‹ CritiquesChapitre 62 sur 99 · JURYS · texte numérisé non relu

JURYS

29 juillet 1872

JuRTs. — Ni les gouvernements, ni Ips aca4épiies, ni les directions ç}ps beaux-arts, pi JEmpvii) des personnages officiels qui agis^enj; en leur nom, ne sont et i^e sauraient ê^fe juges pn fait de poésie, etjes œuyres 4p cet art (Jivip passent }eur compétence. Lamartine et Musset meurent simples chevaliers, gcribe et Poissard conirnandevirs de }a L,égipn d'Honneur,

Uft joi^r qup, par hasard, Lamartine et Hijgo avaient pu s*absenter, l'un ^e la Chan^hre de§ députés, Vautre dp 1^ CSJian^hfie des pairs, ils assistèrent à une séance daps laquelle T Académie jugeait un concours de poésie. Comme ils descendaient ensemble l'escalier, stupéfaits l'un et l'autre de ce qu'ils avaient entendu : « — Savez- vous, Hugo, dit Lamartine, que, si j'avais concouru, ces bougreslà ne m'auraient pas donné le prix I -r- Et moi, répondit Je poète des Opieniales, ils ne m'auraient pas lu jusqu'au quatrième vers I » J'ai entendu raconter cette petite anecdote par Victor Hugo luimême et j'en conclus que Je poète, dramatique ou autre, ne peut être jugé que par ses pairs de son vivant, et plus tard par la postérité. Je me rappelle aussi la céréiponîe funèbre qui eut lieu à Passy^ dans un jardin j autour du cercueil de Pons^rd, et dans laquelle M. Edouard Thierry et M. Cuvillier- Fieury lui promirent l'immortalité^ Cependant iU ne la lui ont pas donnée.

i5 juillet 187a

Modes. — Les étrangers de passage à Paris courent maintenant à Andromaque, tout comme ils couraient jadis aux formidables niaiseries de TOpérette. De tout cela il résulte que, pour le moment, la Poésie est à la mode, et je pense qu'elle en doit bien rire ! En effet, elle a cela de commun avec le soleil que, dans les temps où elle n'est pas à la mode, elle s'en console aisément, et comme lui elle continue à briller et à faire éclore des moissons de roses, profilant de ce qu'elle est éternelle pour ne pas souhaiter avec trop d impatience les succès d'une minute.

Mars 1880

L'Ode et la Scène. — Les grandes œuvres dramatiques ne demeurent au théâtre Bt n'y persistent que par le Livre.

... La Tragédie, la Comédie sont directement sorties de l'Ode, et dès qu'elles n'ont plus dans les veines une goutte de sang de l'Ode, elles ne vivent plus que d'une vie morne et végétative. Tout grand poète dramatique est en même temps un grand lyrique.

... Le théâtre fut toujours sublime aux époques où il ne rapportait pas d argent, car alors il était sans conteste laissé et abandonné aux poètes.

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