‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 47 sur 89 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Insulte au drapeau Yankee — Beau temps — VAnna F. Schmàt - « Oh ! du navire ?» — V Express — Provision de pain —La Baie de Saldanha — Visiteurs de la campagne — Funérailles — La prise du Tuscaloosa — Une prise à la hauteur du Cap — La Sea Briâe-' Le navire est encombré — Sympathie.

Dimanche 28 Juin. — Ce soir, à 4 h. 30, un grand vaisseau amena après un coup à poudre, ou plutôt il parut venir de son plein gré ; car il gagnait évidemment de vitesse sur nous , et. lorsque nous tirâmes, il était à une très- grande distance^ Aussitôt qu'il eut mis en panne, il alluma un petit fanal bleu, et comme notre canot portait aussi un fanal, en se rendant à force de rames vers lui, il en alluma un second. II nous dit ensuite qu'il n'aurait pas mis en panne s'il n'avait pas cru que nous étions en détresse. L'officier d'abordage nous le signala comme étant le navire des Etats-Unis le Dacotah^ et demanda à voir les papiers du bord, qui lui furent refusés; le Patron déclara que nous n'avions pas le droit de les voir. En aj)prenant le véritable nom du navire (le Yemon)^ en voyant qu'il venait de Melbourne pour Londres, et en reconnaissant par lui-même que c'était réellement un navire Anglais, un de ces paquebots de Melbourne construits comme des frégates, l'officier d'abordage revint sur VAlabamay et l'étranger reprit sa course; celui-ci était

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une grande distance de nous, lorsque je reçus le t de l'officier d'abordage. Toutes ces circonstances échèrent de lui donner une autre chasse, pour ap« mes droits de recherche, comme navire d'une puisbelligérante : cui honOy d'ailleurs, si la vaisseau tellement Anglais? Il est vrai qu'on peut capturer sseau neutre qui s'oppose à l'examen des papiers, 3 ne pouvais prendre que pour détruire, et je n'aus brûlé un vaisseau Anglais (si j'avais été certain lationalité), quand même le Patron aurait continué ;er de montrer ses papiers. Je ne voyais pas non le le pavillon des Etals Confédérés eût à se venger insulte, car l'insulte (si c'en était une), avait été §e au drapeau Yankee. Selon toute probabilité, le était un paquebot, un paquebot-poste sans doute, 3 Patron ignorait les lois et les droits des belli-

26'» 35', long. 32» 59' 30", courant S.-E., trente roulis et tangage, ce qui me cause de grands défaits. Le fait est que je deviens trop vieux pour aimer es habitudes de la mer. Les jeunes gens sont quel- , contents d'être un peu maltraités par une bour- , mais quand on a dépassé la première période de on préfère le calme et le repos.

di 30 juin. — Le mauvais temps de la semaine 'e semble toucher à sa fin, il s'est dissipé tout seul; in nous avons joui d'un soleil bienfaisant et d'une hère brillante et agréable. Les pigeons du Cap sont à leur nature; ils sont presque tous partis. 11 y a uii peu d'agitation sur la mer, et le navire roule ant craquer ses cloisons comme à l'ordinaire. Vent 5 de l'Est.

l Juillet nous amena une autre prise : VAnna

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F. Schmidt, du M^ine, allant de Boston ^ San Francisco, çt un autr^ prudent Yankee transformé en Anglais, On signala ensuite un grand vaisseau qui courait sous lèvent avec toutes les voiles dehors ; il répondit à l'appel de V4Ia6a9^4 par un coup de canon tiré de son bâbord 4*avant,

C'était un vaisseau de guerre ; on l'aurait compris l sa réponse» si la coupe de ses puissantes vergues et de sea espars élevés n'avait pas été assez apparente. Un enaeioi peut-être 1 A cet espoir de combat, quoiqu'il eût devant lui un navire d'une taille au n^oins double de la sieane, VÀlab^ma vole en avant à toute vitesse de voile et de vapeur, et le voilà en chasse 1 La mer était calme, quoi* qu'il y eût une forte brise ; quelques instants après, l'impertinent petit croiseur se rangeait le long de la belle frégate; dix gueules noires grimaçaient par les sabords de chaque côté de l'étranger !

a Steamer des Etats Confédérés VAlabaiml » criat-on du gaillard d'arrière, au moment où les deux navires volaient sur l'eau, bord à bord, a Oh 1 du naviret»

Alors on reconnut qu'il ne devait pas y avoir de combat ce jour-là. Le navire chassé se contenta de répondre laconiquement ; « Vaisseau de Sa Majesté Britannique, le Diomède; » puis il continua sa route, labourant l'eau sous la terrible pression des voiles qui faisaient plier les espars comme des baleines, et il fut bientôt hors de vue : il remplissait évidemment quelque ordre qui ne permettait aucun retard.

