‹ CritiquesChapitre 4 sur 99 · EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR 11, RUE DE GRENELLE · texte numérisé non relu

EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR 11, RUE DE GRENELLE

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Nul n'a mieux expliqué le plus clair des poètes — Théodore de Banville — que Stéphane Mallarmé dans sa Symphonie littéraire :

Aux heures où Tâme rythmique veut des vers et aspire à Tantique délire du chant, mon poète, c'est le divin Théodore de Banville, qui n*est pas un homime, mais la voix même de la lyre. Avec lui, je sens la poésie m'enivrer, — ce que tous les peuples ont appelé la poésie, — et, souriant, je hois le nectar dans l'Olympe du lyrisme.

C'était la puissance orphique que Mallarmé célébrait en ajoutant Banville à Baudelaire et à Théophile Gautier, pour chercher dans ces trois noms le nombre créateur d'une beauté nouvelle.

Et quand je ferme le livre, dira-t-il, ce n'est plus serein ni hagard, mais fou d'amour, et débordant, et les yeux pleins de grandes larmes de tendresse, avec un nouvel orgueil d'être homme. Tout ce qu'il y a d'enthousiasme ambrosien en moi et de bonté musicale, de noble et de pareil aux dieux,

chante et j*ai l'extase radieuse de la Muse ! J*aime les roses, j'aime For du soleil, j'aime les harmonieux sanglots des femmes aux longs cheveux, e/j^ voudrais tout confondre dans un poétique baiser 1

C'est que cet homme représente en nos temps le poète, Tétemel et le classique poète, fidèle à la déesse, et vivant parmi la gloire oubliée des héros et des dieux. •

Sa parole est, sans fin, un chant d'enthousiasme, d'où s'élance la musique, et le cri de l'âme ivre de toute joie.

Les vents sinistres qui parlent dans l'efiarement de la nuit, les abîmes pittoresques de la nature, il ne veut les entendre ni ne doit les voir : il marche en roi à travers l'enchantement édénéen de l'âge d'or, célébrant à jamais la noblesse des rayons et la rougeur des roses, les cygnes et les colombes et l'éclatante blancheur du lis enfant, — la terre heureuse 1

Ainsi dut être celui qui le premier reçut des dieux la lyre et dit l'ode éblouie avant notre aïeul Orphée. Ainsi lui-même, Apollon.

Il faut savoir encore que cet Apollon garda les troupeaux chez Admète et fint longtemps le sceptre ou la houlette du critique.

Dans ses feuilletons hebdomadaires, au Dix Décembre, au Pouvoir^ au Paris, à YArtisie, au Nainjaune^ au National — de 1849 à 1881 — nous rencontrons un Banville en habit de soirée, jugeant les auteurs du jour, les comédiens de

PREFACE Vil

de la semaine et les chanteurs de la saison, un Parisien épris darl et de toiles de fond, un Sainte- Beuve du parterre qui sait l'importance exacte de Tavant-scène et des coulisses, du costume et du décor, de l'apparence et des dessous, de l'action dramatique et du rêve muet. Celui-là suivait d'un œil amusé l'exhibition des modes, des titres et des parures, notait les mouvements de la foule influencée par la rue, ne dédaignait ni la cour ni le jardin et savait encore ajouter des voix à celles de la forêt orchestrale.

Son coup d'œil au balcon et ses propos d'entr'acte attestent un luxe d'empire et l'esprit de deux républiques. Ses comptes rendus sont ceux d'une époque et tous restent frappés d'un coin très personnel. L'œuvre est là qui survit, durable en son instance, toujours écrite, encore dorée au feu de l'improvisation.

Le temps n'a pas usé tout l'esprit de Banville. La cible où frappaient ses pointes a^ pu disparaître ; les traits de Tarcher solaire n'en restent pas moins précieux, et c'est à peine s'il importe de savoir à propos de quels drames rentrés sous la trappe, à l'occasion de quelles comédies évaporées telles ou telles paroles furent lancées. Elles existent du fait de leur grâce et de leur légèreté brillante avec le fer aigu de leur intention.

Ce poète crut au feuilleton comme d'autres

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