‹ CritiquesChapitre 41 sur 99 · WAGNER I · texte numérisé non relu

WAGNER I

plume de Balzac ! De même que Rousseau, il copiait de la musique pour vivre ; mais (ce que Rousseau ne fit jamais), ô comble de misère ! il arrangeait pour deux cornets à piston... la Favorite ! Il fut aussi chef des chœurs au théâtre des A ariétés. Un jour on le pria, sachant qu'il composait, de faire un chœur pour je ne sais quel vaudeville ; il le fit, et naturellement fut congédié. Tout grand homme a été condamné par le sort à filer le chanvre d'une quenouille et à tourner la roue du moulin. Mais la roue que tournait Wagner était bien dure, et sa quenpuille était diablement embrouillée !

C'est alors, c'est au milieu de ses obscurs et pénibles combats, que séduit, il l'avoue lui-même, parla gloire des Meyerbeer, des Spontini, desHalévy, des Auber, il composa Rienzi, en vue de la scène française. Bien entendu, cette pièce ne fut pas reçue à l'Opéra (on sait comment Meyerbeer y fut admis pour la première fois), mais on prétend qu'une faillite seule l'empêcha d'être représentée à la Renaissance, où, dit-on. elle avait été mise en répétition. Nous n'avons à cet égard aucune certitude, mais il n'y a rien d'impossible. Le théâtre de la Renaissance était bien un théâtre assez fou pour cela : il avait joué Ruy-Blas et il jouait des chefs-d'œuvre aussi souvent qu'il en pouvait trouver. Toutefois l'heure n'avait pas sonné encore ; Rienzi devait attendre trente ans avant de paraître au soleil de la rampe, et l'homme qui devait opérer ce miracle était, dans ce temps-là, bien jeune encore, car c'est

à M. Pasdeloup qu'était réservé cet excès d'honneur — ou cette indignité.

Le point sur lequel s'entendent les admirateurs et les adversaires de Richard Wagner et Richard \\ agner lui-même, c'est que, composé sur le modèle des opéras existants, Rienzi ne répond pas entièrement aux théories actuelles du maître, qui, depuis longtemps déjà, a renoncé à diviser ses opéras en cavatines, duos et terzettos, voulant qu'une mélodie continue, naissant, vivant et se terminant avec l'action qu'elle embrasse et qu'elle étreint, fût l'âme même du poème, tantôt luttant, opprimée, désespérée, triomphante, mais ne cessant jamais d'être une et de nous maintenir dans l'atmosphère idéale où le poète nous a emportés avec lui, tant ses diverses parties, reliées entre elles par des transitions habiles, doivent former un seul corps, une puissante et merveilleuse unité. La mélodie, c'est toute la musique de Wagner, qui a pu dire justement en parlant de ses contradicteurs : « Ils puisent leur idée de la mélodie dans des œuvres où se rencontrent, à côté de la mélodie, des passages sans mélodie aucune, el qui servent avant tout à mettre la mélodie telle qu'ils l'entendent dans le jour qui leur est si cher. »

Là est toute la question, et la révolution tentée par Richard Wagner, loin d'être aussi bizarre qu'on l'a pensé, n'est même pas bizarre du tout. Dans l'idée aristocratique italienne, et que nous avons adoptée d'après l'Italie, un opéra est une série d'airs

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