Cette déception fut un peu compensée, deux jour» après, par la prise du beau navire V Express^ de Boston, se rendant de Gallao à Anvers avec un chargement de guano ; voici les détails : —

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AFFAIRE DE l'EXPRESS.

Vaisseau sous pavillon et registre des Etals-Unis; cargaison de guano, expédié par Senan, Valdeavellano et C» à Callao, et eonsignée à J. Seseau et G° à Anvers. Au dos de ce bulletin de cbargement on lit T inscription suivante : —

c Nous, soqssigné, chargé d'affliireg et Consul de France k Lima, f certifions que le cbargement de paille soixante-douze tonnes de c guano spécifié au présent connaissement est propriété neutre,

fi F4it à Lima le i7 Janvier iaô3. »

(Au l)98i la signature et le scçgu du Consul.)

Cette attestation n'a aucune valeur comme preuve, pour deux raifons t 1^ elle n'est pas certiOée par serment; â'^elle affirme simplement que la propriété est neutre (la plus grande partie du moins, elle ne parle pas du guano en sacs), et ne désigne pas le propriétaire ou les propriétaires. Un Consul peut donner un témoignage authentique par son sceau^ mais lorsqu'il sort de ses fonctions habituelles de Consul et devient témoin, il doit donner son témoignage sous serment, comme les autres témoins. Aussi cette attestation n'est même pas un afûdavit ex 'parte. Si la marchandise avait été au nom de l'expéditeur ou du conlignalaire, il aurait été tout aussi facile de le dire que de faire ee certificat ; à quoi sert cette simple déclaration que la mar* diandise est neutre?--^ la loi, qu'un Consul et surtout un (£argé d'aCR^ires est supposé connaître, la déclare insuffisante. La conclusion de ces deux faits — savoir : qu'il n'y avait pas de serment prêté et qu'il n'y avait pas de pom mentionné, — semblerait être que le Consul a donné une espèce d'atlestalion de complaisance sur la demande d'une personne qui déclarait que la propriété était neutre; c'est peut-être pour cette raison que personne n'a prêté serment. Or, comme on peut supposer légalement que les marchandises trouvées sur un navire de l'ennemi appartiennent à l'ennemi, à moins qu'elles n'aient un caractère qui témoigne bien clairement de leur neutralité, en désignant le ^propriétaire réel par des preuves justificatives convenables; et comme, ni le bulletin de cbargement,

ni le certificat qui, n'étant pas sous serment, n'est que la simple déclaration d'un fait, et n'a pas plus de valeur qu'un bulletin de chargement; ni le témoignage du patron qui ne sait rien (voir sa déposition), sauf ce qui lui a été dit par l'expéditeur ne sont pas des preuves justificatives convenables, le navire et la cargaison sont tous les deux condamnés. Il faut convenir que dans le cas actuel une Cour de Prises demanderait peut-être ac d'autres preuves; » mais comme je ne puis le faire, etcomme un caractère bien distinct de neutralité ne couvre pas la marchandise, je dois agir dans le sens de la loi. Sect. 3* Phillimore, 596. La charte-partie déclare les affréteurs J. Sescau et C®, d'Anvers, comme agents du Gouvernement Péruvien. Mais s'il en est ainsi, pourquoi le chargement n'a-t-il pas été certifié par le Gouvernement, comme pour le Washington^ qui fut pris et relâché sous rançon par YAlabama? Le maître jure que les expéditeurs lui ont dit que la cargaison leur appartenait; et si le Gouvernement Péruvien doit avoir recours à un fonctionnaire Français pour avoir un certificat, alors pourquoi ne le fait-il pas sous serment, et pourquoi n'a-t-il pas déclaré sa véritable propriété, ce qui l'aurait protégé?

