‹ CritiquesChapitre 37 sur 99 · JULES JANIN · texte numérisé non relu

JULES JANIN

ton, cette chose pédante et morte, devenir, grâce à lui, un témoin de la vie moderne, un tribun éloquent, un railleur, un peintre des élégances et un chanteur aussi, capable de faire résonner tour à tour la flûte de roseau ou le luth d'ivoirç !

Quand Jules Janin, tout jeune homme et parfaitement inconnu, avait encore pour tout logement cette élégante mansarde de la rue de Vaugirard, qu*il fit depuis si coquette et qu'il augmenta de l'appartement situé au-dessous d'elle, il avait acheté (avec de l'argent) à Diaz, inconnu aussi, quatre panneaux de fleurs dans lesquels s'étalaient sans vergogne la prodigalité et là fastueuse richesse du coloriste qui, n'ayant pas alors à compter avec l'opinion, osait faire des orgies de lumière et de joie, sans se préoccuper d'être trop magnifique et de blesser les yeux des quakers du bon sens et de la rime pauvre. Rouges, roses, écarlates, pourprées, jaunes, violettes, couleur d'azur, blanches comme la neige, ces fleurs, — ne demandez pas leurs noms, — ou plutôt ces mélodieuses et enivrantes taches de couleur chantent à souhait pour 1« plaisir des yeux leurs gammes et leurs vocalises visibles, las, amas et montagnes de fleurs coupées et amoncelées follement, comme pour servir de lit de repos à Chloris elle-même, et ces tableaux me semblaient être la parfaite image du prodigue talent de leur acheteur Jules Janin, lorsqu'ils embellissaient sa mansarde si étroite, mais d'où l'on voyait tout le Luxembourg avec ses feuillages, ses fontaines et ses guirlandes de verdure 1

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7 juin 187a

M. Gaston Guitton ayant accepté cette belle tâche de faire pour la Comédie-Française le buste d'Alfred de Vigny, a supposé au poète d'Moa, évidemment dans une déplorable pensée d'idéalisation, des traits à la fois séraphiques et apolloniens qui travestissent étrangement ce poète, ce soldat, âpre au devoir, dont la vie eut un singulier caractère de fraternité et d'héroïsme, car il profita de ce qu'il était né gentilhomme, inattaquable sur ce poiilt, pour se faire l'avocat dii poète en haillons, socialement infime, du Villon que la faim dévore, malgré son génie *.

Je l'avoue, mon cœur a bondi quand j'ai vu la cravate lâche et dénouée qui'fait des violences au cou de ce buste. Alfred de Vigny en cravate flottante 1 Voilà un contresens plus gros que Behémot et Leviathan réunis. C'est précisément parce qu'il était rigoureusement correct en son dandysme, d'une élégance anglaise raffinée et un peu affectée même, que

I. Le sentiment profond de Vigny n'est pas douteux ; stoïque, il reste ému de justice et de pitié: « Il m*est arrivé, écrira-t-il dans son journal, de passer des jours et des nuits à me tourmenter extrêmement de ce que devaient souffrir des personnes qui ne m'étaient nullement intimes et que je n aimais pas particulièrement. Mais un instinct involontaire me forçait à leur faire du bien sans le leur laisser connaître. G'étaitl'enthousiasme de la pitié : la passion Àe la bonté que je sentais en mon cœur. » (N. de TÉd.)

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