‹ CritiquesChapitre 80 sur 99 · NOTRE ROLE · texte numérisé non relu

NOTRE ROLE

nos y eux sous la blonde chevelure d'Achille et sous la perruque rousse de Paillasse : l'amoureux, l'amoureuse, le roi, le docteur, la grande coquette et l'imbécile, c'est le même qui fait tous les personnages: « Dieu de Thymbre et de Délos, qui possèdes un tem pie dans la Lycie, viens à nous, archer divin ! » Et puis, l'instant d'après : « Monsieur, c'est vrai que j'ai cassé l'assiette, mais tous les morceaux en sont entiers. » Puis c'est Carlotta ou Cerrito qu'il faut suivre dans quelque danse amoureuse, au clair de lune embaumé, parmi les bluets et les étoiles, ou sur la pointe des flots argentés, ou sur le lac qui se pâme en silence, et dans cette même prose qui me servait à vous raconter l'histoire du duc Robert II, il faut que je trouve un rythme lyrique, vivant et insaisissable pourtant, pour vous faire suivre le vol de Giselle parmi les lis extasiés.

Un pareil métier n'est pas très facile, n'est-ce pas, et on se tirerait plus aisément de jouer de la lyre sur une corde à puits ou du violon avec une canne à épée, comme le grand virtuose Paganini qui n'est plus. Or, vous comprenez bien que sur notre lliéàlre comme sur le vôtre c'est très simple de réussir a\ec des hoquets, des ports de voix et des ficelles connues ; réussir, c'est l'enfance de l'art. \nssi y a-t-il quelque mérite pour un acrobate du feuilleton quia des planches, à s'exposer volontairemenl aux silllels pour être sincère.

NOTRE RUJ.E 001

u avril 1004

Il serait superflu de dire qu'étant poète de mon état et vieille ganache romantique, j'admire les chemins de fer. le télégraphe, l'association et le reste, la gloire de Daguerre et celle de Parmentier, mais sans avoir jamais senti mon cœur battre d'amour spécialement pour telle ou telle pomme de terre ou pour telle ou telle locomotive. Je loue et j'aime M. Chamberlent d'avoir défriché les landes et d'y avoir planté des arbres, mais sans pouvoir consentir jamais à l'adorer au lieu et place de l'ancien bon Dieu. Enfin, avouons tout, pendant que j'\ suis : je chéris l'utile, mais je chéris surtout l'inutile, et la seule filature dans laquelle j'aie des acti« >nest celle du célèbre lis dont parle l'Ecriture.

1 '4 juin 1869

L'auteur justement applaudi et acclamé du dernier adultère représenté à la ( lomédie-Franraise, M. Paul Déroulède, poète aimable et sympathique, a l'Age de Roméo, presque l'Age de Chérubin; il est tout naturel qu'il s'habille' à la mode de son temps et qu'il rime, pour le Théâtre-Français, le genre de poème que le Théâtre-Français joue exclusi-

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