VAlabama gouvernait de nouveau vers le Cap ; car VAnna Schmidt lui avait fourni une provision suffisante de pain pour finir la traversée en petites rations. Il y arriva le 29 Juillet et il jeta l'ancre dans la Baie de Saldanha vers 1 h. 45 du soir.

Jeudi 30 Juillet, — La nuit dernière, le ciel et l'atmosphère étaient d'une clarté étrange. Je suis débarqué ce matin, à 8 h., pour faire inspecter mes chronomètres. C'était la première fois que je mettais le pied sur le solde l'Afrique. Saldanha est une place triste, déserte; le rivage ne présente que du sable et des rochers ; on n'y voit point d'arbres, mais seulement quelques tapis de verdure. On aperçoit trois ou quatre fermes çà et là sur les collines. Ici, les fermiers sont pour la plupart éleveurs.

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Le bétail y est beau et bon ; beaucoup de chèvres broutent rherbe des collines, et l'élevage des* brebis s'y pratique sur une grande échelle , car le mouton y est très-beau. On y trouve beaucoup de petits chevreaux. Nous avons bu une grillade de venaison pour déjeuner. Les petites lies de la baie abondent en lapins, et il y a de belles chasses aux bisans dans les vallées. Quelques officiers sont déjà sortis pour prendre un peu de mouvement et pour se payer le luxe d'une partie de chasse.

Vendredi 31 Juillet. < — J^ai fait un tour à terre et je me suis promené autour de quelques beaux champs d'orge. Le sol ressemble à nos terres chaudes de la Floride et produit beaucoup. On calfate et on peint le navire. On trouve en abondance des plantes sauvages en fleurs, d'énormes blocs de granit étendus sur le sable, des hauteurs, des tertres, etc.

Samedi 1" Août. — Je suis retourné à bord à 2 h. du soir après avoir fait une promenade sur le rivage. J'ai rencontré à terre des fermiers qui venaient dans une voiture à quatre chevaux pour visiter le navire. Ils m'apportaient un paon sauvage qui n'était pas tout à fait aussi gros que le dindon sauvage de notre pays, et qui n'avait pas le plumage aussi brillant que celui du paon domestique. Le schooner V Atlas est arrivé cette après-midi; il m'a remis des lettres de quelques marchands du Cap, qui iD*offraient leurs services pour me fournir du charbon, etc. Comme le vaisseau repartait immédiatement, je saisis cette occasion pour écrire au Gouverneur, Sir Philip E. Wodehouse, afin de l'informer de ma présence ici.

Dimanche 2 Août, — Les habitants disent que cet hiver a été remarquable par sa douceur; ils n'ont eu que très-peu de bourrasques. Beaucoup de gens de la campagne sont accourus de près et de loin et sont venus à bord aujourd'hui pour visiter le navire.

Lundi 3 Août, -r- Aujourd'hui nous avonfi encore reçu d*dUtre$i vi^iteuri; qui sont venus, les uns dans leurs voitures de campagne et les autres à cheval. Tous parlent le Hollandais, etU est rare d'en trouver un quip^rlâ VApgUis, Quoiqu'il y ait près d'ua demi-siècle que l'Angleterre a pris possession de cette colonie, la langue Anglaise n*a fait que peu de progrès ; car les enfants sont élevés par des maîtres d'école Hollandais. l.e$ journaux sont, povr la plupart, imprimés en Hollandais, J'ai remarqué surtout un jeune boer intelligent (d'environ vingt-trois ans); il n'était jamais monté à bord d'un navire. Il était enthousiasmé de cette construction toute nouvelle pour lui. Quelques-unes des femmes étaient de grosses jeunes filles Hollandaises au teint vermeil; leurs mains larges et rudes, leurs saints et leurs révérences gauches montraient qu'elles étaient d'honnêtes filles, élevées dans les fermes voisioes et habituées à traire les vaches et à battre le beurre. Aujourd'hui, pendant ma promenade, j'ai vu un géranium sauvage, Au coucher du soleil, un canot ramena à notre bord le corps du troisième aide mécanicien Cummings, qui s'est tué par accident avec son fusil.

Mardi k Août. — Dans l'après-midi, à trois heures, le cortège funèbre partit du rivage avec le corps du mécanicien ; on le porta à un cimetière particulier éloigné d'environ un mille et demi, et on l'enterra avec les honneurs dus à son rang; le Premier Lieutenant dit lui-môme l'office des morts. C'est le premier décès à bord du navire.

