LA NOUVELLE ANNÉE
casé, condamné, maudit. L'Europe couronnée a imaginé de prouver au genre humain qu'il avait tort d'être ce qu'il est; au temps, qu'il nedevait pas détruire; au présent, qu'il devait être le passé. Et l'on dirait que cette entreprise étrange commence à réussir ; on le dirait, si l'on en croyait la plainte étouffée des opprimés. Mais levez les yeux vers les trônes, la puissance pâlit sous le diadème, ses yeux inquiets se portent incessamment sur le sceptre , comme pour s'assurer qu'il n'a point quitté sa main... L'anxiété des vainqueurs est la consolation des vaincus*
Mais le terme de l'espoir, dois-tu l'atteindre, nouvelle année? Non, tu ne verras pas se dissiper les nuages qui enveloppent la tète hyperborée de l'autocrate européen 1 Tu ne verras pas Albion, secouant le joug d'une politique trentenaire, tandis qu'elle couvre l'Amérique de non trident, opposer au délire des cours le bon sens d'un marchand, appeler les peuples à l'imitation de ses lois, et, moins jalouse de sa constitution , la présenter au continent, non pas comme le terme, mais comme le point de départ de la liberté moderne. Tu ne verras pas l'Es-* pagne cesser de figurer en Europe comme un auto^da-fé de la religion du pouvoir absolu. Tu ne verras point la
France mais que dire? Que doit souhaiter un citoyen
à la France? Le présent ne le satisfait pas , mais le passé l'épouvante. Triste pays qui ne sait ce qu'il doit espérer 1 Oui, l'année ne sera qu'une continuation monotone de la dernière. Les gouvernements s'avanceront dans le chemin qu'ils ont choisi ; les nations qu'ils remorquent paraîtront remonter à leur suite le courant contre lequel ils luttent. Cependant, sous cette apparence d'uniformité, là division interne de la société s'aggravera; tandis que
la force et la ruse sembleront remporter, que Jupiter avec ses foudres et Scapin avec ses pièges tiendront rEm*ope en contrainte , les doctrines qu'ils redoutent se mûriront, les idées qu'ils combattent se propageront, les besoins moraux de Fespèce bumaine s'accroîtront par Fimpatience , les caractères se fortifieront par le mécontentement, et les croyances publiques acquerront ce je ne sais quoi d achevé que la persécution donne à la foi.
Mais si cette année ne compte point pour nos droits , qu'elle compte au moins pour nos plaisirs, détournons nos yeux des intérêts du genre bumain , pour ne plus regarder que ses amusements; quittons un moment le sérieux pour le frivole ; cessons de voir dans notre patrie cette France dont les doctrines ont soulevé le monde que ses drapeaux ont parcouru , n'y cbercbons que cette nation brillante et vide, qui n'impose à l'univers que ses modes, aussi mobile, aussi inconséquente dans sesi caprices que dans sa politique...
Quelle sera l'influence de l'an 1824 sur les modes de la France? Ici la prévoyance se perd dans les détails : que de chances offre l'infini appliqué aux petites choses I . . . Quelle sera la destinée des arts? Qui nous dira si, dans l'exposition prochaine des tableaux de l'école française, quelque artiste encore ignoré ne va pas, en l'enrichissant d'un chef-d'œuvre inattendu , lui imprimer une autre direction? Qui sait si une heureuse combinaison de l'art et de la mécanique ne va pas ouvrir à l'imitation quelque application nouvelle, séduisante pour les yeux? Qui osera dire si l'industrie n*est pas appelée à recevoir tout à coup de la science une nouvelle machine qui la change de face, et vieillisse en un moment les plus beaux produits