NOTRE ROLE
vemenl '. Il ne pouvait, à lui seul, remettre à gauche le cœur que tant de médecins autorisés ont mis à (1 roi le. et empêcher Sganarelle de continuer à changer tout ce/a. D'ailleurs son adultère eu vaut un autre, et même vaut mieux que beaucoup d'autres adultères dramatiques ; car il est encadré du moins dans une ingénieuse petite action pseudo-historique, et il est costumé avec amour du velours raisin de Corinthe et des plumes que la Comédie se permet quelquefois en juin ou en juillet, mais jamais l'hiver, le code du savoir-vivre exigeant que l'hiver, passé neuf heures du soir, on ne se montre plus qu'en habit noir et en cravate blanche.
... Quant à l'auteur, dont la pièce, bien pensée, bien charpentée et bien écrite, nous promet un auleur dramatique et peut-être un poète, je l'entends me dire : « Résumez-vous ! » Je me résume : "Vous désireriez, je désirerais, et comme dit Lassailly, il serait à désirer que les hommes fussent plus vertueux ; mais le Devoir a pour lui la sanction religieuse, le Chef de l'Etat, la Loi, les Tribunaux, la < Conscience, les sergents de ville et cinq cent mille hommes de troupes armées, sans compter la garde mobile ; La Passion n'a qu'un avocat : le Poète ! Uik cel avocat ne dise pas au tribunal : « Vous ferez bieD de condamner mon client à la peine de mort,
i. Écrit à propos de la représentation à la Comédie-Française <!<• Juan Sirrit/K'i-. dramo en un ;icU' et en vers d<- l'aul Déroulède,
c( de lui infliger eu outre seize francs d'amende ! » Que chacun d'entre noils aime et garde bien sa femme, ne convoite ni ne prenne la femme d'autrui, et pour le reste, laissons faire les gendarmes !
6 décembre 1869
J'ai déjà relu vingt fois ic Curé de Cucugnan et la Chèvre de M. Seguin (dans les Lettres de mon Moulin d'Alphonse Daudet). Cette chèvre de M. Seguin qui jusqu'au malin a lutté arec le loup et que le loupa mangée au matin, cette folle, cette insoumise, cette buveuse de rosée qui voulait être libre el qui en a été justement punie, c'est toi, poète, c'est vous tous qui ne savez pas brouter à l'attache, qui avez besoin de courir d'un pied libre à travers l'herbe parfumée et pleine de fleurs, et de sentir sur votre front le baiser glacé des étoiles! Luttez jusqu'au malin, si vous pouvez, et alors vous vous coucherez glorieux dans la pourpre de votre sang ; mais au matin le loup vous mangera, il n \ a pas à dite « mon bel ami ! » et c'est comme si le notaire \ avait passé, avec ses lunettes. Cette belle histoire est dédiée à l'un de mes anus particuliers, le poète (ii ingoire, qui. à ce qu'il paraît, n'a pas voulu adorer le Veau d'Or, et qui, à cause décela, n'entretienl les Biles d'Opéra que de madrigaux et regarde l'heure au soleil .
d34 xotre ko) a:
- 1 1 janvier 1070
L'architecte, comme le poète, comme le peintre, comme tout autre artiste, n'est, en somme, qu'un greffier qui vient libeller et rendre visible ce qui existait dans l'ordre moral et dans la conscience humaine. Un Homère est non pas celui qui invente des récits héroïques, mais celui qui les recueille et leur donne une forme définitive ; et celui qui veut tirer de son sein et créer de toutes pièces une épopée produit la Henriade.
1 1 juin iS'iq
Involontairement je répète dans mon cœur celle ode sublime d'Alfred de Musset à la Malibran morte, et ses plaintes sur le seuil de notre siècle pavé de tombeaux. Car nous voici à une de ces heures qui se renouvellent deux ou trois fois dans chaque grande époque, heures tristes et fatales où, tandis que la cité elle-même tressaille de quelque horrible épouvante, toutes les Muses aussi portent à la fois un même deuil et se souviennent qu'elles sont sœurs pour mêler leurs gémissements et leurs sanglots. Oui, je me rappelle avec le poète ces heures d'agonie et d'enfantement où tout ce qui fut grand dans le siècle dernier nous quittait à la fois, Schiller, Goethe, Byron, et où s'éteignait comme eux le vainqueur du monde, soleil couchant, dont le reflet éblouissait encore les cieux de lumière et de flammes.
