‹ Croisières de l'Alabama et du SumterChapitre 71 sur 89 · SS · texte numérisé non relu

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DISCOURS DE M. LAIRD A PROPOS DE l'ALABAMA.

Nous allons reproduire ici intégralement le discours que M. Laird

SroDonça dans la Chambre des Communes pendant la nuit du Venredi qui suivit la perte de VAiabuma.

« Après la discussion qui s'est élevée au sujet de VAiahama, Je n'importunerai pas la Chambre avec des observations trop détaillées ; Je veux seulement déclarer, d'après ce que je sais et ce que j'ai entendu dire, que depuis le jour où le navire a été complètement achevé, on l'a laissé ouvert, et que tout le monde a pu le visiter. (Applaudissements.) J'ajouterai encore que les Commissaires du Gouvernement avaient toutes facilités pour inspecter le navire pendant qu'il était en construction. Lorsqu'ils

«„.^. quand le ryavire partit définitivement, et ils déclarèrent que .^-. était en règle. (Écoutez 1 dit M. Bright.) Ils leisuivirent jusqu'à ce que le remorqueur le livrât à lui-même, et ils ont été obligés de le déclarer eux-mêmes, il partit de Liverpool sans avoir en rien violé les lois établies. (Écoutez 1 écoutez!) On a agité la question suivante dans cette discussion : Si un navire sans canons et sans armes est réputé dangereux, assurément des munitions de guerre de toute espèce et des canons rayés sont aussi dangereux (Applaudissements) et même plus dangereux. (Applaudissements.) J'ai pris des renseignements dans les bulletins d'inscription des douanes de Londres et de Liverpool, et j'ai pu me convaincre qu'il y a eu des envois considérables d'engins de guerre pour les Etats du Nord ; ils furent expédiés par les célèbres maisons Baring et Cie (Bruyants applaudissements et rires), Brown, Shippley et Cie, de Liverpool, et par Dien d'autres encore que' je n'ai pas besoin de mentionner plus particulièrement, mais dont les sympathies pour le Nord sont bien connues de cette Chambre. (Ecoutez 1

qu'à s'adresser à un parfait gentleman — le consul Américain à Liverpool — J'ensuis certain, il leur fournira toutes sortes de renseignements avec beaucoup plus d'empressement qu'il ne le ferait pour moi et même pour d'autres. Le Consul inscrit le manifeste de chargement de chaque navire en lui octroyant une lettre de mer Américaine ; il peut donc dire le nombre exact de canons rayés expédiés de ce pays aux Etats-Unis — ce renseignement. la Chambre, j'en ai la certitude, désirerait généralement le connaître. (Bruyants cris de : Ecoutez 1) Dans les cahiers des préposés de la douane, j'ai recueilli quelques indications détaillées sur les importations du Royaume-Uni pour les Etats de l'Amérique du Nord, depuis le 1" Mai 1861 jusqu'au 81 Décembre 1863. Voici quelques chiffres : — il,500 fusils (Ecoutez! écoutez 1), 841,000 carabine8,(Applaudissements.) 26,600 fusils à pierres, 49,982,000 capsules (Applaudissements et rires) et 2,250 sabres. D'après quelques renseignements que j'ai pu obtenir, tout me porte à croire que Ion peut ajouter un tiers et même une moitié aux nombres précédents pour d'autres articles semblables expédiés aux Etats du Nord comme objets de quincaillerie. (Ecoutez 1 écoutez 1) J'ai de très-bonnes rai-

sons pour avancer qu'un vaisseau de 2,000 tonnes a Hé frété, il y a six semaines, dans le l)ut avoué d'emporter un chargement de cette prétendue quincaillerie pour les Etats-Unis. (Applaudissements.) L'exportation n'a pas encore cessé. Du !«•• Janvier au 17 Mars 1863, les bulletins d'inscrJ|>tion des douanes montrent que 23,870 canons de fusil, 30,802 carabines et 3,105,800 capsules ont été chargés pour les Etats- Unis. (Ecoutez 1 écoutez 1) D'où il résulte que si nous avons fourni aux Etats du Sud deux navires non armés, peu propres à faire la guerre; — des vaisseaux qui se sont fournis au dehors de leurs engins de guerre, — quelques personnes influentes de ce pays ont copieusement approvisionné les Etats du Nord. (Ecoutez ! écoutez 1) Pour justilier celte conduite, on est allé jusqu'à dire que, pendant la guerre de Crimée, les Américains s'étaient si bien conduits, que rfionorable membre de Bradtora et le membre de Birmingham ont tous les deux loué leur manière d'agir à l'égard de notre propre Gouvernement. J'ai pourtant entendu dire qu'un navire partit des Etats-Unis pour Petro-

Saulowski. (On crie : Le nom?) Si la Chambre veut bien me permettre e continuer, je citerai un extrait du Time» écrit par son correspondant de San Francisco, à la date du 29 Janvier 1863 : —

« La question soulevée par VAiabama prouve ce dicton que certains partis devraient avoir plus de mémoire. Pendant la guerre de Crimi'e. un vaisseau de guerre (appelé V Amérique, si j'ai bonne mémoire) ftit construit en Amérique pour le compte du Gouvernement Russe, et amené, dans l'Océan Pacifique, chargé d'armes et de munitions de

guerre, par un officier de la marine des Etats-Unis. Cet officier le conuisit à Petropaulowski, où il servit contre l'escadre alliée; il est encore dans la marine Russe. (On crie : Non; et: Ecoutez 1 écoutez I) Nous ne fîmes pas autant de Druit au sujet de cet acte d'hostilité commis par une puissance amie, acte que nous ne pouvions empêcher, que nos amis en font actuellement à propos de VÀiabama, dont notre gouvernement n'a pu empêcher la sortie d'Angleterre.

« V Amérique était Commandé par le Lieutenant Hudson; —si mes renseignements sont exacts, et je n'en doute nullement, il était alors, ou avait été peu auparavant Lieutenant dans la marine Américaine: c'était le fils d'un officier trés-distjngué , le Capitaine Hudson.. Je sais aussi que, des doutes s'étant élevés sur la nature de ce navire, les vaisseaux de guerre Américains le protégèrent dans les diff^: rents ports où il se rendit ; à son arrivée en Russie, le capitaine qui l'amena fut magnifiquement récompensé. (Ecoutez! écoutez 1) Maintenant j'irai encore plus loin pour ce qui concerne les Etats-Unis. En 1861, peu après la déclaration de la guerre, un de mes amis, que je connais depuis de longues années, vint me trouver dans l'intention de faire construire des navires pour le compte du Gouvernement Américain, — le Gouvernement du Nord, bien entendu. (Ecoutez ! écoutez I) Recherches, plans et devis furent donnés à mon ami par des agents de ce pays et transmis au Secrétaire de la Marine Américaine. Je lirai un extrait de la lettre ciue m'écrivit cet ami, à la date du 30 Juillet 1861. Elle vient de Washington : —

« Depuis mon arrivée, j'ai eu de fréquentes entrevues avec notre Département de la Marine, et je suis heureux de vous annoncer qu'il est disposé à faire construire un navire cuirassé hors du pays. (Ecou; tez! écoutez!) Ce vaisseau est désigné pour un usage spécial et destine à un but déterminé. Je vous envoie ci'inclus un mémorandum que le Département m'a remis hier soir avec prière de vous l'envoyer par le st{;amer de la malle du lendemain et de vous demander une réponse immédiate. Si vous voulez construire un navire comme celui que l'on demande, envoyez-moi le prix et le temps qu'il vous faudrait avec les plans et les devis que vous jugerez à propos. » (Bruyants applaudissements.)

L'extrait du mémorandum déclare que « le navire doit porter des canons, (^n un mot avoir tout un gréement complot. >» (Applau<lis.«e-

menf s et rires renouvelés.) Le U Août, je reçus une autre lettre de la même origine. J'en extrais le passage suivant : —

« J'ai reçu ce matin une note du Sous-Secrétaire de la Marine dans laquelle il me dit : « J'espère que vos amis soumissionneront les deux bâtiments à vapeur cuirassés. » (Ecoutez I écoutez!)

La maison avec laquelle j'étais alors en relations, par suite de contrats nombreux conclus avec d'autres personnes, déclara qu'elle n'était pas en position d'entreprendre des commandes qui devaient être livrées dans un si court espace de temps. Voici la réponse : —

« J'ai envoyé votre dernière lettre, que j'ai reçue hier, au Secrétaire de la Marine, qui était très-désireux de vous voir construire ces vaisseaux cuirasses à l'épreuve du boulet; j'espère qu'il pourra maintenant vous décider à faire construire une ou plusieurs canonnières. » (Bruyants applaudissements.)

Dans l'étal actuel de la question Américaine,Je pense qu'on me dispensera de nommer mon correspondant. (Ecoulez!) C'est, du reste, un parfait gentleman qui mérite toute sorte de respects. Si quelque membre de la Chambre le désire, je n'hésiterai pas à lui remettre toute la correspondance avec les lettres originales ; je la remettrai aussi entre les mains du Premier Ministre de la Couronne, seulement à titre confidentiel, parce que ces lettres renferment des communications sur les intentions du Gouvernement Américain que* certainement je ne divulguerai pas. Jamais je n'en ai parlé, jamais je n'y ai fait la moindre allusion. Mais, voyant que le (gouvernement Américain faisait tant de bruit et accusait d'autres — * ^^ -.:-.! ^.ai-^,.-!-. i^s — -,

3ue en réalité elles ne l'aï onner ces explications. , -t .

oe sont là des faits incontestables. (Ecoutez! écoutez!) Je ne crois pas pouvoir mettre au grand jour les documents auxquels je fais allusion, parce qu'ils m'ont été transmis confidentiellement, mais si quelqu'un de vous. Messieurs, éprouve le moindre doute sur la véracité de ce que je viens d'avancer, je remettrai ces pièces avec plaisir entre les mains du Président ou du Premier Ministre de la Couronne, et on verra qu'ils contiennent beaucoup plus que je n'en ai dit. (Applaudissements.) Je ne désire pas occuper la Chambre plus longtemps, mais je dois dire ici que parler de liberté dans un pays comme les Etats du Nord de l'Amérique est une absurdité I Presque tous les dénonciateurs qu'on peut trouver dans ce pays sont utilisés. (Ecoutez! écoutez!) Je crois qu'il y a des espions dans les ateliers de mon fils à Birkenhead et dans tous les grands établissements du pays. Des espions se sont attachés aux pas d'un de mes amis à la suite de quelques circonstances se rattachant à ces navires. Si c'est là de la liberté, mieux vaut rester dans notre situation actuelle. (Applaudissements et rires.) Pour terminer, je relèverai une remarque que l'on a faite hier soir et qui s'applique à moi ou à quelqu'un de mes amis. (Ecoutez!) J'aime mieux que mon nom passe à la postérité comme constructeur d'une douzaine d'Aiabamai que comme celui d'un homme qui cherche de sang-fi*oid à soulever les masses (Bruyants applaudissements) et qui vante les institutions de son pays, des institutions sans valeur, des institutions qui font de la liberté une utopie. (Applaudissements.)

'rU

COMBAT AVEC l'hATTERAS.

Battrait du journal d^vn of^derde rÀLABAMA.

Dimanche li. — JBelle brise modérée de TEst. Lu le règlettent. Midi : dix-huit milles de Galveston. Pendant que j'ms ces liçnjBS^ pn . discute Bur les probabilités d'un combat avant demàm mâtin. 2 h. 25 du soir: légère brise; voile signalée

Sar : la vigte sur ravant. Peu de temps après, on en yH :ovs^ et enfin on compta cinq navires : deux furent signalés commodes steamers. Chacun se réjouissait de Tesperanoe d'ub combat; on ne doutait nullement que ce ne fussent des yàisj^eaux de guerre -^ des vaisseaux qui faisaient le blociu, selon toute probabilité. Les matelots- de bâbord vinrent sur le pont et commencèrent 'iC^ux-mèmes à préparer les canons pour TacUon. Ceux (^ui étaient de quart à oaoord étaient occupas à pi^éparer le propulseur pour l'abaisser ; d'autres attaçoaient un c&ble à une bouée et la jetaient par-dessus l'a- ^Vàiit;^ les mécaniciens allumaient les feux pour avoir de la vapeur, les officiers examinaient leurs armes et discutaient sur .la taille de leur adversaire ou de leurs adversaires. A 2 h. 30 on resserra les voiles et on vira vers le Sud. A 4 h. du'soir, on annonça qu'un steamer quittait la flotte et se dirigeait sur nous. Nous coifl'àmes le grand hunier et nous abaissâmes le propulseur; à 4 h. 50 tout est prêt pour Taction. Le navire chasse porte N.-N.-E., il est à dix milles de nous. Crépuscule à 5 h. 45; nous serrâmes toutes les voiles. A 6 h. 20, on battit aux postes; nous mancsîivrèaies .la batterie de tribord et nous chargeâmes les çanOris avéç^lu petits obus de second calibre : nous virâmes en attén^^tflé steamer ; on avait découvert que c'était un navire à roiuB^à deux mâts; il paraissait jauger 1,200 tonnes, mais, à la distance où il éUiil avant la nuit, nous ne pouvions poêler aucun jugement ejact sur sa grandeur, etc. - •

À 6 h. 30 le steamer étranger hêla-.^Memanda;: « Ohl dii navire? » Nous répondîmes (pour nous asgl^fer de sa nationalité) : « Vaisseau de Sa Majesté Britannique, je Pétrel! Oh ! du navire? » Nous répétâmes la question, deux ou trois- fois, jusqu'à ce qu'on nous répondit : a Steamer des Etats-Unis... »— On n'entendit pas le nom; toutefois, steamer des Etats-Unis

APPENDICE 4t.§

nous sufQsait. Comme il ne^nous restait plus aucun doutc^^jv ^ sa nature, à 6 h. 30 nous criâmes que notre vaisseau était «^ V ' steamer des Etats GoDfédérés ViAlabama, • en accompagnant la dernière syllabe de notre nom* d'un obus tiré sur l'ennemi. Le signal donné, les autres canons reprirent le refrain, et une terrible volée de toute notre bordée fut lâchée contre ses flancs. Tous les obus frappèrent sa coque; et oh entendit distinctement chaque coup à borji de notre vaisseau. On reconnut ainsi quil était blmdé.

