‹ Critiques & études littéraires ou passé et présent (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · LA NOUVELLE ANNÉE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE ANNÉE

de l'exhibition du Louvre? Et qui sait si ce n*est pas cette année que la littérature, lasse de la tradition, cessera de se traîner de copies en copies, et se renouvelant avec tout le reste , trouvera Toriginalité en se rapprochant de la nature? Peut-être est-ce dans quelques jours que la France possédera son Walter Scott, non pas imitateur, mais rival de TÉcossais ! Est-ce à l'œuvre inopinée d'un écrivain inconnu que la France devra «ette gloire?...

Mais qui donc se chargera de régénérer notre théâtre? Sera-ce ce poète d'un talent si naïf et si beau, qui, novateur à son insu, vient, dans une comédie pathétique, de doter notre scène de la seule tragédie qu'elle comporte, tant qu'elle n'aura pas reçu la vraie tragédie historique? Sera-ce ce poète austère et simple qui dut à l'imitation de l'Odyssée son coup d'essai, à celle de Schiller son triomphe, et dont les amis nous promettent une œuvre originale sous un titre qu'immortalisa Corneille, dans un genre que Corneille ne connut pas? L'art du comédien ne suivra-t-il pas alors le progrès de celui du poète? Une diction expressive et raisonnable ne succèdera-4;-elle pas aux psalmodies d'une déclamation forcée, et le geste ne cessera-t-il pas d'être réglé par un maître de danse et non par la parole ? Il est temps, Talma n'a point quitté la scène, lui seul doit consommer peutêtre cette révolution qu'il a pressentie, et enseigner, par son exemple, comment le sentiment du beau relève la familiarité du vrai,..^ à moins toutefois que la nouvelle année ne soit appelée à produire l'artiste inspiré qui fondera l'école nouvelle? Mais quel sera son début? Sera-ce Tancrède OU le Déserteur , le Misanthrope ou Michel et Christine?,.,

vous qui^ tout Jeunes encore, pouvei vous soustraire au joug du passé , vous qui dans les affaires, dans les lettres, dans les arts, n'avez contracté rengagement d'aucune sujétion, gardez, gardez cette Indépendance précieuse; accueillez sans dédain toutes les traditions, étudiez toutes les conventions , mais jugez-les toutes , et ne relevez que de votre raison, ne datez que de votre Age. La servitude en tous g^ires se perpétue par Timitaticm ; soyez vous-mêmes,' jeunes Français, et vous dcnmerez l'exemple au lieu de le suivre. Soyez vous-mêmes; je sais les bienfUts du passé, il serait ingrat de les oublier; mais que ces biai&its ne vous enchatnent point an bienfedteur. Que l'étude vous serve à connaître la vâité de tous les temps, mais pour mieux distinguer cdle du vôtre, qui n'est la vérité d'aucune époque. Soyez vousmêmes, et vous serez sérieux sans pédanterie, gracieux sans frivolité, originaux sans bizarrerie : vos arts, vos mœurs , votre liberté , votre g^e , tout cela sera pur ensemble et nouveau. On vous dira que la carrière est fermée , ne le croyez pas ; l'infinie variété des choses bu* maines offre mille ressources à votre activité. Partout, en tous sens, sur tous les tons, vous pouvez reproduire les idées et les sentiments qui vous charment. Toutes les cordes de la lyre ne se brisent point à la fois, et quand elle ne retentit plus, c'est la faute du poète. Si les jours ik>nt mauvais, sachez souffrir sans vous soumettre , ne vous désolez pas, ne vous résignez pas, ne vous corromj^z pas. Un des vôtres * l'a dit : « La raison brave la » force, comme l'éternité ce qui passe» s

♦ M. Jouffroy.

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