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LE THÉÂTRE ET LA GUERRE

i8 juillet 1870

La. bonne chanson. — Tandis que s'agitent sous les brises pacifiques ou sous le vent furieux de la guerre les graves destinées des empires, continuons cependant à raconter, dans ce petit espace * où ne pénètrent pas les tumultes de la rue et de l'Assemblée, ce qui en tout temps comptera pour une grande part de l'histoire de la France, même à ces moments où son âme s'envole dans les plis frissonnants du drapeau, je veux dire l'histoire de sa pensée et de sa poésie.

Aux heures ardentes, elle aura besoin de la voix de Tyrtée ; ce n'est jamais sans être emportée dans l'harmonieux orage du rythme et des chants que la patrie inspirée de Rouget de l'isle saisira son épée sans tache. C'est pourquoi ne dédaignons pas les jeunes poètes qui chantent à présent ; car de cette même voix qu'ils mariaient tendrement aux accords de la flûte de Sicile, ils entonneront, dès qu'il le faudra, l'hymne sacré qui mêle les cris de sa colère avec le mugissement furieux des clairons. Vienne ce moment où la nation entière n'a qu'une voix et qu'une âme, et nous aurons besoin de tous ceux qui sentent

I, Ecrit en feuilleton du National à propos de la Bonne Chanson de Verlaine et à la veille de la déclaration de guerre.

3l2 LE THEATRE ET LA GUERRE

vivre en eux la patrie, — oui, de tous, et même des poètes.

En voici un, Paul Verlaine, qui est au suprême degré un homme de son pays, de son temps et de sa génération ; de cette génération trop tard venue après que les lauriers étaient coupés» il a eu les ennuis, les irritations, les sourdes colères ; il nous a révélé dans les Poèmes saturniens j toutes les douleurs, toutes les angoisses qui troublaient son jeune esprit, de même que dans des Fêtes galantes il s'est montré artiste de race, ouvrier exquis, en prêtant de suprêmes ironies et de mélancoliques élégances à ses pâles fantoches vêtus de satin et devisant d'amour au clair de lune. Aujourd'hui, par un de ces divins miracles dont par bonheur la tradition n'est pas perdue, Paul Verlaine retrouve à la fois dans son nouveau livre les gaietés, les espérances et les vaillantes candeurs sereines de son âge, car c'est pour une chère fiancée qu'a été assemblé ce délicieux bouquet de poétiques fleurs que le même artiste, toujours aussi savant mais devenu heureux, appelle si justement la Bonne Chanson,

28 août 1870.

Baptême. — Si Henri Heine était encore là, si au lieu de boire le nectar à côté de son père l'athénien et à côté de Flaccus Horatius dans le paradis des poètes, il pouvait se promener tranquillement dans les allées du camp de Saint-Maur, avec quelle joie il regarderait ces jeunes mobiles gais, vaillants et fan-

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