MACBETH
revoit Macbeth avec ses mains sanglantes, aAecde la chair aux oncles, lady Macbeth, la grande Euménide des bruyères, voluptueusement livrée aux baisers féroces du Crime et de la Folie ? Tel drame contemporain, dont le tort le plus grave fut de n'avoir pas porté l'habit noir et le stick, était; disaiton. emprunté à une époque barbare et fabuleuse, par conséquent ne pouvait nous émouvoir. Et Macbeth ! Quand il n'y a plus là un auteur vivant à contester ou à nier, est-il assez facile de voir quelle grandeur ajoutent à un drame vraiment humain ces âges héroïques et grossiers où l'amour de la couronne et de la pourpre, où la soif du meurtre ont la brutalité d'un appétit; où l'homme, comme le tigre des jungles, jouit de déchirer lui-même sa proie ; où l'honneur et la loyauté fidèle sont des vertus héréditaires sucées * avec le sang ; où, dans la nature encore mal soumise, les démons, que chassera plus tard notre génie, complotent dans la bruine et sont encore mêlés à la vie des forêts et des chênes. Jouets de l'ignorance elles-mêmes, les sorcières du carrefour, agitant leur infâme ragoût de crapauds et de vipères, évoquent devant l'homme ignorant l'avenir incertain, le meurtre, les spectres des rois; une fatalité plus terrible que le destin antique, la sombre fatalité du moyen âge, enveloppe tout ce monde et l'étreint. Vaillant de corps seulement, esprit non encore affranchi, le guerrier ne peut échappe* à cette nature OÙ la haine règne encore, où renier lient autant <l<" place que Dieu, et où les morts, mal
gardés |>ar la tombe, ont le droit d'errer en montrant leur blessure ouverte.
Alors, comme toujours, la femme est déjà supérieure à l'homme, mais la charité n'est pas encore entrée dans sa blanche poitrine ; héroïne, elle n'a pas encofe posé sur le front du serpent sa chaussure victorieuse ; elle ne voit que les biens visibles, l'or, la pourpre, la domination. En vain elle a reçu la force des anges, son cœur est habité par la révolte, et elle chancelle sous l'implacable ivresse du trône.
Conseillé parla caverne qui parle, guidé parla nuée gonflée d'orages, affolé par le mirage incertain de l'avenir, il va, ce couple aux mains rougies, vers le meurtre, vers la folie, vers les horreurs de la mort désespérée, jusqu'à ce que la foret elle-même se lève pour l'accabler et pour le faire rentrer dans le néant jaloux. Le plus cruel éperon du crime, l'amour mortel, celui qui est non pas l'union des âmes jusque par delà la \ ie céleste, mais la complicité de la chair pour violenlerlebonheur humain, adéposédansleurs veines le détestable germe de la mort future. Elle, intrépide et forte jusqu'à ce que son cœur se brise, lui, brave soldat, faible esprit incapable de secouer le joug des démons, mais craintif devant l'assassinat et timide partout ailleurs que sur le champ de bataille, ils sonl tels que Je veut la tragédie, qui a besoin de montrer l'homme opprimé et vaincu dans sa lutte héroïque. Le jour où il aura triomphé de ses dernier- ennemis et où de nouveau il entendra distinctement la parole de Dieu, il ne sera plus bon pour