I .1 peu près, \1. Scribe est essentiellement Fran
: il ;i toujours su et il saura toujours disposer
pour les fils de Voltaire <•<• genre de féeries ration-
Qelles où !'■ bons sens grossier tempère la pointe de
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la fantaisie, cl où le petit fait merveilleux, suffisant pour aiguillonner la curiosité, trouve un moment après son explication satisfaisante pour l'esprit fort. Le bourgeois, qui a son âme et sa rêverie comme un autre, veut bien trembler cl tressaillir àdeshistoires de revenants, d'armures qui s'animent et d'aïeules descendues de leurs cadres ; mais il rentrerait cbez lui blessé dans sa dignité de contribuable, de chef d'établissement sévère mais juste, et de père de fainille, si le poète ne lui expliquait que le revenant n'est pas un revenant, et qu'une cause naturelle a produit les prodiges dont il s'est ému. Le moment où il peut relever s<>n faux col en disant : « Je le savais bien, je lavais prévu ! » le bourgeois le réclame impérieusement de M. Scribe, cl M. Scribe ne le lui a jamais refusé. De là, comme dit Henri Monnier, data leur liaison ! De là celte immortelle amitié qui a rapporté à ceux-ci le plaisir de verser tant de larmes et d'échanger tant de sourires ; à celui-là le plaisir de gagner un million et demi, sans compter tous les ordres de l'Europe el le cordon de commandeur de la Légion d'honneur.
l5 janvier i85 l
Quel autre que George Sand trouverait le secret de ce style élégant, harmonieux et rusé, à la fois maniéré et naïf qu'elle a si spirituellement donné
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pour langage à des paysans de fantaisie plus vrais mie la vérité ? Elle a retrouvé où il est, dans Virgile el dans Théocrite, le grand art de l'idylle antique, el comme eux, elle nous montre, animée par de liants groupes, la molle Arcadie et ses verdures, le moissonneur dormant de fatigue au soleil de midi, la laveuse à mi-jambe dans la rivière, et le soir, au son des chalumeaux légers, sur l'herbe où sont jetées négligemment les outres pleines, sur l'herbe jonchée de Heurs, les courses, les jeux folâtres, les danses légères ! Ainsi elle ressuscite ce monde heureux, que nous avons tant aimé, et si parfois, à l'imitation de Ronsard, elle a le caprice d'appeler sa Galathée Margot et son Daphnis ïoinon, ne craignez rien, nous ne sommes pas pour cela en Berry ni en Nivernais, mais bien en plein vallon du Tempe ! Voyez au fond des antres touffus le Sylvain poursuivre la nymphe au sein rougissant, et passer en se jetant des strophes alternées Ménalque, Pbilis, Palémon, tout le peuple heureux de ces retraites pleines de murmures !
Mais, me dira-ton, la campagne de George Sand n'est donc pas la vraie campagne, ses paysans ne sonl donc pas de vrais paysans ? Aussi vrais, au contraire, que ces bergers égarés par Watteau dans les grands paysages arrosés par des fontaines, aussi vrais que ces dessus de porte où Boucher et Lancret onl fait épanouir les caprices lumineux de leurs fantaisies. Cette campagne est bien la vraie campagne,
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puisqu'elle est pleine d'air et de soleil, et ces personnages sont bien vivants, puisqu'ils ont l'animation et le sourire de la vie. Et depuis quand demandet-on autre chose au génie que de donner le mouve ment humain aux figures idéales qu'il a rêvées ! Dans ces drames élégiaques de George Sand, on entend murmurer la source furtive, on voit trembler sous le vent les verts peupliers, le berger chante sa chanson monotone en passant le long des traînes. Parmi cette nature luxuriante, elle mêle des hommes et des femmes qui parlent, vivent et agissent comme nous, sauf un petit patois à l'eau de rose quiestune coquetterie de plus. Je ne leur demanderai pas leur extrait de naissance pour savoir s'ils sont très bien réellement métayers et laboureurs ; ils existent aussi bien qu'Eglé et Sylvandre, il ne me faut rien de plus !
2 novembre 1802
Si Iïégésippe Moreau fût né Juif, il serait aujourd'hui vivant, riche à millions, membre de l'Académie française et commandeur de la Légion d'honneur ... Mais il a couché, la moitié de sa vie, dans les bateaux à charbon, et ses poésies lui ont rapporté, en bloc, deux cents francs,
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\lbcrl Glatigny. Je n'éprouve aucun embarras, que dis je, je sens un plaisir intime et profond à parler ici de ce poète dont le nom a été souvent rapproché du mien par les plus envieux de mes ennemis l. On a insinué, comiquement et par raillerie, qu'Albert Glatigny était /non élève-, comme si cela m1 pouvait! Car Paganini et Sivori ont des élèves, mais les poètes non ont pas, et s'ils se passent de main en main le (lambeau sacré, s'ils s'inspirent pieusement de leurs devanciers pour continuer, sans qu'elle se brise jamais, la chaîne d'or de la tradition, ils savent très bien que leur art ne peuts'enseignér dans le sens absolu et littéral du mot. Il est très vrai qu'enfant alors et pauvre comédien errant, \ llx'i I Glatigny rencontra à Alençon l'éditeur Malassis, qui lui donna quelques volumes de vers récemment publiés. Parmi ces livres éphémères se trouvail celui qui contient mes essais poétiques, et
t < n les lisant que le poète des Vignes Folles et Flèches dor sentit le premier éveil de sa vocation. J'ai été pour lui ce hasard, cette occasion offerte qui nous révèle à nous-mêmes et nous permet de nous connaître, assurément, j'ai rempli là un rolc lui init ci loul fatal ; j'en suis fier pourtant ou
i- Ecrit ■' propoî de !;i publication des l<'lrrllt>s d'or,