MARIE DUR VAL
mains de Frederick tout ensanglantées, et que saisie d'horreur, elle attirait à elle son enfant et la couvrait de baisers ! Et dans cette scène du cinquième acte d'Hernani, dans cette élégie charmante sur laquelle le dénouement qui s'approche jette déjà son ombre mélancolique, vous rappelez-vous comme M03'" Dorval disait les beaux vers du poète avec toute son âme ! Etait-elle assez ravie, assez amoureuse, assez frissonnante de cette émotion suave où une nuit calme et parfumée jette les cœurs éperdus d'amour ? Et dans la scène du flacon, quand elle bondissait comme une tigresse en furie et qu'elle arrachait ce poison à son amant ! Elle s'écriait : « Je l'ai !» — il fallait voir avec quel accent de triomphe, de prière et de reproche — et toutes les respirations s'arrêtaient dans la salle. Mais surtout dans Angelo, la tirade de la courtisane, cette imprécation insensée et terrible: « Ah ! Mesdames les femmes -honnêtes ! » Non. jamais tant de rage, de remords, de douleur et de colère n'ont éclaté aussi violemment en brisant un cœur ulcéré; elle était pantelante, abattue, brisée, formidable d'indignation et d'insolence, et c'était si bien l'effrayante réalité, qu'un jour Marie Dorval n'a pas osé réciter jusqu'à la fin ces imprécations devant la reine d'Angleterre !
Même dans Phèdre et dans Hermione. nous l'avons aimée, elle aussi, avec sa passion plus déchaînée que celle du poète, avec sa naïveté, sa violence et sa maladresse à porter la pourpre. Artiste sublime, Ame désoler, paroi Mo à une urne toujours penchée
d'où ruisselle sans cesse un flot débordé, tantôt avec dos cris et des sanglots, tantôt avec d'harmonieux murmures! Pauvre Marie, la meilleure et la plus vaillante parmi les grandes comédiennes de ce temps, elle avait su être non seulement une grande artiste toujours, mais toujours aussi une vraie femme ! Vussi la pleurons-nous, non pas comme une comédienne, mais comme une femme, avec les plus pures de nos larmes et la plus profonde tristesse de nos cœurs.
23 février i85o
M11' Sontag est une femme belle encore, dont la tête pleine d'expression et de charme austère semble faite pour exprimer les douleurs idéales. Après avoir fait revivre pour l'Europe charmée les grandes héroïnes des tragédies lyriques, M,le Sontag semble avoir conservé dans ses regards et dans son sourire le souvenir des poétiques infortunes qu'elle a chantées. Sous cette admirable robe d'un rose vif dont une heureuse combinaison de bouillons de même étoffe, formant le tablier, et coupés de distance en distance par des bouffettes tombantes en effilé faisaient un véritable chef-d'œuvre, et dont le corsage drap*' cl décolleté encadrait bien les épaules si célèbres et tanl chantées de la cantatrice, elle foulait la petite scène du Conservatoire ;i\<'<- la démarche grave et Gère d une reine du monde qui peut poser ses pieds