V. LES CROIX OU X DE FER
pagode ruinée qui était à ses pieds, et la croix de Ki^ngan, puisqu'elles ont la même date.»
Cette X a été mentionnée bien des fois, quoique vaguement. John Kesson s'exprime ainsi: «on peut conjecturer que le Christianisme fut introduit en Chine à la fin du V^ ou au début du IP siècle, mais que, faute de vitalité, il n'a pu étouffer alors l'idolâtrie. On assure qu'on a trouvé en Chine d'anciens monuments chrétiens, entre autres une croix de fer, dans la Province du Kiang-si, portant une date qui correspond à l'an 239 de notre ère. Une croix toutefois, n'est pas nécessairement un reste de Christianisme, surtout s'il est vrai, comme nous l'avons lu, que les Chinois avaient une croix sur leurs monnaies (1) avant le Crucifiement, et adoraient la croix avant que la Croix expiatrice n'ait été élevée sur le Calvaire.» (2).
Exacte ou erronée, l'information se copie sans variante ni contrôle. « On a d'ailleurs trouvé des monuments chrétiens dans d'autres Provinces de la Chine; dans le Fo-kien et dans les montagnes qui l'environnent, ainsi que dans la Province de C/ientchen (sic). Dans la Province de Kiang-si, on a trouvé une croix de fer du poids de 3.000 livres, sur laquelle on lit une date qui se rapporte à l'année 239 de Jésus-Christ.» (3).
Dabry de Thiersant puise à la même source dans ces lignes: «On raconte bien que sous les Tong-Han au premier siècle de notre ère, il y avait, dans plusieurs provinces de l'Empire, des temples dédiés au Seigneur du Ciel ; on dit également que dans le Hou-nan, le Ho-nan, le Fo-kien, etc., on a trouvé des croix en pierre et en fer, portant la date du IP ou du IIP siècle, mais en supposant que ces relations soient exactes,.... sait-on qui a.... élevé ces croix?....» (4).
La trace la plus récente que nous en ayons rencontré figure dans la China Revievo : «Certaines personnes, creusant la terre dans la Province du Kiang-si, ont découvert une énorme croix de fer, portant une inscription qui remonte à une date très éloignée.» (5).
(1) Nous avons discuté plus haut cette assertion erronée, cf. pp. 58/60.
(2) John Kesson. The Cross and the Dragon, p. 10.
(3) Annales de Philos. Chrét, 1853, p. 147. Article de Marchai de Lunéville et Léontiewski.
(5) Le Catholicisme en Chine... p. 8.
(5) China Eeview. 1889-90. p. 152, Prédication de VEvangiU en Chine par E. H. Parker. Le même article continue: «Dans la ville de Nan-tch^ang fou, capitale du Kiangsi, se voit un groupe de sculptures remarquables : au centre se dresse une femme, écrasant BOUS ses talons la tête d'un immense serpent, tandis qu'elle porte un enfant dans ses bras ; auprès d'elle se tient un vénérable vieillard qui considère la scène avec admiration. Enfin, tout autour, une dizaine de personnages plus petits sont à genoux; ils semblent représenter les bergers offrant leurs présents à la mère et à Tenfant. Et, détail curieux, quelques-uns offrent deux colombes, d'autres, una^eau. N'est-ce pas là une vraie représentation de la Nati-
218 CROIX ET SWASTIKA. — If.
Quoi qu'il en paraisse, le document est unique à Torigine, et non multiple : les différents auteurs se sont copiés à l'envi, ou j)lutôt ont tous exploité ce passage de la lettre latine du P. Michel 13oym : « On ne peut encore conclure avec certitude que l'Apôtre S. Thomas est venu prêcher en personne l'Evangile en Chine, car, bien que les vestiges que l'on a retrouvés de la foi chrétienne prouvent ouvertement qu'elle a été apportée aux Chinois, pourtant ces vestiges mêmes montrent qu'elle a pénétré parmi eux quand régnait la famille des Han postérieurs, des Trois-Royaumes. En effet, dans la Province du Kiang-si, au bord d'un fleuve, on voit une croix de fer, pesant environ 3.000 livres, et on dit qu'elle porte une date chinoise, qui correspond à l'an 239 de l'ère chrétienne. D'où il appert que la vraie foi et les prédicateurs de cette foi ont évangélisé les Provinces du Midi, il y a plus de 1415 ans.» (1).
Textes chinois. De Mailla, dans son Traité de la Rédemption[2) , dit : «Au commencement de la dynastie des Ming, sous l'Empereur Hong-ou ^ gÇ, dans la ville de Lou-ling, en creusant la terre, on a trouvé une grande croix de fer, où se lisait le nom de règne Tch^e-ou ^ ,%» Or Tch'e-ou était le nom de règne de Suen K'iuen ^, ;^, fondateur de la dynastie Ou ^ des TroiS" Royaumes, San-kouo ^ @, et correspond aux années 238 à 250 après Jésus-Christ. Un célèbre mandarin nommé Lieou Tse-kao glj ^ |g, ou Lieou Song $J ^, composa un chant sur la Croix de fer : THé-che-tse-kou IH + îf^ |^. On en parle aussi dans un traité intitulé Chen-se-lou (3) dû au lettré Li Kieou-kong ^ jl J^- L'époque Tch'e-ou n'est pas très éloignée de la mort de l'Apôtre S. Thomas qu'on dit être venu en Chine. Vers la fin de la dynastie des Ming, on trouva dans la Province du Chen-si le monument appelé King-kiao pai ^ ^ {|jf, Tablette de l'illustre Religion, placé maintenant dans la pagode nommée KinAsing, En outre, dans la Province du Foukicn, on a trouvé un assez grand nombre de monuments de la Religion Catholique. »
1. Extraits des Chroniques de la ville de Ki-ngan fou "§ -^ /j^ au sujet d'une X en fer:
vite de Notre-Seigneur? » — Il ne serait pas mal lise d^identifier le sujet de ce bas-relief, et d'auties analogues, cités an même endroit, avec quoique scène bouddhique ou brahmaniste. N*ayant vu ni l'original ni la copie du hns-relief, nous ne hasardons prudemment ici qu'une simple et hésitante conjecture.
(i) Kircher. China illustrata, p. 9. Le P. Boy m Micliel, Pou Mi-ko f^ ÎPIf W' naquit en Pologne en 1612. Jésuite en 1029, il arriva en Chine en 1G50 et y mourut en 1C59.
(2) Cheng-che-tch'ou-jao; Sœculo aureo humilia tractatio. p. 26. — cf. suprà p. 212.
(3) lil i© ^ Traité sur la Réflexion. «