‹ Croix et swastika en ChineChapitre 133 sur 136 · V. LES CROIX on X DE PER · texte numérisé non relu

V. LES CROIX on X DE PER

Enfin nous empnitons aux monuments de l'Inde le tracé d'un sujet ou plutôt d'un objet de culte, dont la silhouette générale tient à la fois du vùdjra et du fei-lai tsien (fig. 208), et dont la signification symbolique est du même ordre que ces derniers. C'est la partie importante d'une scène Intitulée «nâgas adorant le (risui. h Ce trisul, placé sur un pilier et entouré de flammes, est le monogramme de Bouddha, comme l'arbre est l'emblème de Sangha et la roue celui de Dharma. (1). Le lecteur notera aisément les analogies possibles entre nos X pi-i. -zoë. de fer et ce trisul (Cf. suprà p. 10 fig. 7.)

Ces croyances superstitieuses des bonzes, des brahmes, du peuple et de ses mandarins de tout rang, rendent moins improbable l'hypothèse émise ici : le fei-lai tsien tombé du ciel ne serait qu'un foudre comme celui du Jupiter tonnant; c'est une sorte de tchakra, de trisul, de vadjra, symboles indous modifiés au cours des âges, chinoises par le bouddhisme, transportés des bords du Gange ou de l'Indus sur ceux du Yang-tse kiartg, amalgame, alliage ou macédoine de croix, de roue, de swasliha, et de foudre en fer.

Notre interprétation dans un sens superstitieux et cabalistique de talisman et d'amulette symbolique, trouve un argument de vraisemblance en ce fait, signalé précédemment, que les trois fei-lai tsien sont encore, ou étaient, dans l'enceinte de bonzeries, au pied de tours bouddhiques, annexes de pagodes, existantes ou ruinées. (2),

A tout prendre pourtant, hypothèse pour hy|iothèse, le mot de la fin n'est pas dit : la lice reste ouverte. Des trouvailles subséquentes, des arguments décisifs, prouveront à coup sûr le mal fondé de la majeure partie de nos suppositions, dont plusieurs, bientôt peut-être, sembleront à peine plausibles, puériles, ridicules même. Mais c'est le sort ingrat des pionniers d'avant-garde, dans une voie peu frayée jusque là : la poursuite désintéressée

(1) Dacriplion of Ute Amravati Tope, by J, Forgusson ;Joaraal of the Royal Atiatic Soc. Vol. III. Part L new serieH, p. 161.

(2) On objectera qne nos dernières (uppositions n'expliquent guère U préaenon des deux rails trunaverBRUX en faillie but lea trois X : nous n'en disconvenons pas. A l'origine, lefti-/ai ttien a pu être, comme maint autre objet, un instrument foniin pour un usage trèa déterminé de la vie prntiiue ; puis la mperstition populaire l'tiurti transformé en une sorte de fétiche, on assimilé i un symbole bouddhique.

En terminant l'iiiipreisîon de la travail, je regrette d'avoir à dêolarer que j'nî connu trop tanl, pour en profiter, lea ChinmKhe Stadien von Friedrich Hirth. (Leipzig, 1890). Quelques- unes des douze pnga», formant un chapitre intitulé Vber 'Icn Maander und dae Ti-iqneti-vm in lier Chincsiichea uni/ Japanisclien Oi'nnmeniii, ont tnût i plusieurs des motifs chinois dont j'ai eu à parler.

238 CBOIZ KT SWASTIKA. — II.

du vrai, sinon sa conquête, est le souci obligé du chercheur, dût-il se meurtrir aux aspérités de la route, et y laisser en lambeaux sa gloriole de critique.

Pour le cas présent, notre plus sensible regret eet d'avoir eu à combatre, dans cette dernière partie, d'aussi nobles contradicteurs, présents et passés, en travaillant à déconsidérer une thèse, pleine d'honneur, à première vue, pour notre foi chrétienne. Le respect impérieux de la vérité nous y contraignait. C'est notre excuse dans une tâche où nous avons essayé de mettre autant de réserve que de conscience.

En ce domaine du folklore ethnographique, dans le vaste champ d'observation que revendique la hautaine Science des Religions pour ses études comparatives, ses synthèses analytiques et ses enquêtes, quoi de plus ardu que de démêler l'influence, la valeur et le nombre des dogmes originels, des traditions primitives, des vérités altérées, des faits historiques, insensiblement travestis en mythes légendaires par la pitoyable infirmité des cœurs et des cerveaux humains ? Toutefois, malgré les ténèbres oit s'enveloppent les premières migrations, l'incertitude de l'antique chronologie, les mensonges de l'histoire ignorante ou faussée à plaisir, les lacunes des chroniques, les incohérences doctrinales des sectes, les insaisissables divagations des Sages et l'illogisme naturel aux races asiatiques, en dépit de ces résistances et de ces obstacles, grossières ou policées, les vieilles et les modernes religions de la Chine devront un jour livrer aussi leurs secrets, et rendre hommage à Celui qui les a vaincues par la Croix.

Page 1