OTHELLO
Deliodencq, dont les grandes pages orientales ne le cèdent en rien aux œuvres les plus accomplies de Delacroix. En cette œuvre merveilleuse, qui est un poème vivant et visible, Boabdil, abandonnant à jamais Grenade, se retourne une dernière fois, le regard noyé dans l'azur, vers cette ville des enchantements, des myrtes en fleurs et des lauriers-roses où le Darro charrie de l'or ! Immobile sur son chc val fauve, dans une pose qui laisse voir levés vers le ciel, avec l'expression du renoncement effroyable et suprême, ses traits longs, saillants, d'une pureté héroïque, el rey chico pousse ce gémissement surhumain, suspiro del Moro, qui a baptisé un rocher de la Sierra d'Elvire. Tandis qu'il exhale ce dernier sanglot en face de l'horizon bleu et des longues montagnes zébrées de neige, un nègre, 7ioir comme la nuit, aux reflets bleus, aux gros traits de brute dévouée, tient le cheval du roi, et sans comprendre la douleur de son maître, semble s'y conformer, ni plus ni moins intelligemment que ne le faisaient les chevaux d'Hippolyte ! — Ce nègre à la bonne face bestiale, Desdémona aurait pu se servir de sa main comme d'un marchepied pour monter on gondole ; mais regardez l'autre, le soldat, le poète, l'exilé qui si noblement et insoucieux mm l porte ses riches parures et dont le glorieux visage est non pas brûlé, mais doré par le fauve baiser du soleil, voilà celui que la noble fille de Brabantio a pu aimer éperdument poursa bravoure cl pour le récit de ses douleurs souffert
:>o'| PERSONNAGES
6 septembre 1869
Arlequin ! c'est-à-dire la grâce du chat familier, le ruissellement des paillettes dans la lumière, et cette bonne tête noire de carlin, sous le feutre voltigeant comme un papillon ! Arlequin, ce rêve d'agïlité, de tendresse et de folie que Watteau penchait au bord de ses fontaines aux urnes murmurantes, dans ses grands parcs silencieux dont les vastes et clairs ombrages ensoleillés frissonnent comme des chevelures ! Mais, ô maître, qui dans ta divine féerie mêlas les masques du théâtre aux enchantements des paysages, comprenant bien que tu avais ainsi créé le seul paradis qui soit à la portée de l'homme, lerianl démon aux mille couleurs que ton génie a transfiguré ne pourrait plus, à présent, parier la langue naïve d' \rlequin notaire maltraité, d'Arlequin persécuté par la Dame invisible, d'Arlequin valet étourdi et dévaliseur de maison, d'Arlequin gentilhomme, supposé duelliste malgré lui, d'Arlequin voleur* prévôt et juge, d'Arlequin cru prince par magie, d'Arlequin compétiteur de Lélio. maître distrait, «I i rlequin tuteur ignorant et maître (F armes et d\ \rlequin persécuté par le « basilisco del Berhagasso »-' el même le langage idéal, délicieusement tendre et t""1 espril de Marivaux ne nous suffit plus sur ses lèvres, .1 nous qui l'avons connu près des Colombines aux longues robes de salin, simples el sévères,