V. LES CROIX OU X DB FBR
« Dans la pagode Ling-kou, il y avait une tour à cinq étages pour le tombeau du bonze Pao Tche'kong.vi
Le portrait de ce bonze se voit encore intaillé clans une tablette lapidaire de la nouvelle pagode, élevée sur les ruines de l'ancienne. Il porte le sistre hindou sur son épaule. C'est Tœuvre du peintre Ou Tao-tse ^ ^ -^ (1), dont Nankin et les environs conservent plusieurs dessins ou peintures, spécialement plusieurs Koari'in souvent reproduites.
Quant à Pao Tche-kong, c'était un bonze d'une éloquence hors ligne; un jour qu'il prêchait, une pluie de fleurs tomba sur la butte avoisinant la porte sud de Nankin, et la colline en garda le nom désormais célèbre de Fu-Zioa (ai ]i[j ;fÈ $, « colline de la pluie de fleurs.» (2).
« En outre, poursuit le texte chinois, il y avait là des ciseaux de fer, Viè-tsien ^ ||. Les Chroniques de cette même pagode Ling-hou se, rédigées par Ou Yun ^ ^, affirment que oes ctseau.x: sont la moitié mystérieuse, cachée, de t^ien-^ou-tchen J^ ^ ^.))
D'après la remarque du Père qui me signala l'existence du second fei-lai tsien, ces trois caractères indiquent l'action de contenir, de réprimer, de maîtriser Vesprit de l'eau, Vien ou '^ ^ (expression usitée en démonologic.) On dit que «c'en est la moitié», me SI ggère le même Père, parce que ces ciseaux, cette X de fer, portent les trois caractères t'ien^ou-kin 5c ^' ^* Mais le caractère ^ est la moitié du caractère ||. On évita d'inscrire en entier et clairement ce dernier caractère sur les ciseaux, afin, semble-t-il, de dérober au vulgaire le sens de l'inscription, qui ainsi demeura cachée.
Si positives et circonstanciées qu'elles paraissent, les informations d'origine chinoise restaient bien insuffisantes pour dissiper notre perplexité. Cette mention de tour, jadis élevée en cet rndroit, comme au centre de Nankin, était tout au plus capable de
(1) Cf. mprà p. 79 ; ilcni ce que j'en ai (Ut dans les Etudes relig. juin 1890. p. ol8.
(2) D'après le Chinese Iteadcr's Manual, Tenipereur Liang Ou-ti (502-550 y fit élever une pagode quand on lui eut persuadé qu'une pluie de fleurs y étsdt tombée yowv célébrer la gloire de son règne. L'eau de ses puits, recherchée à Nankin, a été déclaice lasecondo de l'Empire par l'empereur K'ang-hi. Les visiteurs, ks lettrés surtout, y ramassent des agates et des cornalines (parmi les nombreux cailloux roulés de certaines brêcles), s'ils ne préfèrent les y acheter fort cher.
Un peu au Sud, derrière le fort, se trouv.- Tancien cimetière des missionnaires, encore utilisé, qui renferme les corps de onze jésuites, des uiècles derniers, et celui de Mkt Lopez, seul évêque chinois mentionné par l'histoire. A la page 170, du Tome II, des Nouveaux Mémoires par le P. Le Comte S. J., figure une notice édifiante sur ce saint évêque, autrement dit : «Monsieur de Basilée, Chinois de nation, élevé par les Pères de S. François et devenu ensuite religieux de S. Dominique.» Son portrait y est joint, gravé d'après un dessin indigène corrigé. L'évêque porte suspendue au cou une croix pectorale, en forme d'une croix de Malte, semblable peut-être à celle du monument de Si-ngan fou.
nous engager sur une piste au moins douteuse, sinon périlleuse. Quant à l'interprétation bizarre du demi vocable, tronqué à dessein, t'ien-ou-kin 5Ç ^ ^» nous n'avons pas encore réussi à en pénétrer tout le mystère. Alors, les ténèbres s'amoncelaient encore plus épaisses sur ce point. Toutefois, j'entrevis que la puissance reconnue au nouveau fei-lai tsien contre les influences nuisibles de l'esprit des eaux, était un indice qu'il ne frillait pas négliger. On en verra plus tard le pourquoi.
J'en étais à ce degré d'incertitude dans mon enquête archéologique, quand, au cours de mes lectures, je rencontrai le passage suivant de l'ouvrage du Rév. V. C. Hart, racontant ses voyages dans la Province du Se-tch'oan g3 jl|i ^u «grand centre bouddhique du Mont Omei.»
On remarque, près de l'énorme massif de la grande montagne couverte de temples si curieux, «un pont suspendu en fer, et l'endroit est connu sous le nom de : une paire de ponts volants, a pair of flying bridges (1). Pourquoi ce pont prend-il ce nom, je ne saurais le dire. Les Chinois ont d'étonnantes légendes au sujet de cloches, de ciseaux et même d'énormes vases en pierre, qualifiés aussi de volants ; on en trouve beaucoup de cette sorte à Nankin et dans les autres grands centres historiques. Le visiteur peut voir une cloche de bronze dans la partie nord de la ville de Nankin, haute de 15 pieds et large de 7 pieds, que l'on dit être venue du ciel en volant : on y trouve aussi deux grands instruments en bronze (2), en forme de ciseaux, d'usage inconnu, que l'on prétend être tombés du ciel. Je crois savoir qu'un poète chinois fait allusion à un temple merveilleux, qui est tombé d'en haut. Tout cela fait penser aux légendes des Grecs : on disait aussi le Palladium de Troie descendu du ciel. Les anciennes idoles étaient des pierres grossièrement taillées et elles passaient pour avoir traversé les airs en tombant ou en volant. On pourrait citer beaucoup d'exemples de cette sorte. Pourtant, c'est la première fois que j'entends parler de ponts qui volent. y> (3).
Cette rapide indication de ciseaux volants a été complétée par l'auteur même dans un nouvel ouvrage nHong-ou, rapporte-t-il,
(1) Crainte dVinphibo'ogie, peut-ôtre vaudrait-il mieux traduire « Ponts qui volent » ^ On le sait, pont volant signiâe un léger pont, mobile ou provisoire. En réalité, rexpression chinoise est peut-être une métaphore, équivalant à pont hardi.
Voir, dans le North China Daily News, à partir du 25 mai 1893, la relation d'un voyage en ces mêmes contrées, sons le titre : a Mêunt Omi and heyond IK /^ lU ( Ngo-mei chan), a record of a jour ney on the tibeian border, by Arch. J. Littlc.» Consulter en particulier le n° du 7 juillet sur la «paire de ponts volants, — pair of flying bridges, choang-feik'iao SE 9vè 'iw '^^ audacieusement jetés au confluent dun torrent impétueux.
(2) Ils' sont en fonte de fer.
(3) Western China, ajourney to the great buddhist centre of Mount Omeiy by the Rev. Virgil C. Hait. Boston, 1888.