I. LE y^ SYMBOLIQUE
nombre 10.» Si les Chinois emploient l'expression «10 fois», dans le sens du superlatif, devant un adjectif, par exemple «cet homme est 10 fois bon», pour «cet homme est très bon», il est juste de faire remarquer que les aspérités des lignes transversale et -verticale du signe -f-, énormes du reste dans la figure donnée par Tauteur, ne sont que les bavures voulues du pinceau chinois et n'ont aucune relation avec les crochets du pif. Dumoutier poursuit (1) : «Analysant le mot sanscrit swastiha, nous lui trouvons une signification identique : su, radical qui signifie bien, excellent, d'où suvidas, prospère, en grec EYEIAHS. — Asti, 3" pers. sing. de l'indicatif présent du verbe as, être, lequel n'est autre que le sum des Latins et que EIMI, ESMI des Grecs. — Ka, suffixe formant les substantifs. Sv^asLika veut donc dire : ce qui est bien, ce qui est excellent.» (2).
Nous croyons cette théorie plus plausible que celle d'Emile Burnouf, citée ici pour mémoire: «Ce signe (de la croix), est celui que Ton trace snr le front des jeunes boudhistes, et qui était usité chez les brahmanes de toute antiquité. Il porte le nom de swastiha, c. à. d. de signe de salut, parce que le swasfî était dans rinde, ce que la cérémonie du salut est chez les chrétiens.» (3). L'arrière-pensée' de l'auteur est, sans contredit, plus transparente que son explication.
Ce swasiifta remonte, en Asie, a un âge assez reculé, puisqu'on le trouve mentionné dans le Ramayana, (sur le navire de i^â7Tia). D'autre part les livres boudhistes prétendent que, lorsqu'on voulut brûler le cadavre de Sakyamouni, on découvrit qu'il était incombustible au moyen du feu naturel. Mais un jet de flammes jaillit soudain du pt inscrit sur sa poitrine, pour réduire le corps en cendres. (4).
(1) Gust. Dumoutier ; article cité : p. 329. Nous ne nous arrêterons pas à Tassertion âe Tauteur qui reconnaifc une croix dans les cinq points du centre des deux tableaux magiques, (p. 321) Ho-Vou fPj H et jLo-cAou ^^ V? attribués, le premier & TEmpereur Fou-hi i/i ^» 2953 ans av. Jésus-Christ, le second au aOrand Yu ^ ^.» Tout ce qu'on peut dire, c'est que ces points sont disposés en croix.
Quant au caractère | i dix, il ne semble pas importer une autre idée de perfection que celle qui lui vient de son utilité dans le système décimal ; c'est ainsi que le §S 3C le définit Se Z "^ 'tË** «Le complément des nombres, ou chiffres. » Pris dans le sens de t èSj complètement, devant 'un adjectif, il est ordinairement accompagné du mot TT fen (parties) et avec lui signifie entièrement ; littéralement: dix parties (sur dix) | TT che-fen. Parfois, mais rarement, on se dispense d'ajouter fen, qui est alors sous-entendu ; y. g. ~| ^ che-ts'iuen, «absolument complet ;» dans les deux cas l'explication est la même,
(2) Au mot swastika, dans le Dictionnaire (Tapohgétiqne de Vahhé Jaugey, on lit : «le swastika exprime un souhait de bonheur, ce qui sans doute lui a valu sa diffusion. J»
. (3) E. Burnouf ; La science des Religions, (4) D' Eitel ; Three lectures on Buddhism. 2* edit. Hong kong 19J3. — p. 13. L'auteur prouve que le Bouddhisme, au lieu d'être le précurseui du christianisme, n'en est que
Le py est connu au Japon sous le nom de Mang ziou, ou signe des 10.000 années, et on le trouve souvent ainsi disposé;
Si on l'a assimilé au fijlfoi, d'autres y ont vu le marteau, la massue, le foudre, le Tlwr, le dieu du tonnerre ou le Jupiter tonnant des Scandinaves. C'est le monogramme de Vishnou et "de Siva; ou bien encore la «croix des Manichéens», dont c'était, a-t-on dit, l'unique image.
L'un des caractères les plus frappants de ce symbole, c'est son universalité dans le temps et dans l'espace. On le signale dans l'immense région qui s'étend sur le parallèle des Iles Britanniques à celles du Japon, englobant le continent eurasien presque entier, avec les rives africaines elles-mêmes et les archipels de la Méditerranée, où il était en usage au temps de Gonfucius (551-479). (1). Il a même traversé l'Atlantique, ou le Pacifique : on l'a rencontré chez les Péruviens et Mexicains du Nouveau-Monde, au Yucatan, au Paraguay et aux Etats Unis. Il n'est guère de fouille importante qui ne le révèle, et le temps n'est peutêtre pas éloigné où l'on pourra dresser la carte exacte de son aire géographique, plus étendue même que celle de la civilisation. Quand sera-t-il permis de marquer le temps précis où nos ancêtres, iraniens ou touraniens, se sont aventurés à l'esquisser?
Il semble hors de doute que le s-wastika, pour lui garder son nom indien a été avant tout et primitivement un symbole au sens mystique et mystérieux. Nous verrons qu'on en a fait bien vite, par une conséquence fort naturelle, soit un ornement, soit le membre d'une ornementation décorative.
Avant de passer outre, mentionnons une théorie démodée, plus ou moins sincère dans le principe, condamnée par une science moins aveugle, écrasée enfin sous les répliques de spécialistes autorisés. En 1872, M. Em. Burnouf écrivait dans son ouvrage La science des religions: «Les archéologues 'chrétiens pensent que c'est la forme la plus ancienne du signe de la croix: nous le
croyons aussi Quand Jésus eut été mis à mort par les Juifs,
ce vieux symbole aryen lui fut aisément appliqué, et le swastiha, par des transformations successives, devint la croix hastée des modernes chrétiens.» Ces affirmations si osées n'avaient pas paru dans la Revue des Deux-Mondes qui, en 1868. avait eu la primeur
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le plagiaire, (p. 14) en ce qui concerne la partie bisforique des récits sur la vie de N. S. copiés ou travestis vers le V* ou VI» siècle.
(1) Cf, Alexandre Bertrand, La Guvîe avant Tes Gaul&is, Ce passage est cité par M. Tabbé Ansault, qui donne une longue liste bibliographique d'ouvrages relatifs à la croix gammée.