‹ CritiquesChapitre 87 sur 99 · APERÇUS · texte numérisé non relu

APERÇUS

cueillir à même l'azur des grappes de frissonnantes étoiles. L'homme régénéré aimera et labourera par séries blanches et roses, géométriquement rangées comme des couvées de cygnes, et chassera devant lui dos troupes de vierges amoureuses couronnées de fleurs et de numéros d'ordre. Chaque citoyen devenu en même temps son pape et son empereur, tout à la fois simple ouvrier et dieu individuel, la pourpre alu dos, le front orné de la triple tiare d'argent et d'or, et les pieds chaussés de souliers de chasse à double semelle, d'une main portant la truelle et la pioche, et de l'autre le globe de Charlemagne, marchera dans la majesté de son orgueil, traitant de gré a gré avec les archanges, devetius ses commis, chargés d'un mandat impératif, et raccommodant luimême ses chausses ! Dompté enfin, Tunivers otéira à vos caprices, et vous forcerez les bananiers à fleurir dans les glaces irisées du pôle ; l'âme humaine, dégagée comme l'électricité par un agent irrésistible, sera enfermée dans des flacons de cristal et se vendra au litre chez les pharmaciens ; le parfum du sucre et des citrons mûrs embaumera les mers savoureuses, devenues un objet de première cotisommation, et la terre, chaufTée à volonté par un soleil intelligent, ne sera plus qu'une immense « posada » où le premier venu pourra se faire servir un printemps fleuri, comme aujourd'hui une chope de bière !

Toutes ces merveilles, vous les accomplirez en moins de temps que je ne les raconte, et nous les chanterons en vers de quarante-cinq syllabes sur une lyre

DÉFI SgS

de platine à trois cents cordes. Transformer la mer et les cieux, c'est là, je Tavoue, un jeu d'enfant * seulement, écoutez bien le défi que je vous porté ! Transformez certains bourgeîois et défendez-leur d'aim(*r lacajoti plaqué, la porcelaine peinte à viûglr-cinq sous, les cravates bleu de ciel^ les maisons de campagne bâties en castel gothique, les jets d'eau avec un Napoléon au milieu, les verres à surprise, les tours de cartes, les images à la manière noire, les fleurs artificielles sous cylindre, surtout les pmrfa/z/* comme Souvenirs et Regrets, Frivolité et Remords, et tous les pendants possibles ! Exactement, et au point ch vue scientifique., on appelle pendants deux objets absolument différents l'un de l'autre, mais crus semblables entre eux, et qu'un bourgeois harmonique et sériaire place en face l'un de l'autre pour le plaisir des yeux. Pour ledil bourgeois un objet d'art qui n'a pas son pendant est comme non avenu. Ces hommes féroces ont forcé M. Clésinger d'exécuter tm pendant à sa nymphe pâmée, et M. Pollet d'en donner un à son étoile. Faites leur présent d'un Decamps, leur premier soifl sera d'aller acheter une toile pareille â celle sur laquelle le tableau a été peint et de commander à M. Servais deux cadres semblables. Ce devoir accompli, ils feront couvrir la toile neuVe par le premier barbouilleur venu, peu leur importe ! Seulement s'il y a dans le tableau de Decamps un moulin à vent, ils feront mettre dans le pendant un moulin à eau. Si un canard, une troupe d'oies. S'il leur faut une paire de mouchettes, ils se procureront

^9^ AlMvKÇl s

pour y'a/r^ pendant sur la cheminée une sonnette à timbre.

0 abstracteurs de quintessence, sculpteurs d'idéal, algébristes extasiés, empereurs et papes, créateurs qui marieriez les cieux et les mondes en criant aux étoiles : 0 hymen, ô hy menée ! transfigurez-moi ces gens -là, faites-leur aimer les meubles authentiques de Boule, les faïences de Nevers, les émaux, les verres de Bohême, les sièges confortables, la peinture des coloristes, le vin naturel, le rostbeef et la saine poésie, je me déclare à l'instant plus fouriériste que Fourier, et je consens volontiers à écrire sur mon chapum : c'est moi qui suis Guillot, berger de ce phalanstère !

a8 octobre i85o

Conte. — Où trouver une fiction plus enchanteresse que ce conte de Riquet à la Houppe, toute rhistoire de Famour en quatre pages ! Il y avait une fois un prince très laid à qui une fée avait accordé de donner de l'esprit à la femme qui l'aimerait et une princesse très sotte qui avait le don d'embellir l'hommedont elle serait aimée. Écoutez Riquet donner de l'esprit à la princesse, et dites-moi si Ton n'en donnerait pas à moins :

^- « Il n'y a rien, Madame, qui marque davantage qu'on a de l'esprit que de croire ne pas en avoir ; et il est de la nature de ce bien-là que plus on en a, plus on croit en manquer.

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