0 regrets ! ô souvenirs ! Après tous ces duels entre la Mort et la Gloire, où la Mort avait été sans cesse victorieuse, il semblait qu'elle dût être enfin assouvie ; mais la Mort est pareille à la courtisane de Juvénal, à cette Messaline lassée et non pas ras sasiée. Nous mêmes, cl ces tombes augustes à peine refermées, combien avons-nous vu mourir de grandes
choses et de grands noms, de fortunes considérables et de personnes illustres ! Chateaubriand, ce divin vieillard, qui a vu la poésie de tout un siècle ruisseler de son flanc sublime ; Donizetti, dans l'âme duquel murmurait sans cesse une lyre harmonieuse ; Madame llécamier, qui a eu la gloire de poser nue devant Canova, et qui laisse au monde une statue immortelle, digne d'Anacréon et de Phidias !
Et pour ne parler que du théâtre, après la grande Mars qui emporte avec elle la comédie de Marivaux, après Monrose, qui sous ses cheveux blancs fut tout l'esprit, toute la verve, toute l'originalité de notre Comédie-Française, après Mlle Mante, morte dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa gloire, voici que les derniers d'entre les plus grands et les meilleurs nous quittent aussi, dispersés par la mort, par l'absence, par l'ingratitude, par tout ce qui survit au vain fantôme de la popularité ! C'est Frederick, ce roi de l'emphase, de l'enthousiasme et de la satire modernes, qui voit s'écrouler autour de lui le théâtre de sa comédie et de son ode ; c'est Mlle George qui s'en va, brisée sous tant de lauriers ; c'est Mlle Rachel, partie pour une de ces tournées, en province, d'où elle nous revient mourante et meurtrie, comme la Malibran ! Enfin, c'est Mlle Déja/ct à qui les médecins interdisent la scène, Mllc Déjazet, que ses critiques, même louangeurs, ont traitée trop légèrement, faute de se rappeler qu'elle seule parmi nousa été la poésie d'Anacréon et de Béranger, la muse française du vin et des amours, el que seule
MADEMOISELLE GEOKOi 33g
elle a pu chanter dignement celte immortelle chanson : la Gaudriole, vêtue de soie rose et couronnée de roses fleuries ! Mais le véritable malheur, le \ critable deuil,, la perte irréparable de notre tliéàtre, la presse vous l'a apprise en pleurant ; les plus grands noms et les plus grandes voix de ce temps s'en sont émus, et vous-même vous avez déjà pleuré sur la tombe fraîche encore de Marie Don al.
George, Dorval, Rachel, Déjazet. que de souvenirs ! Beaux noms dont le moindre est encore un nom illustre et qui laisseront après eux une trace de lumière vive !
1 1 juin i8'|(|
Il nous est resté de Mademoiselle George à vingt ans un beau portrait peint parle baron Gérard l. A voir ce port de déesse, ces bras et ces mains splendides, ce c<>rps divin que Scoras ou Cléomène eussent ainsi taillé dans le marbre de Paros, à voir noblement posée sur un cou fort et hardi cette tête régulière, ruisselante d'une chevelure ondoyante et touffue, il semble (pic par une dernière et audacieuse révolte les dieux païens axaient voulu montrer la beauté - i 'ine de l'humanité antique faite à leur image. Le front blanc et droit, les yeux étoiles, les narines correctes ouvertes, voluptueuses, les lèvres ricin-.
i. Écrit a propt^ «lu la retraite Je MadVmoisdl> I
éclatantes, fièrement et nettement dessinées, le menton superbe, les oreilles admirables de pureté et de transparence ; tout dans cette tête impériale don naiL l'idée de la fière Junon comme la décrit Homère. Ce qui fit la gloire de quelques artistes du temps de l'Empire, ce qui nous a donné Prudhon, le plus grand peintre français peut-être, c'est un amour enthousiaste et sincère de l'antiquité, cette source à laquelle le monde entier s'abreuve. Par une grâce spéciale, qui ne sera plus accordée sans doute à aucune artiste nia aucune femme, il a été donné à Mlle George non seulement de rappeler la Grèce antique par une aspiration ardente vers ses chefsd'œuvre, mais de lui appartenir elle-même, et, assurément, Alcibiade n'eût pas été étonné de lavoir se promener à côté de la jeune Laïs dans les rues d'Athènes.