L'ennemi répondit et l'action , devint générale. On fit des deux côtés un feu des plus anini^s; nos hommes criblaient reunemi comme si l'action avait dépendu de chaque individu, et il en était ainsi; des pistoleta eHes ïusils rayés lapçaient A Gontinuellement de notre pont des messagers de mort ; la distance, pendant le moment le plus chaud du.combat, n'était pas ■ de plus de quarante yards I Celait un spectacle sublime quoique terrible : les canons vomissaient, dans l'obscurité de la nuit, des jets de flammes animée^ ;• nos projectiles mortels battaient fennemi avec une force ique nous pouvions apprécier. Lorsque les obus^ et surtout les obqs à percussion, frap- § aient ses flancs, son bord était illuminé çt montrait des fentes 6 cinq ou six pieds de long. Un bc^ulet venait de frapper notre souche de cheminée et avait blessé un homme à la joue, lorsque l'ennemi cessa son feu et tira un coup de canon sous lèvent, puis un second, puis un troisième... On ordonna de « cesser le feu.» Il était 6 h. '52. Un efl'royable hourra commença à retentir à notre bord, et ce ne fut que lorsque chacun eût crié tout son soûl, qu'on put obtenir le silencjB. Enfin, nous hélâmes le navire, qui déclara se rendre; il étaitrtout en feu, et en même temps il était sur le point de couler à fond. Alors il envoya un canot à bord et nous livra la chaloupe canonnière des Etats-Unis, le Haiteras, de neuf canons; Lieutenant Commandant Blake ; 140 hommes d'équipage. On descendit immédiatement les canots qu'on envoya à soix secours; tout à coup scm cria qu'un autre steamer se dirigeait sur nous. Les mi^arçatbâS) furent .rappelées et hissées ; mais on reconnut qu^était une fausse alarme. On renouvela J'ordre; alors le naître d^équipage etleg .seconds sifflèrent.5:>j.Tput le monde f aux canots pour s^^uver lès hommes 1 » L^ msctqniers furent bientôt transportés sur notre navire — ^.iQsjofwyi^s. furent confiés à la garde du gaillard d'-«ffrière, etrl^^rhommes mis aux •fers simples. Les canots furent Vg^^s^ les (^âçpî centrés et fixés, et la grande vergue épissée.JîçmUe mondp.Ê^t siffla ; le navire ennemi coula à fond '^t^^iôus -p^irtîiÂôs -^çàn^pillement sous vapeur à 8 h. 30. L'afiaif(fo,afVait*été réglée enr^noins de deux heures. Le fait est que, si-noiiSf^layions pî^s^jî^jeq pri-

-<ft

4t6 APPENDICE.

sonniers à bord, nous aurions juré que rien d'extraordinaire ne s'était passé : les hommes de quart à bâbord dormaient tranquillement dans leurs hamacs. La conduite de nos matelots fut réellement digne d'éloge; pas de trouble, pas de bruit tous étaient résolus et déterminés. Le sang-froid qu'ils conservèrent était admirable, et de vieux vétérans n'auraient pas été plus calmes. Notre premier maître d'équipage était en ce inoment-là dans toute sa gloire. On l'entendait crier, entre les coups de canon qui faisaient un bruit assourdissant : —

« Ecouvillonnez I » — « Chargez à cartouche I » — «Feu lies obusiers du second rang! » — « Ecartez-vous! » — « Bien; en arrière! » — « Gare! » — « Lâchez la traverse! » — t Bon! i — « Voilà! » — « Feu ! » — « Ils en tiennent! » — « Dieu vous damne ! vous avez tué votj'e cochon! » — a Ça vous coupe le sifflet! » — Etc., etc. Le second maître d'équipage paraissait également prendre plaisir à l'action. En pointant son canon sur l'ennemi, on l'entendait s'écrier à chaque coup : — « Voilà de la part de la lie de VAnglelerre! » — « Voilà une pilule Anglaise à avaler. » Les journaux de New- York avaient dit une fois que nos hommes étaient la lie de r Angleterre! Tous les canons tiraient avec une égale précision. Nous fûmes touchés sept fois; un seul homme fut blessé pendant l'action, mais il ne reçut qu'une légère blessure à la joue. Un boulet toucha au-dessous de la ligne de flottaison, pénétra jusqu'à la carcasse intérieure et ricocha; un second coup rasa la cheminée; un troisième perça le flanc à travers le pont d'évitage et alla se loger dans le flanc opposé; un autre dans la chambre aux lampes ; plusieurs se logèrent dans les soutes à charbon. En ramassant un obus, et en rexaminaut, nous nous aperçûmes qu'il était rempli de sable au lieu de poudre. Le feu de l'ennemi fut principalement dirigé sur notre arrière, et ses boulets passaient assez fréquemment au-dessus de notre banc de quart, sur lequel se tenait notre capitaine; tandis que les projectiles sifflaient au-dessus de sa tôle, il disait avec son sang-froid ordinaire : — « Visez bas \ » — « Ne mettez pas toute la nuit à couler cet individu! » Pour nous, nous ne savions pas si ce navire était cuirassé ou non.

Lorsque le Commandant Blake rendit son sabre, il dit que « c'était avec un profond regret qu'il le faisait. » Le Capitaine Sommes fit claquer ses lèvres et l'invita à descendre dans sa cabine. Lorsque le Capitaine Blake eut décliné son rang au Capitaine Sommes, celui-ci lui abandonna son salon de réception pour son usage spécial. Les autres officiers furent casés d'après leurs rangs dans le carré des officiers et dans la timonerie, après s'être engagés sur parole , et l'équipage fut placé sur le pont d'évitage; nos hommes se gênèrent volontiers afin

que les prisonniers pussent être logés commodément. Il nous fut impossible de savoir les perles exactes de Teunemi ; il avait une difGérence de dix-sept nommes dans le nombre des tués , et YHalteras avait à bord des hommes qu'il allait transporter sur un autre navire. La perte qu'il avoua était de deux morts et sept blessés. Seulement , tout juste avant Faction , il avait descendu un canot pour nous aborder; comme nous le pressentions, et comme nous l'apprîmes plus tard, ce canot rama vers la flotte et atteignit Galveston. En causant avec le Premier Lieutenant deVHatieraSy j'appris qu'aussitôt que nous donnâmes notre nom et que nous envoyâmes nos premières bordées, toute la division d'arrière avait quitté ses canons, comme si elle avait été paralysée ; et elle fut un moment avant de se remettre. La conduite de Tun de ses officiers fut lâche et honteuse au dernier point. Quelques-uns de nos obus traversèrent complètement le navire avant de faire explosion ; d'autres éclatèrent dans l'intérieur, et allumèrent le feu en trois endroits différents, un boulet perça ses machines, et les mit complètement hors d'usage ; une autre fit explosion dans la chambre à vapeur, et l'eau bouillante brûla tous ceux qui étaient là. Ainsi fut livré, à vingt-huit milles de Galveston, un . cothbat de peu d'importance, il est vrai; mais enfin, c'était le premier engagé à bout de vergues entre deux vaisseaux en mer. VHalieras était inférieur à son ennemi par le poids des pièces seulement — ses canons étaient au nombre de neuf, savoir : quatre de 32, deux rayés de 30, qui portaient un boulet de 60 livres (conique), un rayé de 20, et deux petits canons de 42. Par suite des déclarations contradictoires des officiers, il nous fui impossible d'arriver à une estimation exacte de son équipage. Le nombre de nos prisonniers était de dix-sept officiers et de cent un matelots. Nous avons appris plus tard que YHalteras était un des sept vaisseaux envoyés pour reprendre Galveston , alors au pouvoir de nos troppes , et nous n'en savions rien. Nous avons découvert aussi que le vaisseau pavillon le Brooklyn, de vingt-deux canons, et VOnMday de neuf canons, se mirent à notre recherche. D'après leur récit sur la direction qu'ils prirent, ils ne peuvent manquer de nous avoir vus.

il 8 AWENDICE.

l'alabama a la baie de la table.

[Extrail de TArgus du Cap.) *

6 Août ises.

Hier, vers midi, un steamer fut aperçu de la station des signan de la colline du Lion. Le Gouverneur avait reçu, la veiliei une lettre du Capitaine Scmmes, datée de la Baie de Saidanha, et informant Son Excellence que le brave Capitaine avait mis son navire dans la Baie de Saidanha pour y faire des réparations. C^te lettre avait été rendue publique dans la matinée et n'avait pas caosé pen d'émotion. La ville du Gap, cette ville si triste et si ennuyée pendant des mois, oii Ton ne parlait que de banqueroutes — banqueroutes frauduleuses et banqueroutes inévitables — était alors toute en émoi, pleine de vie et d'animation. Les marches de la Bourse da Commerce étaient encombrées de marchands; des groupes d'habitants se rassemblaient aux coins des rues; les affaires étaient presque, pour ne pas dire tout è fait, suspendues. Tout ce qu'on put apprendre , en outte des ^renseignements contenus dans la lettre da Capitaine Semmes au Gouverneur, dont ure copie avait été aussiUli envoyée auConsul des Etats-Unis, c'est que le schooner V Atlas venait d'arriver del-lle Malagas, où il était aller porter de l'eau et des légumes'aux hommes qui y ramassent le guano. Le Capitaine Boyce, le patron de VÂtlas, annonça qu'il avait réellement vu lui-même le steamer VAlahama; qu'une embarcation du steamer avait abordé son navife et qu'il était allé lui-même à son bord. Sou récit sur le Capitaine Semmes confirme ce qu'on a dit de cet officier. Il a trouvé que le Capitaine était des plus polis et des plus convenables. Le Commandaut de VAlahama avait demandé au Capitaine Boyce de débarquer pour lui trente prisonniers dans la Baie de la Table, mais celui-ci n'avait pu satisfaire à sa demande. Le Capitaine Semmes lui dit aussi que le Florida était à peu de distance du Cap, et que VAlahama, lorsqu'il serait réparé, peint et nettoyé, rendrait une visite i la Baie de la Table. Il comptait y arriver, disait-il, presque aussitôt que V Allas

Quelques instants après l'arrivée de VAtlas, un bateau amena de la Baie de Saidanha quelques-uns des prisonniers et un des hommes de l'équipage ùe VAlahama, qui disait avoir quitté le navire. Tous les prisonniers se rendirent chez le Consul des Etals-Unis, mais ils ne purent ajouter beaucoup aux renseignements que nous avions déjà reçus. La nouvelle que VAlahama vieneù'ait dans la Baie de la Table et qu'il arriverait probablement vers quatre heures du soir, augmenta encore l'émotion. Vers midi, Tindividu qui signale les navires du haut de la colline donna connaissance d'un steamer qui venait du N.-E.

