‹ CritiquesChapitre 40 sur 99 · WAGNER I · texte numérisé non relu

WAGNER I

la moitié de l'ouverture que la cause était gagnée déjà. Il paraîtrait donc que, sans renier aucun des dieux de la musique, nous pouvons admettre un musicien encore, et le temps n'est pas loin peutêtre où nous goûterons à notre tour les jouissances infinies que nos voisins ont éprouvées en entendant Tristan et Yseult et Lohengrin. Si jamais, en effet, Wagner est naturalisé chez nous et avec lui la tétralogie entière qu'il intitula Y Anneau des Niebelung, c'est bien à M. Pasdeloup qu'il faudra attribuer ce résultat qu'il poursuit avec une ardeur, avec une obstination, avec un désintéressement que rien n'égale. En tout ce qui touche le succès et la vulgarisation en France des œuvres de Richard W agner, on a raison de le mettre en cause, et, personnellement, nous n'y manquerons pas.

Le reproche le plus important, le plus sérieux, le plus décisif qu'on adresse au fondateur des « concerts populaires » me parait être celui-ci : qu'il se voue à mettre en lumière l'œuvre d'un compositeur étranger, avec un empressement qu'il devrait réserver pour des compositeurs français.

Si Gluck, Mozart, Sponlini, Rcssini, Meyerbeer, Verdi et le spirituel fantaisiste à qui nous devons la Belle Hélène étaient des Parisiens, nés en pleine Ilede-France, l'objection nous paraîtrait avoir plus de \aleur qu'elle n'en a. On nous dira sans doute que ceux qui ont écrit Don Juan, Guillaume Tell, Robert le Diable, Rigolello, ont conquis la qualité de Français et qu'ils ont été naturalisés parle succès

même ; rien n'est plus juste assurément ; mais pourquoi n'en serait-il pas de même de celui qui a écrit Tristan et Yseult et Lohengrin ?

Et, d'ailleurs, entrons mieux dans le vif des choses ! En travaillant à la gloire de la Musique, M. Pasdeloup aura travaillé en même temps pour tous les musiciens, français ou autres, car en réalité Rossini et Meyerbeer, Wagner et Gounod sont des concitoyens, et n'ont qu'une seule et même patrie qui se nomme : la Musique ! Et s'il s'agit des jeunes compositeurs, de ces victimes si durement sacrifiées qui attendent pendant vingt ans et plus, avec désespoir, avec rage, avec tous les désenchantements de la lutte stérile, le droit de prouver qu'ils existent, M. Pasdeloup ne leur donne-t-il pas le meilleur gage d'alliance en leur démontrant par des faits palpables qu'il est du côté de la foi et du mérite, et non pas du côté du succès et des gros bataillons ?

Le succès de Rienzl, en effet, n'est-il pas rassurant pour tous, puisqu'il est déjà une revanche prise par le génie contre la misère?

C'est à Paris que Wagner a écrit le poème et la partition de Rienzi, il y a trente ans, et Wagner était bien nn Parisien déjà, car il n'y a rien de plus Parisien, à Paris, que les Parisiens misérables, usant leur» dents sur d'invraisemblables beefsteaks, plus durs que le marbre dans lequel on leur taillera plus tard des statues, s'ils réussissent ! Or, il était, lui, dans iiiif; détresse dont la profondeur eût tenté la

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