V. LES CROIX OU X DE FER
entreprise.» Plusieurs cases sont occupées par le ^ et le Lfj. Le dorje ou vadjra, simple ou doublé {cul-de-lampe final), y paraît aussi et tous ces signes spécifient un heureux présage, une réponse favorable. On lit ailleurs qu'un petit dorje est presque toujours suspendu aux chapelets tibétains. Pendant les incantations, on doit tenir à la main cette même amulette, dont la matière varie suivant le genre de siddhi, ou pouvoir magique que Ton convoite. La planche XXX de la p. 172 exhibe un phourbou, autre talisman, accompagné de trois grands demi-dorjes, formés de deux anneaux traversés par un dard flamboyant.
Les légendes bouddhiques rappellent qu'en Tan 270 après J.-C. arriva en Chine un Hindou de race royale, nommé Vadjramatij Kin-kang^tche ^^ig ^ n\aL sagesse du vad/ra». Il introduisit un nouveau système de doctrines en cet empire, le Yôgatchâra. Appelé à la Cour en temps de grande sécheresse, il fit tomber la pluie si désirée.
Notons qu'à quelques pas du fei-lai tsien de Ling-kou se, pngode probablement lamaïque, comme celle du Tchao-t'ien-kong où gisait peut-être notre première X en fer, sous un pan de voûte encore debout, se dresse une stèle de pierre dont l'inscription mentionne qu'il y a quelques années, Li Hong^tchang, alors viceroi de Nankin, vint prier en ce lieu, également en temps d'excessive sécheresse et qu'une pluie abondante ne tarda pas à tomber, (t).
Comme détail à rapprocher de ce prodige apocryphe, rappelons les dires des bonzes de Ling^kou se : l'eau qui séjourne dans les trous de leur X de fer est inépuisable et naturellement intarissable. Isolé, ou entre les mains de Vad/ra-maii, le vadjra transformé du bouddhisme chinois est doué d'un mystérieux et hygrométrique pouvoir, en relation avec la sécheresse et la pluie. On saisira mieux l'analogie, si nous répétons les deux phrases déjà citées. L'une est extraite du Cantique de VX de fer, traduit plus haut (p. 242) : «D'autres disent que l'X du Kiang-si était un instrument jadis employé pour contenir la malice des esprits nuisibles de l'eau.» — La seconde phrase est empruntée aux Chroniques de la Pagode de Ling-kou se, qui «affirment que ces ciseaux de fer sont la moitié mystérieuse des caractères Vien-ou-tchen 5Ç^^»
(1) Le vieil ouvrage Aiphabetum Tibetanum (vol. II. p. 103), avait déjà révélé beaucoup de particularités sur le culte d'Indra, dieu de Tathmosphère, et sur son dorjef qu'il oi-thogi*apl)ie To-r'che.
Schlagiutweit, op. cit. p. 47, s'expiime ainsi : «La secte Brougpa (o\x Dougpa, ou Dad Douypa) a un culte particulier pour le Dordje (Vadjra ou la foudre), qui descendit des cieux et tomba sur la terre, à Sera «lans le Tibet oriental. Klle paraît particulièrement attachée HU mysticisme t intrika, où le Donlje est un instrument très important et très puissant.» Les U'auiruSy ou série de livres hindous, des premiers siècles de notre ère et formant le rituel des opérations magiques, ont été partiellement traduits en Chinois sous led Song (960-1127).
CHOIX ET aWASTIKA.
Or, ces trois caractères, a-t-on expliqué p. 203, «expriment l'idée de contenir, de réprimer, de maîtriser l'esprit de l'eau.» Plus haut, Siu-ho-lao croit réfuter l'hypothèse d'une amulette monumentale (1), d'un instrument destiné Ji combattre les esprits malfaisants de l'occultisme chinois.
Le vadjra est, avons-noi;s fait observer, le sceptre et le symbole d'Indra, le «régent de l'atmosphère», le dieu des éclairs et des orages. Tonnerre et pluie, phénomènes d'étroite parenté, se suivent ou s'accompagnent bien souvent. A cette particularité se rattache une seconde analogie qui a dû frapper le lecteur: le petit mandarin de Nankin (cf. page 227) affirmait que si l'on était assez osé pour remuer ou déplacer le fei-lai (sien de Yo-tcheôu fou ■^ j^ f^, la foudre tomberait immédiatement.
D'autre part, au mot Tchskra, «roue» (2), le D' Eitel fait remarquer que celte roue, à saillies et rayons extérieurs (fig. 202), ressemblait à l'ancienne arme vadjra, sceptre ou massue en diamant; la tchahra, elle, est en fer, en cuivre, ou en argent, et elle sert à soumettre à la loi de Bouddha l'univers en tout ou en partie, proportionnellement à la richesse propre du métal. En effet, quand Tchakravartti Raja, «le roi de la roue», monte au ciel, une roue métallique en tombe.