ï,i3Lii-ctV AlahamaouVHydaspes venantdes Indes, ou le Lady Jocelyn

APPENDIGE. i1:9

venant d'Angleterre? Ces trois steamers étaient attendus d*un moment a l'autre. Une heure plus tard, on signala « ait n.-o. le steamer GoNFÊDéRÉ l'ALâBAMA et une baaqge Fédérale au s.-e. » Ce fameux eroiseur allait probablement Taire une prise près de rentrée de la Baie de la Table. Les habitants sortirent en toute hâte pour voir le steamer. Une multitude de curieux coururent en haut de la colline du Lion et sur le chemin de Kloof. Toutes les voitures furent préparées,' et on ne marchanda ]pas leurs prix ; ou les prenait sans s1nqùiéter,'du reste ; on se contentait de leur dire : < Au galop ! » La barque s'a-

j^nçait au S.-E., comme le guetteur l'avait annoncé, et le steamer arriyait an N.-O., ce qui nous fit croire que le chemin de Kloof était le meilleur point de vue. C'est vers cet endroit que nous ordonnâmes à notre cocher de courir ventre h terre. Il parcourut le premier mille assez rapidement; mais la colline de Kloof, pendant les deux milles et demi suivants, est une véritable montée. Le cheval se fatiguait, aussi nous continuâmes la route à pied en allant aussi vite que possible : et nous abandonnâmes la voiture, qui nous suivit tranquillement. Lorsque nous eûmes^ atteint le sommet de la colline, nous ne pûmes que voir un steamer à Thorizon, à une distance de dix-huit à vingt milles. Ce ne pouvait être YAlahama, à moins qu'il n'eût repris la pleine mer. 11 n'y avait pas de barque. Aussitôt que notre voiture eut atteint la crête de rîle, nous descendîmes la éolline d'un train à nous rompre le cou, nous passâmes la Maison Ronde, et enfin nous arrivâmes près de Brighton; quand nous eûmes tourné le coin,

c nous aperçûmes VAlahama à cinquante yards du m^iliieureux Yankee. Comme celui-ci venait en tournant du S.-E , il se trouvait à cinq milles de la baie environ; le steamer descendit'^ sa rencontre. Le

Tiré de bord, et VAlahama se tenait immobile ti distance. Le temps était très-calme et très-clair; la mer était aussi unie; aussi transparente qu'une feuille d e verre. La barque s'éloignait lentement du steamer avec quelques points de voilure; VAlabama av-jit lâché sa vapeur, on aurait dit qu'il laissait partir la barque. Qu'est-ce qu^ èeh pouvait signifier ? Personne n'y comprenait rien. C'était pourtant r;4ia6afnà/ ff Le pavillon Confédéré, » disait-on, «flotte k son sommet; et ce* doit être Ik une barque du Nord, car voici les Etoiles et les Rayuresqui montent à son grand mât. » Que pouvait signifier l'immobilité du croiseur, qui restait Ih « aussi paresseusement qu'un vaisseau. peint sur une toile représentant rOcéan. » Ce que cela signifiait, ot) le Vit* bientôt! Comme un chat qui surveille la souris choisie pour victime et gui Joue avec elle, le Capitaine Semmes permit ?ï\sapr1se de se' retirer à quelques yards, et alors il fit de nouveau vàlieor iJcTur courir sur elle. Il tourna d'abord autour du Yankee de là poupe à la {)roDe, et de la proue à la poupe. On aurait fait cent milles pour voir a façon dont cette belle et insolente embarcation était manœuvrée. Elle tournait autour de la barque comme une toupie, en décrivant un véritable cercle et en laissant entre les deux bâtiments uu espace de vingt yards au plus. Du haut de la colline, on aurait dit qu'il n y avait pas d'eau entre les deux navires. Cette manœuvre terminée, 'il envoya un bateau avec un équipage de prise k sou boni pour en prendre; possession nom des Etats Confédérés; puis il rouvosça .la (i'"""'^

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en pleine mer et gouverna vers le port. Nous nous dirigeâmes msle chemin de Kloof pour aller voir le Capitaine Semmcs à bord. En arrivant le, nous trouvâmes les hauteurs qui dominent la Baie de.la Table couvertes de monde; le chemin de la Jointe Verte était bordé de voitures. Les fenêtres des villas, bâties au pied de la colline, étaient ouvertes jusqu'à la dernière, et des dames y agitaient leurs mouchoirs pour se joindre à Tenthouslasme général. Au-dessus des carrières, le long du cimetière Malais, de la colline de Gallow et de la Baie, on voyait des masses de personnes — un océan de têtes , aussi loin que rœil pouvait regarder. Le long de Strand Street et d'Âdderlev Street, > les toils de toutes les maisons qui dominent la Baie de la TaUe avaient été transformés en terrasses, où se rangeaient ceux qui ne pouvaient pas avoir de bateaux pour aller vers la Baie. Les jetées Ai Centre, du Nord, et du Sud, le port au charbon, tout était encombré! A la jetée centrale il était presque impossible de se fïrayer un chemin pour avoir un bateau. Néanmoins, notre tour arriva; nous tronvâmes un canot et nous partîmes au milieu d'une foule de dingies, de bateaux à charbon, de guigucs, de bateaux pêcheurs; toutes ces embarcatioos portaient autant de monde qu'elles en pouvaient contenir. Presqoe loute la ville était sur la Baie; les clubs de rameurs en uniforme conduisaient les membres favorisés de leurs clubs respectifs. Ces éqoipages maniaient leurs rames deux fois plus rapidement que les antres: c Leur façon de ramer, dit notre « marinier, » est an avis, et il ne faut pas s'y tromper. » Avant d'arriver à bord, nous passâmes prte du Capitaine Wilsou, qui montait le bateau du port, et qui nous dit que la prise faite était la Sea Bride: « II ne serait pas difficile, ajouta-t-il, d'apprendre du Capitaine Sommes lui-même toute Thistoire de la prise. » Nous passâmes devant la barque Fédérale YUrania, qui était h l'ancre ; cette petite embarcation, pour narguer le corsaire, avait eu le courage de déployer tous ses pavillons. Les Etoiles et les Rayures flottaient en défi au sommet de son mât d'artimon, et son nom à la pointe de son grand mât. En arrivant k bord de VAlabama^ nous trouvâmes une douzaine de bateaux qui étaient arriva avant nous, et nous n'étions pas à bord depuis cinq minutes, que le croiseur était entouré de presque tous les bateaux de la Baie delà Table; chaque canot qui arrivait poussait trois hourras chaleureux en l'honneur du Capitaine Scmnies et de son équipage. Ces démonstrations de la part d'un peuple neutre ne sont peut-être pas convenables; mais ici nous ne discutons pas, nous rapportons ce qui s'est passé. On a applaudi, et on a applaudi avec frénésie encore! Etait-ce en considération de tel ou tel parti? Non! nous croyons plutôt qu'on témoignait ce que l'on éprouvait pour l'adresse, le courage, l'audace de YAlahama, de son Capitaine et de son équipage, qui sont maintenant nn sujet d'admiration pour le monde entier.

Les visiteurs furent reçus par les officiers du navire de la façon la plus polie et sans aucune di:>tinction. Ces Messieurs causaient librement et sans réserve de leurs exploits. On ne trouvait aucune forfanterie dans leur manière de répondre aux questions qu'on leur faisait. Ils forment le plus bel état-major que nous ayons jamais vu : la plupart sont des jeunes gens. Le navire a été si souvent décrit que tout le monde sait ce qu'il est aussi bien que nous qui l'avons vu. Nous aurions reconnu VAldbama si nous étions arrivés k son bord au milieu de l'Océan, sans que personne fût là pour nous présenter Tuu

U rautrc. Les canons seuls valent la peine qu*on se dérange ; tout ce

Sue Ton voit k son bord parle hautement en faveur de Texpérience et e la discipline du Commandant et de ses Officiers. Il est monté par nn fort équipage composé de beaux gaillards îi Tair souple, — vrai type des matelots des vaisseaux de guerre Anglais.

Le Second Officier nous dit que c'était la Sea Bride qu'ils avaient capturée, et il nous montra son ex-Capitainc, qui se tenait à Tarriëre^ où il causait avec des personnes qui s'étaient rassemblées autour de lai. « C'est notre cinquante-sixième prise, » nous dit-il, «c nous Tavons oivoyée an large avec dix de nos hommes comnic équipage, *et nous avons laissé quelques-uns de ses matelots k son bord. » Nous lui demandâmes comment il trouvait la Baie de Saldanha, et il nous répondit : « C'est un lieu charmant. Pourquoi n'y avez-vous pas établi la TiUe du Cap. » — c Parce que nous ne faisons jamais rien convenablement au Cap. » — « Ah ! Monsieur, c'est une grande faute de laisser une si belle baie sans y établir les commodités d'un port. Elle vaut beaucoup mieux que la Baie de la Table. Nous nous y sommes bien amusés et nous y avons fait quelques bonnes parties de chasse. L'un de nous tira une autruche, une belle bête, mais elle s'échappa. Malheureusement nous y avons perdu un de nos officiers — un officier que nous respections tous — un officier comme on n'en a jamais vu sur le pont de ce navire. Il était allé dans un bateau vers la baie pour tuer des poules sauvages; il prit son fusil par le eanon et le tira vers lui; la détente partit, et la décharge lui traversa les poumons. On l'entendit crier : « Mon Dieu !» et il tomba aussitôt ù la renverse ; ce n'était plus qu'un cadavre. Si ce n'était cette circonstance, nous nous rappellerions toujours la Baie de Saldanha avec plaisir. Le canon était k un pouce de sa poitrine quand le coup partit. »

Après avoir entendu ce triste récit, nous traversâmes le pont pour causer un peu avec le prisonnier si récemment capturé. C'était un véritable stoïcien; il parlait de la perle de sou vaisseau comme un philosophe. Il était appuyé contre une balustrade et se tenait droit devant la cabine, c Ce qui ne peut être empêché doit être supporté, » nous dit-il. Comme nous remarquions qu'une heure de plus l'aurait sauvé, il nous dit : « Oui, cela m'aurait sauvé; je n'avais pas la moindre crainte d'être capturé k cette extrémité du monde. Je n'aurais jamais supposé qu'f{ fût dans ces parages. Je nettoyais ma cabine lorsque mon second descendit pour m'apprendre qu'il y avait un steamer en vue. ff C'est parfait, » lui dis-je, « c'est le steamer de la malle Anglaise ; j'arriverai juste k temps pour envoyer mes lettres. » Il remonta et il revint quelques instants après en disant : « 11 s'apprête k nous héler. » i Nous héler! » dis-jc, « que diable a-t-11 besoin de nous héler? » Et je montai sur le pont. Je regardai cela{ï\ montrait le pavillon Confédéré), et je vis bientôt entre les mains de qui nous étions tombés. « Adieu, second, » lui dis-je, a nous ne serons pas longtemps ici. » C'est la seconde fois, Monsieur, que je suis pris dans un voyage au Cap. Je quittai New-York avec le M. J. Calcoiit et je fus pris par le Florida k 33° 0. et entre 28» et 29° N. Je retournai au pays et je quittai de nouveau New-York le 28 Mai, en ligne directe pour le Cap. » Ce gentleman se nomme M. H. Spaling.

La personne avec laquelle nous eômcs ensuite l'occasion de causer était le Premier Lieutenant. Ce gentleman, qui, soit dit en passant, a six pieds quatre pouces hors de ses souliers, nous fit faire le tour de

son navire avec un juste orgueil. Il nous montra les qualités particaiièrcs de ses magnifiques canons, i/un est de Blakeley ; c*est ure arm<i terrible qui lance des obus coniques de 100 livres, et il nous dit :

remarqué que plusieurs capturé étaient aux fers.

Nous fûmes ensuite introduits auprès du Capitaine Semmes, qui, jos* qu'à ce moment, avait été occupé dans sa cabine avec M. W. J. Anderson, Qe la maison Ândcrson, Saxon et C*, au suj^t de vivres qoe ces Messieurs doivent fournir au croiseur. Nous reçûmes nn aceoeil très -cordial de ce brave gentleman, qui fit la remarque qu'à Babia, comme partout, d'ailleurs, il avait été fort bien accueilli, ainsi que ses officiers, par les Anglais qui y résident. Nous avions toujours pensé que le Capitaine Semmes, du Powhattanf beau steamer des Etatv Unis, auquel nous avions été présentés quelques années auparavant par Tancieu Consul Américain, M. D. M. Huckins, élait le Capitaine do Sumter et de VAlabama; mais nous reconnûmes que nous étions dans Terreur; et, comme nous en faisions la remarque au Capitaine, il noas dit : « Le Capitaine Sein mes, du Potohattan, est de la même famille que moi — il est, en effet, mon cousin; mais il était né dans le Nord; ses intérêts sont de ce côté, et il est resté au service Fédéral. » D nous pria de nous asseoir, et il nous dit qu'Userait heureux de nous donner tous les renseignements possibles ; qu'il n'avait pas de sécrété; que nous pouvions prendre des notes si nous le désirions. Il nous apprit qu'il avait capturé quinze vaisseaux depuis qu'il avait quitté Bahia. Nous lui dîmes que le Capitaine Hartlett, du navire Fortuna, avait déclaré que, le 2 Juillet, il avait rencontré un navire en feu. Nos lecteurs se rappellent les détails qui furent donnés à ce sujet immédiatement après Tarrivôft de la Fortuna. Nous nous exprimions ainsi: « Le 2 Juillet, le Capitaine Bartlett aperçut de la fumée à l'horizon, et il crut d'abord que c'était la fumée d'un steamer. Plus tard, cependant, il remarqua une jgrande lueur qui se réfléchissait au ciel, et il pensa de suite que c'était un navire en feu. Alors il résolut de « faire une promenade au vaisseau », et il se dirigea vers l'endroit d'oîi provenait la lumière. Il était environ six heures ; à deux heures du matin, le 3 Juillet, par le 25 -^ 59' de latitude S. et 38° 20' de longitude 0., la Fortuna arrivait à quarante yards d'un grand navire de 800 à 1,000 tonnes, qui élait enveloppé de flammes depuis la proue jusqu'à la poupe. Il ne restait plus que sa coque; tous ses agrès, mâts et ponts, avaient déjii été consumniés. Comme la Fortuna se dirigeait vers les débris enflammés, elle fut rejointe par un autre vaisseau — TOaA's — en destination de Calcutta, et les deux vaisseaux se parlèrent Tout ce que le Capitaine Bartlett put apprendre du Capitaine de l'Oafrs, c'est que, dans la soirée, vers six heures et demie, nn vaisseau de guerre Anglais était passé devant lui en tirant deux coups de caoou, d'où il conclut que l'équipage du vaisseau incendié avait été sauvé par ce vaisseau de guerre. » Le Capitaine Semmes dit que le Capitaiue Bartlett avait tout \\ fait raison en supposant que c'était lui-même qui avait mis le fou au navire. C'était l'^lnna F. Schmidt, allant de >'kW- York à San-Francisco, avec une cargaison générale a bord ; mais en supposant que le vaisseau de guerre était venu au secours de l'équipage, il s'était complètement trompé. « Nous y mîmes le feu dans la

nuit, » dit le Capitaine Semmes, « et quelques instants après nous entendîmes deux coups de canon. Nous pensâmes que c'était un autre Yankee. Nous cbauffâmcs et nous tirâmes un coup de canon pour lui ordonner de mettre en panne. En abordant, nous trouvâmes que c'était la frégate de Sa Majesté Dido ; nous ne Tavons pas capturée, Monsieur, » ajouta le Capitaine en riant; t nous n'avons jamais essayé de prendre une frégate de Sa Majesté. »

