‹ Croix et swastika en ChineChapitre 118 sur 136 · V. LES CHOIX OU X DB FER · texte numérisé non relu

V. LES CHOIX OU X DB FER

ble à celles de son propre pays, qu'il aurait juré qu'elle était venue des Indes mêmes. D'où ce nom de fei-lai, «venue en volant.» Le bonze avait amené avec lui un singe blanc et il savait, en sifflant, convoquer tous ceux des environs; aussi la grotte s'appelle-l-elle « la grotte d'appel des singes ; » le peuple raconte qu'elle communique avec celles des Indes^ ou T'ien^ tchou, (1).

Le paragraphe suivant montrera, j'espère, au lecteur impatient, quel lien réel, bien qu'un peu frêle d'apparence, rattache tout cela à la croix^ qui a fait jusqu'ici l'objet de notre travail. J'arrêterai pourtant encore son attention sur un autre monument peu connu, sur une fei^lai che ^ JjS >5» c-à-d. sur une «pierre venue du ciel «n volant», et dressée aux abords de Nankin, pour s'y faire honorer et admirer. (2).

Cette feUlai che a été placée dans la pagode nommée Koanin se, à l'est de Nankin, sur la route de Tchen^kiang |j| ;^, presque à l'entrée de la sépulture de Hong-ou SI fiC? ^ tin ou deux kilomètres de la pagode de Ling-kou se au fei-4ai tsien extra'-muros susmentionné. Rien à l'extérieur ne signale la Koan-in se aux regards du curieux ; dévastée par les Tch^ang-mao, elle vient d'être relevée de ses ruines. C'est le type de la modeste pagode rurale, bâtie sur le plan de nombre d'habitations bourgeoises, et ne se trahissant guère que par ses murs badigeonnés d'ocre jaune. Parti à la recherche de la fei-'lai che, j'y entrai naguère et pénétrai dans la cour en traversant une première rangée de constructions, où trônent quelques poussahs. Là, je dessinai et mesurai deux ou trois pierres curieusement sculptées. Un bonze qui m'observait, exigeait absolument que je lui révélasse en confidence la vertu secrète de ces pierres, pour le mettre à même lui aussi d'exploiter la mine de richesse et de bonheur incluse en ces trésors. C'est la croyance générale, l'erreur incurable de ces bonzes ignorants, superstitieux, cupides, adonnés aux pratiques de la sorcellerie et des incantations, préoccupés surtout de leur riz quotidien. J'eus beau protester de mon incompétence radicale, et assurer que j'obéissais à des soucis d'une nature fort différente, il me garda rancune. J'en eus la preuve très vexante, quand, à ma demande de renseignements sur la fei-lai che, il répondit en clignant de l'œil : « Oui, il y a une fei-lai che; oui, je sais où elle

(1) Cf. H. Cordier. Odoric de Pordenone, p. 338.

(2) On m'en a signalé une autre, à une trentaine de kilomètres an Sud de Nankin, avec divers talismans de ce genre. Un mandarinet exposait naguère devant moi qu'une pierre précieuse s'y trouvait jadis au sommet d'un arbre très vieux, très vieux... On voulut la voler, alors eUe disparut, existant encore, mais désormais invisible. « Vous devez savoir cela, vous autres Européens ! Vous n'ignorez pas ouji) y a toujours an sommet des vieux îirbres une pierre précieuse qui les nourrit, les ci^^che de mourir.» Et ce mandarinet. amateur de littérature et d'antiquités, parlait de cette escarboucle avec conviction 1

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est; mais puisque vous refusez d'avouer ce qu'on peut tirer des ces trésors, je ne vous dirai pas non plus où elle se trouve.» Impossible de lui faire entendre raison sur ce point. Quelques passants et des soldats, employés à déterrer d'anciennes briques pour la réparation des remparts, se montrèrent heureusement plus obligeants. En fait, quand j'interrogeais ce bonze, qui bientôt maugréa contre leur complaisance, je me trouvais à six mètres de la précieuse « pierre venue du ciel » ; elle se dressait dans le bâtiment servant, selon l'usage, de pagode principale, et limitant la cour au

Nord. (1).

Voici sommairement en quoi consiste cette pierre. En entrant dans cette salle du Nord, on a devant soi une alcôve abritant une Koanin dorée et réc<Mite, de style ordinaire; mais elle est adossée à une gigantesque dalle de marbre, poli à-demi, veiné de rose et de violet, aux tons d'onyx et d'opale. Cette dalle (2) suffirait seule au pavage d'une chambre de vingtcinq mètres de superficie. Evidemment, ce sont ses dimensions extraordinaires qui lui ont valu , celte origine supposée céleste. Dès l'entrée, -j ^ ■— i elle limite pour le regard l'aire de la pagode, S ^\ r qu'elle divise en deux compartiments inégaux. 1 ^^ 1

Au premier abord, elle semble reposer sur j^ ^

une autre pierre formant un soubassement f/gjf/JBBB^^^ mouluré et sculpté, qui, de fait, est pris dans Fig. 187.

le même bloc, comme on peut le voir par la coupe de la pierre ci-contre. Ce soubassement reproduit le profil et Tornementation des soubassements analogues, portant également des dalles à inscriptions, au tombeau des Ming, à quelque mille mètres à l'Ouest. Cette base, haute de 0™ 65, présente les ornements répétés à satiété aux portiques de cette sépulture et aux pieds-droits des portes de l'ancienne ville impériale a Nankin. La date de ce monument ne se trouve pourtant pas, de

1) Ce bâtiment contient en outre un fore joli brûle-parfums en bronze, exquis d'exécution et de forme originale, lequel date de plusieurs siècles peut-être. L'artiste remarquera encore en cette pauvre salle d'auberge (on y boit et on y mange), deux plaques de cuivre repousse et émaillé d'harmonieuses couleurs, re] résentant des poussahs accroupis sur leur fleur de lotus, Tun dans la gamme bleue, l'autrj dans la gamme lose. Elles sont fixées dans . deux dressoirs en bois, à l'Ouest, devant une aquarelle du Titsang poussah^ le dieu des eur-rs.

(2) Klle mesure 5" 70 de longueur, sur i" 35 de hauteur et 0" 52 d'épùaseur.

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