GAVA KM 12J
tendait jusqu'à la rivière. Gavarni, dès qu'il s'agis
sait d'art, retrouvait toute l'ardeur de sa jeunesse, et ses veux presque éteints s'emplissaient de flammes ; longtemps il contempla effaré, admirant jusqu'à l'ivresse les images de ces femmes sveltcs, ingénues, impérieuses, ployant ou relevant leurs cous gracieux comme ceux' des cygnes, montrant leurs petites mains dignes du sceptre, et traînant après elles avec le plus inconscient dédain les flots de soie et de velours où resplendissaient les flamboiements capricieux de la lumière. Il passait d'une épreuve à une autre, restant sur chacune pendant de longues minutes, revenant et revenant encore à celle qu'il avait abandonnée, expliquant, racontant, grâce à sa merveilleuse intuition, chaque femme dont tour à tour il tenait le portrait, comme eût fait l'auteur de la Comédie humaine, devinant bien, dès l'abord, à la perfection inouïe des modèles, que c'étaient là non pas des princesses réelles, mais des filles de portières et des marchandes de pommes du quai de la Râpée, choisies par l'impartiale nature pour proclamer sa gloire qui se rit de nos fictions ; mais surtout il restait stupéfait devant la pureté inouïe et le style grandiose de ces images. Quoi ! s'écriait-il avec épouvante, comme atteint en plein cœur, et profondément découragé, la photographie, une mécanique, peut faire cela !
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Décembre 1880
Je feuillette le merveilleux livre de lithographies deGavarni que Calmann-Lévy vient de réunir sous ce beau tilrc : la Mascarade humaine, et je ne me Ia>se pas d'admirer la série que le grand artiste a baptisée Histoire de politiquer. Oh ! ces bourgeois, bohèmes, ces déguenillés prodiguant les millions, ces naturels d'Asnières prenant à partie l'Angleterre ou la Hongrie, ces femmes, ces fillettes, ces gamins, ces passants, avec quelle imperturbable conviction ils adressent au vent des paroles qui ne sont que du bruit dans l'air, et rien de plus !
. . . Après avoir regardé ces images qui pourraient se passer de légendes, relevez ces légendes qui pourraient se passer d'images, et dites si le grand comique n'y a pas enfermé toute la science, tout le génie et tout le répertoire des diseurs de riens !
l3 octobre 1869
lai touchanl de son doigtglacé le front de Sainte- Beuve, la mort a soudainement rendu à son visage, désolée! Qétri par de si longues souffrances, le calme harmonieux et les belles lignes de la jeunesse ; et cette transfiguration ne s'effacera pas du souvenir