Nous lui répondîmes que nous mentionnerions ce fait, et nous le faisons en rapportant ses propres paroles. « Les matelots de la Dido, » continua le Capitaine, « nous demandèrent si nous avions mis le feu au vaisseau qui brûlait, je répondis: Oui ; et j'ajoutai que Téquipage était sain et sauf ^ notre bord. « Très- bien f » cria-t-on, et nous nous séparâmes. C'était un vaisseau d'environ 1,000 tonnes. » Nous demandâmes au Capitaine Semmes s'il pouvait nous donner les noms des vaisseaux qu il avait pris. Il répondit qu'il pouvait le faiie ; — « car, » ajouta-t-il, « vous autres Anglais, vous n'êtes pas ifssez bons voisins pour me laisser amener mes prises dans vos ports afin de les faire juger, de sorte que je suis obligé d'installer moi-môme une cour k mon l>ord, de juger chaque cas, et de condamner les vaisseaux que je prends. Quelques puissances Européennes se plaignent, je le sais, de ce que- je brûle les navires; mais puisqu'elles veulent garder la neutralité au point de me fermer leurs ports, que dois-je faire des vaisseaux que je prends? Je suis bien forcé de les brûler? » Il alla ensuite ebercher son livre de notes et il nous dicta lui-même ce qui suit : « Voici les noms des navires que nous avons ^mi—VOcmulgee, de 400 tonnes, 32 hommes k bord, brûlé. VAlert, baleinier de 700 tonnes, brûlé. Le schooner baleinier le Weather Gauge, brûlé. Le brick baleinier Altamaha, brûlé. Le vaisseau baleinier Benjamin Tucker, brûlé. Le schooner baleinier, Courser, brûlé. La barque baleinière Virginia y brûlée. Le vaisseau le Brilliant, avec 1,000 tonnes de grains k bord, brûlé. VEmily Farnum, pris et relâché comme bâtiment parlementaire ; nous avions un trop grand nombre de prisonniers, nous en mimes plusieurs k son bord et nous les renvoyâmes. Le Wave Crest, avec un chargement général k bord pour l'Europe, brûlé. Le brick Dunkirky nvec un chargement général a bord, brûlé. Le vaisseau ToHawanda, avec un chargement de prix k bord, relâché sur une rançon de 1,000 dollars. Le vaisseau Manchester, avec une cargaison de grains, brûlé. La barque le Lamplighter, avec un chargement assorti pour l'Europe, brûlée. La barque Lafayette, avec un chargement assorti, brûlée. Le schooner Crenshaw, avec un chargement assorti pour les Indes Orientales^ brûlé. La barque Lauretta, avec un chargement assorti a bord pour l'Europe, brûlée. Le brick Baron de Custine, relâché sous caution. Le vaisseau baleinier Levi Starbuck, brûlé. Le T. B. Wales, de Calcutta k Boston, avec un chargement de prix k bord, brûlé. Le schooner VUnion, sur lequel nous trouvâmes quelques propriétés Anglaises, relâché sous caution. La barque Martha, de Calcutta aux Indes Orientales, avec un chargement assorti, brûlée. Le steamer de la malle VArielt faisant le service entre New-York et Aspinwall. Malheurensement il s'en allait ! Si c'eût été k son retour, nous aurions trouvé à bord une grande quantité d'or; — relâché sous caution. La chaloupe canonnière des Etats- Unis le Hatteras, qui sortit pour nous combattre; elle avait le même nombre de canons et de matelots. Nos pièces étaient un peu plus fortes que

les siennes; mais nous égalisâmes les chances on la laissant arriver li trois cents yards. Nous la coulâmes en treize minutes, montre en niuin. La barque Golden Rule^ avec un chargement assorti, brûlée. Elle appartenait a la même compagnie que VAriel. Le brick Chastelaine, brûlé. Le schooner Palmetto, brûlé. La barque Olive Jane, brûlée. Le Golden Eagle chargé de guano, bi-ûlé. Le Washington venant du Pacifique avec du guano, relâché sous caution. Le Bethia Tha/yer des Indes Orientales, avec un chargement de prix k bord, relâché sous caution. Le John A, Parker, avec de la farine et des vieilleries, de Boston k Buenos- Ayres, brûlé. Le Punjauh, des Indes Orientales, sur lequel nous trouvâmes un chargement Anglais, relâché sous caution. Le vaisseau Moming Star, relâché sous caution. Le schooner baleinier Kingfisher^ brûlé. Le vaisseau Nora^ de Liverpool aux Indes Orientales, avec du sel k bord, brûlé. La barque Lafayette^ brûlée. Le brick baleinier Kate Cory, brûlé. La barque baleinière Nye, brûlée. Le Charles Hall, venant de Liverpool, avec du charbon, brûlé. Le vaisseau Louisa Hatch, de Cardiff aux Indes Orientales, brûlé. Le vaisseau Dorcas Prince, avec uu chargement général, brûlé. Le navire Sea Lark, avec un chargement général, venant des Indes Orientales, brûlé. La barque (/mon /acA:, de Boston k Shangbai, brûlée. Nous primes k son bord un consul Yankee ; il se rendait à Foochin. Nous le débarquâmes au Brésil. Le vaisseau GildersUene, de New- York aux Indes Orientales, brûlé. La barque Justina, relâchée sous obligation pour ramener des prisonniers dans leur pays. Le vaisseau Jahez Snow, de New-York aux Indes Orientales, brûlé. U barque VAmazonian, de Boston k Buenos-Ayres, brûlée. Le vaisseau /e Talisman^ de New-York aux Indes Orientales, brûlé. La barque Conrad, gréée comme un croiseur Fédéral, bâtiment-transport d'un vaisseau de guerre, pris et coulé. Viennent ensuite la barque Anna F. Schmidt, déjk nommée, et la Sea Bride que nous avons vu prendre aujourd'hui. La valeur de ces prises est estimée k 4,200,000 dollars. »

Le consul Américain, M. Graham, a fait tenir k Son Excellence le Gouverneur une protestation contre la prise de la Sea Bride, protestiition motivée sur ce fait que le navire était dans les eaux Britanniques au moment où il fut arrêté par VAlahama. Son Excellence répondit k M. Graham que la décision de ce cas reposait uniquement sur les témoignages, mais qu'il verrait s'il n'y avait pas eu violation de la neutralité. Le capitaine de la Sea Bride dit qu'il est prêt k prouver qu'il était k deux millc!» et demi en dedans de l'Ile Robben.

APPENDICE. /i25

COBBESPONDANCE COKCERNANT LE TUSCALOOSA.

Le Contre- Amiral Sir B. Walker au Secrétaire de VAmirauté,

.19 Août 1863.

I. Je yoos prie de porter k la connaissance de Leurs Seigneuries les Commissaires de 1* Amirauté les détails suivants, qui ont trait aux actes des yaisseaux de guerre des Etats Confédérés le Georgia, VA lahama et son transport le Tuscaloosa, qui sont tout récemment arrivés au C^p de Bonne-Espérance.

U. Le 28 Juillet deriiier un schooner Anglais arriva dans la Baie de la Table et annonça que la veille il avait été abordé par le steamer Confédéré VAlabama, à quinze milles Nord-Ouest de la Pointe Verte. Les deux navires se quittèrent après avoir échangé quelques questions, et VAlahama gouverna vers le Sud-Est.

in. En recevant cette nouvelle j'ordonne au Capitaine Forsyth, du Valorous, de se tenir prêt pour se rendre à tous les ports de cette Colonie où YAlabama jetterait Tancrc aân de protéger les lois de la neutralité.

IV. D'après une lettre adressée au Gouverneur de notre Colonie par le Capitaine Semmes, lettre qui me fut télégraphiée le 4 courant, U résulte que VAlahama s'était dirigé vers la Baie de Saldanha pour quelques Jours et y avait jeté Tancre le 29 Juillet.

V. Le S courant, j'appris, par un télégramme privé, que VAlahama était à quelque distance de la Baie de la Table, et j'ordonnai au Valorous de se diriger immédiatement vers l'ancrage; quelques instants après, un télégrainmedu (louverneur m'annonça « que VAlahama avait pris un navire (Américain) qui était en vue, et qui gouvernait vers la Baie de la Table. » Le Fa/orous atteignit, dix heures quinze minutes du soir, la baie où VAlahama avait jeté l'ancre à trois heures, dans l'après-midi du même jour.

Vf. Le Capitaine Forsyth m'informa que le transport avait reçu l'ordre du Capitaine Semmes d'aller à la Baie de Simon pour faire des provisions ; mais j'appris que ce bâtiment avait été pris au large sur les c6tes du Brésil, et qu'il n'avait pas été jugé par une Cour de Prises ; je doutai si on devait le considérer comme un transport, car je pensais qu'il y avait Ik quelque ruse destinée à cacher le véritable caractère du navire. C'est pourquoi j'éerivis au Gouverneur de demander l'avis de l'Attorney général de la Colonie sur ce sujet : je joins ici cette correspondance.

VII. Le 8 Août le transport (une barque voilièrc) arriva dans la Baie de Simon. Comme l'oflicier qui l'avait abordé me rapporta que sa première cargaison (de la laine) était encore à bord , je compris qu'il y avait des motifs pour douter de sa véritable nature et j'appelai de nouveau l'attention du Gouverneur sur cette affaire. Je joins ici ma

lettre et sa réponse, et je voas prierai de soumettre à Leurs Seigneuries que cette faculté accordée à un Capitaine d'un vaisseau de guerre de faire de chaque prise « un transport » me parait de nature à tromper et à éluder les lois d*une stricte neutralité ; c'est un moyen d'amener les prises dans des ports neutres pour disposer de leurs chargements et pour faire des arrangements secrets qui pourraient ensuite être facilement effectués dans des endroits isolés.

VIII. UAlahama, après être resté trois jours dans la Baie de la Table, se dirigea vers cet ancrage pour être calfaté et repeint. Il y arriva le 9 et en partit le 15. Le Capitaine Sommes était très- réservé et il disait qu'il était très-désireux de ne pas violer la neutralité des eaux.

IX. D'après la copie ci-incluse d'une lettre du Capitaine Forsytheau Gouverneur, il paraîtrait que le navire le Sea Bride, capturé par VAlahama en vue de la Baie de la Table, était eu dehors de la juridictioD du territoire neutre.

X. Eu approchant, le Capitaine Sommes donna la chasse k un autre navire Américain, le Martha Wentzel^ qui se dirigeait vers la Baie de la Table. Lorsque je lui fis voir qu'il l'avait capturé dans des eaux neutres, il m'assura que c'était réellement sans le vouloir; comme il était à quelque distance de la côte il n'avait pas remarqué qu'il était dans l'intérieur d'une ligne imaginaire tirée du Cap de Bonne-Espéraucc au Cap Hanglip; mais en découvrant cette circonstance il ne retint pas le navire. Je considérai cette explication comme suffisante.

XI. Le transport le Tuscaloosa, qui avait été retenu par un fort vent du Sud-Est, se mit en route le 14 pour aller en mer; mais un brooiliani épais lui fit jetef de nouveau l'ancre à une petite distance du phare de Roman Rock.

