OPÉRA
tapissier, une flèche à rideaux, comme nos pères en ont pu voir à TAbbaye-aux-Bois, chez M'"" Récamier. Il n'y a que les Anglais pour avoir ainsi l'énergie de leur opinion et Taudacieux parti pris d'une certaine couleur locale.
II janvier 1875
Un Opéra est censé être une grande composition dramatique, à la création de laquelle ont concouru la Poésie (d'abord, car partout où elle est, elle est la première !), la Musique, la Danse, la Peinture et tous les arts secondaires. Or, dans les pièces jouées chez nous sous le nom d'opéra, la poésie manque absolument, et on ne l'y trouverait pas, même à dose homéopathique. M. Scribe, qui a fait tous les. opéras, fut un très habile con^iucteur théâtral, et il s'entendait mieux que personne à emprunter et à bien disposer les situations qui conviennent à la musique ; mais il fut aussi le contraire d'un poète. Les généalogistes, qui sont les plus effrontés menteurs du monde, n'arriveraient pas à établir d'une manière vraisemblable comment M. Scribe descend d'Orphée. L'architecte, et il ne pouvait faire autrement, a surmonté son édifice d'un Apollon élevant sur la ville et sur le monde sa lyre flamboyante ; mais le malheur est qu'Apollon et M. Scribe ne se connaissaient pas, et s'ils s'étaient rencontrés dans la rue, aucun des deux n'aurait salué l'autre.
II janvier 1876
M. Garnier avait à réaliser, à personnifier un mensonge, r Opéra tel que nous le possédons ; une chose qui, en réalité, n'existe pas, puisqu'elle n'est pas conforme à l'idée qu'on s'en fait nécessairement, et à l'aspect sous lequel les arts sont forcés de la représenter. Aussi l'architecte ne saurait-il être blâmé de s'être tiré de là par une profusion de festons et d'astragales. Et ce qui est son apologie peut servir de justification à M. H alanzier, à qui on reprcbe de n'avoir pas donné un spectacle type *, répondant à l'idée que nous nous formons de l'Opéra. En donnant Armide, par exemple, ou Orphée, ou Iphigénie, il n'aurail; rien fait qu'un mensonge, puisque ces œuvres lyriques ne font pas partie du répertoire de l'Opéra, où depuis bien longtemps on ne joue rien que des mélodrames an ecdo tiques mis en musique par des compositeurs de génie.