Aussi, en voyant ce portrait, j'ai compris les légendes déjà fabuleuses sur la jeunesse de Mlle George, ces légendes que tout enfant j'écoutais comme des contes de fées ! Je retrouve et je revois, embellie par mes jeunes rêveries, cette histoire du jour où M1 ' Weymer, âgée de quinze ans, débutait dans Iphigénie. Tout à coup, par je ne sais quel accident, ses cheveux se dénouèrent, et cette chevelure, plu- grande qu'elle, ruissela à terre et fit des ronds .1 -es pieds ! Mors il sembla qu'une sombre nuit mêlée d'éclairs passait devant les yeux de tous Lei spectateurs, puis, la première surprise passée, c( furenl <!<•> applaudissements, des cris, des trépigne1
RAGHEL 34 I
ments. une véritable fureur! Et elle, cette jeune fille
timide encore, rougissante d'émotion et de joie, dominait pourtant ce tumulte par le calme rayonnement de sa beauté ! Plus tard, je la revois à ce camp de Tilsitl. où elle joua devant un parterre de rois, et où un frisson d'admiration courba les fronts de tous ces maîtres du monde, comme autrefois les vieillards d'Ilion saluant Hélène !
C'était surtout pour la poésie de Racine, harmonieuse et splendide, que semblait faite une aussi complète beauté, et aussi, après les triomphes de Lucrèce Borgia et de Marie Tudor, après Christine, après la Tour de Nesle et le Manoir de Montlouvier, Mlle George qui, il y a quarante ans, débutait par le rôle d'Iphigénie, nous a fait ses adieux dans le rôle de Clvtemnestre. Et les poètes contemporains ne lui en voudront pas de ce solennel hommage rendu à Racine, qui reste après tout l'incontestable et légitime ancêtre de tout ce qui porte aujourd'hui un grand nom dans la poésie française.
11 juin 18I9
Rachel ! Et jamais si superbe, si dédaigneuse el si terrible Ériphile n'a foulé d'un pied impatient l<pavé de marbre du palais ; jamais ce beau rôle, I un des plus difficiles ou plutôt des plus impossibles du répertoire, n'a été rendu à la fois avec autan I
d'idéal et a\ee une lierté aussi poignante que par Mlle Rachel. La fierté implacable, la timidité sauvage et hautaine, la haine et l'amour, il y avait bien toutes les passions d'Eriphile dans la poitrine haletante de cette jeune femme qui semble toujours porter sur son front quelque fatalité inouïe et marcher poursuivie parle fouet des invisibles furies.
Rachel semble avoir été créée exprès pour jouer ce rôle ingrat et passionné ; aussi y est-elle complètement belle. Le feu sombre de ses regards, ses narines dédaigneuses, ses lèvres toujours tordues par quelque souffrance cachée, ses dents blanches et terribles, l'ironie qui éclate dans toute l'habitude de son geste et de sa démarche, la pureté même de sa diction, rendent vivante l'Eriphile de Racine, et jettent dans tous les cœurs cette terreur vague et inexpliquée dont le poète a voulu entourer ce personnage exceptionnel. Et c'est ici surtout le cas de répéter une vérité qu'on ne veut pas entendre et qui mériterait d'être un des axiomes du théâtre.
La faculté de transformation qu'un préjugé vu! gaire prête aux comédiens n'existe absolument pas, et on ne peut obtenir de grands effets au théâtre qu'à condition d'approprier la nature idéale qu'on veul faire représenter, à une nature réelle qui soit tout fait analogue et dirigée dans le même sens. Il dépend d'un comédien de développer, d'exciter el d'idéaliser les sentiments qui sont en lui, mais noi d'\ suppléer absolument, \ussi est-ce le tort d'uni critique ignorante, principalement envers Mn° Rachel,
de pousser un artiste hors de la voie que lui indique impérieusement sa propre nature. Quoi que puisse en penser MUe Rachel elle-même, ses échecs dans Célimène, dans Dorine et dans Àgrippine, ne prouvent rien contre le génie de la tragédienne qui a fait des rôles de Phèdre et d'Hermione des créations magnifiques et complètes.