Xn. VAlabama ne prit à bord aucun charbon ni ici ni k la Baie de la Table; le 15, après avoir été calfaté, il reprit la mer avec le Tuscaloosa. Leur destination est inconnue.

XIII. Le 16, le steamer des Etats Confédérés le Georgia, commandant Maury, a jeté 1 ancre dans cette baie. 11 a demandé du charbon, des vivres et des réparations. Ce navire n'a pas rencontré VAlahawa.

XIV. On annonce que le Florida, autre steamer des Etats Confédérés, est au large de cette côte; il croise probablement pour arrêter le vaisseaux Américains qui reviennent de la Chine, car c'est dans ce but que ces vaisseaux viennent ici .

XV. J'ai appris, depuis le départ daVAlabama et de son soi-disant transport, que quelques habitants avaient offert d'acheter le chargement de laine; mais comme leurs offres n'étaient pas satisfaisantes, elles ne furent pas acceptées. On dit que l'intention du Capitaine Semmes est de détruire le Tuscaloosa en mer.

VAlabama est un steamer de 900 tonnes; il porte 150 hommes et 8 canons. Le Georgia est un steamer cuirassé d'environ 700 tonnes; il porte 5 canons et 110 hommes. Le Tuscaloosa est une barque à voiles de 500 tonneaux; il porte 2 petits canons et 10 hommes.

Le Capitaine Semmes, de la Marine des États Confédérés au Gouverneur Sir P. Wodehouse.

!•' Août 1863.

Le schooner caboteur V Atlas m'offre l'occasion de communiquer avec le Cap, et j'an prolixe proniptcment.

J'ai rhonneur d'informer Votre Excellence que j'arriverai dans cette baie Mercredi matin pour faire quelques réparations nécessaires. Aussitôt que ces réparations seront faites,* je reprendrai la mer. En attendant, Votre Excellence peut rester assurée que je ferai la plus stricte attention à la neutralité de votre Gouvernement.

Le Contre-Amiral Sir B. Walker au Gouverneur Sir P, Wodehouse.

7 Août 1863.

Le Capitaine Forsyth m'a informé que VAlabama avait au dehors un transport capturé par le Capitaine Sommes sur la côte d'Amérique et commandé par un des lieutenants de VAlabama. Ce bâtiment a reçu l'ordre d'aller k la Baie de Simon pour faire des vivres; puis-je demander que Votre Excellence soit assez bonne pour prendre l'opinion des jurisconsultes k ce sujet. Ce vaisseau doit-il être considéré comme une prise, puisqu'il n'a jamais été jugé par une Cour de Prises? Les instructions, dont je joins ici copie défendent strictement que des prises faites par l'une ou par l'autre des parties belligérantes de l'Amérique soient admises dans nos ports.

Le Gotwerneur Sir P, Wodehouse au Contre-Amiral Sir

B. Walker.

8 Août 1863.

J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre de Votre Excellence en date d'hier. Je joins ici la copie d'une consultation donnée par l'Attorney général au sujet du navire dont vous parlez. Il doit être considéré comme transport, et non comme prise.

J'aurai soin de soumettre cette question au Gouvernement de Sa Majesté par la prochaine malle ; mais, en attendant, je crois que Votn* Excellence peut agir dans le secs de l'opinion de l'Attorney général a regard de tous navires qui entreront dans ces ports avec le caractère de prises converties on vaisseaux de guerre par les ofticiers de la Marine des Etats Confédérés.

Extrait des j Principes de Wheaton, sur le droit

Internationali >

Ce qui constitue un navire de guerre a été déterminé par les Cours de Prises d'Angleterre, et par l'Acte du Parlement qui peut servir k l'interprétation de notre propre loi. Les dispositions sont les mômes des deux côtés. Ainsi, il a été établi que lorsqu'un vaisseau était premièrement armé pour le commerce des esclaves et qu'on ajoutait des matelots k son bord, après capture, ni la commission de guerre ni l'armement addiiioimel n'en faisaient un vaisseau de guerre. Mais une commission de guerre est effective s'il y a des canons k bord ; si ce navire, après la prise, est équipé eu corsaire, il ne jouit plus de ses droits^ quand môme il naviguerait après reprise comme simple vaisseau marchand ; car, lorsque le premier caractère d'un navire capturé a été effacé par sa conversion en bâtiment de guerre, la législature ne regarde pas i)lus loin ; elle considère le titre du premier propriétaire comme nul. Lorsqu'il semble que le navire a été engagé dans le service militaire de ronncmi,sousla direction de son Ministre de la Ma-

rjue, c*est une preuve suffisante que c^est un vaisseau de guerre comme lorsque ce navire est armé et employé dans le service militaire «le Tenncmi par ceux qui oiit une autorité compétente pour remployer ainsi, quoiqu'il ne soit pas régulièrement commissionné. Mais le simple emploi datis le service de guerre de Tennemi n'est pas suffisant; s'il y a un titre d'autorité convenable dans la personne commandant le vaisseau qui doit être ainsi employé, et que les procédés n'infirment en rien les apparences, la cour présumera qu'il est bien autorisé, et le commandant d'un seul vaisseau peut être supposé investi de cette autorité comme étant commandant d'une escadre.

Le Contre-Amiral Sir B. Walkerf au Gouverneur Sir P, Wodehouse,

8 Août 1864.

J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre de Votre Excellence en date de ce jour, lettre qui contient l'opinion écrite de l'Atlomey général de cette colonie sur la légalité du soi-disant transport armé par VAlahama et pour laquelle je vous prie de recevoir mes remerciements.

Le navire en question, appelé maintenant le Tuscaloosa, est arrive ici ce soir, et l'officier de mon vaisseau pavillon qui l'a abordé a obtenu les renseignements suivants : —

Le Tu&caloosa est une barque de 500 tonnes qui porte deux petits canons rayés de 12 et 10 hommes d'équipage. 11 a été pris par YAlabama le 21 Juin dernier, en vue de la côte du Brésil. Le chargement de laine est encore à bord.

En admettant ce navire dans un porf,on ouvre, je le crains, la porte h de nombreux navires qui pourront se trouver dans de semblables circonstances; on les appellera bâtiments-transports, avec l'intention d'échapper k la défense portée par les instructions de la Reine; et je vous ferai observer que le navire Sea /ir?d^, capturé par VAlaiama, au large de la Baie de la Table, il y a peu de jours, ou toute autre prise, peuvent en quelque façon être appelés transports et rendre la défense tout k fait nulle et sans effet.

Je pense que, pour donner k un navire capturé la dénomination de vaisseau de guerre, il faut l'équiper en vaisseau de guerre et Tarmor réellement, il ne faut pas lui mettre tout simplement quelques homm» s et deux petits canons k bord (de fait, ce n'est pas autre chose qu'un équipage de prise) ; ou cherche ainsi a déguiser sa véritable nature.

Or ce navire a encore son chargement de laine k bord, ce qui est inutile k un navire de {guerre; son armement et son équipage sont tout k fait insuffisants pour tout autre service que celui d'une petite défense.

Si l'on considère toutes les circonstances du cas actuel, on verra que le navire est appelé transport dans le but d'éviter la défense de rentrée du port qu'on refuse aux prises, et que si ceux qui l'ont capturé le voulaient, ils pourraient faire des arrangements pour disposer de sa cargaison, dont le transbordement, Votre Excellence ne manquera pas de le reconnaître, pourra être promptement effectué sur un point quelconque de la côte en dehors des limites de cette colonie.

Mou seul but, en appelant l'attention de Votre Excellence sur ce cas, est d'éviter toute violation de la neutralité.

Le Gouverneur Sir P. Wodehouse au Contre-Amiral

SirB. Walker,

10 Août 1863.

J*ai rhonneur d'accuser réception de la lettre de Votre Excellence dn 8 courant au sujet de laquelle j'ai consulté l'Attorney général.

Le caractère donné k la condition actuelle du Tuscaloosa est en quelque sorte défectueux; mais, comme il se rapporte à l'extrait de nheatoD^ que je vous ai transmis dans ma dernière lettre, rAttorncy général est d'avis que, si le navire a reçu les deux canons de IM/abama ou d'un autre vaisseau dé guerre Confédéré, si la personne qui le commande a une commission de guerre, si cette personne est un officier de la marine Confédérée, dans chacun de ces cas, enfin, il peut être reconnu comme vaisseau de guerre; mais si tout cela lui manque, il doit être considéré comme prise et recevoir l'ordre de partir surle-champ*

Le Contre-Amiral Sir B. Waïker au Gouverneur Sir P. Wodehouse,

10 Août 1863.

J'ai l'honneur d'accuser réception de la lettre de Votre Excellence en date d'hier et relative ^ la barque Confédérée Tuscaloosa actuellement dans cette baie. Comme il y a deux canons à bord et un officier de YAlahama pour commandant, le navire parait rentrer dans l'interprétation des cas cités dans votre communication ci-dessus mentionnée.

Le Gouverneur Sir P. Wodehouse au Duc *de Newcastle»

(extrait.)

19 Août 1863.

Je prends la liberté de saisir cette occasion pour faire savoir à Votre Grâce ce qui s'est passé ici lors de la visite du steamer des Etats Confédérés VAlabama.

Le Mardi 4 courant, je reçus une lettre du commandant de ce navire datée de la Baie de Saldanha, le i"* Août ; il m'annonçait qu'il était entré dans cette baie pour faire certaines réparations ;, qu'il se mettrait en mer aussitôt qu'elles seraient achevées et qu'il respecterait strictement notre neutralité.

Lorsque cette nouvelle fut connue, le Consul des Etats-Unis vint me voir pour que je fisse saisir ou tout au moins partir immédiatement VAlabama; mais comme le navire qui apporta la nouvelle annonça encore que VAlabama entrait dans la Baie de la Table, je répondis que je ne pouvais pas saisir le navire, mais que je prendrais soin de veiller à l'observation des lois de la neutralité.

Le lendemain, vers midi, on rapporta de la station des signaux que VAlabama gouvernait vers la Baie de la Table en venant du Nord, et qu'une barque Fédérale venait vers nous de l'Ouest. Quelques instants après , on annonça que cette dernière avait été capturée par son ennemie. Vers deux heures du soir, le Consul des Etats-Unis vint me déclarer qu'il avait vu que la prise avait été faite dans les eaux Bri-

taoBiques ; alors je lai dis quMl devait faire sa déclaration par écrit et qiroD ferait une enqaête; je demandai aussi par le télégraphe, au Commandant en Chef des forces navales, d'envoyer un bâtiment de guerre dans la Baie de Simon. UAlàbama laissa sa prise au large et jeta Tancre dans la baie k trois heures trente minutes du soir* alors le Capitaine Sommes m'écrivit quMl avait besoin de vivres et de réparations et me demanda la petmission de débarquer trente-trois prisonniers. Après avoir communiqué k ce sujet avec le Consul des Etats-Unis, j'autorisai cette dernière demande et J'allai voir le Capitaine Semmes ponr établir la nature et l'étendue de ses besoins, afin que je pusse ètrek même de juger du temps qu'il devait rester dans le port. Le même soir, il promit d'envoyer pour le lendemain matin une liste des provisions qui lui étaient nécessaires, et il m'annonça qu'il avait l'intention de se rendre en toute hâte k la Baie de Simon pour y effectuer ses réparations. Le matin suivant (6 Août),. le Payeur vint me voir avec le marchand qui devait fournir les vivres et je lui accordai la permission de rester jusqu'au 7 courant à midi.

Le vaisseau de Sa Majesté arriva dans la nuit du 5 de la Baie de Simon. Pendant la nuit du 6, le temps devint mauvais ; un navire fit naufrage dans la baie, et une mer houleuse empêcha VÂlabama de recevoir les vivres qui lui avaient été préparés. Dans la matinée du 8, le Capitaine Forsyth, du Valorous, et le Capitaine du Port insistèrent, sur ma demande^ auprès du Capitaine Semmes

Iiour qu'il quittât le port sans délai inutile ; alors il prétendit qoe a mer continuellement houleuse et le retard qu'on avait apporté dans la réparation de ses fourneaux de cuisine, qui étaient k terre et qui n'avaient pas encore été renvoyés par le marchand , étaient les seules causes de la prolongation de son séjour ; il dit d'ailleurs que son plus grand désir était de s'en aller le plus tôt possible. 11 fit voile le Dimanche, entre sept et huit heures du matin, et sur sa route il prit un autre navire ; mais, reconnaissant que cette capture avait été faite dans les eaux neutres, il relâcha immédiatement le navire.

