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appuyant pas, et revenant tout de suite à la gaieté large cl spirituelle ; comme femme, elle fait éclore à L'orchestre des Folies-Dramatiques plus de gilets à cœur et à un seul bouton qu'il n'y avait là, avant elle, de gilets à deux boutons, et plus d'habits noirs ornés de rosettes bleues, roses, orangées, noires, vertes, lilas, jaune vif ou de branchettes de lilas blancs qu'il n'y a de rossignols et d'étoiles dans un chant de Ylnlermezzo. Ils riaient, ces jeunes dandys si bien giletés, sous les yeux mêmes de MIles Charlotte Berthier, Catinette, Fanny Hirsch, Markowitch, Volter, C4aroline Letessier, du Bourjal, Grizot, de Ruyser, Pépita Sanchez, au moment où Amurat, n'ayant pu décider Bajazet à s'étrangler lui-même à la fin d'une charade dont le mot est cordon, se décide à le tuer en lui prodiguant les délices du harem et à le faire manger tout vivant par les odalisques ; ils riaient, sans se douter qu'ils assistaient à la fidèle représentation de leur suicide et aux péripéties de leur propre histoire ! Mais, après loi il, cette mort-là en vaut une autre, et Gydalise elle-même n'est pas plus redoutable qu'une fièvre l\phoïde ou qu'une bonne fluxion de poitrine.
Quant à Mllc Devéria, elle est magnifique, soit que son pantalon de satin bleu, discret comme la tombe, nous force à regarder les trésors de son corsage, soit qu'elle porte Tare d'une divinité chasseresse, soit qu'elle apparaisse avec ce costume sur lequel ont neigé des milliers de perles et dont le collier seul vaut quatre cent mille francs, soit que coiffée du
OPERETTE OOI
casque surmonté d'une pointe aiguë, les seins emprisonnés dans une cuirasse d'or et les jambes vêtues d'écaillés frissonnantes, elle tienne le glaive et la lance, comme Thalestris ou Penthésilée. D'ailleurs, Roxane se souvient à propos qu'elle est .la fille du roi de Babylone, enlevée autrefois par des corsaires ; naviguant sur l'Euphrate dans une barque légère en compagnie de Bajazet et d'Atalide, elle vient se mettre à la tête des Amazones et, sous les murailles même de Babylone, combat et défait le farouche Amurat. On enverra au jardin d'acclimatation du pays ce padischah démodé, comme on y mettrait n'importe quel animal devenu introuvable, et si quelqu'un demande pourquoi Milher, déguisé en Alsacienne de Géorgie, est monté au dénouement sur le dos d'un éléphant bleu-de-ciel,
C'est pour savoir si le printemps s'avance. Pour hâter l'échéance De nos climats d'hivers,
comme chantait Frederick Lemaître dans cette .4 uber <jr des Adrets que le théâtre de l'Ambigu vient de reprendre, comme si on pouvait recommencer un tremblement de terre et reprendre une révolution.
3l janvier 1870
Mme Bordas. — Il faut voir au Café-Concerl Parisien du faubourg Saint-Denis une bien étrange
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femme, Mme Bordas, qui a quelque chose de la bohémienne et quelque chose de l'inspirée. Des brutalités sans nom et des élans de pythonisse, des yeux glauques de dompteur, une chevelure de déesse éparpillée sur ses épaules et une taille d'amazone donnent un caractère héroïque et sauvage à cette inspirée qui porte des robes d'or comme à la foire et qui a les fureurs sacrées de l'Ode. Enveloppée dans les plis d'un drapeau frissonnant, elle chante l'Ame de la Pologne : « Je suis celle qui ne meurt pas ! » et elle dit ce refrain avec une expression idéale d'espérance désespérée. Si jamais une nouvelle Marseillaise devait jaillir du cœur d'un peuple, l'inconnue qui la chanterait, le pied sur les glaives brisés et l'œil dans les cieux, ce serait cette femme 4.
ii avril 1870
IIvrits brodés. — Puisque l'éloquence mène à tout, elle peut bien mener aussi au bout du Pontdes-Axts.
1. Le 7 mai 1871, la Commune de Paris fit donner un concerl populaire aux Tuileries, dans la salle des Maréchaux, pour les familles des fédérés tués ou blessés, Kn rendant compte de cette fête, le National mentionne que « le triomphe de la soirée fut pour M" ,: Bordas. \près qu'elle eut fini les deux chansons annoncées par l'affiche, il lui fallut faire retentir les murailles dorées du château des rois des énergiques accents de la Canaille. L'antithèse était saisissante <■[ l'effet prévu. »
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Que M. Emile Ollivier soit nommé académicien, cela n'a rien qui nous surprenne ; garde des sceaux, futur sénateur, académicien, il était écrit que M. Emile Ollivier porterait tous les habits brodés qui se brodent sur la terre, et, sous ce rapport du moins, il n'aura pas de peine à remporter sur M. Gambetta.
