LE CHANT DES OUVRIERS
Des frères,
Des frères,
Et les tyrans des ennemis 1
Sérieusement, en France, il n'y a jamais eu que deux écoles littéraires : l'école dramatique et l'école lyrique . Le peuple toujours ardent et passionné a toujours aimé follement à s'enivrer de lyrisme ; la bourgeoisie, calme, blasée, égoïste, a toujours été prise aux ficelles ingénieuses et aux petits mensonges de la comédie à couplets. Voulez-vous ravir un bourgeois ? Cbantez-lui ces vers de M. Scribe, dans lesquels une femme est comparée à une rose :
Un même jour nous vit naître — charmant ! — — Du même éclat votre jeunesse brille, J'ai voulu qu'en vous éveillant, Vous puissiez vous croire en famille !
Le peuple, lui, veut de la belle poésie qui Halte ses passions et ses baines :
Qu'on mette au bout de nos fusils Les poitrines des Radetzk\^ !
Peut-être arrivera-t-il un joui- où il comprendra cette grande parole : // n'y a rien de beau que ce qui csl ralmr. Peut -être aussi les bourgeois finiront-ils par se pénétrer du mot de Boileau : Rien n'est beau que le vrai, et peut-être enfin Pierre Dupont, le grand lyrique, le (ils aîné de notre Muse moderne, arrivera-t-il à se rappeler ces paroles du Christ, qui doivent être toujours présentes à l'esprit d'un poète : Mon royaume n'est pas de ce monde. Dans ce temps-
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là od punira ne plus jouer de vaudevilles politiques el ne plus interrompre la représentation de ces pièces qu'on ne jouera pas par les foudres chorales de ce refrain qui, tout beau qu'il est, me fait un peu, je ravoue, l'effet d'une scie à l'heure qu'il est :
Les peuples sont pour nous des frères,
Des frères,
Des frères, El les tyrans «les ennemis !
La foule élégante écoutait avec stupéfaction ce kI débordement de strophes qu'elle ne songeait pas à arrêter, et auquel elle ne comprenait absolument rien. El pourtant c'était bien facile à comprendre, et si jamais le peuple a eu le droit de se fâcher, c'est ce soir-là, et quand même il n'aurait pas vu deux livres de diamants sur les épaules de M Céleste Mogador.
Savez vous comment MM. Laloue et Labrousse l'ont blessé ? Précisément par les efforts qu'ils ont faite pour ne blesser personne. Les auteurs avaient rêvé de faire de Rome nn spectacle purement décoiitil. complètement impartial, et montrant les nommes vivants avec le phlegme de l'histoire. Ces messieurs n'ont pas compris qu'ils tentaient là une chose impossible. \ supposer que le peuple vous permîl de mettre en scène Mazzini, Garibaldi et les linaux romains, ce serait à la condition que vous Non. prononceriez pour les uns ou pour les autres, et que vous diriez si vous êtes avec les cardinaux ou M izzini.