Sur ces entrefaites, le Consul des Etats-Unis m'avait adressé, le 5 Août, une protestation écrite qui déclarait que la barque fédérale Sea Brids avait été capturée à environ quatre milles de la terre la plus rapprochée lorsqu'elle était déjk dans les eaux Britanniques; je lui promis que j'allais inmiédiatement faire une enquête. Le lendemain, le Consul renouvela sa protestation en l'appuyant d'un affidavit du maître de la prise. Celuici se réservait de prouver que la capture avait été faite k environ deux milles et demi de la terre , et les agents d'assurances des Etats-Unis tirent, le même jour, une protestation semblable. Le 7, le Consul représenta que la prise avait été amenée la veille a un mille et demi du phare, et il considérait ce fait comme une violation de la neutralité, violation aussi évidente que si le navire avait été pris k cette distance; il me demanda d'en faire sortir l'équipage de prise pour le remplacer par des matelots du Valorous^ ce que je refusai.

Pendant ce temps, j'étais allé k la recherche de renseignements authentiques sur les véritables circonstances qui avaient accorrpagné la capture, et plus particulièrement sur celles qui concernaient la distance réelle h laquelle elle avait été faite. J'obtins, par l'intermédiaire de l'Attorney général, la déclaration du gardien du phare de la Pointe Verte (elle était appuyée par le Receveur des Douanes); celle tle l'homme de la station des signaux de la colline du Lion , et celle d'un batelier

expérimeiUé qui passait k ce moment entre le rivage et le navire. Le capitaine Forsytii , du Valorous^ prit aussi des renseignements auprès da capitaine de VAlabama et auprès du capitaine du port, et il m*en fit connaître le résultat; d'après toutes ces déclarations, j'arrivai k conclure que les navires n'étaient pas à moins de quatre milles de la terre, et. le 8, f informai le Consul des Etats-Unis que , selon mon opinion , la prise ne pouvait pas être considérée comme illégale à cause de Teudroit où elle avait été faite.

Dans sa réponse du 10, le Consul s^efforçait de me montrer combien ma décision devenait insoutenable, si, en ces jours où Tartillerie a fait tant de progrès, je m'appuyais sur ce fait que les vaisseaux étaient k trois milles seulement de la terre. Ce passage est, je crois, d'une importance considérable, puisqu'il admet indirectement qu'ils n'étaient pas II trois milles seulement au moment de la prise, et j'espère que Votre Grâce entrera dans ma manière de voir. Ce n'était pas mon devoir d'aller plus loin, si je trouvais qu'on avait respecté la distance parfaitement établie antérieurement par les décisions du droit international.

Uoe question importante s'est élevée au sujet de YAlahama, et il est k désirer que je sois informé aussitôt que possible des intentions du Gouvernement de Sa Majesté. Le Capitaine Semmes avait déclaré après son arrivée dans le port qu'il avait laissé au large une de ses prises précédentes, le Tuscaloosa^ qu'il avait équipé et armé comme transport, et qu'il lui avait donné l'urdre de le rejoindre à la Baie de Simon, parce quMl avait aussi besoin de vivres. Lorsque cette particularité arriva à la connaissance du Commandant en Chef des forces navales, il me demanda de lui donner l'avis des légistes et de lui dire si ce navire pouvait être considéré comme navire de guerre avant qu'il eût été jugé tout d'abord par une Cour de Prises; ou s*il ne devait pas être encore considéré comme prise, et si, pour cette raison, on ne devait pas lui défendre l'entrée de nos ports. L^Âttomey général consulta la lettre du Comte RusscU k Votre Grâce, en date dîi 31 Janvier 1862, ainsi que le droit iuternatioual de Weathon, et déclara substantiellement que le Capitaine Semmes avait le droit de convertir ce navire en bâtiment de guerre, et qu'il pouvait comme tel le faire admettre dans nos ports.

Le 8 Août, le navire entrait dans la Baie de Simon. L'Amiral m'écrivit pour me dire que ce bâtiment avait rtçu k bord deux petits canons rayés, un équipage de dix hommes et son ancien chargement de laine. Il doutait encore s'il pouvait le recevoir.

Le 10 Août, après avoir de nouveau consulté l'Attorney général, j'informai Sir Baldwiu Walker que, si les canons avaient été placés k bord par VAlabamafOu si ce navire avait une commission de guerre, ou s'il était commandé par un officier de la marine Confédérée, le bâtiment devait être considéré comme vaisseau de guerre et admis dans les ports avec ce caractère.

L'Amiral répondit aftirmativemcnt sur le premier et le dernier point, et le navire fut admii^

Le Tuscaloosa partit de la Baie de Simon dans la matinée du 14 courant; mais il fut pris dans le voisinage par un calme qui dura jusqu'au lendemain. Ce jour-la, enfin, il put partir vers midi. L'i/aoama sortit 1q iSS avant midi; il ne fut permis ni k l'un ni k l'autre

/id2 APPENDICE.

navire de rester dans le port plus longtemps que ue le nécessita l*acbèvement de leurs réparations.

Le 16, à midi, le Georgia, autre steamer Confédéré, arriva, pour faire des réparations, à la Baie de Simon, où elle est encore.

Avant de fermer cette dépêche, je désire demander d'une façon toute particulière des instructions sur un point que le Consul des Etats-Unis aborde dans sa lettre en date du i7 courant; savoir : Quelles mesures devrait-on prendre dans le cas où le chargement d'un vaisseau pris par une des parties belligérantes serait transbordé de la prise en pleine mer et amené dans un de nos ports sur un miseau Anglais ou sur un autre navire neutre.

Il est strictement interdit aux deux parties belligérantes parla lettre du Comte Russell aux Lords de l'Amirauté, en date du i'' Juio 1861, d'amener leurs prises dans les ports Anglais, et je conçois qa'uo Gouvernement Colonial doit donner force à cet ordre par tous les moyens qui sont à sa dispositidn, et enfin par des mesures extrêmes si elles devenaient nécessaires.

Mais cette lettre parle seulement des prises, c'est-à-dire, comme je le comprends, des navires eux-mêmes, et ne fait pas mention des chargements qu'ils peuvent porter. En pratique, la défense a été étendue aux chargements, et j*ai remarqué, dans une conversation que j'eus avec le Capitaine Semmes au sujet de nos règlements de neutralité, qu'il ne se croyait pas lui-même le droit d'en disposer, et qoe, par conséquent, il était forcé de détruire tout ce qu'il prenait. Mais j'avoue que je suis incapable de découvrir d'après quels titres légaux je puis fermer nos ports aux marchandises capturées achetées en mer et présentées k la douane dans la forme habituelle par un vaisseaa neutre. J'ai consulté k ce sujet l'Attoruey général et il n'est pas d'avis que les autorités de la Douane seraient coupables si elles faisaient une saisie dans de semblables circonstances. Or, comme il est trèsprobable qu'on essayera clandestinement d'introduire des chargements de cette espace, je serais bien aise d'être informé le plus tôt I)Ossible de la conduite que je dois tenir k ce sujet pour me conformer aux instructions du Gouvernement de Sa Majesté.

Le Capitaine Semtnes, de la M. des E, C* à Sir P, Wodehouse*

5 août 1863.

J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence de mon arrivée dans cette Baie sur le steamer des Etats Ojnfédérés l'Alabama^ qui est sous mes ordres. Je suis venu pour prendre des vivres et faire des réparations; et, en attendant, je demande respectueusement la permission de débarquer au Cap trente-deux prisonniers que j'ai dernièrement pris k bord de deux navires ennemis détruits eu mer.

Le Consul des Etats-Unis sera sans doute bien aise d'étendre k ses malheureux compatriotes Thospitaiité et l'appui que la loi réclame de lui.

Sir P. Wod'jhouse au Capitaine Semmes, de la M. des E. C.

5 Août 1863.

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre qui nous annonce

votre arrivée dans ce port, et de déebrer que je n'ai aucune objection à faire au débarquement des prisonniers retenus en ce moment à votre bord.

Je vous demanderai encore d'être assez bon pour détailler la nature et retendue des vivres et des réparations dont vous avez besoin, afin que je puisse être à même d'estimer le temps qu'il vous sera nécessaire de rester dans ce port.

• Le Capitaine Semmes, delà M. des E, C, à Sir Wodehouse,

5 Âoùt 1863.

J'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre datée de ce jour, par laquelle vous me donnez la permission de débarquer mes prisonniers et me demandez d'établir la nature des vivres et des réparations dont je puis avoir besoin; en fait de vivres, j'aurais besoin de quelques provinons pour mon équipage, et la liste détaillée vous en sera remise domain par le Payeur ; quant aux réparations, mes chaudières ont besoin de travaux en fer et mes cintres demandent à être calfatés, car ils sont complètement ouverts. Je me propose de prendre ici les matériaux nécessaires et de me rendre en toute hâte a la Baie de Simon pour y faire ces réparations.

M. Adamson au Capitaine SemmeSj de la M. des E, C,

6 Août i863.

Le Gouverneur de cette Colonie m'a ordonné de vous faire savoir qu'il a reçu du Consul des Etats-Unis, en résidence ici, une protestation dans laquelle ce Consul avance qu'une barque Américaine a été prise hier par le navire que vous commandez dans les eaux Britanniques, malgré la neutralité du Gouvernement Anglais, et qu'il réclame de lui la réparation dudit outrage.

Son Excellence sera donc bien aise de recevoir de vous toutes 1rs explications que vous voudrez bien lui donner sur les circonstances qui ont accompagné cette capture.

Le Capitaine Semmes, de la M. des E. C, à Jlf. Adamson.

Le Cap, 6 Août 1863.

J'ai eu l'honneur de recevoir votre communication datée de co jour, par laquelle vous m'informez que le Consul des Etats-Unis en résidence ici a présenté k Son Excellence le Gouverneur une protestation dans laquelle il allègue qu'une barque Américaine a été prise hier, par le navire placé sous mon commandement, dans les eaux Britanniques, malgré la neutralité du Gouvernement Anglais; et, k ce sujet, vous me demandez de donner à Son Excellence tous les renseignements que je puis offrir.

. J'ai l'honneur de dire tout d'abord qu'il n'est pas vrai que ladite barque ait été prise dans les eaux Britanniques, ni que j'aie violé lu neutralité Anglaise. Elle a été capturée au delà de tout promontoire et à une distance de cinq à six milles de la terre la plus rapprochée. Comme je m'approchais de ce navire, j'appelai l'attention particulière de mes officiers sur la question de la distance, et tous sont d'accord

que la prise a été faite à deux ou trois milles en dehors de la lieae marine.

Le Consul des Etats-Unis à Sir P, Wodehoikse,

4 Août 1863.

- D'après des informations dignes de foi que fai reçues et que vous connaissez sans doute, un steamer appelé VAlabama est actuellement dans la Baie de Saldanba, où il subit quelques réparations et oiiil débarque des prisonniers de guerre, etc.

Le navire en question a été construit en Angleterre pour fondre sur le commerce des Etats-Unis d'Amérique ; il s'est échappé en faisant sa course d'essai, et il se déroba ainsi à l'obligation de 20,000 livres sterling que le Gouvernement Anglais exigeait en vertu de l'Acte d'Engagement k l'Etranger.

Or, comme votre Gouvernement a un traité d'amitié et de commerce avec les Etats-Unis, et comme il n'a pas reconnu comme gouvernement les individus qui se sont révoltés contre les Etats-Unis, ledit vaisseau devrait être saisi de suite et renvoyé en Angleterre, d'où il s'est échappé clandestinement. Si le Gouvernement Anglais était sincère lorsqu'il a exigé les obligations, il a dû sans doute vous donner des instructions pour le faire renvoyer en Angleterre k qui de droit. Toutefois, si, par inadvertance, vous n'avez pas reçu de pareilles instructions, et si vous refusiez de prendre la responsabilité de la saisie, je protesterais très-respectueusement contre la prolongation du séjour du navire dans un port de la Colonie.

11 a passé k la Baie de Saldanba quatre (six) jours déjà, et une semaine sur la côte ; par cette infraction k la neutralité, il a perdu tout droit de rester une heure de plus ici. La peinture d'un vaisseau n'est pas comprise parmi les réparations nécessaires, et il n*y a pas de preuves qu'il ne puisse reprendre la mer; or, si on lui permet de se rendre dans d'autres ports après qu'il a méprisé la proclamation de neutralité de la Reine, on n'agira pas selon l'esprit et les intentions de ce document.

M, Adamsoii au Consul des Etats-Unis,

5 Août 1863.

Le Gouverneur m'a donné ordre de vous accuser réception de votre lettre en date d'hier, lettre qui est relative k VAlabama.

Son Excellence n'a aucune instruction ni aucune autorité pour saisir ou retenir ce navire, et il désire que je vous fasse savoir qu'il a reçu une lettre du Commandant, en date du l*"' courant, par laquelle le Capitaine Semmes annonce que les réparations avancent et qu'aussitôt qu'elles seront achevées il reprendra la mer. Il ajoute encore que son intention est de respecter strictement le neutralité du Gouvernement Anglais.

