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excès de la Commune, installant son Andalouse sur les ruines de la France, de l'Europe, de l'univers incendié et détruit ; car il est remarquable que cette Andalouse ne demeure ni dans une contrée, ni dans une ville, ni dans une rue, mais seulement au numéro douze, numéro qui sert sans doute à désigner le douzième tas de décombres parmi les restes de la civilisation écroulée ! — On avait affirmé que ce carnaval poétique et musical finirait avec l'empire ou avec la guerre de Prusse, ou du moins avec le règne de la Commune, et toutefois l'espoir dont on nous berçait ne s'est pas réalisé.

LE THÉÂTRE ET LÀ GUERRE

i8 juillet 1870

La bonne chanson. — Tandis que s'agitent sous les brises pacifiques ou sous le vent furieux de la guerre les graves destinées des empires, continuons cependant à raconter, dans ce petit espace [ où ne pénètrent pas les tumultes de la rue et de l'Assemblée, ce qui en tout temps comptera pour une grande part de l'histoire de la France, même à ces moments où son âme s'envole dans les plis frissonnants du drapeau, je veux dire l'histoire de sa pensée et de sa poésie.

Aux heures ardentes, elle aura besoin de la voix de Tyrtée ; ce n'est jamais sans être emportée dans l'harmonieux orage du rythme et des chants que la patrie inspirée de Rouget de l'isle saisira son épée sans tache. C'est pourquoi ne dédaignons pas les jeunes poètes qui chantent à présent ; car de cette même voix qu'ils mariaient tendrement aux accords de la flûte de Sicile, ils entonneront, dès qu'il le faudra, l'hymne sacré qui mêle les cris de sa colère avec le mugissement furieux des clairons. Vienne ce moment où la nation entière n'a qu'une voix et qu'une Aine. et nous aurons besoin de tous ceux qui sentent

1. Ecrit en feuilleton du National à propos '!<■ /" Bonne Chanson de Verlaine et à la veille de la déclaration de guerre,

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vivre en eux la patrie, — oui, de tous, et même des poètes.

En voici un, Paul Verlaine, qui est au suprême degré un homme de son pays, de son temps et de sa génération ; de cette génération trop tard venue après que les lauriers étaient coupés, il a eu les ennuis, les irritations, les sourdes colères ; il nous a révélé dans les Poèmes saturniens, toutes les douleurs, toutes les angoisses qui troublaient son jeune esprit, de même que dans des Fêtes galantes il s'est montré artiste de race, ouvrier exquis, en prêtant de suprêmes- ironies et de mélancoliques élégances à ses pâles fantoches vêtus de satin et devisant d'amour au clair de lune. Aujourd'hui, par un de ces divins miracles dont par bonheur la tradition n'est pas perdue, Paul Verlaine retrouve à la fois dans son nouveau livre les gaietés, les espérances et les vaillantes candeurs sereines de son âge, car c'est pour une chère (lancée qu'a été assemblé ce délicieux bouquet de poétiques fleurs que le même artiste, toujours aussi savant mais devenu heureux, appelle si justement la lionne Chanson.

28 août 1870.

Baptême. — Si Henri Heine était encore là, si au lieu de boire le nectar à côté de son père l'athénien et à côté de Flaccus Horatius dans le paradis des poètes, il pouvait se promener tranquillement dans les allées du campdeSainl Maur, avec quelle joie il aide ta il ces jëuues mobiles irais* vaillants H fan-

BAPTEME 0 I .>

taisistes comme ses propres vers dont le murmuré ressemble au vaste brouhaha de la mer tumultueuse, el qui ont accroche sur leurs tentes de si drôles d'inscriptions !

Quand ils sont partis, il y avait parmi eux de hardis et fiers garçons avides du rouge baiser de la bataille, mais il y avait aussi quelques-uns de ces petits-crevés sérieux et pâles cpii se pâmaient froidement en écoutant les perles chanter leur chanson autour du cou de M"e Devéria. Les marches, la vie du camp, le baptême du feu que quelques-uns d'entre eus ont déjà reçu, le vent de la bataille prochaine qu'ils respirent de toutes leurs narines ont bien vite changé tout cela.

Dieu me préserve d'exalter la guerre et ses horreurs, et de me plaire à la vision de ces champs de bataille affreux où des blessés sans nombre agonisent, et où tant de morts ensanglantés regardent fixe ment le ciel de leur œil immobile. Mais, si je hais de toutes mes forces le fléau, j'adore l'héroïsme qu'il nous donne, qu'il nous rend comme par miracle, et cette joie effrénée du sacrifice qu'il fait briller sur tous les fronts et dans tous les regards. La France, heureuse, sûre d'elle-même, maîtresse incontestée de ses champs d'épis d'or et de ses lignes sacrées qui versent au monde entier la joie, l'evtase de l'amour el la grâce des sourires, s'amusait parfois à ce j-'ii fatal de railleries grandes idéesei I- vertus sublim à présent rajeunie, retrempée et purifiée dans !<•

3l/| LE THEATRE ET LA GUERRE

fécond et cruel baptême du sang, redevenue amoureuse du beau et du juste, elle aurait honte de ses faciles ironies si elle pouvait encore se les rappeler ; mais la pourpre du jeune sang versé en a effacé jusqu'au souvenir sous ses flots débordés et sublimes. La France qui vit et demeure aujourd'hui, c'est celle qui dit avec Corneille : « Moi seule et c'est assez ! » C'est celle qui s'écrie ardemment avec Danton à la voix terrible : « Toujours de l'audace ! » et qui met son Ame tout entière dans les plis envolés et frissonnants du drapeau.

En un jour, en un instant nous avons retrouvé le goût des choses mâles et viriles. Les femmes qui se plaisaient le plus aux amours délicates et efféminées regardent maintenant avec une visible sympathie ces fronts bronzés et coupés de cicatrices que la guerre nous renvoie, et certes le spectacle en vaut la peine. J'ai vu revenir vingt zouaves, dernier reste, hélas! d'une compagnie, et je ne pense pas qu'un Dante ou qu'un Michel-Ange eût pu rêver des figures plus épiques. On eût dit que leurs bruns visages avaient été cuits dans les flammes d'une fournaise, mais ils avaient comme des tonnerres dans leurs yeux calmes, et sur leurs lèvres brûlées et pâlies voltigeail la chaude lumière d'un sourire. Ils avaient les mains brunes comme s'ils avaient fait la cuisine de l'Etna, el leurs cous robustes étaient bruns aussi, mangés par le soleil. Quanta leurs habits, turbans, calottes, vestes, gilets, pantalons Larges, tout cela déchiré, usé, déteint, taché par le sang, lavé par la

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