‹ CritiquesChapitre 49 sur 99 · ROBERT MAC AIRE 2O · texte numérisé non relu

ROBERT MAC AIRE 2O

dans les bocages amoureux où résonnent les guitares! C'est pourquoi le grand poète Théophile Gautier le jugea digne de parler en vers éblouissants comme son habit de saphir, de topaze et d'écarlate, et pailletés de rimes d'or; et maintenant nul rimeur n'oserait renvoyer au bagne de la prose, l'étinçelant bouffon de la comédie souriant de sa bouche noire sur laquelle les folles rimes romantiques voltigent harmonieusement comme un tourbillon d'abeilles.. .

27 décembre 1869

Quand Frédérick-Lemaître créa le rôle de Robert Macaire ', — il y a quarante-six ans de cela ! — et lorsque sans savoir lui-même ce que contenait son Quoi qu'on die, plus gros d'événements qu'il ne pouvait le deviner, il résolut de bafouer l'Epouvante elle-même,

Déjà, balbutiant sa chanson conquérante,

Sous mil huit cent vingt-trois perçait mil huit cent trente,

Et de l'Enfant prodige alors par maint endroit

Le front du grand Hugo brisait le masque étroit.

Le poète du dix-neuvième siècle avait publié ses premières odes ; on n'y pouvait certes pressentir ni

1. Ecrit à propos d'une reprise de VAuberrje des Adrets à l'Ambigu. Tbéodore de Banville dira plus tard dans ses soi \i surs : * L'Auberge des Adrets, telle que la transfigura la puisante imagination de Frederick, devint le premier drame romantique. »

les Orientales, ni les Rayons et les Ombres, ni surtout llernani, on ne savait pas ce qui allait venir, mais ce qu'on savait bien, c'est qu'on avait assez de [a a ieillo poésie et de la vieille friperie tragique, des Il rtaxerce et des faux Stnerdis, et même du mélodrame pompeux de Lamartillière, de Corsse et de Guvelier, comme les Francs-Juges* Dago ou les Mendiants d'Espagne et Hariadan Barberousse. Acteur du boulevard, c'est cette forme du passé que baissait particulièrement Frederick. Il sentait, comme tout le monde alors, le besoin impérieux de revenir à la vérité et à la nature, et il lui parut que le premier obstacle à briser et à écarter, c'était ce drame ampoulé, redondant et monté sur des écriasses qui était un frère bâtard de la tragédie.

Le futur créateur de RuyBlas avait alors vingttrois ans ; il était jeune comme la jeunesse même, beaucomme un dieu, intrépide : il avait tous les rêves cl toutes les audaces ! Gomme il conspirait à part lui l'assassinat du vieux théâtre, l'occasion se présenta à souhait ; on lui donna à créer le rôle d'un scélérat échappé du bagne, dans un drame si noir que l'excès même de l'horreur y devait faire sourire. Frederick résolul de prendre les devants et de faire lui même de Robi il Macaire un assassin bouffon, un tueur d'hommes fashionable, un Scapin portant, au lieu de la ras;i<|u<' napolitaine, des haillons prétentieux, tachés de §ang. Devina t il lui-même qu'il allait donner la vie à l'un des trois seuls types comiques destinés à naître pendant le dix-neuvième siècle, qui,

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