La conduite que le Capitaine Semmes se propose de suivre ici est, dans l'opinion du Gouverneur, en tonfurmité parfaite avec les instructions qu'il a lui-même reçues au sujet des vaisseaux de jiucrre et des corsaires appartenant aux Etats-Unis et aux Etats qui s'appellent les Etats Confédérés d'Amérique, lorsque ces vaisseaux entrent dans les ports Anglais.

APPENDICE. il35

Les rapports qu*on a Téf^s de la Baie de Saldanha portent le Gou- Terneur k croire que le navire quittera le port aussitôt que les réparations seront terminées ; mais s'il recevait la nouvelle du contraire, il prendrait immédiatement les mesures nécessaires pour donner force aux règlements établis par le Gouvernement de Sa Majesté.

M. Graham [Consul des Etats-Unis) à Sir P, Wodehouse,

5 Août 1863.

Le steamer Confédéré VAÎabama vient de prendre nne barque Américaine en vue de la Pointe Verte, c'est-k-dire. environ k quatre milles de la terre la plus rapprochée (Ile Robben). J*ai vu la capture de mes propres yeux, comme cent autres Tont vue aussi. Cet acte, commis a rentrée de la Baie de la Table, et, par conséquent, dans les eaux Britanniques^ est une insulte faite k TAngleterre et une grave ii^ure k ràdresse d*une puissance amie, les Etats-Unis.

Le Gouvernement Anglais s'est déclaré neutre entre le Gouvernement de mon pays et ses ennemis de Tintérieur, et cette neutralité ne peut pas être violée impunément par cette action hardie et audacieuse.

Le Gouvernement des Etats-Unis considérera sans doute cette affaire comme une de celles quWdemandent une explication immédiate.

Je crois que vous ignorez cet événement et que même vous ne vous y attendiez guère, et j'espère que vous prendrez, pour punir cet outrage, toutes les mesures que les circonstances exigent.

Je suis, etc.

3f. Rawson à M. Graham,

6 Août 1863.

Le Gouverneur m'a ordonné de vous accuser réception de votre lettre <^n date d'hier, lettre qui est relative k la prise de la Sea Bride, qui a été capturée en mer par VAIabama, etje vous informe que Son Excellence ne perdra pas de temps pour prendre des renseignements exacts sur les circonstances de cette capture.

J'ai, etc.

(Signé) Rawson W. Rawson.

Secrétaire de la Colonie,

M. Graham à Sir P. Wodehouse.

6 Août 1863.

J'ai Thonneur d'accuser réception de votre dépêche d'aujourd'hui.

Je prends la liberté de joindre ici un document que ja recommande k toute l'attention de Votre Excellence ; c'est l'affidavit du Capitaine Charles F. White, de la Sea Bride, qui proteste contre la prise de ladite barque, capturée dans les eaux Anglaises. Les points qu'il prit au moment de la cupture montrent d'une façon péremptoirc que la barque était dans los eaux neutres, puisqu'elle était k deux milles environ de l'Ile Robben. Cette déclaration est sans doute plus satisfaisante que le témoignage de tous ceux qui ont mesuré la distance k l'œil.

Je crois quMl n*y a pas de loi qui déflnlssef^e mot « c6te » autrement que la loi internationale; or, cette loi a toujours limité les eaux neutres k la distance de la portée des armes; cette distance, à rinvcutioude la poudre à canon, fut élevée k trois milles marins depuis la mer jusqu à la côte ; et, par ce même principe, depuis Tinvention du canon rayé d*x\rmstroug, cette distance a été portée k six mil.les.

Toutes les eaux enfermées par une ligne tirée entre deux caps ou deux promontoires sont reconnues comme neutres par toutes les nations; et r Angleterre est la première puissance qui a adopté cette règle, en appelant ces eaux « les chambres du Roi. » Si vous voulez consulter les « Principes de droit de Wbeaton, » page 234, ou toat autre ouvrage sur le droit international, vous verrez posées et développées les règles que je rapporte ci-dessus.

Par le fait même que la prise n'a pas déjk été brûlée et que son sort est encore en suspens, on voit clairement que le Capitaine Semnies lui-même a des doutes sur la légalité de la prise et qu'il attend le consentement de Votre Excellence. Si vous décidez que la prise a été faite loyalement, vous assumerez une responsabilité que le Capitaine Semmes lui-même a refusé de prendre.

Alfidavit de C. F. White,

Ce 6 Août 1863, A. D, comparut en personne par-devant nous, Walter Graliam, Consul des Etats-Unis en résidence au Cap, le sieur Charles F. White, patron de la barque la Sea Bride, de Bostçn, venant de New-York, quidéclara sur afddavit que, le 3 du mois d*Âoôt courant, il était en vue de la Montagne de la Table et se dirigeait vers la Baie de la Table ; mais, le A courant, la nuit le força de s'éloigner. Le 5 courant il gouverna de nouveau vers Taiicrage, et, vers deux heuresderelevée, il vit un steamer qui se dirigeaitsur la barque; il supposa que c'était le paquebot-poste Anglais, mais, lorsque le steamer approcha, il reconnut que c'était le bâtiment à vapeur VAlabama. Le Capitaine White reçut alors l'ordre formel de mettre eo panne comme étant une prise de VAlabama. Un coup de canou fut tiré, et, immédiatement après la demande, on tira un second coup. Deux canots furent descendus de VAlabama et envoyés k bord de la barque. L'ofticier qui commandait les deux canots réclama les papiers du navire, que ledit patron fut forcé de porter k bord du steamer. Cela se passait vers trois heures moins un quart; ce patron et sou équipage lurent emmenés du bâtiment et placés comme prisonniers à bord de IM/o^ama; olliciers et matelots furent mis aux fers. La position de la barque, au moment de la capture, était celle-ci :— Le phare de la Pointe Verte portait : Sud par Est; et le phare de l'Ile Kobbeu portait : Est.

Ledit patron proteste donc contre la capture illégale de son navire, qui se trouvait dans les eaux Britanniques au moment de la prise, comme on le voit d'après sa situation.

M. Graham à Sir P, Wodehouse,

7 Août iS()3.

Comprenant, d'après votre lettre que j'ai reçue ce matin, que l'affaire de la Sea Bride est encore pendante, je joins ici l'affidavit du

premier officier de ce navire et celui du cuisinier et commis aux vivres; fcspère quMls jetteront une lumière de plus sur cette question.

D'après Taffidavit du premier officier, il paraît que la prétendue prise fut amenée à un mille et demi du Phare de la Pointe Verte, hier à une heure de relevée. Or, comme ce navire était alors sous la garde d'un équipage de prise, il y a là une violation de la neutralité aussi flagrante que si la capture avait été faite à la môme distance de la terre- ^

En attendant votre décision au sujet de cette affaire^ je demanderai très-respectueusement que l'équipage de prise qui est k bord de la Sea- Bride soit renvoyé et que le navire soit mis sous la garde d'un équipage du vaisseau de Sa Majesté, Valorous,

Affidavit de M. James Robertson.

Au jour et k la date ci-dessus comparut en personne, par-devant nous, Walter Graham, Consul des Etats-Unis d'Amérique au Cap, le sieur James Robertson, cuisinier et commis aux vivres du bâtiment Américain, la barque la Sea BriâSy lequel James Robertson donna l'affidavit qu'il était à bord de ladite barque dans la nuit du cinquième jour d'Août, après que ladite barque a été capturée comme prise par le steamer Confédéré VAlahama, et qu'un équipage eut été mis à bord; que vers deux heures moins cinq minutes du matin, le 6 courant, l'équipage de prise qui était à bord de ladite barque reçut, par un signal de YAlàbama, l'ordre de brûler la Sea Bride , et immédiatement tout le monde fut appelé pour exécuter cet ordre, que les voiles furent roulées, qu'un baril de goudron fut sorti de dessous le gaillard d'avant de perroquet et placé dajQs te gaillard d'arrière, qu'une caisse pleine de goudron, ainsi que d'autres combustibles et munitions, furent déposés sur la table de la cabine, mais que, lorsque ces arrangements furent terminés, un autre signal fut donné par VAlahama pour contremander l'ordre qu'on avait donné de brûler ladite prise et pour dire de rester en vue de la terre jusqu'au jour; et ces ordres furent suivis.

Affidavit de John Schofield,

Au jour et à la date ci -dessus comparut en personne par^devaut nous, Walter Graham, Consul des Etats-Unis d'Amérique au Cap, le sieur John Schoflield, premier officier de la barque Sea Bride, de Boston, qui donna l'affidavit qu'il était h bord dudit navire k une heure de l'après-midi, le sixième jour du mois d'Août courant, tandis que ce bâtiment était au pouvoir d'un équipage de prise du steamer VAlabama, qu'il prit les situations de ladite barque, qui étaient cellesci : — Le Phare de l'Ile Robben portait Nord-Est par Nord et un demi-Nord, le Phare de la Pointe Verte portait Sud-Ouest et demi- Ouest. Il déposa aussi que l'officier qui commandait la barque vint à peu près au môme moment sur le pont, frappa du pied comme s'il eût été contrarié de trouver le bâtiment si près du rivage, et donna l'ordre de l'éloigner, ce qui fut fait sur-le-champ.

438 APPETTOICE.

M. Adamson à M. Graham,

7 Août 1863.

Le Gouverneur m'a ordonné de vous accuser réception de votre lettre d'aujourd'hui qui renferme deux affidavit relatifs k la Sea Bride, et je dois vous déclarer que Son Excellence n'est ^as disposée k admettre que, par le fait que l'équipage de prise avait amené ce navire k un mille et demi du Phare de la Pofnte Verte, « on aurait violé la neutralité, comme si la prise avait été faite à la même distance de la terre, » quoiqu'il soit défendu aux deux puissances belligéraDtes d'amener leurs prises dans des ports Anglais.

Monsieur le Gouverneur ne se croit pas le droit de prendre des mesures pour retirer l'équipage de prise de la Sea Bride.

M, Rawson à M, Graham,

8 Août i863.

Quant k ce qui concerne la correspondance relative k la capture de la barque la Sea Bride, qui fut prise par le steamer des Etats Confédérés VAlahama, j'ai reçu l'ordre du Gouverneur de vous informer que^ d'après les meilleurs renseignements que Son Excellence a été à même de se procurer, on est arrivé k conclure que la prise ne peut

Sas être considérée comme illégale, et qu'il n'y a pas eu de violatinn e la neutralité Britannique k cause de la distance. Son Excellence fera, par la prochaine malle, uu rapport complet de cette affaire au Gouvernement de Sa Majesté.

M, Graham à Sir Wodehouse.

jO Août 1863.

Vore décision dans l'affaire de la Sea Bride m'est parvenue Samedi k qu:itre heures du soir. En me communiquant cette décision vous nrannoncez tout simplement que ce navire était, selon votre cpiDion, et d'après les témoignages portés devant vous, une prise légale de VAlabama; mais vous omettez d'établir le principe de droit inieroatioiial qui a motivé votre décision, et vous négligez de me donner la preuve sur laquelle vous vous appuyez.

Dans ces circonstancos, je ne puis faire vérifier ni réfuter ces témoignages, je ne puis non plus les transmettre textuellement au ministre Américain à Londres ni au Gouvernement des Etats-Unis à Washington.

Lorsque ce témoignage, ex parte, fut porté,on ne m'a pas invité k venir l'entendre; aussi, comme j'ignore sa teneur, je ne puis distinguer ce qui a été rejeté de ce quia été accepté. Si vousavez décidé que les eaux neutres de la Colonie s'étendent seulement k une distance de trois milles de la terre, la nature de votre décision serait agréablement démontn^e aux habitants de la ville du Cap, si un vaisseau de guerre Américain apparaissait sur la scène et offrait un combat k VAlabama. Dans une telle lutte, engagée avec des canons qui portent k une distance de six milles (trois sur la terre), l'écroulement des édifices de la ville du Cap serait un excellent commentaire de votre décision.

Mais la décision a été rendue et ne peut être révoquée; aussi je puis me dispenser de dire des paroles inutiles. Ce jugement peut être cassé seulement par le Gouvernement que vous représentez, et il le sera probablement lorsque le Gouvernement des Etats-Unis réclamera une indemnité pour les propriétaires de la Sea Bride.

Un navire armé appelé le Tuscaloosa, qui a la prétention d'agir sons Tautorité des soi-disant Etats Confédérés, est entré dans la Baie de Simon le Samedi 8 courant. Ce vaisseau appartenait d'abord à des citoyens des Etats-Unis, et il a étTé capturé par VAlahama, tandis qu*il faisait un commerce légitime. Il a été ensuite armé par VAlabama pour fondre sur le commerce des Etats-Unis, et maintenant, sans avoir été jugé comme prise par aiicune cour d'Amirauté d'aucun Gouvernement reconnu, il lui est permis d'entrer dans un port neutre avec son ancien chargement k bord et de violer ainsi la Proclamation de la Reine.

Par les présentes, je proteste de la façon la plus énergique contre cette façon d'agir, et je prétends que le navire doit être rendu à ses propriétaires légitimes. La capture de la Sea Bride dans des eaux neutres, avec l'aiïaire du Tuscaloosay qui est aussi une prise, constitue la dernière et la meilleure démonstration qui ait été encore donnée do ]a neutralité Britannique.