2G juin 1871
Ciiicard. — « M. Lévéque, négociant en cuirs, est décédé. »
C'est dans ces termes, épiques à force de simplicité, qu'une note envoyée aux journaux: a annoncé la mort de celui qui fut le grand Chicard ! Peut-être ce personnage, dont la renommée fut à une certaine époque aussi universelle et triomphante que celle- de Mangin le marchand de crayons ou delà courtisane Lola Montes, est-il presque un inconnu pour la nération actuelle, tant nous avons fait de décombres et de barricades avec les images des anciens dieux ! Tl fut un temps, dont le ballet de Gustave ///donne une assez juste idée, où le bai masqué de l'Opéra .lait quelque chose d'aussi innocent qu'une idylle de Berquin, On y portait des costumes de caractère et on intriguait les personnes de sa société ; en cet âge d'or, onéroyail avoir lai! une grosse orgiequand on s'était déguisé en Polichinelle ou en Pierrot, ou eu Paillasse élégant ou en Hongrois, ou en postillon, ou en Espagnol de Beaumarchais, ou en Turc
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avec un soleil clans le dos. Et tout ce petit monde s'agitait selon la formule, dansant la contredanse de nos pères, avec la chaîne des dames, la trénisetle cavalier seul, au son d'une musique naïve et solennelle, ou bien encore la « galopade », récemment inventée, et qui, doux enthousiasme de l'âge d'or, se croyait violente. Musard, un petit homme de génie, grêlé et à l'âme de feu, parut et communiqua son délire intérieur à la musique du bal, et cependant il n'avait rien fait. Quel orchestre, fût-il celui-là même de l'enfer, eût pu réussir à dégourdir et à déniaiser ces Turcs à pots de fleurs et ces honnêtes polichinelles, dont la gaîté semblait empruntée à une tragédie de second ordre ? Enfin, Malherbe vint...
Malherbe, c'était précisément M. Lévêque, marchand de cuirs. On vit sur les escaliers de l'Opéra une sorte d'être inattendu et excessif dont le costume seul était une révolte contre toutes les sociétés passées et futures et parodiait en bloc ce qui avait fait ajuste titre l'admiration des hommes. Le front haut, l'œil intrépide, le visage orné de moustaches et do favoris extrêmement vulgaires, il s'était coiffé du casque même avec lequel le vertueux comédien Martv avait représenté un des héros les plus populaires du mélodrame. Notez bien ce point, le casque de Chicard n'était pas seulement pareil à celui de M;n i\ ; c'était, en effet, celui de Marty ; car le grand révolutionnaire voulait insulter du premier coup loul ce qui avait été vénéré et respecté jusque-là.
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Le jabot historique de Buffon, la veste brodée d'argent de Louis Xl\ , l'habit avec lequel cet Apollon couronné posait devant \ ander-Mculen, Chicard s'était emparé de tout cela, et sur ces défroques des vieilles religions et des monarchies il faisait flotter la cravate noire de la bourgeoisie, follement tordue par le vent furieux. Lu immense plumet écarïate s'agitait terriblement sur le cône de son casque, pareil à celui d'Hector dont s'épouvantait le petit Astyanax, en même temps qu'il portait des gants de bu Ole et les bottes à revers des généraux de l'empire : combinaison à l'aide de laquelle il trouvait le moyen de railler en même temps les militaires du roi Priani et ceux de l'empereur Napoléon et la gendarmerie départementale ! Quant à sa danse... imaginez une parodie échevelée et désordonnée de toutes les croyances et de tous les amours : l'Olympe et la Révolution. Werther et Sainte-Hélène, les poèmes, les rois, les dieux, la fable et l'histoire, le glaive, le sceptre et la Ivre, tout était vilipendé et bafoué par celte pan tomime sauvage, par cette féroce satire dansée qui faisait de toute la tradition un las de chiffes et de loques où la pourpre des héros n'était plus qu'un torchon épileptique ! Et ainsi les bras levés vers l<i ciel insulté, le grand Chicard entraînait à sa suite dans un galop ivre de rage, au bruit des clair<>n> effrénés de Musard. un peuple de débardeurs bondissants, aux seins demi-nus et aux crinières envolées, que Gavarni avait créés à l'image de la CcJi< d< Chicard et à l'image de son propre rêve 1
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Chicard vient de mourir ; et en effet il pouvait mourir, car sa révolte n'est pas demeurée stérile, et son hymen avec la Démence a enfanté des légions. C'est de lui et de sa pantomime que vient en ligne directe cet art, aujourd'hui triomphant, qui traîne dans la boue la cithare d'Orphée, la blanche robe d'Hélène, et qui a imposé à l'Europe l'argot français, comme nos grands aïeux lui imposaient jadis l'héroïque galanterie de Corneille et la langue mélodieuse de Racine. Tandis que Balzac faisait défiler sur ses tréteaux illustres la Comédie humaine, il créait, lui, la Parodie humaine, préparant à l'avance le règne d'Agamemnon ou le Chameau à deux bosses et du Petit Faust ! Après qu'il avait foulé aux pieds tous les joyaux, tous les lauriers, tous les symboles de la gloire et du génie, le temps n'était plus éloigné où Hervé habillerait Joseph Kelm en jeune fdle, cacherait des côtelettes crues dans son piano et guillotinerait, sans le tuer, le mari de son amante, uniquement pour pouvoir s'écrier en roulant des yeux blancs : « Nous ne pouvons cependant pas sortir avec ce cadavre ; il va nous faire remarquer ! » Bien plus, le même Hervé était désormais autorisé à (lui nier un jour, en grattant la guitare de la séré nade espagnole :
Vpparais-moi, mon Andalousr.
loi (jni reste» au numéro douze !
(( Toi qui restes au numéro douze ! » C'est ainsi (ju il prédisail et dépassait d'avance les plus farouches