10 septembre 18I9
Il faut admirer Mlle Rachel malgré qu'on en ail : chaque fois qu'elle nous quitte, elle revient avec des effets nouveaux et inattendus, la lèvre encore plus fière, les yeux remplis d'un feu plus sombre, les mains belles et blanches, le sein palpitant, et olle maudit Rome et elle insulte Vénus avec toutes les colères et les ivresses désespérées. Certainement elle a le cothurne, la chlamvde, le port héroïque, le grand geste, L'effroi, la haine, elle est Camille, je ne \)\\\< le nier : mais, non, vous n'êtes pas ma Phèdre à moi, la blonde Phèdre d'Euripide ! Et puis MUe Rachel s'en va, et pour moi c'est un attrait de moins. Je ae serai pas de ceu\ qui lui crieront : « Ne vous en allez pas, ô ciel î »
Pour nous, public, Mlle Rachel a été une belle cl ^uperbe maîtresse, et nous lui ayons donné la clef de nos trésors, el file a pu y plonger jusqu aux épaules ses bras tremblants. Mais je ne sais |>as
,'Vi 'i ki:im;s de théâtre
retenir les maîtresses qui me quittent. J'ai toujours présente à l'esprit cette vérité que personne n'est indispensable et que Dieu nous clou ne notre amour quotidien comme notre pain quotidien. Hermione est morte, vive Hermione ! Celle qui sera demain notre idole est peut-être en train, à l'heure qu'il est, de jouer à la pigoche sur le quai de l'Archevêché, avec un mouchoir de quatre sous sur la tête, ou bien de laver ses petits pieds dans le ruisseau, ou peutêtre, elle est accroupie demi-nue dans un coin de l'atelier de Préault ou de Pradier, où elle mange dans une assiette du Japon deux sous de pommes de terre frites qu'on lui donne par charité.
Adieu, Mademoiselle, nous vous avons bien aimée ; mais quand vous serez partie, les roses refleuriront et le ciel sera bleu comme si de rien n'était, et au printemps prochain, nous irons avec Margot cueillir des lilas et chanter nos chansons sous la tonnelle, ni plus ni moins que s'il ne s'était rien passé à la Comédie-Française.
17 septembre 1 tS /| 9
Jamais de ma vie je ne me permettrai de donner un a\is à la Comédie-Française ; j'avoue naïvement que les sociétaires, les gens de loi, les décrets, les hommes noirs, les lettres de M. Edmond Séveste, tout cela m'effraye autant que les avocats et les médecins. Pour toul dire, il y a là plus çru'iine faut
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pour donner la chair de poule à un pauvre gentilhomme républicain, dont l'enfance s'est écoulée à lire Anacréon et à voir jouer Polichinelle. Mais, s'il s'agit d'engager Mlle Delphine Fix, je dirais, il me semble, qu'il faut l'accepter et l'accueillir comme on accepte une perle ou un bouton de rose, et la chose me semble tout bonnement aussi simple que cela. Du reste, la Comédie-Française ne se le fait pas dire ; elle laisse les scènes secondaires courir après tous leurs lièvres politiques, et cependant, elle s'empare des beautés les plus fières et les plus charmantes, M"e Nathalie, Mlle Judith, AJlk Luther, Mlle Favàrt, et sans doute Mlle Fix ! Quoi qu'on en ait, il faut aller au théâtre de la République pour entendre de beaux vers et pour voir de jolis visages. N'est-ce pas avouer que tout l'intérêt est là :} Quant à l'éternelle retraite de M'le Rachel, cette légende vieille comme le monde, il n'y a pas plus à s'en inquiéter que de la comète. Non, Phèdre ouChimène ne peut pas mourir, immortelle qu'elle est, parce qu'il plaît à une demoiselle juive d'aller demeurer dans une diligence. Le divin Thespis, couronné <l<v pampre, ce poète des bourgades et des grands chemins qui baisait la comédie enfant avec ses lèvres barbouillées du sang d'un dieu, portait bien sur son chariot mie autre fortune ! Il est mort pourtant, et je ne sache pas que la comédie soit descendue avec lui au tombeau. Bah ! Hermione ! belle affaire. J'ai dit, lundi dernier, où elle se cache; et maintenant, chaque fois qu'une petite fille en mouchoir à carreaux
m'offre dans la nie des cure-dents ou des allumettes, tout de suite je la regarde fixement entre les deux yeux pour voir si ce n'est pas elle qui sera Hermione demain, et pour avoir la gloire de m'écrier le premier : Vive Hermione !