(comme fait le fei-lai tsien), et, d'après la nature du métal, on „^^ g.,
juge de l'étendue du crédit de ce monarque, pendant et collaborateur du débonnaire Sahya, mais en conquérant batailleur, qui lance sa terrible tchakra au milieu des ennemis!
(1) Au iTit|Kin le radjia à une pointe s'appelle lo-iS ou tong-sm-lhi, A tioia pointM lan-iS, à cinq peintes enfin go-iô, (CataL du Afugét Ouimel, p. 194).
(2) Z)toi-7na ^cAatra, «la roue de U loi», signifie le boiulilhbme. Dharma veut d'ire loi, et parfois le l'orfjra e»t l'emblème du dieu iJ/iui'mo. (Cal. du M. Guimet, p. XLIV).
La Trik-âsa, ou Triratna, «Ub trois préoieuiu, comporte en effet diven gioupemonts triniiires, lesquels n'ont rien de oomniun, sauf le chiffre 3, ^iveo Ift Trinité des Chrétiens qui
res, lesquels n'ont rien
de commun
, sauf le c
hiffre3.^iv(
nt un seul Dieu et non
trois dieuï :
Triratna, triade boaddhique :
-BouiWfto Dliarma, Sangha. 1
.8akr«-M< la nmtièrf l'union des
.uni), Pinte 1, le corps; deux.
T.'imourti. ou trû.de
Brahma,
brahmanique, pl(is
Vkhnou,
récente:
Siea.
Fie. 203.
y. LES CROIX ou 2 DE FBB. Zo5
On a essayé, non sans quelque Bticcès, d'identifier cette Ickahra avec l'ancienne roue Bolairedes Gaulois, à 4 rayons, ou mieux avec celle dont parlent les Védas; le j^, symbole deDharma, a pu en devenir le signe idéographique ou sténographiquc. (1). (fig. 203). A ce propos on a même cité ce texte des visions d'Ezéchiel : «L'aspect des roues et leur structure était comme s'il y avait une roue au milieu d'une autre roue... Ces roues, j'entendais qu'on les appelait galgal (roue, tourbillon).» La roue bouddhique, comme celle du lamaïsme tibétain, est le plus sonvent, en efTet, composée de roues concentriques. (2).
Sur les monuments assyriens, la divinité est parfois représentée [fig. 204) par un personnage mitre, barbu, nimbé d'une roue allée, circonscrivant une croix. (3).
Des images chinoises noue offrent ces divers types de ; (te la toi :
Fig 2M
>e paxfoii, indipendomment dn uns philoiopllique i
I Indra, [ Koan-in,
Ce» olftsaifications ne >ont ni rigonrenaes ni impératiTe»; c'est fatalement le phénoni^fl painllèlo de rincohérence dogmatique du protestantisme. La Trinité du Tibet> où le nom sanserit de Bonddiui (Salcya-Mounil, est presque inonna, et où Chin-ré-^i le remplace, se comiioHB, outre cette dernière, du Grand Lama, de Tra-M-lhan-po et de — l'Empeiear de China ! (Cf. Revut dea Bdigtom. 1893, p. 147).
(1) Cf. >uprà p. 8 la citation en ce sens du D' Edkina. Voir aaai p. 26, p. 2B p. 158 et p. 77 où a dejll paru cette figure 203.
(2) Cf. mprà p. 11 fig. 8.
(3) C'eat ainsi qu'on la voit notamment lar un fragment âmaiUâ, cx>Q>erTi an BritUK
236 CROIX BT SWASTIKA. II.
Il n'y manqua que l'auréole namboyante qui les accompag^ne ordinairement. Noua leur adjoignons [fig. 207) le dessin sommaire d'une troisième roue, à motîT central cruciforme, estampé sur un bas-relief en marbre blanc, qui décore le soubassement d'une estrade à ordinations, dans la pagode-abbaye, jadis somptueuse, mais déchue, de Hoa-chan |J jlj, entre Nankin et Tchenhiang ^ ^; sorte de'Cluny ou Glairvault païen! Ce motif, exécuté il y a plusieurs siècles, forme lui-même le centre d'une floraison de ramages el enroulements, d'un goût exquis et dont un musée d'art chinois serait justement fier.
Mntum. Ce motif, symbolique et dAjoratit, dérivé Aa globe ùli do Egypiiena, niantr« parfoi», dans une variante, le personnage divin 1 ennomis de son peuple un dard à trois pointes qui HittoiiedetAH.t. II. p. 88.
Voir enooTB, poMim .■ Vigoucoui, £a JiWe lÀvrti taintt tt la crUiqtu ralùfaalitte.
arc «pour lancer contra lea foudre.» Perrot et Cbipiei.
ilicoaneiia laodernet, a