V. LBS CROIX OU X DE FER
ce fait, clairement déterminée : il fut élevé probablement au cours du XVIP siècle.
En avant de la /ei-Zai c/ie, une Koan'in à quatre bras, abritée avec ses deux magots babituels sous un récent édicule en bois, sans style, trône sur une sorte de piédestal en marbre blanc, très ouvragé, superbement sculpté et ciselé, orné de motifs très gracieux. C'est, à ma connaissance, le plus beau morceau de sculpture décorative qui subsiste à Nankin. Il est malencontreusement caché par cette vulgaire armoire en bois et par la table qui sert d'autel. Au centre, et sur les deux côtés de ce piédestal, haut de près d'un mètre, s'épanouissent les trois croix en relief, dont j'ai inséré le grossier croquis à la page 54. Au bas figurent quatre lionceaux en relief aussi. Les moulures sont égayées par l'élégant motif à feuilles de lotus ornemanisées, si usuel dans l'art moderne chinois et qui remplace si avantageusement les oves et rais-de-cœur gréco-romains. A première vue, ce soubassement, ouvré comme un morceau d'orfèvrerie, pourrait passer pour un travail contemporain du tombeau des Ming, bien qu'il trahisse plus de grâce raffinée ; certains de ses détails architectoniques lui sembleraient même empruntés.
Au milieu et au revers de la grande dalle, au Nord par conséquent, on remarque ces inscriptions gravées en creux: ijf, ^^; SI ^ ^ M Choei'tsing p'ing; Ts^ing-liang Li t% qui peuveut s'interpréter: « Tablette ou écran de cristal; écrit par Li, à Ts'ingliang.» (1).
La statue de Koan-in n'a que quatre bras: deux de ses mains sont jointes; un de ses bras levés, le droit, montre un court chapelet. 8a chevelure est peinte en bleu. La déesse de la miséri'' corde s'accroupit, en tailleur, sur la fleur de lotus, attitude favorite des dieux indous. Elle s'adosse à la feUlai che qui porte, sculpté derrière elle, un riche ensemble ornemental aux reliefs dorés, aux creux rechampis de rouge, une sorte d'énorme et opulent jeu-de-fond, en forme d'auréoles concentriques et fleuries (2), sur lequel s'enlève la déesse, dorée aussi, les oreilles tombantes, la tête surmontée de la haute couronne à cinq pans, diadème des boddhisatvas.
(1) Ta" ing-liang serait le nom d'une colline nanki noise. Â côté de Pinscription sont incisés deux larges sceaux carrés, Pun en creux \in pP), l'autre en relief \2fang vfé), selon la coutume. C'est la signature sigiliographique au complet du nom de Técrivain, nommé plus haut Li, tout coui-t, et ici Se-li-, soit : flS n^ W S Siong in Se-li. ^ S King-sicou. fiSceaw de Bion g Se-li Kin(j-8i€0U.y> Ce lettré Hiong ]r^ \ sivg Ji) Se-lifS^ ^ \ming 2) King-sieou 3| j^, aliàs TsHii-yo rq W ( ^«c ^)» vivait de 1635 à 1709. Il était originaire du Hou-pé, et fut reçu au Doccorat en 1658. Il exerça la charge de grand chancelier de l'Empire et a laissé plusieurs ouvrages estimés.
(2) Cette gloire figure une feuille au ficus religiosa, consacré à Sakya-Mouni. CVst la forme ancienne; l'auréole moderne est, non plus aigiie, ni ovale,,maiB ronde. Cf. Schlagintweit, op, cit, p. 135.
210 GB0IZ BT SWA8TISA. •'^ II.
L'effet primitif, avant ces récentes additions de menuiseries, devait être très heureux et fort impressionnant. La fei-lai che était jadis dressée sous une construction légère, dont il ne reste que six ou huit bases de colonnes, Ténorme dalle ayant été entaillée en gouttières sur ses tranches Est et Ouest, pour recevoir deux des fûts de colonnes, qui s'y encastraient sur un tiers de leur circonférence et assuraient l'aplomb de la fameuse tablette. (1).
Nous nous sommes attardé à la description de cette pierre venue du ciel en volant, parce que, outre son intérêt archéologique et religieux, elle présente d'évidentes analogies avec nos ciseaux venus du ciel en volant, analogies permettant peut-être d'élucider un jour le problème qui se rattache à ces derniers.
Pour le moment, il appert sans conteste, que, de part et d*autre, la crédulité chinoise, tenue en émoi à la vue d'une énorme masse de pierre ou de fer dont elle ne parvenait pas à fixer Torigine, leur en a assigné une céleste, de complicité avec les bonzes aussi ignorants et beaucoup plus intéressés au subterfuge. Pour l'immense tablette, c'est la fiction esquissée par Lafontaine :
Un bloc de marbre était si beau Qu'un statuaire en fit l'emplette.
Qu'en fera, dit-il, mon ciseau?
8era-t-il dieu, table, ou cuvette?
II sera dieu !
Maluit esse deum, avait dit Horace. La fei-lai che, quasi divinisée, devint une tablette d'origine céleste : ainsi procède partout et à tout âge la faiblesse de l'esprit païen.
En voici un nouvel exemple assez saillant; nous le présentons comme une contribution à ces habitudes du folklore chinois, qu'il peindra au vif, et pour développer les indications du Rd V. 0. Hart
A Nankin, près de la grande porte monumentale à trois baies, nommée le Kou^leou ^ ;^, et datant du début du règne de Hong^ou g|fÇ (1368), s'élevait jadis une tour ou beffroi à cloches Tchong^kou^^e ^ i^ ^ ruinée depuis longtemps. II en reste une cloche fort visitée, fondue vere la fin du XIV' siècle, et désignée populairement par l'appellation de ta-tchong ^ g|, la grande cloche, (2). On prétend que les Tch'ang-mao essayèrent en vain de la relever. Cette opération, qui présageait dans les idées nankinoises une ère de prospérité pour la vieille cité, s'accomplit à
(1) La fei'Iai che pénible de faction comme une sentinelle avancée, un pctlladium, gardant Vaccèa de la sépulture impériale de la dynastio «les Ming. Avec la riche et vaste pagode de Linçf-kou «•, située h deux kilontètres plus à l'Est, elle ajoutait naguère à la splendeur de ces constructions, dont les principales étaient le tombeau des Ming, les aut îs du Ciol et de la Terre, TUen-tan et Ti-to», 55 JS[, )fe fil» le piviUon à la sortie de ffong^uwm ^ ^ f^% enAn la ville impériale et ses pakis.
(2) Elle meaur© 7°» dô oirco&féreiioe et 4»- 50 do hauteur, et pèse 10.000 kîl.