28 janvier i85o
En disant la vérité à Mlle Rachel , la presse aura fait un sacrifice aussi grand que Mlle Rachel en jouant Mademoiselle de Belle-Isle *.
Pourtant, ô Muse, ô Poésie, vierge sauvage, dédaigneuse des amours vulgaires, ayez pitié de celui qui vient vous adorer avec le cœur et les mains purs, et Q€ nous étonnez pas si son cœur tressaille ! Ça ne serait pas déjà si beau quand je viendrais m'écrier avec tant d'autres Sosthènes : Mlle Mars, il fallait voir Mlle Mars, Mlle Mars qui était ceci, qui était cela ! Être jugée sévèrement, ce n'est rien, mais se sentir insulter au moyen d'une rengaine caduque.
I souffrir toute l'ineffable agonie du lion chaulé |).u La Fontaine.
Iprès avoir,été admirable à la répétition générale 1 1 avoir arraché des pleurs à tous les assistants. \1"'' Rachel a échoué complètement à la représen-
1. I.iril après la représentation 'le Mademoiselle de Belle- foie, comédie en cinq actes d'Alexandre Dumas, reprise du a5 janvier r85o.
tation. En face du public, elle a senti que décidément aucune communion ne pouvait exister entre elle et la foule à propos de cette fable légère et spirituelle qu'un poète épris des aventures a écrite en se jouant, il y a longtemps déjà, pour une comédienne de génie moins sérieuse que son art *.
Al"e Racbel a senti son cœur défaillir ; artisti rieuse et sincère, pour émouvoir ce peuple qui l'adore elle a besoin de croire à son poème beaucoup pins sérieusement que M. Dumas ne croit aux meilleurs des poèmes qu'il bâtit de perles et de bulles de savon sur des ombres de pointe d'aiguilles. Mlle Racbel a prouvé précisément sa force en faiblissant sous un fardeau qui ne ferait pas fléchir une poupée ; quand cette flamme qui sort de ses yeux et de son cœur a flamboyé autour d'elle et n'a rien éclairé. Mlle Rachel a été épouvantée et humiliée de voir en un instant tout ce qu'il y a de faux dans une comédie audacieusement frivole, qui est un chef-d'œuvre mais un chef-d'œuvre de M. Alexandre Dumas. Mlle Rachel ne sait pas tourner habilement une difficulté, remplacer la passion absente par un esprit toujours en éveil, et tromper sur nue situation par les roueries d'une voix harmonieuse : tant mieux pour elle! Heureuse la comédienne qui n'a pas les défauts de M le Mars, car où retrouver le charme envolé avec cette enchanteresse qui a fait adorer partout un siècle
1. Mademoiselle <le Belle-Isle avait été interprétée pour la première fois au Théâtre-Français, le 1 avril 1889, par M11' Mars.
;'l^ REINES DE THEATRE
une Célimène el une Elmire que Molière n'a jamais
connues !
Mlle Rachcl, en jouant Mademoiselle de Belle-Isle, .1 subi une chute complète, tant mieux ! Cette chute, à quoi tient-elle, et que prouve-t-elle ? Et surtout je veux poser celle question : Mlle Rachel a-t-elle ou non un avenir de comédienne?
Me permettra-t on d'emprunter au plus sublime de nos écrivains une rubrique admirable pour simplifier toutes les démonstrations, et d'écrire ici :