bien entendu, un rendez-vous commun, on ne sait quand (la date est restée supra-hisiorique et métaphysique, comme il convient à une bonne philosophie de l'histoire), on ne sait comment (car alors il n'y avait ni courriers ni télégraphie : on a mis quatre mille ans, dit Jean-Jeannot Fourier, l'aîné des fils de Jean-Jacques, pour inventer l'étrier), on ne sait où (le point est resté vague sur la mappemonde, et si ce fut partout, ce fut difficile à trouver), et enfin pouï'quoi? dans quel but?.,. N'avaient-ils pas l'autonomie ? Et tous et chacun de ces dix mille n'étaient-ils pas Fincarnation vivante de la justice, de la conscience et de la loi ?
Eh bien, passons encore ! Passons ! On les vit arriver sans boussole, sans route et sans itinéraire, mili-
tairement, à heure dite, polis et exacts comme des rois! De moyen connu de s'entendre, ils n'en avaient point. La langue n'était pas faite. Mais ils n'en tinrent pas moins leur première assemblée... préparatoire. Où était-ce? Sur la place publique? Ces messieurs étaient nus, sans vivres, sans logements, sans ménage, sans femmes (étaient-elles nées, et comment?), sans travaux ni chefs. Ils étaient les premiers des égalitaires. Or, en cette qualité, nul ne s'imposant, ils délibérèrent sur Tordre social qu'ils allaient faire, au scrutin... et dans un bonnet! Était-il phrygien, celui-là ? A cette première assemblée, fut-ce le doyen d'ége qui présida? Les secrétaires étaient-ils les plus jeunes? Où se trouve le procès-verbal de la séance? Montrez 1 C'est un monument. Il dut être beau !
N'oublions pas qu'il y eut aussi (préfiguration de l'avenir 1) la question préalable. Pour discuter, il fallut un règlement... D'abord, et pour discuter le règlement, il fallait une langue. Par où commencèrentils?... Nouvelle délibération impossible. S'ils commencèrent par la langue, il leur fallut un règlement pour commencer la discussion ; et s'ils commencèrent par le règlement, il leur fallut une langue pour en discuter les articles. Difficile de se tirer de là, et l'auteur du Contrat social ne s'en tire pas ; — il y reste !
Et vous figurez-vous le magnifique embrouillamini, comme dit M. Jourdain, qui suivit les dix jours de cette genèse grotesque? A côté et en comparaison,
Gulliver et les iMille et une nuits sont des monuments de haute évidence. A côlé et en comparaison, Gargantua est sage, don Quichotte raisonnable, le Roi de Bohème et ses sept châteaux^ de la lumière, et surtout de la réalité ! Mais passons toujours. L'assemblée devint permanente. Tous votèrent, et votèrent sans discontinuer. Il ne fut question ni d'enfants, ni de pères, ni de majeurs, ni de mineurs, ni de hiérarchie, ni de famille, mais de boules; et l'honneur, la vérité, la conscience, ce fut le scrutin. Inepte et incroyable roman que Rousseau eut le front d'opposer à l'histoire I C'est ainsi, nous dit-il, que la société débuta. Et on le crut, non parce que c'était clair, cet imbroglio d'impossibilités, cet entre-choquement de folies, mais parce que c'était insolent pour Moïse et nos livres saints! Et on le crut, dans cette race de gens d'esprit, depuis les philosophes qui croient à tout, excepté à l'Église, jusqu'aux gamins intellectuels qui ne croient à rien. Et pour prouver qu'on le croyait, on fit une révolution avec ses idées. Et le clapier de Rousseau, ce clapier qui vit et prospère, pense peutêtre à la recommencer !
De telles idées (comme il arrive toujours, du reste) n'étaient en Rousseau que le reflet de ses antécédents
et de ses mœurs. Dans riiomme le plus fort, et Rousseau était le plus faible, le génie n'est jamais que le vassal des mœurs. Et si sublime qu'il soit, ce génie, les mœurs ne manquent jamais de lui passer au cou ce collier de cuivre que Walter Scott met au cou de Gurth, le gardeur de pourceaux. Lumière biographique universelle ! Je conçois le mot lâche de Voltaire, qui disait : « La vie des hommes littéraires n'est que dans leurs écrits. » Il voulait y cacher la sienne. Mais il se trompait, s'il ne mentait pas ! Le talent réfléchit la vie, et il nous en renvoie toujours l'ignominie ou la noblesse. On sait ce qu'a été Rousseau. Son Contrai social fut un héritage de Genève. On a dit dernièrement qu'il ne s'appelait point Rousseau, mais Renou, et que, s'il épousa Thérèse ailleurs que devant le soleil de la forêt de Saint-Germain, c'est qu'elle l'y contraignit, la commère 1 Cet être d'origine indécise, qui vida ses petits (on dispute sur le nombre en disant qu'il se vante) dans le trou creusé par l'adorable saint Vincent de Paul, qui lui épargna l'assassinat ; cet ingrat monstrueux, qui glorifia Fingratitude et publia le Vicaire savoyard pour chasser et abolir saint Vincent de Paul, le dépositaire et le nourricier de ses enfants, dut vouloir bâtardiser l'humanité, et son Contrat social n'est que la tentative de l'orgueil malade et insensé, qui crée le monde à son image I Heureusement, saint Vincent de Paul, chassé,
en 1793, par l'école de Jean-Jacques, revint, quatre ans après, avec les enfants, catéchisés et communiants, légitimés devant Dieu par la foi, l'humilité et la pratique des vertus chrétiennes. Les petits du cynique, élevés honnêtement, balayèrent les ordures de leur père en 1804, au 2 décembre, et ses arrière-petits, à la même date providentielle, en 1851. On recommence à croire au testament d'Adam, qui est le vrai Contrat social du pouvoir, à la famille qui est le vrai Contrat social du père, des enfants, de la mère, et à l'ordre, qui est le vrai Contrat social des anciens de la famille, appelés en premier par la vocation, les études, le diplôme, et en second par le pouvoir, qui les fait officiers, évêques, magistrats !
Oui I on reprend la Tradition chrétienne ; mais le clapier... l'ignoble clapier vit cependant toujours.