‹ CritiquesChapitre 6 sur 99 · PREFACE XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE XXVII

qu ils lui ont pris. Il suffirait pour cela de les lire avec de bons yeux, sans la myopie Je l'actualité. On saurait alors ce qu'il en reste.

Maintenant nous voulons leur arracher un p >ète, retenir sa prose d'art emportée dans le reflux des laits divers et des événements politiques. Désireux de rendre à Théodore de Banville sa physionomie de chroniqueur des théâtres, nous avons dû le suivre dans sa vie collective, dans son métier, dans ses « soirées ». dans ses « salons », dans ses préfaces.

On aurait pu certainement trouver d'autres consultations dans les comptes rendus qui ont lait l'objet de notre étude. Le choix auquel nous nous sommes arrêté n'est qu'un essai de critique et de synthèse dont nous accusons à dessein l'intention, car il y aurait intérêt, croyonsnous, à appliquer la même méthode de citations rapprochées à d'autres feuilletons significatifs, à ceux de Théophile Gautier , par exemple. Alors on comprendrait mieux la marche littéraire du siècle dernier, orienté surtout vers le journal, le roman et le théâtre, par opposition, à d'autres genres, et réalisant ainsi sa démocratie.

Quoi qu'il en soit de notre idée, de sa valeur el de son succès, voici le livre où s'inscrit, tel qu'il nous apparut, Théodore de Banville cri-

\\\lll PREFACE

tique. En ceqnel'œuvre ainsi composée a d'arbitraire, ses défauts seront ceux de notre méthode et de notre goût personnel, ses mérites ceux du sujet, son excellence celle du poète.

Alger, décembre 1913.

Victor Barrucand

Ge livre était sous presse; il allait paraître quand la guerre éclata. A ce moment, nous avons cru qu'il convenait d'en différer la publication jusqu'à la victoire militaire ; mais la lutte se prolongeant dans des conditions de résistance qui ne sont plus seulement celles des armes, il nous a paru, au cours de la troisième année des hostilités et des mobilisations de toutes sortes, (pie l'étincelle d'une si vive imagination Française ajouterait au rayonnement du foyer que nous défendons, et qu'on retrouverait dans l<s critiques de Théodore de Banville, notamment dans ses réflexions sur le Théâtre et la Guerre, le fort et juste esprit de la Sagesse armée qui protège le champ des vivants et des morts.

FEUILLETONS

tfelTIQLES

26 septembre 18^9

On ne voit guère qu'en province des assemblées pareilles à celles d'hier, composées exclusivement de gens du monde *.

Disons-le en passant, aucun public habituel des théâtres de Paris ne peut être comparé à ce public terrible. Pour émouvoir ces gens froids, blasés, ennuyés, habiles à contenir leurs sensations, rompus à tous les mensonges des salons, combien de luttes réunies, dans toutes lesquelles il faut triompher à la fois ! Non pas qu'individuellement, peutêtre, les gens du monde soient moins accessibles que les autres aux chefs-d'œuvre des arts ; mais réunis ils deviennent implacables, parce qu'ils ont honte de leur émotion, de leurs sourires et surtout de leurs larmes. Il faut leur plaire et les émouvoir malgré eux ; bien plus, il faut leur ressembler pour être compris et admis par eux ; il faut les attaquer avec leurs propres armes, la distinction et l'élégance, la finesse délicate et enjouée, ces qualités qu'il est si difficile d'unir réellement à la passion dramatique

1. Ecrit à propos de la représentation donnée sur le théâtre de Saint-Gloud au bénéfice des pauvres de Paris.

,', FEUILLETONS

, t de mettre au diapason du théâtre sans les exagérer et les idéaliser. Que ne faut-il pas enfin ? Combien peu d'artistes ont su trouver en eux cette puissance dt sympathie qui s'impose et force la sympathie du public aristocratique!

\ notre époque, il n'y a guère eu, en fait de poètes, que lord Byron, M. de Lamartine et M Ufred de .Musset qui aient eu ce don et ce rare privilège : en fait de comédiens, je ne connais que M r Mars. Frederick Lemaître, Kean, Macready et M11, Faucit.

En effet, arriver à dominer des cœurs maîtres d'eux mêmes, c'est plutôt impossible que difficile, el l'audace seule de chercher un pareil triomphe l»i nme déjà une grande volonté et une grande bravoure. La soirée d'hier, où M1'0 Judith a obtenu dans de pareilles conditions unsuccès sans exemple, comptera certainement dans la vie dramatique de cette artiste. Couronnée par une réussite inouïe et inespérée devant des personnes illustres et des artistes lite,la tentative de Milc Judith impose de grandes obligations à la Comédie-Française.

Comment raconter cette étrange soirée, moitié

glacée 't brûlante, et donner une idée de la façon

■Ion! ('Me foule a pa^é delà froideur à l'enthou-

iii' .' Jamais, assurément, je n'assisterai à un

plu- étrange spectacle.

Quand le rideau s'est levé pour le Caprice, j'ai epi cette horrible gêne, ce serrement de cœur

que nous ressentons inévitablement au moment

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