I. LE py SYMBOLIQUE
des articles réédités dans l'ouvrage sus-nommé. L'auteur se bornait à dire que «les catacombes les premières en date» offraient plusieurs de ces «symboles de TOrient indo-perse, en y attachant le même sens métaphysique.»
«Ses assertions, dit Paul Allard, qui est ici notre guide (1), peuvent se résumer ainsi : 1®, c'est la forme la plus ancienne du signe de la croix; 2", elle se rencontre à Rome dans les catacombes les premières en date; ce symbole, étranger a l'Egypte, à la Grèce et à la Judée, a été emprunté par les premiers chrétiens aux livers des Indiens et des Perses. Aucune de ces propositions n'est exacte.»
Contrairement à la première, M. de Rossi affirme qu' «au cun archéologue moderne n'a émis une pareille opinion, qui est contraire aux résultats les plus certains des fouilles, faites depuis 30 ans dans les Catacombes.» Dans le second volume de Roma sotterranea, publié en 1867, c. à. d. un an avant les articles de M. Burnouf, le même auteur, (t. II. p. 318.) déclare que la croix gRmmée, ne se trouve, à sa connaissance, sur aucune pierre tombale portant gravés les symboles les plus anciens;» et il en donne la preuve irréfutable. Enfin, «il lui parait évident que ce n'est pas là une des formes originaires de la représentation de la croix: mais plutôt une de ces combinaisons de lignes, que les chrétiens, dans leur désir de représenter ou de dissimuler le signe sacré, empruntaient volontiers à des sources étrangères.» En 1868, à propos des articles de M. Burnouf, M. de Rossi a brièvement résumé ce sujet et a prouvé que le ^ ne fait son apparition dans les monuments chrétiens qu'à une époque relativement récente; la croix gammée j«apparait et se multiplie dans les régions appartenant à la fin du III* Siècle et se maintient sur les monuments du IV.» (2).
«En outre, M. de Rossi, dit Paul Allard, démontre que la combinaison de lignes connue sous le nom de croix gammée, loin d'être propre aux Indiens et aux Perses, se retrouve chez tous les peuples. Elle a été rencontrée sur des statues assyriennes, dans des sépultures étrusques et samnites, et sur des poteries anglaises et italo-grecques.... Sous l'Empire, les Romains la dessinaient souvent.» (3).
«La croix gammée, poursuit Paul Allard, n'apparait pas sur les inscriptions chrétiennes, avant le III® Siècle; sur les peintures
(1) Borne souterraine p. 341,
(2) Bolet di arch. crist. 1868. p. 90-91. — Noub ne citons plusieurs de ces ouvrages qne de seconde main. Wf de Harlez n'admet pas Topinion des auteurs qui pensent que le ru a été imaginé fortuitement par plusieurs peuples.
(3) Cf. Journal offieielt 10 Jan^er 1873. — De Mortillet; Le signe de la O'oix avant le Christianisme, p. 146*158. Paris. 1866.
il en est de même.» (1). Les chrétiens s'emparèrent assez tard de celte conibinaison « fort inolTensive» de lignes, pour dissimuler la croix, en l'apercevant sur des monuments soit orientaux, soit plus voisins d'eux. «Peut-être la ressemblance du signe dont il s'agit avec le tau des Phéniciens fut-elle la raison qui le leur fit adopter.» Analogue est la genèse du mythe chrétien d'Orphée. On ne peut donc continuer à dire que le Christianisme a emprunté à la civilisation indo-persique le symbole de la croix, copie ou contrefaçon du sv^astikaj signes jkeu fréquent et peu ancien dans les Catacombes.
Au surplus, en tenant compte de sa distribution géographique et des incertitudes de son origine, M. Burnouf serait embarrassé pour prouver que le pt!, qui ne veut pas dire signe de sa^ lut, est exclusivement aryen et nullement touranien. En tout cas, là n'est pas l'origine de la croix chrétienne. (2).
Mais la thèse, ou plutôt les corollaires sournois de la thèse^ plaisent à plus d'un savant, pour qui les recherches soi-disant platoniques de la science déguisent mal d'autres préoccupations, moins sérieuses et plus sectaires :
«L'emblème du Christianisme, assure M. de Mortillet, est tout bonnement emprunté aux vieilles religions indiennes.» (3). Et l'auteur fait passer sous nos yeux une longue série de croix, plus ou moins croix, qu'il dit antérieures à la venue de N. S. sur cette terre. Mais, demande justement M. Ilamard, s'ensuit-il que «le fait de la Rédemption est un mythe! Que N. S. n'est point mort sur une croix? et que l'unique motif de l'adoption de ce signe par les chrétiens est la vénération dont il était déjà l'objet à l'avance? nous ne pensons pas que M. de Mortillet aille jusque là!... Ou bien ces prétendues croix sont de simples figures
(1) Par exemple, le fossor BiogeneSf dans le cimetière de Domit lie, et le Bon Pasteur, dans le cimetière creusé sous le bois des Arvalos.
(2) «On peut y voir une sorte d'emblème caractéristique de la race aryenne ou indo-germanique, à laquelle appartiennent'presque tous les peuples de l'Europe, ainsi que les Persans et les Indous... On l'a trouvé chez la plupart de ces peuples et rarement ailleurs.... Le mieux est d'y voir un emblème sacré d'origine védique, caractérisant non une religion, mais un groupe ethnique considérable et dont la véritable signification est restée pour le moins doi^teuse.» D'Ctionnairc d" Apologétiqne, par l'abbé Jaugey; article de Mk' de Harlez. p. 3025. — Mourant-Brock a soutenu dans son ouvrage «Croix païenne et croix chrétienne» (Paris, Leroux, 2« édition traduite de l'anglais), que la croix des chrétiens était d'origine païenne et que ceux-ci l'avaient adoptée pour faciliter ainsi le passage des religions anciennes à la religion nouvelle. Pour ruiner le misérable échaffaudage d'allégations qui prétendent appuyer cette théorie, il suffit de remarquer que la croix des chrétiens est un instrument de supplice, rappelant le Christ et sa Passion, tandis que la croix accidentelle des païens est tout autre chose. Formelle, elle ne serait tout au plus qu'une amulette. — Cf. Diction, cfapologétiqtte, p. 075.
(3) Musée préhistorique, pi. 99. — Cf. également ; Le signe de la croix avant le Christianisme.