‹ CritiquesChapitre 67 sur 99 · O \ UR15E · texte numérisé non relu

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acteurs prononçaient des mots intelligibles, quelle désillusion! Nous nous étonnons alors d'entendre le héros Kadamès (d'Aïda) parler comme un berger de VAstrée, et mêler l'effrayante Isis à de langoureuses romances.

8 novembre 1880

Chant. — La langue des vers, telle que Racine l'a comprise et telle que nous la comprenons après lui, est un chant ; elle ne saurait donc être coupée par des hoquets et des sanglots réels, puisque ces éclats de la douleur ou de la violence sont exprimés dans les vers par des mots qui en sont la transformation poétique.

3l juillet l85o

Fugue. — Je ne passerai pas ici en revue tout ce qu'on a dit contre l'étude du contrepoint et de la fugue. Ces longs travaux, ces discours interminables. ces éloquentes philippiques se résument à l'éternelle objection faite par certains esprits forts contre l'étude du grec et du latin : il vaudrait mieux apprendre un bon métier — menuisier ou maçon.

Assurément, si une loi inexorable contraignait tout enfant de douze ans à étudier exclusivement la fugue, ce serait le cas ou jamais de chanter que « les tyrans sont des ennemis ».

Mais je crois pouvoir affirmer qu'aucun article de la Constitution n'autorise M. Auber à enlever violemment aux éludes de maçonnerie et de menuiserie, par un moyen analogue à la « presse » des matelots anglais, les jeunes adultes qui désirent ne point étudier la fugue. L'étudient ceux-là qui le veu lent bien, et. s'il faut admettre cette opinion extrême que la fugue sert médiocrement aux compositeurs $ assurément leur est elle moins nuisible qu'un œil de moins ou une jambe cassée. La science n'est rien, j'en demeure d'accord, et la connaissance des règles ne sert qu'à savoir s'en affranchir ; mais encore, pour sortir des régies, faut-il au moins \ être entré.

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Si l'on en croyait de modernes utilitaires (l'esprit fort du siècle dernier), non seulement il n'y aurait ni artistes ni poètes, mais il n'y aurait non plus ni menuisiers ni maçons, car où s'arrêtent les études indispensables à un métier ?

i5 novembre 18(39

Chef d'orchestre. — A la place des yeux, deux larges cavernes d'ombre, mais d'où par instants sortent des flammes, un nez. d'oiseau de proie, des joues osseuses, une lèvre qu'a brûlée le charbon ardent, un front énorme, démesuré, avec une longue chevelure crêpée, bizarre et blonde, un corps maigre qui va tout d'une pièce avec des gestes d'automate, une cravate blanche mal mise, des mains royales, spirituelles, lumineuses, voilà l'homme au repos ; mais sitôt qu'il a saisi son bâton de commandement, c'est un dieu, un puissant démon qui, à son gré, anime, embrase, contient, exaspère les mille voix de son orchestre ; c'est de lui que tombent, que ruissellent ces pleurs, ces cris, ces chants de triomphe ; il est à la fois l'âme, le souffle, le frissonnement, la vibration de ces clairons, de ces flûtes et de ces cordes sonores; c'est lui qui vous tient pâles et charmés sous les épouvantes et les mystérieuses caresses de l'Harmonie. Mais il ne faut pas voir Fauteur de Faust conduire un orchestre de deux cents musiciens après Litolf, câi alors les portos du monde surna

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