Mercredi 5 Août. — A 6 h. du matin nous levâmes l'ancre et nous sortîmes de la baie sous vapeur, en nous dirigeant vers le Cap ; à 9 h. 30 on signala une voile à un point de l'avant de bâbord ; à 10 h. 30 je l'atteignis et j'envoyai aussitôt un bateau vers le sloop Confédéré le Tuscaloosat pour amener à bord le Lieutenant Lowe. Il me rapporta qu'il avait pris, le 31 Juillet, la vais-

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seau Américain Santee venant de TEst, et chargé de riz, que Ton déclara propriété Anglaise; il était en destination dePalmouth. Il le relâcha sous une railçon de 150,000 dollars. J'ordonnai au Lieutenant Lowe de se diriger vers la Baie de Simon pour faire des approvisionnements. Je me Suis dirigé ensuite vers la ville. A 12 h. 30 j'aperçus une barque à deux points de l'avant de tribord ; J'appuyai la chasse, et vers 2 h. du soir j'atteignis et fis mettre en panne le navire pourchassé, qui portait leô couleurs des Etats-Unis. La chasse fut vigoureuse et la barque ti'était pas à plus de cinq ou six milles du rivage lorsque nûtis l'abordâmes. Le patron aurait pu se sauver s'il s'était di»rîgé directement vers la terre ; mais nous avions douru sUr lui sous couleurs Anglaises, et il ne soupçonna que trop tard la nature de notre navire. Le Consul des Etats-Unis protesta dé suite contre notre violation des eaux Britanniques (!). Le gouvernement télégraphia à l'Amiral (Walker), qui était à la Baie de Simon, pour lui dire d'eftvoyer un vaisseau de guerre; vers 10 h. du soir, le steamer de Sa Majesté lé Vûlarous, Capitaine Forsyth, entra et jeta l'ancre. Je correspondis avec le Gouverneur au sujet de la prise, et je crois qu'il fut satisfait de la distance. Je mis un équipage de prise à bord du navire capturé {Sea Bride\ et je lui dis de se mettre un bord ë terre et l'autre bord au large, en attendant d'autres ordres. Aussitôt que nous eûmes jeté nos ancres, nous fûmes assaillis de visiteurs.

Jeudi 6 Août. — Malgré le mauvais temps, le navire a été encombré de visiteurs pendant toute la matinée et ma cabine a été constamment remplie de gens empressés qui venaient me serrer la main et m'exprimer leur sympathie pour ma cause. Pendant la nuit le tonnerre et les éclairs annoncèrent un orage qui partit du S.-E. pour éclater au N.-O. Le vent s'éleva d'abord très*doûcement;

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mais il se fraîchit bientôt, et le matin il se changea en une bourrasque qui nous amena des averses de pluie et de grêle. Je communiquai avec le navire capturé^ et je donnai Tordre au maître de prise, pour le cas où il serait poussé au large par la bourrasque, de se trouver à la Baie de Saldanha le 15 du mois. Le Capitaine Forsyth, du Talorous^ est venu à bord et je lui ai rendu sa visite.

Vendredi 7 Août, -^ Je me serais mis en route pour la Baie de Simon ce matin, si la bourrasque ne m'avait retenu. Le vent souffle fortement du N.-E. ; on voit d'épais nuages qui montent au-dessus delà Table, de la colline du Lion, etc. Ils forment un très-beau spectacle avec ces eaux agitées et remplies de navires qui tiennent leurs vergues supérieures abaissées, et avec la ville à moitié enveloppée de vapeurs légères, etc. De hardis marins croisent dans la baie pendant toute la bourrasque, les ris de leurs voiles sont pris ; ils ont des ancres et des câbles tout prêts pour porter du secours aux vaisseaux qui pourraient en avoir besoin. La nuit dernière, dans le premier quart, une voile fut signalée vers le rivage, tout près du phare. Elle tirait le canon d'alarme. Deux ou trois bateaux partirent aussitôt à son secours. Le matin, on nous dit que c'était un brick Brésilien et que l'équipage avait été sauvé. La bourrasque fait rapidement entr'ouvir le brick.

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