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PROU-FROU

de légères dentelles, de cils tremblants, de cheveux voletants dans la lumière et de tout ce qui rappelle à notre âme le léger, le cruel, l'insoucieux, Tin-idocile amour, venant et s'enfuyant avec la rapidité de ce bruit délicieux, qui passe sur notre cœur et si voluptueusement le caresse et le froisse ! Avoir eu ridée d'animer, de personnifier ce frisson de la . soie, d*en faire une figure vivante et visible, c'était avoir créé un symbole presque aussi beau que celui de la Grèce représentant l'âme par une jeune fille ailée, dont les ailes sont celles d'un papillon d'azur et de lumière. Hélas ! après avoir modelé d'une main si délicate cette idéale et divine Frou-Frou, qui ne périra pas, pourquoi l'avoir emprisonnée dans une famille de grotesques dont Joseph Bridau n'aurait pas hésité à faire des légumes ? Pourquoi l'avoir fait expirer sur un canapé, en robe de mérinos, entre une bonne d'enfant et un mari à longue redingote ? Eh ! non, non, non, vous n'êtes plus Frou-Frou !

Et précisément il fallait que Frou-Frou fût toujours Frou-Frou jusqu'à la mort ; qu'elle aimât jusqu'à l'adoration l'orgueil des joyaux, le triomphe des étoffes d'or, le point et les dentelles, si dignes d'être passionnément chéris qu'une célèbre grande dame les faisait hacher et les mangeait ; qu'elle mît sa joie à glisser sur le lac glacé, vêtue de fourrures inestimables et introuvables ; à organiser en été, sous les feuillages de son parc, des fêtes aux costumes féeriques, assez éblouissantes pour faire pa-

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raître plats et vulgaires les rêves de Watteau ; à faire dire à M. Moïena : « Où diable a-t-elle pu trouver tant de perles noires exactement semblables les unes aux autres, et tant de diamants de couleur d'une eau et d'une grosseur pareilles ? » C'était son droit et son devoir ; mais il fallait montrer aussi que la reine de la Mode folle et du Caprice, que Frou-Frou enfin porte une âme de héros sous son enveloppe de fée ; que bien mieux que toutes les madames Honesta du monde, elle sait être décidée, vaillante, vertueuse, et qu'elle applaudit et défend les œuvres du génie avec ces toutes petites mains d'enfant aux nerfs d'acier qui domptent les chevaux farouches avec autant de grâce qu'elles en mettent à chiffonner le point de Venise et les rubans d'or I II fallait que Frou-Frou mourût au sortir d'un bal, ou après quelque folie téméraire, ou après quelque exploit d'amour : et alors, M. Meiihac aurait eu le droit absolu de traduire en prose, comme 1 l'a fait, un morceau dont la musique n'est ni de Wagner, ni de M. Auber, mais de Théophile Gautier, et qui restera à jamais la seule et véritable épitaphe de Frou-Frou : Coquetterie posthume.

39 novembre 1869

Répit. — Il est difiBcile de vivre, mais il est difficile aussi de mourir tout à fait. Quand la platitude

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