M. Rawson à M, Graham.

10 Août 1863.

Le Gouverneur m'a ordonné de vous accuser réception de votre lettre datée d'aujourd'hui et de vous déclarer qu'en ce qui concerne la partie relative au Tuscaloosa^ Son Excellence est encore en correspondance avec le Commandant en Chef des forces navales pour déterminer la nature de ce navire et les privilèges auxquels il a droit.

M, Graham à Sir Wodehouse.

12 Août 1863.

En recevant votre dernière communication datée du 10 courant^ j'avais cru que c'était tout simplement un mot d'avis sur un sujet traité dans ma dernière lettre h Votre Excellence; aussi j'ai attendu avec anxiété une autre lettre du Secrétaire de la Colonie qui m'informât du résultat de cette affaire. Ne recevant rien et apprenant que le Tuscaloosa devait prendre le large de la Baie de Simon aujourd'hui, j'ai demandé hier soir une injonction de la Cour suprême pour empêcher ce navire de partir avant que j'eusse pu prouver par des témoi-

gnages qu'il appartient à des citoyens de Philadelphie des Etats-Unis et que Sun vrai nom est Conrad; il n'a jamais été jugé comme prisi par aucune Cour d'Amirauté léplement constituée, et je suis, ex officiOy ragent légal de ses propriétaires et de toutes les autres personnes qui ont sur lui quelques intérêts. Je n'ai pas encore appris le résultat de cette démarche; et, craignant qu'un délai ne permette à ce navire d'échapper, j'insiste respectueusement auprès de vous pour qu'on le garde dans ce port jusqu'à ce que des mesures légales convenables aient été prises.

liliO APPENDICE.

Je sais parfaitement que votre Gouvernement a accordé aux soidisant Etats Conrédérés les droits des puissances belligérantes et qu'il est tenu, eu conséquence, de respecter la commission du Capitaine Semmes ; mais TAngleterre a refusé de reconnaître la Confédération comme une nation^ et elle exclut ses prises de tous les ports du royaume Britannique; ainsi les prises doivent nécessairement retourner k leurs véritables propriétaires; elles doivent être abandonnées par le Capitaine Semmes aussitôt qu*elles entrent dans un port Anglais.

J*espère recevoir une réponse à cette lettre et k la précédente le plus tôt possible, et je crois que ma ténacité au sujet des droits de la neutralité ne vous semblera pas importune ni mes remarques inopportunes.

J'ai, etc.

M, Raioson à M, Graham,

12 Août 1963.

Le Gouverneur m'a ordonné de vous accuser réception de votre lettre datée d'aujourd'hui^ et de vous informer que c'est hier seulement et bien tard dans la soirée que Son Excellence a reçu du Commandantcn Chef des forces navales un rapport qui établit que le Tuscaloosa est dans des conditions telles qu'il a droit à être considéré comme navire de guerre.

Le Gouverneur ne pense pas que vous vous en rapportiez aux dispositions du droit international lorsque vous dites que les vaisseaux capturés, aussitôt qu'ils entrent dans un port neutre, retoumeutk leurs véritables propriétaires et sont abandonnés par ceux qui les ont pris. Son Excellence croit au contraire que les réclamations des puissances belligérantes au sujet des vaisseaux capturés peuvent être seulement connues et jugées par les Cours du pays des preneurs.

Lo Gouverneur désire que j'ajoute qu'il n'a aucune objection à faire il la teneur de la correspondance que vous lui avez adressée k ce sujet, et qu'il est très-sensible k la cou^toi^ic que vous avez montrée dans des circonstances toutes particulières!!! Il a la conâance que vous agirez toujours selon le strict sentiment de votre devoir k l'égard de votre pays.

M. Graham à Sir P. Wodehouse.

17 Auût 1863.

J'ai tardé d'accuser réception de votre dernière lettre datée du 12 Août parce que certains événements transpiraient dans le public: mais ils sont maintenant assez vulgaires pour former le sujet d'une correspondance.

En décidant que le Tuscaloosa est un bâtiment de çuerre, et par conséquent une prise, vous m'avez étonné, parce que je ne vois pas la nécessité de l'incompatibilité de ces deux choses. On a pris quatre canons k bord du Talisman (autre prise aussi) et on les a mis k bord du Conrad (Tuscaloosa)^ mais ce transbordement ne changeait la nature ni de l'un ni de l'autre navire, qui restent tous les deux des prises; car ni i'un ni l'autre ne pouvaient cesser d'être une prise tant qu'ils n'avaient pas été jugés par une Cour d'Amirauté du pays du

vaisseau preneur, et on ne prétendra pas que cela ait été fait. Donc, comme le Tuscaloosa était une prise, il lui était défendu, par la proclamation de la Reine, d*entrer dans la Baie de Simon, et il aurait dû receyoir Tordre de s'éloigner de suite; mais il n'a pas reçu cet ordre. Accordons que la proclamation de Sa Majesté affirmait au Capitaine Semmes, comme belligérant, le droit de faire et de garder des prises en pleine mer, mais elle lui refusait aussi énergiquoment le droit de garder ces prises lorsqu'il les amène dans les pofts Britanniques. Or, s'il ne pouvait pas les garder en les amenant dans la Baie de Simon, quel autre pouvait les garder si ce n'est celui dont le droit de les garder était antérieur au sieu^ c'est-à-dire le propriétaire?

Le Tuscaloosa est resté sept jours dans la Baie de Simon avec sa première cargaison de peaux et de laine k bord ; ce chargement, j'en suis informé par des personnes qui prétendent le savoir, a été acheté par des marchands du Cap ; et s'il doit être (débarqué directement ici de la prise, ou s'il doit être transbordé sur d'autres vaisseaux dans quelques ports retirés de la côte, au delà de cette colonie, pour être amené de là ici, la violation de la neutralité sera si palpable et si flagrante que le Gouvernement de Sa Majesté fera probablement justice aux prétentions des propriétaires, en leur accordant gracieusement et sur-le-champ ce qu'ils ont le droit de réclamer. 11 éloignera ainsi tout motif de plainte. Si le chargement de la Sea Bride est traité de la même façon, comme j'ai tout lieu de le craindre, nos motifs de plainte seront encore plus grands lorsque ces négociations seront terminées; car celle-ci a été prise dans des eaux neutres, et le léger voile de neutralité sera complètement déchiré en lambeaux lorsque sou chargement aura été vendu ici !

Le Georgià, steamer Confédéré, est arrivé hier dans la Baie de Simon, et le Florida^ autre bâtiment de la même classe, est arrivé ou est attendu d'un moment à l'autre dans la Baie de Saldanha, où il peut rester une semaine sans que vous en soyez informé^ car c'est un endroit très-reculé. VAlahama est resté ici, dans la Baie de la Table, près de quatre jours, et dans la Baie de Simon six jours; et comme on. a permis au Tuscaloosa de rester dans la Baie de Simon sept jours, je crains que le Georgia et le Florida ne rencontrent la même , pour ne pas dire une plus grande faveur. Dans ces circonstances, d'autres protestations de ma part paraîtraient inutiles, et je ne fais que rapporter ces faits dans l'intérêt de mon Gouvernement et des personnes qui occupent des fonctions diplomatiques.

M, Ratvson à M, Graham,

19 Août 1863.

Le Gouverneur m'a donné l'ordre de vous accuser réception de votre lettre du 17 courant et de décrier que, pendant ces transactions, il s'est efforcé de se conformer strictement aux désirs du Gouvernement de Sa Majesté : il suivra la même conduite dans toutes les affaires qui pourront se présenter à l'avenir.

Je dois ajouter que Son Excellence ne croit pas qu'il ait été permis, soit à VAlahama^ soit au Tuscaloosa, de rester dans les ports de la Colonie plus longtemps que ne l'exigeraient l'état de la mer et l'exécution des réparatious dont ils avaient alors besoin.

litii APPENDIGS.

Déclaration de Joseph Hopson.

Joseph Hopson, gardien du phare de la Poiute Verte, déclare ce qui suit ; —

J*étais en vigie Mercredi dans Taprès-midi, lorsque VAlàbama et la Sea Bride arrivèrent. Quand je les aperçus pour la première fois^ le sieamer venait par le Nord-Oue&t de Tlle Robben, et la barque portait environ cinq milles Ouest-Nord-Ouest. Cette dernière arrivait avec toutes ses voiles dehors et marchait sous une bonne brise ; je n*ai pas pris sa situation quand on a tiré le coup de canon.

Je crois qu'on a tiré deux coups de canon, mais je parle ici du dernier, le steamer passait alors ë Tarrière de la barque, et 8*en approchait par le côté de tribord. Il allait doucement eu avant, et cjuelque temps après je vis que la barque tournait son avant dans la direction de 1 Ouest. Un canot partit du steamer pour aborder. Les deux vaisseaux étaient alors à cinq bons milles du continent et réellement à mq milles, si ce n'est k six, de la Pointe Nord-Ouest de Pile Robben.

Déclaration de W. S, Field^ Receveur des Douanes.

Mercredi dernier, dans l'après-midi, j'étais au vieux phare de la Pointe Verte, à deux heures de relevée; j'ai vu 1*^4 lofeawwi prendre la barque Américaine la Sea Bride, et je suis d'accord avec la déclaration ci-dessus quant à la position des navires et à la distance du rivage.

Je puis aussi faire remarquer que j'ai appelé Tattention du Colonel Bisselt et du gardien du phare Hopson sur la distance des navires au moment de la capture, car il était probable que nous serions appelés à donner notre témoignage dans cette afl'aire. Nous avons donc pris note de l'heure à laquelle elle eut lieu.

Déclaration de John Roe.

Hier, le 5 Août 1863, je revenais d'une chasse à la baleine dans la Baie de Hunls, lorsque je vis d'abord la barque la Sea Bride qui se dirigeait de l'Ouest sur le riva^ie. Je naviguais vers la Baie de la Table, et lorsque j'arrivai k quelque distance de là Baie des Camps je vis la fumée de VAlabama k l'Ouest de l'Ile Robben. Quand j'atteignis le phare de la Pointe Verte, le steamer se dirigeait vers la barque, qui était à cinq milles et demi environ à l'ouest de la Pointe Verte et à quatre milles et demi environ de la Pointe Ouest de l'Ile Hobben. Telle était leur position ; j'étais tout près d'eux quand ou tira le coup de canon.

Déclaration de l'employé des Signaux de la Station Télégraphique

la colline du Lion.

Le Mercredi 5 Août 1863, j'aperçus la barque la Sea Bride vers sept heures du matin, à quinze ou vingt milles de la terre environ; elle se dirigeait sur la Baie de la Table, au Sud-Ouest. Il soufflait une légère brise du Nord-Ouest qui dura jusqu'au soir. Vers midi, j'aperçus le Steamer k hélice VAlabama, qui se dirigeait vers la baie de la Table eu

venant de plein Nord, avec Tintenlion, selon toute apparence, de prendre le passage situé entre Tlie Robben et la Baie de Blueberg. Il était alors à une distance de quinze h dix-huit milles.

Après avoir aperçu le steamer, je hissai la demande pour la barque, qui arbora le pavillon Américain, ce que je communiquai au bureau du Port; là barque était alors à huit milles de la Pointe d'Irville. Aussitôt que la barque eut hissé le pavillon Américain, le steamer tourna droit sur elle; le steamer était alors, sous toute apparence, à douze milles de la Pointe d'Ivrille, à quatre ou cinq milles environ en dehors de nie de Robben et h sept milles environ de la barque.

Le steamer arriva alors" dans les eaux de la barque en gouvernant bord à bord; cette dernière était à quatre bons milles de la terre ou du vieux phare et k cinq milles de Tile. Le steamer, apr^s avoir tiré un coup de canon, arrêta la marche de la barque, et envoya plusfenrs canots k son bord.

Après quoi la barque reprit de nouveau le large, tandis que VAlabama- entrait dans la Baie de la Table.

Le Capitaine Forsyth à Sir P- Wodehouse.

6 Août 1863.

Suivant la demande que Votre Excellence m'a adressée, j*ai Thonncur de dire que j'ai reçu du Capitaine Semmes la déclaration de la position du steamer des Ktats Confédérés, ÏAlahama et de la barque Américaine iBSeaBride, lorsque cette dernièrea été capturée hierdansTaprèsroidi.

Le Capitaine Semmes assure qu^au moment de la capture de la Sea Bride f le Phare de la Point Verte portait, du Sud-Est de VAlaàama, six ou six milles et demi environ.

Cette déclaration est appuyée par le témoignage du Capitaine Wllson, Capitaine du port de la Baie de la Table, qui a assuré qu'au moment de la capture do la Sed Bride il était k quelque distance de la Pointe Verte dans le bateau du Port et qu'on ne pouvait encore voir que le haut de la coque de YAlabama.

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